Jusqu'en novembre 2014, les oeuvres de l'éminent galériste parisien Yvon Lambert seront visibles dans la prison Sainte-Anne, désaffectée en 2003. L'exposition s'intitule "La disparition des Lucioles" et a fait l'objet d'une longue présentation sur le site Mediapart. L'établissement, construit à la fin du XVIIIe siècle est resté en l'état depuis sa fermeture et les oeuvres ont été accrochées dans les cellules, cours et coursives. Plusieurs thèmes regroupent les oeuvres. Ils font écho au quotidien carcéral : le temps qui passe, l'isolement, le quartier des femmes, la liberté retrouvée. Le Parisien a reproduit une dépêche de l'AFP : "Présenter des oeuvres dans une prison ne s'est jamais fait", souligne le directeur de la collection Lambert. L'exposition aborde en outre à l'histoire du bâtiment, qui fut d'abord un hôpital psychiatrique et a servi de centre de transition de Juifs déportés à Auschwitz durant la seconde guerre mondiale. Des documents d'archives témoignent de cette histoire au travers de manuscrits, carnets, plans, photos, registres, et objets." Lors de la campagne pour les élections municipales de mars 2014, la candidate socialiste Cécile Helle, devenue depuis maire de la ville, envisageait de ne conserver qu'un seul bâtiment de la prison, de construire des résidences inter-générationnelles et une salle de congrès.
Blog fermé. Ouvert en octobre 2010 par Jean-Claude Vimont, le contenu a été déplacé par son auteur en 2014 puis enrichi sur le Blog de Criminocorpus.
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samedi 27 septembre 2014
jeudi 19 décembre 2013
Le château de Tarascon : d'une demeure-forteresse à une prison royale puis républicaine par Adeline Gasnier
Le château de Tarascon (représenté en jaune ci-dessous) se situe à proximité de l'embouchure du Rhône, face au château de Beaucaire. Sa construction débute dès 1400 sous Louis II d'Anjou (1337-1417) et s'achèvera en 1449 sous René Ier le Bon (1409-1480). Son maître d'oeuvre Jean Robert l'édifie sur le même emplacement qu'un précédent château.
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| Image satellite de la ville de Tarascon |
Le Roi René Ier se consacre à l'aménagement intérieur c'est-à-dire aux peintures et aux mobiliers. La cour d'honneur s'agrémente de nouvelles ornementations telles que la loggia, les porches ou encore les arcades décorées.
Sa double fonctionnalité, militaire et résidentielle, lui confère une architecture et des décors particuliers. Le château mesure 130 mètres de long sur 36 mètres de large. Cette structure se subdivise en deux parties avec au nord les communs, une salle d’arme et une cour. Au sud, le logis seigneurial flanqué de quatre tours s'élève à 45 mètres de hauteur (au-dessus du Rhône).
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| Château de Tarascon, partie sud-ouest, Base Mérimée, Estève Georges |
Ci-dessous, le plan du Château disponible dans le livret guide, sur le site internet du Château de Tarascon. C'est notamment grâce à l'inventaire réalisé sous le Roi René Ier, en 1457, que la fonctionnalité des pièces a pu être découverte.
Un château transformé en prison
Louis XI, roi de France, devient donc le nouveau propriétaire de ce château. Dès lors, les Tarasconais le délaissent puisqu’ils n’y voient que la représentation de la domination royale. Cependant, la fonction carcérale du site perdure et les cachots ne sont plus les seuls espaces consacrés à cette activité. En effet, les salles d’apparats et les communs sont transformés en cellules comme en témoignent les nombreux graffitis sur les murs. Suite à de nombreuses guerres au XVIIème et XVIIIème siècle, des militaires espagnols ou britanniques sont emprisonnés dans le château.
L'avenir carcéral du château est remis en question en 1787 avec un projet de construction d’abattoirs. Ce projet qui impliquait la destruction du château fut accepté par Louis XVI. Toutefois, le château échappe à la destruction avec la Révolution Française.
Sous la Révolution Française, nombre d’individus sont détenus au sein de la forteresse et deux évènements marqueront particulièrement la période. Tout d’abord en 1795, des prisonniers républicains sortis de force de leurs cellules sont tués. Un second massacre est perpétué à la prison en 1797 à l'encontre de royalistes emprisonnés.
Extrait de la « Liste de patriotes massacrés en mai 1795
Mathieu Mauche, père, ex-procureur
Jean-Baptiste Mauche, fils ex-juge de paix
Pierre Novel, dit Saint-Foix
Jean Galissard, maçon
Firmin Vial, dit la Crosse
Guillaume Thibaud, dit Bellaquet »
Issu du Bulletin n°50 de la Société d'histoire des Amis du Vieux Tarascon, page 37.
La transformation du château en prison a entraîné des modifications dans l’aménagement intérieur des pièces destinées aux communs. Ainsi, des cloisons ont été bâties pour séparer les espaces consacrés aux détenus et aux gardiens. En s'appuyant sur le plan du livret guide du château, les espaces actuels de l'accueil, de la billetterie, de la boutique mais aussi les logis de service et les wc étaient consacrés aux gardiens. La salle présentant l'apothicairerie et les suivantes destinées aux détenus. Les actuels jardins étaient subdivisés en trois parties correspondant aux quartiers des gardiens et des prisonniers : la cour principale, le préau des détenus et la cour des condamnées.
Le 15 février 1800, la prison du château de Tarascon est nommée maison d'arrêt par la loi du 28 pluviose an VIII. En 1816, le département des Bouches-du-Rhône y conçoit une prison de droit commun. Mais en 1926, la prison ferme ses portes.
Les conditions de vie à la prison
Les conditions de vie étaient particulièrement difficiles comme le relatent les extraits des documents d'archives, dans le bulletin n°50 de la Société d'histoire les Amis du Vieux Tarascon.
Au XIXème siècle, le château est en mauvaise état et de nombreux travaux sont à effectués comme par exemple pour les portes et les terrasses. L’humidité est omniprésente et l’inondation d’une partie des bâtiments lors de fortes pluies est fréquent. La conséquence directe de ces conditions est l'utilisation partielle des cachots. En effet, seuls quelques cachots sont utilisés pour assurer une sécurité des détenus. Chacun des cachots (3) contient 25 individus. Les détenus sont divisés dans les cellules selon leur sexe. Le quotidien de ces prisonniers s'apparente à l'exécution de multiples tâches comme la cuisine et les travaux. Pour se distraire, ils sont nombreux à jouer à quelques jeux qui sont même parfois gravés dans les sols.
Les graffitis des prisonniers
De nombreux graffitis sont présents dans l’enceinte du château. Grâce au recensement des inscriptions, il est possible de dresser une typologie des prisonniers. Les informations récoltées informent sur la nationalité des détenus, leur provenance ou encore le jour de leur emprisonnement. On remarque que ces individus sont de nationalités multiples : anglaise, espagnole, néerlandaise, suédoise, finlandaise ou danoise. Les archives ont aussi conservé des registres de prisonniers : des marins et des militaires notamment pour l'an 3ème républicain et 4ème républicain comme le présente le bulletin n°52 de la Société d'histoire les Amis du Vieux Tarascon.
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| Une galère |
Faits prisonniers pour certains par des vaisseaux français en Méditerranée, les détenus sont transférés dans plusieurs prisons de la région dont la prison de Tarascon. Ci-dessous, quelques exemples de ces graffitis.
Cette inscription ci-dessous se situe dans la salle d'apparat. Les
graffitis de prisonniers d'origine anglaise sont très présents dans les salles.
La majorité des détenus proviennent de Londres ou Liverpool.
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| Photographie de Philippe Crequer |
Transcription :
« Charles Morgan of Newport in Monmoutshire taken April y 26th 1757 »
Traduction :
« Charles Morgan de Newport dans le Monmoutshire pris le 26 avril 1757 »
Sur les murs du château, certaines inscriptions donnent des informations très complètes
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| Photographie de Philippe Crequer |
Transcription :
« Prisoners we are in distress,
by the French we was caught
and to this prison we was brought
taken in the Zephyr Loop of war
David Seday
lighterman of London river taken august 25th 1778 released nov 27th 1779 »
Traduction :
« Prisonniers nous sommes en danger
par les Français nous avons été attrapés
et à cette prison nous avons été envoyés
pris dans le navire de guerre Zéphyr
David Seday
gabarier sur la rivière de Londres [la Tamise] arrêté le 25 août 1778 libéré le 27 novembre 1779 »
Le Sloop Zéphyr était un navire de la Royal Navy capturé une première fois par les français en 1757. Sous l'autorité du Commander Thomas West, le Sloop Zéphyr est une seconde fois capturé par la frégate française la Gracieuse en août 1778. Les marins anglais sont répartis à Aix et à Tarascon. Dans le dernier cas, 23 prisonniers laisseront leur nom sur les murs du château.
Ce graffiti (à droite) se localise dans l'aile ouest du château de Tarascon, au sein de la garde-robe du second étage. Il s'agit d'un carré magique puisqu'il se lit dans les deux sens.
L'ensemble des inscriptions laissées par ces prisonniers sont visibles dans ailes occidentales et orientales à tous les étages et même dans le escaliers donnant accès au corps de logis et aux terrasses.
Un patrimoine architectural reconnu
La Commission des Monuments Historique établit en 1840 une liste des « monuments pour lesquels des secours ont été demandés ». Le Château de Tarascon est inscrit au sein de cette liste de monuments classés. En 1864, Henri Révoil (architecte des Monuments Historiques) conduit les premiers travaux de restauration. Il demande d’ailleurs la fermeture de la prison, mais sa requête n’aboutira pas.
A la suite de la fermeture de la maison d’arrêt en 1926, l’Etat acquiert le site en 1932, Jules Formigé (architecte en chef des Monuments Historiques) entreprend une nouvelle campagne de restauration du château avec l’abattement de cloisons et la réouverture de fenêtres cloisonnées. Le 12 mars 1933, le château ouvre au public.
D’autres travaux se dérouleront dans les années 1940 et 1980. Les phases successives de restaurations vont redonner à ce château son allure de demeure des ducs d’Anjou. Elles effacent toute trace de la subdivision des espaces et le mobilier de la prison. Aujourd’hui, les graffitis sont les seuls vestiges de ce passé au sein du château.
Ce choix paraît paradoxal : le château n'a servi de résidence pour les ducs d'Anjou que pour une durée inférieure à cent ans. Cette utilisation contraste avec la fonction carcérale qui existe dès l'édification du château. Ce paradoxe se confirme même si l'on se base sur un usage officiel puisque le château devient maison d'arrêt en 1800 et ferme définitivement en 1926.
Depuis le 1er janvier 2008, la propriété du château est transférée à la commune par convention. Cette reconnaissance du patrimoine architectural et du passé des ducs d'Anjou ont laissé peu de place à la mise en valeur du patrimoine carcéral.
Une valorisation du patrimoine carcéral
Ce patrimoine a fait l'objet d'une valorisation que l'on peut qualifier de récente. Le château de Tarascon a consacré sur son site internet une rubrique sur les graffitis des prisonniers. Le Musée de la Mémoire des Murs de Verneuil-sur-Halatte présente au public des moulages de graffitis des galères du château de Tarascon.
La Société d'histoire les Amis du Vieux Tarascon a diffusé des articles sur les graffitis et les conditions de vie au sein de la prison au travers de plusieurs publications :
- Le bulletin n°50 « Grandeurs et servitudes du château de Tarascon : Les conditions de vie dans la prison du château de Tarascon. An 13 du calendrier républicain (septembre 1804 à septembre 1805) » et « Les graffitis du château de Tarascon au Musée de Verneuil-en-Halatte »
- Le bulletin n°52 « Grandeurs et servitudes du château de Tarascon : Relations sur les conditions de vie des prisonniers et de leurs gardiens »
- Le bulletin n°53 « Grandeurs et servitudes du château de Tarascon : Relations sur les conditions de vie des prisonniers et de leurs gardiens ».
Les recherches effectuées par Philippe Guignard et Olivia Desbrosses (archives départementales) sont parues dans ces bulletins.
Les graffitis ont fait l'objet de nombreuses recherches par Marc Bollon, Philippe Rigaud valorisés par la publication d'articles dans des revues tel que : RIGAUD Philippe, graffitis navals en prison : une thématique, in J.Candau et Ph.Hameau, 2004, Cicatrices murales, graffitis de prison, Le Monde Alpin et Rhodanien, 2004.
Les archives départementales des Bouches-du-Rhône ainsi que les archives communales de Tarascon disposent de documents d'archives riches sur cette prison.
Bibliographie :
BUCHERIE Luc, Graffiti de prisonniers anglais au château de Tarascon (Bouches-du-Rhône) : l’exemple du H.M.S. sloop of war Zephyr (1778), in Archeologia Postmedievale : società, ambiente, produzione, 10, 2006.
ROBIN Françoise, Le château du Roi René à Tarascon, Editions du Patrimoine, 2005, 64p.
Société d'histoire les Amis du Vieux Tarascon, « Grandeurs et servitudes du château de Tarascon : Les conditions de vie dans la prison du château de Tarascon. An 13 du calendrier républicain (septembre 1804 à septembre 1805) », bulletin n°50.
Société d'histoire les Amis du Vieux Tarascon, « Grandeurs et servitudes du château de Tarascon : Relations sur les conditions de vie des prisonniers et de leurs gardiens », bulletin n°52 et n°53.
Sitographie :
Château de Tarascon
http://chateau.tarascon.fr/ [Consulté le 02/11/2013]
Image satellite de Tarascon
https://maps.google.fr/ [Consulté le 13/12/2013]
Les Monuments Classés de 1840
http://www.merimee.culture.fr/ [Consulté le 14/11/2013]
Marine et bâtiments médiévaux...du drakkar à la caravelle, 2011
http://www.armae.com/blog/ [Consulté le 13/12/2013]
Ministère de la Culture et de la Communication, Base de donnée Mérimée : Château de Tarascon, 2005
http://www.culture.gouv.fr/ [Consulté le 03/11/2013]
Musée de la Mémoire des Murs
http://www.memoiredesmurs.com/ [Consulté le 14/11/2013]
Pays d'Arles, Château Royal de Provence :
http://www.pays-arles.org/e-patrimoine/communes/tarascon/article/chateau-royal-de-provence
[Consulté le 01/12/2013]
jeudi 10 octobre 2013
Le site-mémorial du camp des Milles à Aix-en-Provence
L'histoire des camps d'internement français fut longue à écrire comme l'a bien montré Anne Grynberg dans son article "les camps français, des non-lieux de mémoire". La patrimonialisation également, avec des mémoires en concurrence, parfois rivales. Les stèles apposées dans différents camps en témoignent. Il fut un temps question d'un musée à Gurs puis au Vernet puis à Rivesaltes. Depuis septembre, la France s'est dotée d'un musée aux Milles, ancienne tuilerie qui avait été préservée. Un site de grande qualité permet d'en avoir de beaux aperçus.
vendredi 1 juin 2012
Le château d'If, un site d’exception lié à l’imaginaire par Marie Noury
Au large de Marseille, le château d’if est une forteresse érigée par François 1er sur un îlot de l’archipel de Frioul au centre de la rade de Marseille. Elle a été conçue dans le but de protéger les côtes d’une invasion et de couvrir les sorties et le mouillage de la toute nouvelle flotte des galères royales. La forteresse devait également surveiller Marseille, rattachée au royaume de France en 1480. A l’époque, le roi de France s’étonna que rien ne soit fait pour protéger Marseille. Avant de regagner Paris, il ordonna la construction d’un fort à If et d’un autre sur la colline de la Garde.
Château d’If et Marseille (source: Image Wikipédia)
Les soucis du royaume l’accaparèrent et il se désintéressa un peu de la chose. La municipalité marseillaise s’était engagée à financer la moitié des travaux. Mais, après plusieurs désaccords, rien ne fut construit.
Monte-Cristo if castle - marseille France by JM Rosier.JPG
En 1523, les Marseillais virent, une fois de plus, la guerre arriver. Ils demandèrent de l’aide au roi. Celui-ci envoya à Marseille son amiral La Fayette et un commissaire aux fortifications, Mirabel. Empressement, tout ce qui était en dehors des remparts fut rasé : églises, couvents, maisons tout devait disparaître afin de ne pas faciliter l’approche de l’ennemi. C’est ainsi que furent démolis un certain nombre d’édifice comme les couvents des frères Mineurs, des Jacobins, les églises Ste Catherine, St Pierre, Notre Dame du Bon Voyage... Le siège de la ville débuta au mois d’août. Marseille résista. Le roi vint à son secours, poursuivit l’ennemi jusqu’en Italie. D’emblée, il ordonna la construction des forts. Celle-ci commença rapidement. Cependant, Marseille faisait traîner la construction du fort. Les Marseillais pensaient que le fort, s’il pouvait les protéger, pouvait aussi les surveiller et les empêcher de pratiquer leur commerce. Il faut préciser que Marseille avait, de tout temps, été une cité indépendante et qu’elle n’acceptait pas toujours la main mise du pouvoir royal. Le château fut enfin terminé le 12 juillet 1531, avec ses trois tours, telles que nous le voyons aujourd’hui. Le fort était armé de canons serpentines, grandes couleuvrines et couleuvrines bâtardes, à l’écusson de François Ier : Fleur de lys et salamandre. Le douze octobre 1533, on tira les premiers coups de canons. Des coups d’honneur annonçant l’arrivée du pape Clément VII.
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| Photo d'Etienne Noël |
Le château d’If est l'un des sites les plus visités de la ville de Marseille. Le château et le mur d'escarpe entourant l'îlot ont été classés monuments historiques le 7 juillet 1926.
Le fort a lui-même le plan d'un carré avec des côtés d'une longueur de 28 mètres, flanqué de 3 tours cylindriques. Il se compose de trois niveaux. Chaque tour comporte de grandes ouvertures. La tour Saint Christophe dans le nord-ouest est la plus haute tour et permet de surveiller la mer à 22 m de hauteur. La tour a été construite de 1524 à 1527 et la tour résidentielle associée date de 1529.
Les tours Saint Jaume et Maugovert sont à l'opposé au nord-est et au sud-est du fort. Les tours sont reliées entre elles par une terrasse spacieuse sur deux étages. Le salon et la cuisine sont au rez-de-chaussée et des casemates se trouvent au premier étage. Les trois tours rassemblaient une puissance de feu considérable, ce qui faisait du château d'If une puissante citadelle. En 1702, Vauban fit ajouter une maison de garde, à droite avant la sortie de la forteresse, la caserne Vauban.
source: servicehistorique.sga.defense.gouv.fr
La fonction carcérale de cette fortification
La fonction carcérale a très tôt pris le pas sur le rôle militaire : trois siècles durant, le château a servi de prison à des hôtes célèbres ou anonymes. Cette forteresse devient dès 1580 et jusqu’en 1871 une prison d’Etat. Les opposants au pouvoir y sont emprisonnés, protestants et républicains en tête.
Les premiers prisonniers du château d'If sont enfermés en novembre 1540. Ce sont deux pêcheurs marseillais. En dehors des cellules du rez-de-chaussée, dans lesquelles la promiscuité associée à une hygiène déplorable laisse aux prisonniers une espérance de vie de 9 mois, il est possible, moyennant finance, de louer une cellule au premier étage, appelée aussi « chambre passable » ou « pistole », plus spacieuses, ces cellules ont généralement des fenêtres et des cheminées. Les prisonniers fortunés y étaient enfermés.
On peut citer quelques prisonniers célèbres comme le marquis de Sade, le comte de Mirabeau, enfermé en 1774 sur la demande de son père, Fanny Dillon, épouse du général Bertrand, enfermée en mars 1815, Louis Auguste Blanqui (un révolutionnaire républicain socialiste français, qui s’est battu pour des idées neuves à son époque telles que le suffrage universel « Un homme, une voix », l'égalité homme/femme et la suppression du travail des enfants).
Le nom d'un prisonnier politique de 1848 au château d'If (source: Image Wikipédia)
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| Photo d'Etienne Noël |
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| Photo d'Etienne Noël |
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| Photo d'Etienne Noël |
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| photo Etienne Noël |
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| Photo d'Etienne Noël |
120 personnes furent emprisonnées après les émeutes de 1848. Après le coup d'État du 2 décembre 1851, le château reçut provisoirement 304 détenus en attente de leur déportation vers le bagne de Maison-Carrée (Algérie) ou celui de Cayenne (Guyane). D'autres prisonniers politiques y furent également enfermés lors de la chute du Second Empire (1870) comme Gaston Crémieux, fusillé l'année suivante.
Les derniers prisonniers sont des civils alsaciens et lorrains libérés en septembre 1914.
Vue depuis une cellule (source: Image Wikipedia)
Plan-relief de 1681 du château d'If (Musée des Plans-reliefs, Paris)
Un lieu mythique
Un lieu mythique mondialement connu. Alexandre Dumas publie Le Comte de Monte-Cristo en 1844. If est le lieu de détention du héros, Edmond Dantès. Le roman rencontre un énorme succès : traduit dans le monde entier, vingt-trois films s’en inspirent. Des visites de la « cellule d’Edmond Dantès » sont encore organisées de nos jours au Château d'If. Le réalisme est poussé jusqu'à avoir creusé une galerie entre la cellule supposée de Dantès et celle de l'abbé Faria. Aujourd'hui sont aussi possibles des visites du centre ville aux endroits cités par Alexandre Dumas dans son roman.
Alexandre Dumas (source: Image Wikipédia)
lundi 13 février 2012
Toulon et son bagne
Toulon devient la base des galères à la place de Marseille lorsque Louis XV décrète, en 1748, la suppression du corps des galères et leur rattachement à la marine royale. L’utilisation des condamnés comme rameurs sur les galères françaises semblent dater du XVe siècle avec Jacques Cœur. Les galères françaises avaient à leur tête un amiral indépendant de l’amiral de France et étaient basées à Marseille dès leur origine et c’est aussi à Marseille que se trouvaient jusqu’au XVIIIe siècle toutes les installations du bagne.
Désormais Toulon doit gérer les forçats, environ 3000. En 1836, le bagne de Toulon compte 4305 détenus dont 1193 condamnés à perpétuité, 174 à plus de vingt ans, 382 entre seize et vingt ans, 387 entre onze et quinze ans, 1469 entre cinq et dix ans et 700 à moins de cinq ans.
Elle le fait d’abord sur des galères, qui prennent alors le nom de bagne flottant puis elles sont réservées pour ceux ayant des peines inférieures à 5 ans. Enfin, en raison du manque de nourriture et d’hygiène, des maladies et des épidémies, on construit des installations à terre. Mais ils dorment toujours à même le sol. Ceux ayant une peine de plus de 5 ans dormaient sur des longs bancs faits de planches appelés « tollards » alors que ceux ayant eu une bonne conduite pouvaient dormir dans la salle des réprouvés et avaient le droit à un petit matelas. Les forçats ne sont plus des rameurs mais doivent effectuer des travaux de force, de terrassement, de construction dans l’arsenal ou en ville. On les reconnaissait facilement. Ils étaient habillés d’un pantalon beige-jaune, d’une chemise blanche, d’une veste rouge garance, d’une paire de sabots ou de chaussures à lacets et coiffés d’un bonnet de couleur verte pour les perpétuités, rouge pour les condamnés à temps, violet pour les meilleurs éléments et brun pour les condamnés militaires. Un anneau de fer était placé à l’une des chevilles. La manille de fixation pesait 1,5 kg, et la chaîne d’une longueur de 1,5 mètres qui était fixée pesait 7,2 kg. Ils étaient attachés par deux au moins pour une durée de quatre ans.
Au bout de ce laps de temps, les meilleurs détenus étaient affectés à de petits travaux comme l’imprimerie, l’écriture, la cuisine ou le jardinage. Les détenus les plus durs étaient même enchaînés par quatre. Les évadés repris encouraient trois années de peine supplémentaire s’ils étaient condamnés à temps et de trois ans de double chaîne pour les condamnés à perpétuité. Sous l’Ancien Régine, jusque 1830, on les marquait au fer rouge (d’un T pour les condamnés à temps et TP pour la perpétuité) et on les enchaînait, parfois par deux. Le boulet, alors aux pieds, constituait une punition disciplinaire comme les coups de corde. On les nourrissait essentiellement avec du pain noir, des légumes secs et une ration de vin, dans de rares occasions ils avaient le droit à de la viande. Le quotidien pouvait s’améliorer avec un gain d’argent pour le travail effectué ou par la revente de petits objets au bazar du bagne.
L’état sanitaire n’étant pas brillant, la ville de Toulon a dû aménager un hôpital du bagne.
Il est d’abord construit en 1777 dans les casemates du rempart sud-est de la darse de Vauban par les bagnards eux-mêmes, selon les plans des architectes Perdiger et Maucord puis il est transféré en 1797 dans un immense bâtiment, de 200 m de long, le long du quai ouest de la vieille darse. L’hôpital occupe le 1er étage de ce bâtiment. Dans une des tours, celle du nord, la chapelle des forçat est installée. Le premier bâtiment accueillant l’hôpital est dès lors dédié à l’accueil des forçats jusqu’en 1815 où ils sont installés perpendiculaire à l’hôpital.
Au début du second Empire, la suppression des bagnes des ports militaires, jugés peu désirables et peu rentables, est envisagée mais elle n’est effective que lorsque les bagnes de Cayenne et de Nouméa sont capables de recevoir tous les condamnés. Ainsi le bagne de Toulon est le dernier à être fermé en 1873.
Les bâtiments sont répartis entre divers services militaires (défense du littoral, centre d’études de la marine, artillerie de côte,…) jusqu’en 1944, date à laquelle ils subissent d’importantes destruction du fait de la guerre.
De nos jours, il ne subsiste qu’un bâtiment, autrefois occupé par les bagnards, appuyé sur un fragment de l’ancien rempart sud-est de la darse de Vauban, conservé à titre de souvenir. Il est notamment utilisé comme restaurant pour le personnel de l’arsenal.
Autre mise en valeur, celle des bagnards célèbres ayant séjourné à Toulon : Eugène François Vidocq en 1799, après s’être évadé du bagne de Brest, l’imposteur Coignard, quant à Jean Valjean, ce n’est que le fruit de l’imagination de Victor Hugo.
Les forçats rejoignent le bagne de Toulon par convois à pied,
quelques fois par voie fluviale sur le Rhône, enchaînés. À partir de 1837, ils sont convoyés par des voitures cellulaires, des charrettes composées d’une douzaine de niches dans lesquelles ils demeuraient assis et enchaînés. A leur arrivée, leurs cheveux étaient coupés de façon asymétrique pour les condamnés à temps et rasés avec des raies pour les condamnés à perpétuité. Ils étaient aussitôt envoyés aux travaux de grande fatigue c'est-à-dire à la construction de bâtiments dans l’arsenal ou à l’extérieur, à l’armement ou au désarmement des navires, à l’embarquement et au triage des boulets, au changement des mâtures, au pompage et au curage des bassins, à la mise à l’eau et au halage à terre des vaisseaux. Dans l’arsenal, ils fabriquaient des cordages dans un bâtiment, logiquement appelé la corderie. En ville, certains exerçaient leur ancien métier de commerçant, de domestiques voire de dentistes.
Aujourd’hui il ne reste que peu de traces de ce bagne et de ses bagnards, les bâtiments ayant été détruits durant la seconde Guerre Mondiale.
Néanmoins, quelques graffiti sont encore visibles, comme celui sur un des murs de la presqu’île Saint Mandrier et le fort Balaguier, édifié en 1636 par Richelieu pour renforcer la protection de la rade de Toulon, qui accueille depuis 1971 un musée municipal, loué à la municipalité par la marine.
Il se veut un musée d’art et d’histoire de la Seyne en même temps qu’un musée naval et le musée du bagne de Toulon. Ce dernier se situe dans la chapelle du bâtiment et se présente surtout sous la forme d’une exposition permanente. Des expositions temporaires sont organisées chaque année depuis 1998 dans les tours.
Quant à la corderie, elle a, elle aussi, été réhabilitée pour accueillir les archives du service historique de la Défense.
Pour plus d’informations, un livre est également sorti en avril 2010 sur le bagne et son histoire.
La complainte des galériens
La chaîne
C’est la grêle
Mais c’est égal
Ça n’fait pas d’mal
Nos habits sont écarlates,
Nous portons en lieu d’chapeaux
Des bonnets et point d’cravate
Ça fait bross’ pour les jabots
Nous aurions tort de nous plaindre
Nous somm’s des enfants gâtés,
Et c’est crainte de nous perdre
Que l’on nous tient enchaînés.
Nous f’rons de belles ouvrages
En paille ainsi qu’en cocos,
Dont nous ferons étalage,
Sans q’nos boutiqu’s pay’ d’impôts,
Ceux qui visitent le bagne
N’s’en vont jamais sans ache’ter ;
Avec ce produit d’laubaine
Nous nous arrosons l’gosier.
Quand vient l’heur’ des’bourrer l’ventre,
En vant les haricots !
Ça n’est pas bon, mais ça entre
Tout comm’le meilleur fricot,
Notr’guignon eût été pire,
Si, comm’desjolis cadets,
On nous eût fait raccourcir
A l’abbayed’Mont-à-Regret
Source : archives départementales du Var
Sources :
www.netmarine.net
www.ldh-toulon.net
Draguignan, huit siècles de justice

Draguignan est l’une des villes possédant une des plus anciennes juridictions de France. Tout commence le 20 novembre 1203 avec le transfert du siège des juridictions, par le comte de Provence, de Fréjus à Draguignan, certainement pour les soustraire à la proximité des juridictions de l’Evêque. Les affaires et nombreuses et le déplacement en nombre des plaideurs font la prospérité commerciale de la ville.
Une fois la Provence rattachée à la France, en 1481, le rôle administratif et judiciaire de Draguignan va encore s’accroître. Le vieux donjon, construit par le comte de Provence, où logeaient les prisonniers, est rasé puis reconstruit avec l’autorisation de Louis XIV et devient la « tour de l’horloge », où, n’ayant pas de prétoire, les juridictions siègent en plein air sur une partie supérieure à la place du marché. Par la suite, elles sont installées dans un bâtiment, de l’autre côté de la place. Beaucoup de chroniques rapportent l’exécution de certains hérétiques, notamment lors des guerres de religion, sur le bûcher de cette place du marché. On pensait, à l’époque, que l’exécution publique avait une vertu pédagogique et le spectacle de celle-ci une vertu dissuasive. Finalement, les juridictions sont installées dans un immeuble dit « la maison du roi » situé en haut de la rue de l’observance. Ce bâtiment regroupe en un même lieu le palais de justice et une prison célèbre pour son insalubrité et ses évasions. On peut citer celle de Gaspard de Besse qui y séjourna quelques temps aux frais du roi. Certains textes mentionnent aussi que l’immeuble était tellement mal entretenu qu’une partie de la salle d’audience s’écroula, obligeant le tribunal à trouver refuge dans un couvent pendant une vingtaine d’années.
A l’époque, la ville doit beaucoup à la « basoche » dracénoise. Elle est à l’origine de la construction des plus beaux immeubles de la veille ville où de véritables dynasties d’avocats et de magistrats ont vécu. Ces personnalités influencent fortement leur activité professionnelle qu’est la justice mais sont aussi actifs dans le domaine social et la bienfaisance. L’avocat Raynouard est célèbre pour ses travaux sur les troubadours et en tant que secrétaire perpétuel de l’Académie Française, il est un exemple de cette activité intellectuelle des avocats de l’époque de l’Ancien Régime.
Avec la révolution, les juridictions de Draguignan sont bousculées. Le chef lieu est fixé à Toulon en septembre 1790 puis à Grasse en juillet 1793. A Grasse, on transfert également le tribunal criminel. Draguignan ne redevient chef lieu et ne retrouve ses juridictions qu’avec Napoléon Bonaparte, convaincu par le comte Honoré Muraire, avocat au barreau de Draguignan et ancien maire. Le comte participe même à la rédaction du code civil et est élu par ses pairs pour devenir le premier président de la cour de cassation. Napoléon permet aussi aux Ordres des avocats, supprimés à la révolution, de renaître en 1810. A la même date, le tribunal de commerce est créé, héritier d’institutions plus anciennes. Il est installé dans une ancienne halle aux grains.
Ayant à nouveau sa vocation de ville administrative et judiciaire, les constructions se poursuivent. Un palais de justice est inauguré par l’Evêque le 6 janvier 1825, construit par le célèbre architecte provençal Penchaud et une prison est conçue pour respecter les idées des grands criminologistes de l’époque. Elle est considérée comme un modèle de ce qu’il fallait pour faire amender les prisonniers.
L’art oratoire fleurit, les réquisitoires et les plaidoiries sont attendus. Un public averti suit les débats et demande à assister aux audiences.
Les évènements de 1848, la répression des Républicains après l’insurrection de 1851, la chute de l’Empire et la consolidation de la république mettent d’autant plus les avocats au premier plan. Beaucoup d'entre eux étaient des opposants à la Restauration, à la Monarchie de Juillet et à l'Empire et sont devenus un des groupes sociaux dominants de la « République des Jules » comme certains ont appelé la troisième République, en occupant de très nombreuses fonctions publiques. Tout au long du XIXème siècle, ils luttent pour obtenir l’indépendance et la liberté pour les Ordres de choisir les Bâtonniers et les membres du conseil de l’Ordre sans que la magistrature ou le pouvoir ne puisse interférer.
Tout bascule avec la première Guerre Mondiale comme pour beaucoup de villes en France. Draguignan redevient néanmoins une préfecture agréable durant les années folles. Avec l’évolution de la société, une première femme s’inscrit à l’ordre en 1920, bien que les femmes pouvaient le faire depuis 1901.
La fonction judiciaire de Draguignan se renforce avec la suppression du tribunal civil de première instance de Brignoles à la fin des années 20 à la suite de la réforme du président Poincaré de 1926. Son activité ne cesse de croître surtout pendant la guerre d’Algérie. La chambre correctionnelle traduit en justice de nombreux sympathisants du FLN.
Enfin, ces dernières années, Draguignan ne chôme toujours pas. Elle connaît la fusion des avocats et des avoués en 1972, le transfert de la préfecture à Toulon en 1974, la fusion avec le conseil juridique en 1992, la création du tribunal pour Enfant en 1997…
L’histoire judiciaire de Draguignan se compose aussi avec son centre pénitentiaire.
Il s’agit d’un établissement à gestion déléguée construit entre 1980 et 1983 et mis en service le 17 septembre 1984. Sa superficie est de 72519 m² dont 46755 m² intra muros. Ce centre est composé d’une partie « centre de détention » et d’une autre partie « maison d’arrêt » qui permettent l’incarcération d’environ 500 détenus, surveillés par environ 200 agents pénitentiaires. Seulement, ce centre n’a pas été épargné par les inondations du Var en 2010 et par les dégâts causés par la crue du 15 juin 2010. On y dénombre 23 morts et 2 disparus.
Les locaux ont ainsi été partiellement inondés, essentiellement au rez de chaussée, les cellules d’environ 76 détenus, obligeant la direction régionale de l’administration pénitentiaire à évacuer en urgence les détenus et à redéployer les agents sur d’autres sites. Aujourd’hui l’administration centrale se demande s’il est préférable de réaffecter des locaux ou bien de rebâtir un nouveau centre pénitentiaire sur un autre site. Des discussions ont lieu entre l’administration et les représentants du personnel mais déjà, en octobre 2010, l’idée de reconstruire le centre sur les hauteurs de Draguignan, au lieu dit des « Nourradons », avait été évoquée. L’agence publique pour l’immobilier et la Justice a récemment annoncé l’ouverture pour 2015 du nouveau centre pénitentiaire à Draguignan sur le site des « Nourradons ». La construction est prévue sur 25000 m². Bien que cela déplaise à la population environnante, le ministère de la justice refuse de réhabiliter un bâtiment situé sur une zone inondable. Actuellement il n’est fait aucune mention sur le devenir de l’ancien bâtiment du centre pénitentiaire. La voie de l’abandon semble être la plus probable.
Sources :
archives départementales du Var / Direction de l’architecture et du patrimoine du Var
www.villedraguignan.com
www.fbe.org
La colonie agricole pour mineurs délinquants de Sainte-Anne, à l'île du Levant

C’est en novembre 1952 que des ruines de l’ancienne colonie agricole pénitentiaire de Sainte Anne, près de Hyères, sur l’île du Levant, ont été découvertes. L’inventaire topographique n’intervient qu’en 1999. il ne subsiste de la colonie que les caves. Néanmoins, avec des recherches aux archives départementales, dans les courriers et délibérés du tribunal correctionnel de Toulon, on retrouve bien la trace d’un centre d’éducation et de patronage des jeunes détenus mineurs, ayant de 13 à 21 ans.
Tout commence le 5 août 1850 avec la loi promulguée par Louis Napoléon Bonaparte qui officialise les colonies pénitentiaires privées et publiques. Une loi qui va être à l'origine de nombreuses institutions privées en direction des mineurs délinquants.
Ainsi le 17 février 1858, le comte de Pourtalès achète un domaine dur l’île du Levant et décide d’y établir une colonie agricole pénitentiaire. Construite en 1861, la colonie est prévue pour 250 à 300 personnes. En activité pendant près de 18 ans, les détenus y apprennent chacun un métier – maçon, maréchal-ferrant, charretier, tailleur, tonnelier, menuisier, forgeron, cordonnier, charpentier, boulanger, cuisinier, éleveur - mais aussi la lecture et l’écriture. Ils sont encadrés par un directeur, assisté d’un aumônier, d’un médecin en relation avec le ministère de la santé, d’un greffier, d’un économe et de douze gardiens éducateurs. A la fin de leur apprentissage, ils sont ainsi assurés d’avoir acquis un métier et ils recevaient alors les salaires, contrôlés par le greffier et la préfecture, qu’ils avaient épargnés durant leur séjour, indépendamment des frais de route et d'habillement, qui eux, étaient dus réglementairement. A leur libération, les jeunes sans famille d’accueil étaient confiés à l’organisation jusqu’à leur service militaire.
Avant d’arriver à la colonie, on trouve sur la gauche un bâtiment servant de cantine puis un jardin d’honneur aux plantes exotiques. On y arrive ensuite par une porte monumentale qui donne sur une grande cour intérieure, la place d’armes, où les premiers dimanches de chaque mois le directeur passe en revue les détenus avec les gardiens en grande tenue, le sabre sur le côté. Autour de cette cour, de grands locaux accueillent des dortoirs, des réfectoires, une école et quelques cellules. D’autres servent à l’exploitation agricole et à une école professionnelle. On y trouve donc une fabrique pour des bouchons de pipe, une machine à vapeur produisant la force motrice pour les ateliers, un moulin à farine et surtout une grande ferme modèle où on élève vaches, chevaux, bœufs, moutons, volailles, porcs et cultive de la vigne, des fruits et des légumes. Une chapelle se dresse également dans un angle. Les jeunes détenus sont libres de circuler dans la colonie et travaillent pour les artisans présents sur place. Ils sont environ 145 jeunes (sur 510 habitants de l’île) à travailler dans tous les métiers du domaine, sur 200 hectares.
Tout était organisé en vue de la bonne marche de la colonie tant au point de vue du travail que du rendement, de la bonne tenue des pensionnaires et du bien être du personnel. La colonie est aussi composée d’une importante salle de soin et des chambres d’isolement – les maladies les plus fréquentes sont aussi les plus mortelles : choléra, scorbut, variole, coqueluche, paludisme, diphtérie, varicelle, tuberculose, diarrhées, typhoïde, rachitisme.
Selon les archives départementales, en 1854, le choléra fait 124 morts à Salerne et en 1865, la variole fait 350 malades et 45 morts. Hyères n’étant pas loin, on se doute bien que la colonie ne fut pas épargnée.
En 1866, une révolte causée par les nouveaux arrivés de la colonie horticole Saint Antoine, en Corse, explose. Pendant la nuit, on chante des chants séditieux, des lampes à pétrole sont brisées, la demeure du directeur est pillée, le feu est mis à un autre bâtiment, ce qui provoque aussitôt un terrible incendie causant la mort de 14 enfants. Le lendemain, le 4 octobre, 37 jeunes sont arrêtés par la gendarmerie et des militaires. Les quatre meneurs sont condamnés par le tribunal aux travaux forcés à perpétuité. La raison de cette révolte, une simple querelle entre bandes et un peu d’alcool volé à la réserve !
A la suite de cet incident, la colonie agricole pénitentiaire de Saint Anne ferme. Après la fermeture du pénitencier en 1867, le domaine agricole continuera son exploitation pendant 12 années. A la mort du comte de Pourtalès, en 1878, le domaine est vendu.
Une autre version existe pour la fermeture de cette colonie pénitentiaire. Dans les archives, il est fait mention qu’en février 1861, une soixantaine d’enfants (5 ans pour les plus jeunes) quittent Paris et La Roquette pour gagner la colonie agricole pénitentiaire de Saint Anne sur l’île du Levant. Ils sont les premiers pensionnaires. Certains vont même constituer une bande pour défendre les plus jeunes et les plus fragiles et c’est certainement cette bande que les nouveaux arrivés de Corse, les "durs", ont décidé d’affronter. Quatre années plus tôt, dans la nuit du 29 mai 1862, un jeune corse fut impliqué, lui aussi, dans une révolte. Il s’agissait de M. X, âgé de 16 ans, originaire de Centuri, dans le Cap Corse. La terrible nuit se termina par l’assassinat d’un jeune garçon détenu. Les causes de la mutinerie trouvaient leur origine dans les mauvais traitements infligés aux enfants.
Loin d’être un établissement rééduquant, avec philanthropie, les jeunes délinquants, la colonie est un véritable bagne pour mineurs. En effet, les enfants sont soumis au travail forcé, à la malnutrition, aux brimades et aux sévices jusqu’à ce que la colonie soit fermée par les autorités en 1878. Cette version s’appuie sur la découverte, dans le cimetière à proximité, d’une centaine d’enfants enterrés soit 10% des pensionnaires, quatre d'entre eux étaient âgés de dix ans — Auguste Roustan, né à Soyans-sur-Die (Drôme), mort le 2 octobre 1862 ; Eugène Gay, né à Allos (Basses-Alpes), mort le 25 octobre 1863 ; Aimé Noël né à Vaubadon (Calvados), mort le 19 mars 1865 ; Siméon Soulage, né à Charols (Drôme), mort le 23 février 1874.

Tout comme la stèle qu'il leur a été récemment érigée sur l’île, ce livre leur rend hommage.
Sources :
www.museedeleau.com – articles de Pierre Quillier
Archives départementales du Var – Draguignan "La colonie agricole et pénitentiaire de Saint Anne - Ile du Levant - 1861-1878", R. Hubsch
A Cronica, Journal de l’histoire du Cap Corse édité par l’Association Petre Scritte, n° 12, 1996, p. 27


































