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| Le Bordiot - Maison d’arrêt de Bourges Fin du XIX° siècle |
Située à seulement quelques dizaines de kilomètres du centre de la France, la ville de Bourges est située à la confluence de plusieurs rivières (Yèvre, Voiselle, Auron, Moulon), ce qui explique la surface importante de marais au pied de la ville médiévale. Elle est aussi l’ancienne capitale du Berry (ancienne province s’étendant aux départements de l’Indre et du Cher). La ville vit son grand siècle au XIV° siècle, avec le Duc Jean de Berry, ainsi que Jacques Cœur, riche marchand drapier, notamment connu pour sa devise « A cœur vaillant, rien d’impossible ».
Quant au patrimoine carcéral dans le Cher, il est pour le moins réduit, puisque la prison de Bourges, appelée le Bordiot, en est l’exemple le plus important (celles de Saint-Amand-Montrond et de Sancerre n’ayant eu que peu d’importance), et la seule prison encore en activité aujourd’hui.
Avant sa construction, les prisons de Bourges se sont successivement trouvées :
- dans la tour n°12 du rempart de la ville romaine,
- puis dans le pillier-butant de la cathédrale, où se trouvaient les deux cellules de la prison du Chapitre,
- et, pour la plus longue période, dans les caves du Palais du Duc Jean, de 1667 à la fin du XIXème siècle, alors dans un état déplorable.
Une nouvelle prison dans l’air du temps
Le 26 août 1854,
le Conseil général du Cher décide alors la construction d’une nouvelle prison.
Cette prison doit être à la fois une maison d’arrêt, de justice et de
correction.
Ce projet de construction fait l’objet d’une
consultation d’architectes. Quatre projets sont ainsi proposés, et c’est celui
de Emile Tarlier (important architecte du Cher de la fin du XIXème
siècle) qui est accepté. Les plans tracés prévoient une prison de type
« demi-cellulaire ». Le lieu d’implantation pose plus de problèmes,
puisque E. Tarlier souhaite la placer en centre-ville. Ce projet sera
finalement abandonné.
La loi du 5 juin 1875 fixe pour chaque
département des normes précises pour les prisons de courtes peines (peines
inférieurs à un an et un jour), autrement dit pour les prisons gérées par les départements. Chaque établissement pénitentiaire doit présenter un système cellulaire normé et rigoureux, basé sur l’isolement et la séparation des prisonniers entre eux. Le but est d'obtenir le repentir et une certaine moralisation avec le secours de la religion, de l'instruction (par la lecture et la prière), et du travail. On recommande des visites quotidiennes du directeur, de l’aumônier, des surveillants, de l’instituteur et des parents.
Cette loi impose aussi l’adoption du régime cellulaire à toute reconstruction ou appropriation par l’Etat de prisons départementales.Il faut diminuer la promiscuité qui y règne, limiter la récidive et la contamination morale.
Cette loi impose aussi l’adoption du régime cellulaire à toute reconstruction ou appropriation par l’Etat de prisons départementales.Il faut diminuer la promiscuité qui y règne, limiter la récidive et la contamination morale.
Ainsi, à partir de 1882 commence la construction
d’un édifice « moderne », selon les plans de Bussières et Pascault,
au-dessus de la gare, sur la butte d’Archelet.
Elle est constituée de trois branches inégales selon
un plan rayonnant autour d'un point central. Il s’agit d’une construction lourde, typique de l’architecture carcérale de la IIIe République. Un délinquant doit s’amender, donc tout ce qui touche à la
décoration, à l’aménagement ou à l’humanité est proscrit. Dans l’arrêté du
programme de construction, le Préfet déclare : « L’architecte doit s’abstenir entièrement de ce qui n’est qu’ornement
architectural. Il doit parallèlement songer que ce n’est pas un monument d’art
qu’il édifie ».
