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dimanche 28 septembre 2014

Exposition Crimes et châtiments au Musée historique de Lausanne (26 septembre 2014- 2 février 2015)


Affiche de l'exposition
Les bâtiments du musée de la ville abritaient autrefois la prison du district de l'évêché et le tribunal cantonal. Certaines cellules servirent de prison militaire jusqu'en 1927. L'exposition présente l'évolution des transgressions de normes sociales et morales, faisant d'une infraction un délit ou un crime selon les époques. Elle se penche aussi sur l'évolution des instruments et méthodes de répression. Le site de la ville de Lausanne précise que la ville a vu naître en 1909 la première école de police scientifique au monde. Des affiches de la cinémathèque ont été mobilisées pour présenter les transgressions et leurs répressions. Entre autres, la reproduction de l'affiche de la sortie française du film de Fritz Lang M le Maudit en 1931.

Reproduction provenant du site de la cinémathèque suisse

mercredi 9 octobre 2013

L'éphémère musée des prisons de Tongres / Tongeren

Dans le Limbourg Belge, un musée des prisons fut créé en 2005. Les choix muséographiques ne sont pas sans intérêt et diffèrent de l'option française retenue au musée des prisons de Fontainebleau. On se reportera pour mesurer les différences à l'interview de son conservateur Catherine Prade, publiée sur le site Criminocorpus. Un point commun cependant : dans les deux cas, l'espace offert au public fut une ancienne prison cellulaire. 

Musée éphémère, il ne fonctionna que quelques années.

Photographie extraite du blog : http://www.pbase.com/motrem/tongres_prison

En avril 2005, les 70 détenus adultes furent évacués vers d'autres établissements. Comme lors de la fermeture de la maison d'arrêt du Havre ( par l'équipe de l'ANR "sciencepeine"), des vidéos et des photographies furent réalisées lors des dernières semaines de fonctionnement. 

La maison d'arrêt de de justice de Tongres avait été ouverte en 1844, année même du grand débat parlementaire sur la réforme des prisons en France. Le gouvernement souhaitait séparer les détenus les uns des autres en aménageant des établissements cellulaires. Alexis de Tocqueville fut le rapporteur du projet de loi. En Belgique, la même philosophie pénale, inspirée du modèle américain philadelphien, était portée par Edouard Ducpétiaux, auquel M-S Sylvain-Bouchat consacra un bel article. Sur ce pionnier de l'isolement cellulaire, Crime, histoire et société consacra également un autre article, signé par Bert Vanhulle Il avait été emprisonné de 1828 à 1830 et était devenu inspecteur général des prisons. La prison de Tongres, plus vieille prison belge, comptait 37 cellules, disposées en forme de U et les autorités souhaitaient y appliquer un isolement strict ( 23 heures sur 24). Une section de femmes exista jusqu'en 1989. Lors de l'Epuration, on dut se résoudre à placer deux détenus par cellule, du fait d'une hausse très sensible des prisonniers. Il arriva même plus tard que les détenus soient trois par cellule, comme ce fut le cas à Fresnes aux lendemains de la Libération. Au moment de la fermeture, la prison était principalement occupée par des prévenus, des condamnés en attente de transfèrement.

En novembre 2008, l'expérience du musée, mal financée, prit fin et la prison retourna à sa vocation initiale. Malgré des pétitions en faveurs du maintien de cet outil pédagogique, elle devint, après rénovation, un centre fermé fédéral pour mineurs délinquants qui commença à les accueillir en 2009. De jeunes adultes primo-délinquants furent également admis dans cet établissement peu après.

Photographie de 2007 provenant du site http://www.atc-cultureclub.be/agenda2.cfm?id=157
Photographie provenant du site http://belgiumview.com/belgiumview/tl2/view0005376.php4?pictoshow=0005376ba

Un musée gallo-romain occupa l'espace pendant deux années mais il fut décidé de conserver une aile en l'état pour faire découvrir l'univers carcéral. 200 000 visiteurs se rendirent dans cette partie de la prison, groupes d'adultes, classes d'écoles et de collèges, jeunes en difficulté conduits par des guides de la cité, par un éducateur, lui-même ancien détenu. Les concepteurs du musée avaient décidé d'aménager chaque cellule autour d'un thème, d'une émotion : "Le temps qui passe, la frustration, la douleur, la justice, le quotidien"... les visites comportaient également un parcours dans le chemin de ronde, aux douches, dans les cours de promenades. Impression d'un visiteur : "On dirait que les détenus viennent de sortir, pour une promenade dans la cour..."

De cette expérience restent des documents virtuels, les photographies prises par les visiteurs, le beau catalogue d'une exposition.



Photographies du blog d'une visiteuse du musée : http://libre-ecriture.forumactif.com/t7115-visite-a-la-prison-musee-de-tongres


Source :

La Prison de Tongres, Catalogue de l'Exposition-Visite, Imprimerie Vaes, Overpelt (Belgique) 2006, 208 p. + 1 plan avec de nombreuses illustrations et photos en couleurs et en noir et blanc. