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vendredi 20 décembre 2013

La maison d'arrêt du Puy-en-Velay par Laëtitia Versavel

Maison d’arrêt du Puy-en-Velay

La maison d'arrêt du Puy-en-Velay, localisée dans le département Haute-Loire et se trouvant en centre-ville, est mise en service en 1897. Elle se situe dans le ressort de la cour d'appel de Riom et du Tribunal de Grande Instance du Puy-en-Velay. Les prévenus, c'est-à-dire les détenus en attente de jugement, ainsi que les condamnés dont la peine n'excède pas un an d'emprisonnement y sont reçus. D'une capacité de 36 places, la prison propose aux détenus des activités et autres ateliers de travail.



Les établissements pénitentiaires de la Haute-Loire



Département de la Haute-Loire


Si de nos jours, la maison d'arrêt du Puy-en-Velay est le seul établissement pénitentiaire du département, il n'en a pas toujours été ainsi. En effet, au XIXe siècle et jusqu'au début du XXe siècle, la Haute-Loire comptait deux autres prisons : une à Brioude et une autre à Yssingeaux. La première est supprimée en 1933, la seconde ferme quant à elle en 1935. Il existait également dans ce département des chambres municipales et des chambres de sûreté dans les chefs-lieux de canton tel que Craponne, Monistrol, Montfaucon ou encore Pradelles. Ces chambres servaient de gîtes aux détenus transférés et aux individus condamnés pour des peines de simple police. 


Le département de la Haute-Loire ne possédant pas de prison centrale, les hommes condamnés à la réclusion à perpétuité ou à plus d'un an d'emprisonnement étaient dirigés vers la maison centrale de Riom tandis que les femmes étaient conduites à Montpellier. 

Les prisons de la Haute-Loire appartenaient historiquement à la catégorie des prisons départementales qui se répartissaient de la manière suivante :

- maisons d'arrêt qui recevaient en détention les prévenus.

- maisons de justice où étaient incarcérés les prévenus devant comparaître devant une Cour d'assises.

- maisons de correction qui accueillaient des individus purgeant une peine d'incarcération égale ou inférieure à un an. 

Bien qu'étant une maison d'arrêt, la prison du Puy-en-Velay a toutefois réuni, à certains moments de son histoire, les fonctions de maison d'arrêt, de maison de justice et de maison de correction. Il en est d’ailleurs de même pour les prisons de Brioude et d’Yssingeaux. 

Fait primordial pour ce qui est de l'histoire de ces prisons : au mois de janvier 1992, la maison d'arrêt du Puy-en-Velay verse la totalité de ses archives ainsi que celles des anciennes prisons de Brioude et d'Yssingeaux. Ce versement a été scindé en deux. Les dossiers postérieurs à 1800 et antérieurs à 1940 sont classés dans la série Y avec une répartition en sous-série selon la provenance (1 Y pour les fonds de la préfecture et 2 Y pour les fonds des établissements pénitentiaires). Les dossiers concernant la période contemporaine forment, quant à eux, une autre série. Ainsi les archives contemporaines de la maison d'arrêt du Puy-en-Velay constituent le versement 1295 W. 

Les évasions ayant eu lieu pendant la seconde Guerre Mondiale 


Durant la seconde Guerre Mondiale, la prison connaît trois grandes évasions. La première se déroule le 25 avril 1943 : 26 prisonniers condamnés pour « menées communistes » par les tribunaux de Vichy s'évadent de la prison du Puy-en-Velay. La police parvient à capturer 16 de ces évadés dont Augustin Ollier, patriote à l'initiative de l'organisation de la fuite. Quelques mois plus tard, dans la nuit du 1er au 2 octobre 1943, ce sont 79 partisans qui s'évadent de nouveau grâce à un plan d'Augustin Ollier. Enfin le 18 août 1944, 24 autres prisonniers réussissent à quitter la maison d'arrêt.


Plaque commémorative située sur l'un des murs de la prison

Importante par le nombre de prisonniers impliqués, l'évasion de la nuit du 1er au 2 octobre 1943 constitue un événement majeur de l'histoire de la prison. En effet, elle est permise grâce à la complicité d'un jeune surveillant nommé Albert Chapelle. Il s'agit en quelque sorte d'un haut fait de la Résistance dans la mesure où les 79 prisonniers sont des prisonniers politiques. On trouve le récit de cette évasion dans l'ouvrage de Pierre Montagnon intitulé Les Maquis de la Libération : 1942-1944 :


« « Sauver les copains ! » Quel résistant, quel maquisard ne sont pas prêts à tout tenter pour extraire des mains ennemies des camarades malchanceux ? Bien des efforts héroïques seront déployés dans ce sens : coups de main sur des prisons, embuscades sur des convois de prisonniers... Tous n'aboutiront pas. Certains se termineront tragiquement. Fort heureusement il est quelques beaux succès. 

La prison du Puy-en-Velay compte, fin septembre 1943, 79 détenus politiques. L'un des gardiens, Albert Chapelle, appartient à la Résistance. Il sera le cheval de Troie introduit dans la place. 

1er octobre, jour de rentrée scolaire à cette époque, les prisonniers sont discrètement prévenus. La belle est pour ce soir. La nuit tombée, Chapelle se glisse de cellule en cellule « A 11 heures, tenez-vous prêts ! ». 11 heures, l'horloge de la détention tinte. Le gardien complice ouvre les portes des deux premières cellules et sans bruit guide leurs occupants dans les coursives. Les quatre GMR [Groupement mobile de réserve] endormis du poste de garde sont rapidement maîtrisés, leurs mousquetons saisis. Puis les deux autres portes extérieures sont neutralisées sous la menace des armes. 

Dehors, cinquante maquisards ceinturent la prison. Les lignes téléphoniques ont été coupées. Deux camions, une voiture stationnent à courte distance. 

A l'intérieur, la sédition est maîtresse des lieux. Toutes les cellules des politiques se vident rapidement. La poterne dans la muraille d'enceinte est franchie sans un mot en file indienne. Quelques coups de lampe de reconnaissance. Les maquisards guident les évadés vers les véhicules. 79 prisonniers plus Chapelle prennent la clef des champs. Ils se scinderont en deux. Un premier groupe gagnera le camp Gabriel Péri dans le Puy-de-Dôme. Le second restera en Haute-Loire. A pied il se rendra à Queyrières, au sud d'Yssingeaux. Sur les pentes du Meygal, aux forêts profondes il s'installera dans de petites fermes abandonnées. »

Robert Arnaut et Philippe Valode font un compte-rendu encore plus détaillé de cet événement dans Les dossiers secrets de la Seconde Guerre mondiale. Cette extrême précision est notamment le résultat d'un entretien réalisé le 10 mai 1991 entre Raymond Vacheron et l'un des instigateurs de l'évasion, à savoir Albert Chapelle.

« En Haute-Loire, dans l'Allier comme un peu partout en France, les réseaux de la Résistance sont à présent à peu près structurés, les maquis sont organisés. Mais ces maquis ont besoin d'hommes, car, à l'heure du débarquement allié, c'est tout un peuple qui devra surgir des bois et des maisons. Mais où trouver des hommes sûrs et déterminés, prêts à l'action ? Il y a bien les 80 prisonniers politiques de la maison d'arrêt du Puy, qui feraient de fameuses recrues !

Alors, les résistants FTP [Francs tireurs partisans] de la région, en accord avec les services secrets anglais, proposent de faire évader les communistes incarcérés. Ce projet un peu fou semble réalisable grâce à certaines complicités et notamment à celle d'un jeune homme de vingt-quatre ans, un coiffeur, qui, pour échapper au STO, a préféré devenir gardien de prison. Il s'appelle Albert Chapelle. En voyant sa silhouette de séminariste, l'Administration pénitentiaire ne pouvait pas se douter qu'elle avait affaire à un farouche patriote. Ce garçon est membre des Jeunesses socialistes depuis l'âge de dix-sept ans. Recruté par l'Administration, il a d'abord été affecté à Riom, puis à Châteauroux. C'est là qu'il est entré en contact avec deux détenus britanniques pour lesquels il faisait le « facteur ». « Les deux Anglais me donnaient des messages que je glissais sous la poubelle de la prison. Le gardien-chef, en sortant la poubelle, sortait sans le savoir les messages. En face de la prison habitait un fromager résistant qui les récupérait pour les faire passer à Londres. »

[…] Il est chargé de préparer une évasion collective. Il se met aussitôt au travail avec application. Il observe, il repère ceux qui, peu ou prou, sont susceptibles de l'aider. Il étudie les moindres recoins de la prison. Il minute tous les actes de la journée, les mouvements des relèves. Il connaît par cœur la liste des gardiens, leur emploi du temps, leurs habitudes. Le coiffeur règle tout cela comme un chef d'état-major; il ne laisse rien au hasard. Les détenus politiques flairent en lui un sympathisant, et il est « branché » sur l'un des responsables des détenus, Augustin Ollier, qui, avec un « homme de l'extérieur », va mettre au point tous les détails de l'évasion : « Les besoins en armes, transports, le ravitaillement, la date t l'heure. Je me rappelle qu'il m'a dit d'aller vite, que nous avions peu de temps pour réussir. C'est lui qui préparera l'évacuation à l'extérieur. »

Toute l'action va reposer sur le sang-froid et l'intelligence d'Albert Chapelle. En distribuant le repas du soir, il fait ses comptes rendus à Augustin Ollier. Ils échangent furtivement quelques mots, couverts par le bruit des gamelles : « Attention ! Dans la nuit du 1er au 2 octobre ! »

La nouvelle s'est répandue dans les cellules grâce au téléphone carcéral, le code en morse tapé sur les tuyauteries. 

Le soir du 1er octobre, il est arrivé en criant plus fort dans le couloir : « La soupe ! »

Chacun a tendu sa gamelle, en attendant autre chose. Et en vidant sa louche, Chapelle a soufflé à Ollier :

-Ce soir. A 11 heures. Tenez-vous prêts !

[…] La porte s'est refermée et les pas libérateurs se sont éloignés en résonnant. Le silence s'alourdit dans les cellules. On ne discute plus. Chacun fait son misérable paquet et se chausse de son mieux. 

Dans la salle de repos où se trouvent trois gendarmes, Chapelle entre, le visage retourné […] Il fait la distribution du breuvage [il s'agit de vin] additionné d'un somnifère. En deux minutes, les gendarmes sont avachis et ronflent. Avec un sang-froid étonnant, Albert Chapelle coupe les fils du téléphone, puis il monte à la passerelle et offre à boire aux deux gendarmes qui commandent les fusils-mitrailleurs en batterie et qui s'endorment à leur tour. Chapelle ouvre alors la cellule 28, où est bouclé Augustin Ollier. Les deux hommes libèrent leurs camarades et distribuent les armes des dormeurs. Même opération dans le poste central. 

Les prisonniers et leur guide glissent ensuite comme des ombres et ouvrent une grille derrière laquelle se trouve la salle des armes.

-Il y a deux hommes à l'intérieur, prévient Chapelle. On les neutralise, mais on ne tire pas ! Sinon, nous foutons toute l'opération en l'air. Attention ! J'ouvre ! Un, deux … trois !

Il enfonce la porte d'un coup d'épaule et braque les gendarmes :

-Désolé, messieurs !
-Albert ! dit l'un des gendarmes en souriant. 
-Il n'y a plus d'Albert ! C'est la Résistance. On ne bouge plus !
-Mais qu'est-ce que tu veux ?
-Les armes. Toutes les armes.

[…] Alors les hommes, par petits groupes, se mettent en marche, au hasard ou presque, sans connaître la région, sans savoir où ils vont ; ils s'éloignent de la ville. »

Avis de recherche d’Alexandre Drevet, résistant évadé et membre du camp Woldi


Pour leur 70ème anniversaire, ces évasions et plus particulièrement celles de 1943, ont été commémorées le 2 octobre 2013 devant la maison d'arrêt du Puy-en-Velay en présence de plusieurs personnalités et élus locaux. Ce fut évidemment l'occasion de retracer les circonstances de ces évasions de 1943 mais également de rendre hommage aux membres du camp Wodli, un important groupe de résistants dans le département de la Haute-Loire. 


Cette armée secrète mène, durant la seconde Guerre Mondiale, des actions de sabotages et des attentats contre des organismes de collaboration. Les FTP du Camp Wodli sont également à l'origine d'évasions de détenus. Ainsi, en plus de l'organisation des deux premières évasions collectives de l'établissement du Puy-en-Velay permettant la libération de tous les prisonniers politiques et ainsi d'un certain nombre de leurs membres, ils sont les instigateurs de la fuite de 20 détenus de la prison de Saint-Etienne.

Parmi ses membres, on peut citer Alain Joubert, Paul Drevet, Alexandre Drevet, Paul Linossier, Camille Pradet, Pierre Fournel, Albert Bollon..., tous à l'origine du Camp Wodli en mars 1943. D'autres hommes comme Vial-Massat, ou encore Augustin Ollier, alias le commandant Ravel, les rejoignent un peu plus tard. Finalement, le camp Woldi avec un effectif de 1000 hommes a été reconnu comme unité combattante des Forces françaises de l'Intérieur par l'Etat-Major de la subdivision Loire le 31 mars 1950. 


Les membres du Camp Wodli


Les conditions de détention en 1942-1943 


Albert Demazière, prisonnier politique de la prison du Puy-en-Velay, offre, par son témoignage, de précieux éléments permettant d'appréhender les conditions de détention de l'époque. Arrivé le 18 décembre 1942, il passe dix mois au sein de la maison d'arrêt avant de s'en évader le 1er octobre 1943. Outre le fait que les prisonniers politiques soient « parqués dans un quartier du pénitencier, les « droits commun » dans l'autre », Albert Demazière nous apprend à quoi ressemble sa vie en prison : 

« Nous sommes donc quatre par cellule « individuelle ». La sortie de vingt minutes chaque jour, dans trois courettes contiguës, une courette par contenu de cellule, nous permet d’échanger, par-dessus les murs, les informations qui nous arrivent de l’extérieur dans la correspondance toujours plus ou moins codée. Quelques journaux nous parviennent aussi, de la presse vichyssoise naturellement. L’un de nous s’est fait tabasser par la police de Vichy, venue tout exprès après la découverte, dans des coques de noix de son colis, d’un document politique de nature heureusement « théorique ». Il arrive pourtant que certains gardiens nous communiquent quelques informations cueillies à l’écoute de Londres. »

Le témoignage du détenu montre aussi comment, après la première évasion, la surveillance s'est accrue. En effet, le préfet prend des mesures ayant pour but de rendre impossible toute nouvelle tentative d'évasion. Cela se traduit concrètement par l'installation de deux postes de Groupe mobile de réserve dans les deux cours situées à côté des bâtiments de la prison. 

Le quotidien des prisonniers est aussi mentionné :

« L’un de nous est debout devant la tinette de la cellule, les trois autres, étendus pour la nuit sur leurs couchettes, tentent d’oublier le bruit que fait l’urine en tombant sur le métal et qui évoque trop crûment la promiscuité de la servitude. »

« En dépit de nos efforts pour la chasser, la nourriture tient une grande place dans ces rêveries : le brouet de 5 h 30 est déjà bien loin et il n’a pas calmé la faim qui nous taraude en permanence. Nous avons pourtant, comme d’habitude, tassé longuement le contenu de notre gamelle rouillée et noirâtre, après avoir amalgamé le pain aux lentilles ou aux choux; le tout dégusté très lentement, une cuillerée après l’autre, pour faire durer le repas. »

Enfin, Albert Demazière met en lumière les stratégies mises en place par les détenus pour communiquer entre eux. Son témoignage concernant la préparation de l'évasion du 1er octobre 1943 est à cet effet particulièrement intéressant :

« Nous fûmes pourtant informés, quelques jours avant l’opération finale, par un billet vaguement codé et jeté dans notre courette de promenade qu’ « il allait se passer quelque chose ». Il y eut même un «sondage » que les occupants de ma cellule trouvèrent quelque peu imprudent. Un après-midi, le téléphone mural, en morse, se mit en marche puis, beaucoup plus ouvertement, les détenus occupant les châlits supérieurs proches des ouvertures grillées se passèrent la consigne : un bâton, balancé au bout d’une corde, sautait de fenêtre en fenêtre; arrêté par chaque cellule, il n’était renvoyé à la cellule voisine qu’après que les occupants de la première y eussent attaché, au moyen d’une ficelle, une feuille sur laquelle figuraient les noms des détenus, l’âge de chacun d’eux, ses aptitudes militaires et le grade acquis éventuellement au cours du service. Tous renseignements nécessaires à la vie de maquis. Le procédé, je le répète, nous parut fort imprudent mais, apparemment, il n’alerta personne dans la chiourme. »

