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jeudi 5 décembre 2013

De l’utilisation des prisons par les Allemands pendant l’Occupation dans le Nord-Pas-de-Calais : un patrimoine carcéral varié par Louise Rénier



Le Nord-Pas-de-Calais est l’une des premières régions de France à être occupée en 1940 par les Allemands lors de la seconde Guerre Mondiale. De ce fait, elle doit vivre aux heures allemandes, obéir aux décisions et aux nouvelles lois instaurées par les Nazis et appliquées par la Gestapo. 


La seconde Guerre Mondiale et l’Occupation modifient la différence nette entre « bien et mal», ne laissant que certaines nuances dans l’esprit de la population. En effet, si dans un contexte de paix, le marché noir, le trafic ou le vol sont des délits passibles de prison, en temps de guerre, il s’agit d’un certain « instinct de survie » pour la population, ainsi qu’un moyen de résistance face à l’oppresseur. 

Si les limites entre bien et mal deviennent floues, c’est aussi le cas pour le genre de prisonniers. Durant ce conflit, on est amené à connaître et/ou redécouvrir de nouveaux types de prisonniers et des moyens de détention différents. Désormais, outre les prisonniers de droit commun français, les lieux de détention abriteront également des prisonniers de guerre, des prisonniers politiques, des résistants, des otages, en somme toutes personnes allant à l’encontre du bon fonctionnement de l’Occupation. Cela amène un développement de l’utilisation de sites d’incarcération par les Allemands, de prisons préexistantes certes mais pas seulement. Cela correspond également à une modification des formes de détention, un certain retour en arrière, oubliant les changements et améliorations architecturales apportés au XIXème siècle, période notamment de la prison cellulaire. 

Preuve de l’oppression de l’ennemi sur la France à cette époque, ces centres de détention doivent être envisagés comme des lieux historiques et patrimoniaux forts qui auraient besoin d’une certaine reconnaissance et d’une valorisation. 

Je tenterai d’apporter ma pierre à cet édifice par cet article qui a pour but d’évoquer quelques exemples de lieux d’emprisonnement qui ont pu être utilisés à cette époque et ainsi montrer leur diversité mais aussi parler des nouveaux types de « prisonniers ». 

Des prisons divisées en deux sections : exemple de la maison d’arrêt d’Arras




Sous l’Occupation, on constate que les Allemands ont utilisé, de manière logique, les prisons déjà présentes dans les villes du fait de l’existence du bâti et de l’organisationnel. Il s’agissait ainsi d’un choix simple et rapide mais aussi en lien avec l’idéologie de l’Occupation. La maison d’arrêt d’Arras n’échappe pas à l’appropriation des lieux par l’Occupant. 

Construite en 1863 pour remplacer la prison des Dominicains (datant de la Terreur), la nouvelle maison d’arrêt de la ville dite de Saint-Nicaise (du nom de la rue où elle se situe, aujourd’hui, rue des Carabiniers) entre en activité le 30 octobre 1866. Il s’agissait alors d’une prison d’arrondissement pouvant accueillir hommes et femmes.




La maison d’arrêt correspond à l’un des exemples de prison ayant expérimenté le modèle cellulaire au XIXème siècle. Elle a une forme polygonale comportant un point central distribuant les allées cellulaires, et permettant de surveiller l’ensemble des détenus et les moindres va-et-vient. Ce plan est rythmé également par les cours entre chacune de ces allées. 

Si l’on avance dans l’histoire pour arriver à la période qui nous intéresse, il faut savoir qu’avant l’Occupation, la prison a connu quelques jours d’inactivité par l’évacuation des détenus et du personnel lors de l’invasion de la région en mai 1940. 

Cependant, elle reprendra rapidement ses fonctions fin mai – début juin, moment où l’administration militaire allemande prend place. Les réquisitions de bâtiments débutent alors et une partie de la prison ne fait pas exception. 

Dès ce moment, le bâtiment est composé de deux sections, une française et une allemande. La première section prend place dans l’ancien quartier des femmes, alors que la deuxième s’installe dans l’ancien quartier des hommes. Si l’on ne compte pas les douches (utilisées pour la toilette par les Allemands et pour la lessive par les Français), il n’y a aucun contact entre ces deux parties nouvelles de la prison. 

De même, chaque section se voit elle-même divisée. En effet, elle reste constituée d’une partie réservée aux femmes et une pour les hommes. 

En ce qui concerne la section française, elle comprend les prisonniers déjà incarcérés avant la guerre ainsi que ceux jugés par la justice française durant le conflit. 

Par la suite, cette section devient une maison d’exécution des condamnés à mort français, du fait que la cour d’assises de Saint-Omer décide d’y installer la guillotine. 

Composée de 18 dortoirs (dont 4 pour les femmes), la section allemande comportait également trente cellules individuelles (dont dix en sous-sol pour les interrogatoires et les tortures).



Cellules en sous-sol
           

Il faut savoir que la prison d’Arras fait partie des lieux de détention ayant connu un certain nombre de déportations. En effet, du fait de l’accroissement des prisonniers, de l’avancée des Alliés mais aussi selon les cas, la plupart d’entre eux seront envoyés à la prison de Loos-lès-Lille pour ensuite être déportés vers la Belgique et/ou l’Allemagne. Ainsi, les prisons comportent une nouvelle fonctionnalité, ils deviennent lieux de transit. De même, environ 200 des 2500 résistants enfermés à Arras ont été fusillés à la Citadelle de la ville. 

Cette section allemande était donc constituée de prisonniers de guerre, de personnes ayant eu des activités allant à l’encontre des forces allemandes (2500 résistants y ont été emprisonnés) mais aussi d’otages, à savoir des personnes arrêtées au hasard par l’Occupant pour faire pression sur la population. 

Souvent, en cas de sabordages ou de tueries envers les Allemands, des otages étaient arrêtés et condamnés à être exécutés sauf si les responsables se dénonçaient. Néanmoins, existaient également des otages qu’on pourrait qualifier « de prévention », emprisonnés notamment à Arras. Ces otages étaient détenus pendant un certain laps de temps (plusieurs mois) afin d’empêcher les habitants d’être tentés de faire quoique ce soit contre les forces allemandes.

Otages internés

A la fin de la guerre, le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de la guerre reconnaît ce statut d’otage par la remise de documents et médailles. Cependant, ils sont considérés comme « internés politiques ».




Remise de médailles après la guerre



Pour en apprendre davantage, vous pouvez lire l’article de Jean-Claude Fichaux sur Criminocorpus.revue.org, consacré à l’histoire complète de cette prison pendant la l’Occupation, notamment grâce à des témoignages d’anciens détenus : http://criminocorpus.revues.org/1834

Au cœur de Saint-Omer : L’ancienne prison du Mont Sithieu


Quand on parle de l’ancienne prison de Saint-Omer, dite prison du bailliage, on ne peut la dissocier de la motte castrale, sur laquelle elle est située. Cette motte castrale, érigée vers l’an mil, a un diamètre si conséquent qu’elle reste la plus importante de la région Nord-Pas-de-Calais et est l’une des seules encore conservées en milieu urbain. 


Vue aérienne de la motte et de la prison


Après avoir été le lieu de résidence des comtes de Flandres, elle accueille par la suite le bailli du roi de France. La ville étant dépourvue de réelle prison, il est décidé en 1762 la construction d’une prison du bailliage, royale et militaire, sur cette motte. La nouvelle prison est bâtie au pied de la cathédrale à la place de la tour maîtresse du château, détruite pour l’occasion. 

Symboliquement, on peut dire que l’ensemble motte-prison-cathédrale représente les pouvoirs forts de l’époque, à savoir l’autorité politique, le pouvoir judiciaire, mais aussi le pouvoir spirituel, au centre même de la cité. 

Les cellules de la prison qui se situaient dans les sous-sols et à l’étage étaient, comme on peut s’y attendre, de petite taille et d’un confort plus que rudimentaire. Dans chaque cellule, on trouve une sorte de niche qui devait servir de toilette. Le bâtiment est organisé selon les modèles de casernes de Vauban avec une certaine épaisseur des murs ainsi que la présence de plafonds voûtés qui, en cas de bombardements par exemple, empêchent le bâtiment de tomber sur lui-même.

En plus de la présence des cellules, certains graffitis réalisés par les prisonniers viennent nous rappeler la fonction de ce bâtiment. Les plus anciens, sur les portes, remontent au XVIIIème siècle alors que les plus récents, sur les murs, datent de la seconde Guerre Mondiale. En effet, si la prison cesse son activité vers le début du XXème siècle, durant l’Occupation les Allemands vont se servir du bâtiment comme lieu de détention. 

Tout comme pour la prison d’Arras, il s’agit également d’un choix pratique du fait de la présence de cellules. Cependant, la prison est un exemple de bâtiment accueillant uniquement des prisonniers allemands, certainement des résistants qui doivent y être interrogés. 

Même si l’édifice est blotti en plein cœur de la ville, dans ses hauteurs, il reste quasi invisible du fait du parc qui l’entoure mais aussi du nouveau rempart de protection avec les maisons qui ont, au fur et à mesure, remplacé les fossés de l’ancien château. Ainsi, il s’agit également d’un choix stratégique pour les Allemands qui utilisent alors un bâtiment déjà fonctionnel et à l’abri des regards. 

À la Libération, elle est récupérée cette fois-ci par la FFI, qui l’utilise aussi comme lieu de détention. 

Pour conclure sur l’histoire de l’édifice, il faut savoir que le bâtiment de l’ancienne prison, la motte castrale et son portail d’accès sont inscrits au titres des Monuments Historiques le 30 avril 2003. S’il est possible de visiter la motte castrale, la prison n’est, quant à elle, pas accessible au public, appartenant à un propriétaire privé.

On peut visiter les cachots grâce à cette vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=rKlgCatRG7E

Douai : des cachots derrière les murs d’une maison


Si la plupart du temps les Allemands choisissaient des centres de détention déjà existants, parfois ils s’installaient dans des lieux un peu moins « conventionnels » comme des maisons (peut-être pour une certaine discrétion). La région Nord-Pas-de-Calais ne fait pas exception, notamment la ville de Douai, qui, en 1940, voit la Gestapo installer son siège dans une maison banale du quai Joffre. 

A première vue, on ne peut se douter de ce que cachent les murs de ce bâtiment. Mais lorsque l’on arrive dans le jardin, que l’on descend des escaliers, on tombe nez à nez avec des portes de cachots numérotés. Derrière ces portes étaient alors emprisonnées des personnes attendant d’être interrogées par la Gestapo. 

C’est grâce à Grégory Célerse, qui a écrit La traque des résistants nordistes, que l’histoire de ce lieu a pu être mis en lumière. 

Propriété privée aujourd’hui, il est impossible de visiter ces cachots ; il s’agit d’un patrimoine « enfoui ». Cependant, ses nouveaux propriétaires ne souhaitent pas détruire ces vestiges de l’histoire, sauvegardant ainsi la mémoire du lieu. 

Pour avoir un petit aperçu des cachots, il est possible d’aller voir une vidéo sur ce lien : http://video-streaming.orange.fr/actu-politique/douai-a-la-decouverte-des-anciens-bureaux-de-la-gestapo_8733093.html

Par l’exemple de ces trois lieux, on se rend compte que les prisons ont eu un rôle important dans l’histoire de l’Occupation, installées dans des lieux différents. De plus, le dernier exemple de la maison de Douai reflète bien la pluralité du patrimoine carcéral qui peut se retrouver presque n’importe où.


Sources et références

CÉLERSE, Grégory, La traque des résistants nordistes, Éd. Les Lumières de Lille, 2011. 

FICHAUX, Jean-Claude, Les prisons d’Arras et les hommes, Éditions Nord Avril, Bouvignies, 2010. 