Il semble que la maison d’arrêt ait été
opérationnelle dès 1886, mais n’avoir été mise en service qu’en 1896. Elle
remplace ainsi la prison des caves du Palais du Duc Jean, devenue insalubre (le
Palais abrite aujourd’hui le Conseil Général du Cher).
Sa capacité est prévue pour 200 détenus au maximum,
dont 10% de femmes.
Source: Musée de la Résistance et de la Déportation. Croquis reproduit dans le site : http://www.m2navarre.net/projets/histoire/repression-cher/02Cher/03Bourges/04Bordiot/archives.html
Le Bordiot pendant la seconde Guerre Mondiale
Deux hommes, chacun à l'opposé de l'autre sur la ligne du bien et du mal : Alfred (Aloïs) Stanke, dit le
« Franciscain de Bourges », et Paoli, aussi appelé « le
traitre », « le sinistre » ou encore « le Monstre ».
Paoli est un berruyer, né en le 31 décembre 1921 à
Aubigny-sur-Nère, un village situé à 60 kilomètres de Bourges, de parents
modestes. Anticommuniste et germanophone, il est engagé comme interprète à la
Gestapo de Bourges le 31 mars 1943, où il obtiendra bien vite la confiance des
officiers et prendra du galon tout en recevant des « tâches » à haute
responsabilité. Son zèle est sinistrement connu dans toute la région, et les
(nombreuses) personnes qu’il fait arrêter son envoyées au Bordiot pour y être
affreusement torturées, et/ou déportées. Il est de notoriété publique que ceux
qu’il prend ne reviennent pas. Seules quatre des vingt-trois personnes arrêtées
par Paoli dans sa commune natale d'Aubigny revinrent des camps nazis.
Le Gestapiste français est également l’un des
principaux protagonistes de la rafle menée dans la nuit du 21 au 22 juillet
1944 contre les Juifs réfugiés à Saint-Amand-Montrond, où 71 personnes sont
arrêtées. Au cours des jours suivants, il participe au massacre de 36 d'entre
elles sur le site de la ferme abandonnée de Guerry, où ils sont précipités
vivants dans des puits (leurs corps ne seront retrouvés que six mois plus tard,
et exhumés afin de leur rendre une sépulture décente, grâce au
témoignage du seul survivant de cette tragédie, Charles Kramensein, qui réussit
à fuir en sautant du camion qui l'emmenait au supplice).
Marc Tolédano, alors jeune Résistant, évoque en ces
termes sa rencontre avec Paoli, au siège de la Gestapo :
« A sa vue, le sinistre Scharfüher Schultz déclare : "Ah, voilà Paoli, un compatriote à toi ! C'est un spécialiste
de l'arrachage des ongles" et s'adressant en fait à Paoli, il lui demande
de "s'exercer sur le jeune garçon qui ne veut pas parler". Paoli dévisagea Tolédano, et murmura en allemand : "Non, je n'ai
pas le temps, il faut que je passe à la prison pour voir un Juif, que la police
de Vierzon nous a envoyé". »
Après de nombreuses tortures, Marc Tolédano sera
transféré dans un cachot du Bordiot. A bout de force après les sévices qu’il a
subi, les poignets serrés dans des menottes qui possèdent des mâchoires acérées
comme des pièges, le métal entrant dans la chair, dans un état de semi-coma, il
voit alors un homme et raconte : "L'homme s'immobilise tout près de moi, me met
sur le front une grosse main chaude, courte et potelée, et me dit dans un
souffle : "- Ne bougez pas, ne dites rien, je suis infirmier
allemand, frère Alfred, de l'ordre de saint-François, je suis là pour vous
soigner, vous réconforter, vous soulager."
C'était là la première rencontre de Marc Tolédano
avec le "Franciscain de Bourges". Comme beaucoup de Résistants qui
passeront par le Bordiot, le jeune Marc Tolédano, refuse d’ailleurs au départ
de considérer cet allemand portant l’uniforme honni comme un ami.
Le Franciscain de Bourges, Alfred Stanke, est né à
Dantzig le 25 octobre 1904. Il entre à 16 ans à l’institut des frères
Franciscains Hospitaliers de la Sainte Croix. Il est envoyé au Vatican dès
l’âge de 20 ans où exerce la fonction de cuisinier du pape Pie XI.
De retour en Allemagne, Alfred devient infirmier à
Cologne, dans un hôpital tenu par les Clarisses, et pour la première fois, il
rencontre la souffrance et la mort. Il soulage les malheureux.
Mobilisé dans l’armée allemande durant la Seconde
Guerre mondiale, Alfred Stanke est gardien et infirmier de la prison du
Bordiot, à Bourges, de 1942 à 1944. Alfred Stanke s’évertua à soigner les
détenus torturés par la Gestapo, à apporter aide morale et assistance
matérielle, achetant de la nourriture sur ses propres deniers, faisant passer
des messages aux familles et sauvant plusieurs vies au péril de la sienne. Il
met également au point des réseaux internes de communications entre détenus, de
sorte qu’ils présentent un front commun lors des « interrogatoires »,
il les conseille sur leur défense, et renseigne également les réseaux
extérieurs de la Résistance.
Au grand dam des prisonniers, Alfred Stanke est
déplacé à Dijon le 4 avril 1944.
En septembre, il est fait prisonnier par les Forces
françaises de l’Intérieur et est envoyé aux États-Unis. Il sera rapidement
rapatrié sur l’intervention de ses amis français. Il rejoint alors son pays et
travaille, avec conviction à la réconciliation franco-allemande. Il passe ses dernières années au couvent
franciscain de Sélestat. Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1975 un feu emporte
la cellule du frère. Celui-ci est transporté à l’hôpital des grands brûlés de
Metz. Il meurt le 23 septembre. Respectant sa volonté de reposer près de ses
amis français et soldats anglais, son corps a été rapatrié au cimetière de
Saint Doulchard, près de Bourges.
En 1966, Marc Tolédano, résistant sauvé par le
moine-soldat, relate ses actions auprès des prisonniers sous le titre : Le franciscain de Bourges. L’année
suivante, le cinéaste Claude Autant-Lara, se basant sur le témoignage de Marc
Tolédano, réalise un film homonyme. L’acteur principal Hardy Kruger a refusé
tout cachet pour jouer le rôle du frère Stanke.
Quant à Paoli « le Sinistre », il suit les
troupes allemandes qui évacuent Bourges le 6 août 1944. Arrêté par les forces
britanniques à Flensburg près du Danemark le 16 mai 1945, il est remis aux
autorités françaises en janvier 1946 et ramené à Bourges. Au mois de mai, son jugement représente l’un des
grands procès de l'après-guerre. L'intéressé y assume ses actes en homme qui se
sait perdu. L'indignation suscitée par l'exposition des atrocités auxquelles il
a participé est accrue par sa déclaration : « Je ne suis pas Français,
mais Allemand ». Il est condamné à mort, et passé par les armes le 15 juin
1946 au polygone de Bourges, lieu où avaient été exécutés les otages et les
captifs de la Gestapo pendant la guerre.
On peut compléter les informations de cette contribution en consultant un site consacré à la seconde Guerre Mondiale à Bourges : http://www.m2navarre.net/projets/histoire/repression-cher/02Cher/03Bourges/04Bordiot/texte.html ; des photographies reproduites ici proviennent de ce site qui comporte une vidéo du témoignage de résistants incarcérés dans la prison du Bordiot.
On peut compléter les informations de cette contribution en consultant un site consacré à la seconde Guerre Mondiale à Bourges : http://www.m2navarre.net/projets/histoire/repression-cher/02Cher/03Bourges/04Bordiot/texte.html ; des photographies reproduites ici proviennent de ce site qui comporte une vidéo du témoignage de résistants incarcérés dans la prison du Bordiot.



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