Architecture et dimension patrimoniale

 
Vue aérienne de la maison d'arrêt

La maison d'arrêt du Puy est un exemple parfait de l'application de la discipline carcérale du XIXe siècle. L'édifice, construit entre 1880 et 1897, adopte en effet le principe de l'isolement des détenus. Les prisonniers devaient pouvoir assister aux offices religieux sans déroger à cette règle. Par conséquent, la chapelle comporte un dispositif particulier aujourd’hui encore intact.
Trente huit cellules pour les hommes sont disposées sur deux niveaux desservis par des galeries de circulation intérieure éclairées par des verrières. Huit cellules desservies par un couloir étaient destinées aux femmes.


Intérieur de la prison avec vue sur les cellules, les galeries de circulation et une verrière

La chapelle occupe le dernier niveau du plan en T de l'ensemble. Les stalles sont disposées en hémicycle de façon à ce que chaque détenu ait une vue strictement limitée à l'autel. De plus, des joues latérales entre chaque stalle rendaient toute communication impossible. Cet aménagement, représentatif du système carcéral cellulaire qui s'amorce à la fin du XIXe, constitue une véritable richesse en terme de patrimoine.

Chapelle de la prison avec vue sur les stalles
Autel de la chapelle de la prison

D'ailleurs, cette chapelle de la maison d'arrêt du Puy-en-Velay est inscrite au titre des Monuments Historiques. Au total, six éléments font l'objet d'une protection et d'une inscription par un arrêté du 12 février 1987. Il s'agit de la chapelle, du décor intérieur, des stalles, de la charpente, des tribunes et d'une stalle. La Chapelle est propriété de l'état depuis 1992 et, en tant que Monument Historique, affectée au ministère chargé de la justice.

Enjeux actuels et politiques de la prison 


La maison d’arrêt du Puy-en-Velay mène aujourd’hui différentes politiques qui ont trait à la bonne condition de vie des détenus et cela bien que ces derniers n’y purgent que des peines courtes. Parmi ces politiques, on peut tout d’abord citer les initiatives pour favoriser l'insertion des détenus. Ainsi, le 5 juin 2013, une journée sur le thème de l'accès au monde du travail des détenus est organisée. Le but étant que le fautif ne soit plus en marge de la société que ce soit durant sa réclusion ou après sa libération mais aussi qu’il ne récidive pas. Plusieurs actions sont donc menées auprès des détenus : partenariat avec les acteurs du monde économique et différentes structures du milieu, tenue de forum de l'emploi, interventions organisées tous les 15 jours par Pôle Emploi et la Mission locale pour apporter un suivi au détenu quant à leur future recherche d'emploi, ateliers de rédaction d'un CV, préparation d'un entretien etc. 

D’autre part, la maison d'arrêt exécute beaucoup d’aménagements de peine. Environs 50% de sa population bénéficie ainsi d'aménagements de peine. Au Puy, 43 des 95 détenus bénéficiaient de ce système en octobre 2013 : 38 avec bracelet électronique, 5 dans le cadre de la semi liberté. Cela s’explique par le souci des autorités de récompenser la bonne conduite des détenus certes, cependant le but est également de désengorger la prison. En d’autres termes, malgré les efforts faits en faveur de ces aménagements, la prison du Puy n'échappe pas à la problématique de la surpopulation avec actuellement 52 incarcérés qui se partagent 36 cellules. La surpopulation carcérale est un problème récurrent à la maison d'arrêt du Puy-en-Velay, l'établissement fait même partie des plus surpeuplés de France. Le taux d’occupation est en moyenne de 200%. En pratique, cela implique de doter les cellules de lits superposés plutôt que de lits simples. En dépit de cela, les conditions de travail et de détention restent tout de même assez correctes. 

Avenir et patrimonialisation 


En 2010, la prison du Puy-en-Velay fait partie de la vingtaine d'établissements dont la date de fermeture est repoussée. S’il n’est aujourd’hui plus réellement fait mention de fermeture de l’établissement, la question de son possible devenir est toutefois posée. Dans la mesure où il ne s’agit que d’un report de fermeture, la prison semble être simplement « en sursis ». En cas de cessation des fonctions pénitentiaires de l’établissement, qu’adviendrait-il de cet édifice ? Seule certitude, la destruction totale est inenvisageable dans la mesure où une partie est inscrite au titre des Monuments Historiques. Impossible donc de savoir si la prison du Puy-en-Velay fera l’objet ou non d’une patrimonialisation après sa fermeture. 

En revanche, en guise de conclusion, il est intéressant de se pencher sur ce qui a été fait pour les deux autres anciennes prisons de la Haute-Loire. 

Ainsi, la prison de Brioude qui a fermé ses portes en 1933 et qui pouvait accueillir jusqu'à 36 détenus est désormais occupée en partie par des habitations. Le cachot et les cellules sont en fait reconvertis en logements dans les années 1950. Ces derniers ne prennent place que dans une partie de l’édifice et le reste se trouve dans un état de délabrement et d'abandon quasi-total. Certaines anciennes cellules servent littéralement de débarras par exemple.  


Prison de Brioude située derrière l’hôtel de ville
Prison de Brioude avec sa tour


En définitive, l'établissement n'a fait l'objet d'aucun souci de valorisation. Ceci est dommageable dans la mesure où 80 ans après la fermeture de la prison, certains vestiges témoignent encore du passé carcéral de Brioude.
Graffiti dans une cellule de l'ancienne prison

La prison d'Yssingeaux fermée quant à elle en 1935 a également fait l’objet d'une réhabilitation puisqu’elle est devenue théâtre municipal. L'ensemble de l'édifice est conservé dans son architecture extérieure d'ancienne prison. En effet, seuls l’intérieur et l’accès de l’édifice ont été modifiés. 

Prison d’Yssingeaux devenue théâtre municipal
Intérieur de l’ancienne prison entièrement réaménagé en théâtre


En conclusion, ces deux anciennes prisons n'ont pas connu de véritable patrimonialisation. Certes, elles ont été réhabilitées cependant le résultat est loin d'être convainquant notamment pour ce qui est de la prison de Brioude. Plus encore, le passé carcéral de ces établissements est complètement absent voire même volontairement effacé.
On peut penser que la maison d'arrêt du Puy-en-Velay bénéficiera, quand le temps sera venu, d'une attention toute particulière. Forte de son inscription au titre des Monuments Historiques, elle connaîtra peut-être une patrimonialisation digne de ce nom qui saura réellement mettre en valeur sa fonction pénitentiaire.





Bibliographie :

Ouvrages

- Robert ARNAUT, Philippe VALODE, Les dossiers secrets de la Seconde Guerre mondiale, Histoire EGF, 2010.

- Pierre MONTAGNON, La France dans la guerre de 39-45, Flammarion, Pygmalion , Paris, 2009.

- Pierre MONTAGNON, Les Maquis de la Libération : 1942-1944, Flammarion, Pygmalion Gérard Watelet, Paris, 2010.


Sites internet 

- sebjacquot.free.fr/valorisation/Prisons.pdf (les prisons: un patrimoine à patrimonialiser)

- forum-prison.forumactif.com/ (établissement pénitentiaire, maison d'arrêt Puy-en-Velay)

- www.leveil.fr (« il y a 70 ans, 80 partisans s'évadaient de la prison du Puy-en-Velay »
« Le Puy-en-Velay, maison d'arrêt, la surpopulation est un problème récurrent »
« Haute-Loire:la maison d'arrêt bonne élève en matière d'aménagements de peine »
« Le Puy-en-Velay : le travail comme réinsertion après la prison »)

- "Augustin Ollier, alias commandant Ravel", l'Humanité.fr (ici)

- base Mérimée

- patrimoine-de-france.com › haute loirele puy en velay

- www.monumentum.fr/maison-darret-pa00092787.html‎ ( Carte de la maison d'arrêt à Puy-en-Velay)

- www.youtube.com/watch?v=pYeADPTwF-0 (Brioude : la maison d'arrêt livre ses secrets, reportage du journal L'Eveil (journal quotidien) publié le 15 janvier 2013)


mercredi 2 octobre 2013

A Gannat dans l'Allier, le château-prison devenu musée municipal : le musée Yves Machalon



La prison de Gannat fut édifiée de 1836 à 1848 par François Barnier Mitton, entrepreneur de constructions de Moulins. Elle était installée sur l’emplacement d’un château médiéval, propriété des seigneurs de Bourbon, dont on avait conservé le mur d’enceinte et quatre tours. Il avait servi de prison dès le XVIIe siècle, mais, dès la fin de l’Empire, on avait envisagé sa restauration. II était en très mauvais état, malsain et insuffisamment aéré. Les hauts murs, l’aspect puissant et sévère de l’édifice rassuraient les habitants de la petite ville.

Photographie de Jean-Claude Vimont

Photographie de Jean-Claude Vimont
Cette petite maison d’arrêt et de correction à l’allure de forteresse pénitentiaire fonctionna jusqu’en 1926. Cette année-là, l’Administration pénitentiaire décida d’un grand nombre de fermetures, puisque la démographie carcérale avait grandement chuté. Un patronage s’y installa[1]. Un acte dit loi du 26 octobre 1940 remit en service provisoirement la prison de Gannat. C’est le 27 décembre 1941 qu’elle fut consacrée comme maison d’arrêt et de correction.  

Les constructions de la monarchie de Juillet au cœur du château.
On remarque au sol les fondations de deux anciens murs qui séparaient la cour des hommes de celle des femmes. Photographie de Jean-Claude Vimont
Elle reçut les prisonniers déférés devant la cour martiale de Gannat, créé en septembre 1940 pour juger des "dissidents", des gaullistes principalement. Ils avaient été condamnés pour crimes ou manœuvres contre l’unité et la sauvegarde de la patrie. Il s'agit de jeunes gens qui sont soumis à un régime spécial. Pierre Pédron dans "La prison sous Vichy" précise qu'ils recevaient des livres, avaient le droit de fumer. L'Etat français avait choisi cette petite prison pour qu'ils ne soient pas confondus avec des prisonniers de droit commun. Parmi ces militaires et résistants connus, on peut citer le lieutenant de vaisseau Louis-Marie Ploix, le commandant Claude Hettier de Boislambert qui s’en évada. Cet officier, membre de l'état major du général De Gaulle, fut arrêté en Afrique alors qu'il effectuait une mission pour rallier les colonies françaises au camp gaulliste. Il fut condamné à mort par la cour martiale le 13 juin 1941. Sa peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité. La cour fut supprimée en novembre 1941.
La corde qu'utilisa le commandant  Claude Hettier de Boislambert lors de son évasion est présentée dans le musée. Photographie de Jean-Claude Vimont
Photographie de Jean-Claude Vimont
A partir de 1942, séjournent hommes et femmes sanctionnés par les tribunaux correctionnels pour des vols de bicyclettes, des avortements, des vols de récolte, du marché noir. La sévérité des lois vichyssoises conduit également en prison pour concubinage avec l’épouse d’un prisonnier, pour offense envers le chef de l’Etat ou menées antinationales[2].

De 1945 à 1951, la prison de Gannat hébergea des condamnés des Cours de justice, hommes et femmes, frappés de peines de travaux forcés et de réclusion[3].  Quelques  jeunes soldats condamnés pour désertion par des tribunaux militaires y séjournèrent également à partir de 1949.


L’établissement, de petite capacité, bénéficiait d’une réputation de grande sécurité «indispensable pour la population pénale qui devait y séjourner », ce que soulignait Pierre Sainte[4], dans sa thèse de 1954.


Dans le cadre de la Réforme pénitentiaire impulsée par Paul Amor, Pierre Cannat, Charles Germain après 1945, il fut décidé d'y regrouper les relégués, petits délinquants multirécidivistes, qui avaient été étiquetés "antisociaux" dans les centres d'observation de Lille, de Rouen, de Besançon. Ils étaient réputés dangereux, notamment pour le personnel pénitentiaire. Ils demeuraient entre deux et trois années dans la prison avant d'être transférés dans le centre de semi-liberté de Clermont-Ferrand. Quelques uns, victimes de graves troubles de comportement quittaient cette petite maison, à l'atmosphère familiale, pour des hôpitaux psychiatriques.  Il accueillit ses premiers relégués le 22  mars 1951. Ils furent douze acheminés ce jour-là.  A la fin de l’année, vingt-sept avaient été écroués à Gannat, mais deux en furent extraits pour le centre de semi-liberté de Clermont-Ferrand et un autre conduit dans la maison centrale de Riom.  Les écrous  des années suivantes furent irréguliers : 25 entrants en 1952, 14 entrants en 1953, 13 entrants en 1954, 21 entrants en 1955. Les transferts annuels hors de Gannat étaient impératifs pour éviter une surpopulation, car la prison de Gannat ne disposait que de 32 places. Certains documents mentionnent parfois une contenance maximum de 36 places. 

Photographie de Jean-Claude Vimont
Photographie de Jean-Claude Vimont

Après cinq années de fonctionnement, en mars 1956, 99 relégués avaient été admis. Sur ce chiffre, 33 étaient dans l’établissement et 66 avaient été transférés.  De mars 1951 à août 1967, 256 relégués étiquetés « antisociaux » furent écroués à Gannat, mentionnés sur trois registres d’écrous distincts et pour lesquels ne subsistent que des dossiers lacunaires aux côtés de notices plus conséquentes. 

Photographie de Jean-Claude Vimont

La municipalité de Gannat acheta l'établissement à l'Etat. Elle décida de le transformer en musée municipal, le musée Yves Machalon, du nom d'un ancien maire, qui présida aux destinées de la ville à la Libération.  Il ouvrit ses portes en 1998. Si quelques pièces sont consacrées aux résistants, notamment à l'épisode de l'évasion d'Hettier de Boislanbert, le passé carcéral, l'enfermement des droits communs et des relégués antisociaux ne sont pas évoqués.




[1] Archives départementales de l’Allier, 4 N38, 4N 42 et 4 N 43, documents du Conseil général sur la construction et les aménagements de la prison de Gannat. L’enceinte et les quatre tours de l’ancien château furent inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1926. Sur la maison d’arrêt, voir Murielle HEBINGER, Les prisons de l’Allier sous la IIIe République (1871-1914), mémoire de maîtrise sous la direction d’André Gueslin, Université de Clermont-Ferrand II, 1993, 190 p. et tableaux.
[2] Archives départementales de l’Allier, 1185 W 1, registres d’écrous et statistiques, 1185 W 13, correspondances sur les détenus gaullistes.
[3] Archives départementales de l’Allier, 1185 W 12, documents divers sur les détenus de 1940 à 1967, dont les registres de correspondances avec les autorités.
[4] Pierre SAINTE, Le problème pénitentiaire actuel des relégués, Thèse pour le doctorat de Droit, Université de Paris, 1954, p. 115.

samedi 8 janvier 2011

Les deux prisons de Riom

Le centre de détention de Riom est installé dans un ancien monastère, celui des Cordeliers ou Franciscains, qui fut fondé au XIIIe siècle (1270). Ce monastère fut un des établissements religieux les plus importants de la ville. Il ne reste aujourd’hui de cet édifice que le cloître et la chapelle, reconstruite en 1490, qui furent intégrés à l’établissement pénitencier au XIXe siècle. Devenu prison en 1820, le centre de détention de Riom accueille de façon continue des condamnés à de longues peines jusqu'en 1957, date à laquelle l'établissement est fermé pour cause de vétusté. A sa réouverture en 1975, l'établissement est classé "centre de détention". De nouveau fermé en 1984 pour restructuration, c'est sous le statut de "maison centrale" qu'il est rendu opérationnel en 1988 après une rénovation totale de la partie détention. Depuis mai 2003, l'établissement fonctionne à nouveau sous le régime du "centre de détention" et accueille 164 détenus condamnés à de moyennes et longues peines. Situé au centre ville, le centre de détention de Riom se divise en deux groupes de bâtiments distincts. Autour du "cloître" se répartissent les bâtiments administratifs et les ateliers de travail pénitentiaire et au delà, les bâtiments de détention. L'établissement est situé sous l'autorité de la cour d'appel et du tribunal de grande instance (TGI) de Riom. Sa capacité est de 168 places et il ne possède qu’un seul quartier réservé aux hommes majeurs. La chapelle, le cloître, la façade Est sur la cour d'entrée du bâtiment dit de l'administration et le versant de toiture correspondant et enfin le vestibule d'entrée sont inscrits au titre des Monuments Historiques par un arrêté du 25 octobre 1962. D’autre part, Riom possède également une maison d’arrêt. Construite vers 1860, elle se caractérisait par un hébergement en dortoirs collectifs. Elle se compose aujourd’hui de cinq corps de bâtiments, occupant 4 650m² environ sur deux niveaux, sa capacité d’accueil est de 122 places exclusivement réservées aux hommes majeurs. (source : annuaire des prisons)









centre de détention de Riom (photos: annuaire des prisons, photo de Rémi Jouan)





Comme de nombreuses prisons auvergnates, celle de Riom joua un rôle important sous le régime de Vichy notamment durant le procès de Riom (19 février au 15 avril 1942) mais aussi en accueillant un certain nombre de prisonniers politiques dont Jean Zay ou militaires comme le Général De Lattre. Grâce à un ouvrage au sujet de ce dernier rédigé par Robert Fourgous (La longue nuit du général, Editions Créer), nous pouvons avoir une description de la composition de la maison d’arrêt de Riom :

"Construite en 1858 sur les plans de Mallay, Architecte départemental, la Maison d’Arrêt de Riom est une lourde bâtisse construite en lave de Volvic, située à deux pas du Palais de justice et dont la façade principale en pierre de taille avec son portail et ses fenêtres en plein cintre, s’ouvre sur la place Desaix, face au Pré-Madame. C’est un bâtiment austère - comme le sont généralement les prisons -avec son chemin de ronde cerné d’un mur d’enceinte de 6 mètres de hauteur et ses fenêtres en demilunes solidement barreaudées et masquées par des hottes en bois qui ne laissent guère entrevoir aux prisonniers qu’un petit coin de ciel… Ce bâtiment s’étend du nord au sud, sur un espace de 100 mètres de longueur et 50 mètres de largeur. Ironie du sort ! Il a la forme d’une Croix de Lorraine à trois branches. Une Croix de Lorraine, en somme, qui aurait une branche supplémentaire, celle qui précisément va héberger le Général de Lattre. Passé le porche d’entrée qui abrite, entre autres, les Services Administratifs, le Greffe et un logement de fonction et après franchissement d’une cour, on pénètre dans un long couloir central voûté, très obscur, une sorte de tunnel que l’on parcourt en franchissant des portes grillagées que des gardiens ouvrent et ferment au fur et à mesure de votre passage dans un sinistre bruit de cliquetis qui donne au prisonnier un avant-goût de la vie carcérale. Le couloir dessert trois pavillons transversaux composés chacun d’un rez-de-chaussée et d’un étage. Chaque étage est desservi par deux escaliers situés de part et d’autre de ce couloir central.Un quatrième pavillon situé à l’extrémité du couloir abrite la prison des femmes et la chapelle." (Robert Fourgous, La longue nuit du général, p.17)


Le 7 janvier 1941, Jean Zay est transféré à la Maison d'Arrêt de Riom où il obtient le statut de prisonnier politique: il peut recevoir la visite de sa famille et, avec autorisation spéciale, de ses amis, il peut lire des journaux et des livres. Ce régime sera durci à plusieurs reprises, en particulier en septembre 1943, après l'évasion du général de Lattre puis en avril 1944. Le 20 juin 1944, trois miliciens venus de Vichy sous l'autorité de Maret, Cordier, Develle et Millou, chef du service de la sécurité à Vichy, viennent enlever Jean Zay de la prison de Riom. Ils sont munis d'un ordre de transfert à Melun signé par Baillet, directeur de l'administration pénitentiaire, également milicien, accompagné d'instructions de Clémoz, chef de cabinet de Darnand. Se faisant passer pour des résistants, les miliciens conduisent Jean Zay, en voiture, dans les bois de Cusset, près de Vichy. Ils le font descendre de voiture. L'un d'eux le matraque, puis Develle l'abat d'une rafale de mitraillette. Les assassins dépouillent le corps de ses vêtements, lui arrachent son alliance, le jettent dans un ravin, "le Puits du Diable", qu'ils plastiquent pour empêcher toute identification. Deux chasseurs le découvrent, par hasard, le 22 septembre 1946. Ce sont des restes sans identité qui sont enterrés anonymement à Cusset. Jusqu'en 1948, date où Develle est arrêté et avoue son crime, aucune trace de Jean Zay n'est retrouvée, en dépit des recherches entreprises et le mystère de sa disparition persiste. Le 22 juin 1945, l'Assemblée Consultative Provisoire rend hommage à Jean Zay disparu, avant même son jugement de réhabilitation (5 juillet 1945). Il est cité à l'Ordre de la Nation le 11 avril 1946. (source : www.aegir.cndp.fr)



















Maison d'arrêt de Riom

mercredi 5 janvier 2011

La prison de Clermont-Ferrand ou les germes d'un futur débat autour du patrimoine carcéral par Maxime Catelain.



La maison d'arrêt de Clermont-Ferrand a été mise en service au début du XIXe siècle dans les bâtiments d'un ancien couvent datant du XVIe siècle. Elle est située en centre ville et jouxte la mairie. Les rues étroites et l'absence de place de stationnement rendent l'accès difficile. Une Maison d'Arrêt reçoit les prévenus (détenus en attente de jugement) ainsi que les condamnés dont le reliquat de peine n'excède pas, en principe, un an lors de leur condamnation définitive. L'établissement est du ressort de la cour d'appel de Riom et du tribunal de grande instance (TGI) de Clermont-Ferrand. La capacité de cet établissement est de 86 places, il ne comprend qu’un quartier pour les hommes majeurs.


Photo J-C V

Photo J-C V
Du point de vue historique, la prison de Clermont-Ferrand joua un rôle non négligeable puisqu’elle fut une des prisons servant à détenir les ennemis politiques du régime de Vichy. Par exemple, Jean Zay, interpellé le 16 août 1940 à Casablanca (affaire du Massilia, paquebot transportant des députés français voulant continuer le combat en se réfugiant en Afrique du Nord mais arrêtés par les autorités vichystes), fut transféré à Clermont-Ferrand où il fut détenu pendant toute la durée de son procès devant un tribunal militaire. Après une instruction rapide de cinq semaines et un procès discutable, Jean Zay fut finalement condamné, le 4 octobre 1940, à la déportation et à la dégradation militaire. Cependant, sa peine fut commuée en une peine de quatre ans de prison. Au total, il restera quatre mois à Clermont-Ferrand avant d’être transféré à Marseille au Fort Saint-Nicolas puis à la prison de Riom le 7 janvier 1941. On peut également citer le cas de Pierre Mendès France, autre protagoniste de l’affaire du Massilia et jugé comme Jean Zay à Clermont-Ferrand, qui fut aussi détenu dans la prison de la ville. (source : www.aegir.cndp.fr)


Le paquebot Massilia


Certes, la prison de Clermont-Ferrand présente un intérêt certain du point de vue patrimonial aussi bien comme exemple de l’architecture religieuse du XVIe siècle, de son réemploi comme édifice carcéral que comme témoignage de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale et du régime de Vichy. 

Néanmoins, cette ancienneté est également un problème pour la vie au quotidien des détenus. L’état de délabrement de l’édifice est un sujet récurrent dans la presse locale, différentes affaires viennent régulièrement alimenter cette chronique, en voici un exemple publié par Yves Le Faou dans La Montagne le lundi 6 juillet 2009 :


"Sept détenus de la Maison d'Arrêt de Clermont ont saisi, vendredi, la Cour européenne des droits de l'homme sur leurs conditions de détention.

Dans une des cellules de la Maison d'Arrêt, la lumière naturelle a peu de place pour pénétrer. Une rangée de néons grésillant s'efforce de suppléer à ce défaut d'éclairage naturel.
La surface au sol est, très exactement, de 14,15 m² : elle a été mesurée en juillet 2008, par un expert architecte désigné par le tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand. Cette procédure faisait suite à une série de plaintes (sept au total) déposées par des détenus de la maison d'arrêt. Tous dénoncent les « conditions indignes » de leur incarcération.



3,53 m² par détenu


Quatre prisonniers s'entassent dans chacune des cellules de 14 m² de la prison. « Cela représente 3,53 m² par détenu », souligne Me Chautard, l'avocat des plaignants. « Or, les normes européennes fixent les minima à 7 m² par prisonnier », complétait Me Kiganga, autre avocat appartenant au syndicat des avocats de France (SAF).
À cette surpopulation chronique s'ajoutent un état de vétusté lamentable et des conditions d'hygiène déplorables. « Absence d'eau chaude et de ventilation, des toilettes sans lunette, non entièrement cloisonnés, dans la pièce où sont pris les repas? » : le rapport de l'expert architecte est accablant. Mais les plaintes déposées au pénal n'ont pas abouti (*).

Des plaintes non prises en compte


Une procédure similaire, initiée par des avocats de Rouen, s'est en effet heurtée à une décision de la Cour de cassation. Rendue le 20 janvier 2009, elle édicte que « des faits dénoncés par un ancien détenu ne peuvent admettre aucune qualification pénale ».
Contestant ce jugement, trois avocats du barreau de Clermont (Mes Chautard, Habilès et Kiganga) ont déposé, vendredi, une requête devant la Cour européenne des droits de l'homme. Ils lui demandent de constater que la France viole la convention européenne .

Un nouvel établissement désiré... mais pas prévu


Denis Perrin, directeur interrégional Rhône-Alpes\Auvergne de l'administration pénitentiaire, assure que « tout le monde a conscience de la nécessité d'un nouvel établissement ».
Mais rien n'est budgété dans le plan quinquennal qui court jusqu'en 2012. Et pour le prochain ? Vendredi, il déclarait qu'« aucun arbitrage officiel n'a encore été rendu »."
(*) Trois détenus ont, par ailleurs, déjà obtenu une indemnisation devant le Tribunal Administratif de Clermont.


Photo J-C V


Photo J-C V


Par conséquent, la maison d’arrêt de Clermont-Ferrand souligne combien il est compliqué de faire coexister les contraintes imposées par le monument ancien et les exigences de sa fonction actuelle. D’autre part, si cet établissement est concerné en 2012, comme le mentionne l’article ci-dessus, par un projet de construction d’un nouvel édifice, alors nous verrons probablement émerger les mêmes débats autour du thème de la destruction, de la valorisation patrimoniale ou de la reconversion. Ce qui montre que la question du patrimoine carcéral risque encore d’engendrer de nouveaux champs de réflexion.