Pôle Archives Fonds Local 

Bibliothèque d'Agglomération de Saint-Omer

dimanche 29 septembre 2013

Le quartier allemand de la prison de Loos-lès-Lille d'après le témoignage d'un prêtre

Dans le cadre des débats sur le devenir de l'établissement pénitentiaire de Loos-lès-Lille, le sort des Français incarcérés et torturés dans la prison fut un argument avancé par les historiens et les associations pour préserver les bâtiments. Grâce à Christian Carlier, l'histoire de ce site carcéral est désormais bien connu. On peut consulter ses articles sur le site Criminocorpus.


En 1945, le curé de Wavrechain-sous-Denain publia son témoignage. Joseph Jaffrezo avait subi une soixantaine de journées d'incarcération dans le quartier allemand de la prison en 1944. Le témoignage ne portait pas de nom d'auteur en couverture et le livre, certainement publié à compte d'auteur, était en dépôt chez le curé de cette petite paroisse industrielle du Nord.

Ce petit livre est précieux à plus d'un titre. Il offre quelques tableaux de l'exode, notamment il cite à plusieurs reprises les pillages qui accompagnèrent la débâcle. Il n'est guère élogieux pour l'armée française, pointe des manifestations d'anticléricalisme et ne se montre pas vraiment républicain. Il accuse la longue déchristianisation du pays ( "depuis un siècle et demi"), s'en prend aux hommes politiques de la IIIe république et lors d'un interrogatoire devant la police allemande il semble rendre les francs maçons et les juifs responsables de la défaite. Ce curé d'origine bretonne, ancien combattant de 14-18, gazé en 1916, recommandant à ses paroissiens de vivre sans contact avec l'Occupant, est arrêté pour avoir célébré une messe à la mémoire d'un aviateur allié abattu le 22 juin 1944. ce qui donna lieu à des manifestations patriotiques ( le dimanche 2 juillet 1944).





Il est donc conduit par des feldgendarmes dans le quartier allemand de la prison de Loos-lès-Lille : "Un barrage de "pétains", un barrage de gendarmes français, des briques, des gravats, des ruines ( il y a eu un bombardement terrible le premier avril). Après deux ou trois virages, on pénètre dans la cour. je monte quelques marches et entre dans la prison. Un long couloir. Deux gardiens français me saluent d'un cordial "Bonjour, monsieur l'Abbé". Mes compagnons de route me poussent dans un vaste hall.Une porte s'ouvre et je vois toute la perspective de la "Prison Militaire allemande" de Loos : un immense vaisseau, la quille en l'air. En bas, à droite et à gauche, des portes bardées de efr avec des numéros et des inscriptions en allemand. Un escalier en face, donne accès au premier étage, et, continuant sa course, au deuxième étage."

Il est placé dans une cellule d'attente : " Imaginez un rectangle de 5 mètres de long sur 2 m 50 de large. A droite une tablette scellée dans le mur avec un tabouret qu'une grosse chaine empêche de servir, à l'occasion, de massue. A gauche les waters et, à côté, le robinet de conduite d'eau. Plus haut, trois paillasses sont jetées négligemment les unes sur les autres. L'éclairage vient d'un vasistas dont le châssis est presque complètement fermé. L'air sent le moisi. le soleil ne doit pas risquer ses rayons dans ce taudis..."

Il est ensuite conduit au greffe où une grande enveloppe reçoit ses effets personnels, puis à l'infirmerie pour une visite médicale par un infirmier. Il touche deux couvertures, une gamelle et une cuiller. Il est affecté à la cellule 116, au second étage, déjà occupée par six jeunes gens dont des résistants condamnés à mort.

Il décrit la circulation des informations au sein de ce bâtiment cellulaire par les coups frappés sur les conduites d'eau. Il évoque les petits miroirs glissés dans les portes qui préviennent des rondes. Plusieurs passages permettent d'appréhender la vie quotidienne. Le soir, les détenus doivent se déshabiller et sortir leurs vêtements et chaussures à l'extérieur de leurs cellules. Les détenus font leur toilette tôt le matin car l'eau est fréquemment coupée. Ils doivent nettoyer leurs cellules, attendent les distributions de café, de pain, de soupe par les "calfacteurs" munis de leurs charriots. des soupes supplémentaires sont prises en charge par la Croix-rouge et l'abbé ne se plaint jamais d'un manque de nourriture. Les colis alimentaires des familles n'étaient pas acceptés, mais le mardi et le vendredi des colis de linge et de tabac étaient autorisés. Une ou deux fois par semaine, plusieurs cellules descendaient dans une étroite cour de promenade, avec une obligation de silence qui n'était guère respectée.

Instructions, tortures ont lieu au sein de la prison. Des détenus reviennent tuméfiés des interrogatoires. D'autres quittent leurs camarades et sont fusillés. L'auteur mentionne les tâches de sang sur la table et les murs des salles d'interrogatoire. 

Les études des quartiers allemands des prisons de l'Occupation menées par des universitaires sont très rares. Les témoignages des enfermés sont donc fort précieux. La mémoire des lieux et leur histoire ne peuvent que gagner à leur lecture.

jeudi 14 mars 2013

La prison du château de Selles à Cambrai par Fabien Mahieux

Le nom de Selles signifie Escaut en ancien français, fleuve dont le cours passe par Cambrai le long du château et participe à sa défense. Le château est localisé sur le flanc nord-est du périmètre de défense de l’ancienne place forte qu’était la ville.


Gravure de Nicq Doutreligne représentant le château au XIIIe siècle

Historique du site



La prison trouve ses origines au Moyen Âge (XIIIe siècle) ; il s’agissait du symbole militaire de l’évêque de Cambrai qui était aussi prince électeur du Saint-Empire romain germanique. De ce fait, il disposait d’une autorité temporelle en plus d’une autorité spirituelle. Les pouvoirs de police et de justice sont alors peu définis . Ce n’est qu'en 1227 que l’évêque Godedroid de Fontaines promulgua une charte définissant le fonctionnement de la justice dans sa ville. Celle-ci devait être administrée par un collège d’échevins (magistrats municipaux) et de prévôts représentant le Prince évêque. La justice civile revenait exclusivement aux échevins, tandis que les crimes étaient traités par les magistrats municipaux sous la direction des prévôts. Le château sert alors à la fois de cour de justice criminelle et de prison. Cependant, les peines de prison ne sont pas courantes à cette époque. Les peines prenaient souvent la forme de châtiments, d’amendes ou dans un cadre plus religieux d’expiations de diverses sortes. Cependant, des sources datant de 1388-1389 mettent en évidence l’usage qu’en font les échevins pour enfermer les personnes ayant commis des délits relevant de leur juridiction. Faute d’une garnison suffisante, il y eu des tentatives pour s’emparer du château. La première se solda par un échec en 1416, la seconde, quatre ans plus tard, eut plus de succès : les prisonniers prirent la place et la ville dût faire le siège de celle-ci pour la reprendre.

Au XVe siècle, le château fait office de lieu de détention pour l’Officialité. Selon les délits, les lieux d’enfermement diffèrent : le fond du château, les souterrains inférieurs, les voûtes et les tours.

Au XVIe siècle, le château perd peu à peu ses fonctions de lieu de décision avec l’amoindrissement des pouvoirs de l’évêque en faveur de la commune. Le château va être arasé et intégré aux défenses de la ville sous le règne de Charles Quint. Les structures restantes vont être modifiées pour faire face à l’évolution de l’armement. Le château est alors un lieu avec une double vocation pour le moins paradoxale : prison et dépôt de munitions. Cette transformation nécessita de nombreuses modifications : travaux de maçonnerie, installations de portes…

En 1677, la ville est prise par Louis XIV, le château est utilisé comme prison pour les « prisonniers de guerre », les soldats étant enfermés avec leurs épouses. Il y eut au moins une naissance au château en 1695, Jacques King et Marie Goath eurent un fils nommé Thomas qui fut baptisé le 17 septembre. En 1711, Fénelon visita les prisonniers faits au fort d’Arleux et leur apporta des vêtements. En 1786, un hôpital militaire va être installé par le pouvoir royal, il n’y aura plus de prison permanente au château.

En 1946, on transforma les locaux en un hospice général qui ferma ses portes en 1964 en raison du non-respect des normes. Il fut aussitôt décidé d’en faire une cité judiciaire en raison du classement d’une partie de l’édifice aux monuments historiques en 1981. Les travaux prirent du retard et ne furent terminés que le 18 octobre 1993. Des journées portes ouvertes furent organisées les 27 et 28 novembre de la même année. L’inauguration eut lieu le 30 juin 1994 en présence du Garde des Sceaux, Pierre Méhaignerie.










Organisation des lieux d’enfermement 


Pour mieux comprendre l’édifice, les niveaux sont désignés par leur ordre à partir de l’actuelle cour du palais de justice : le niveau un est donc juste sous la cour, puis vient le deux et enfin un troisième niveau. De plus, les tours ont une salle aménagée à chaque niveau. Celles donnant sur l’extérieur de la ville ont était comblées, au moins en partie.

Le premier niveau est ménagé dans l’épaisseur du mur sur l’ensemble du périmètre du mur d’enceinte. Les emplacements des archères et des bouches à feu ont presque toutes étaient comblés pour l’installation de la prison. Celui restant semble avoir eu pour fonction d’aérer le niveau. Certaines de ces ouvertures non comblées ont fait l’objet d’aménagement pour installer des barreaux.

Le second niveau, lui aussi aménagé dans l’épaisseur du mur, semble avoir été édifié au même niveau que la cour médiévale. Comme au niveau supérieur, la plupart des ouvertures ont été bouchées ou munies de barreaux. Plusieurs sections ont aussi été comblées au XVIe siècle pour résister à l’artillerie adverse. La présence de plusieurs arcades condamnées atteste que la cour médiévale se trouvait bien à ce niveau et il se semblerait que ces arcades eurent été ouvertes sur ladite cour. Des salles ont été aménagées dans la cour avant son remblaiement pour étendre les parties utilitaires à l’abri du feu ennemi.

Le troisième niveau est mal connu car il n’est pas aisément accessible. En effet, lors des travaux du XVIe siècle, il a été presque totalement comblé et ses accès condamnés. Ce n’est que lors de fouilles en 1983 dans une salle du second niveau que fut mit au jour un remaniement qui fermait l’accès à ce qui devait être un escalier courbe.

Les prisonniers ont laissé un témoignage de leur passage en ces lieux sous la forme de graffitis. Ils ont gravé dans la pierre à l’aide d’une pointe métallique, des scènes d’époque et des représentations religieuses, mais aussi des écrits.

Texte daté de 1334
Crucifixion du XIVeme siècle
Poème de Charles Augier du XVIe siècle
Blasons des XIV et XVemes siècles


Les galeries où furent enfermés les prisonniers ne sont actuellement pas accessibles. Les graffitis couvrant les parois de cette section font actuellement l’objet d’une étude des services culturels de la ville de Cambrai, de l’INRAP (institut national de recherches archéologiques préventives et de la DRAC. Pour garder la trace de ces témoignages du passé, les graffitis font l’objet d’un traitement particulier. Tout d’abord, les équipes recherchent les photographies pour constituer une base de données. Ensuite, une réflexion pour leur conservation est menée. En effet, en raison de l’humidité du lieu, ils avaient tendance à se dégrader. Ce dernier travail est mené en raison de la pression de la part d’érudits locaux par l’intermédiaire de l’association l’ASPEC [Association pour la Sauvegarde du Patrimoine et de l’environnement du Cambrésis].




Sources :

Montigny, Henri, Michel Bouvy, Amis du Cambrésis, et Centre culturel, éd. Le Château de Selles à Cambrai: photographies et documentation. Cambrai, France: Centre culturel, 1982.

Motte, Virginie, et Yves Roumegoux. Le château de Selles à Cambrai: étude historique et monumentale. 1 vol. Archaeologia duacensis (Douai), ISSN 1142-8112 29. Douai, France, 2010.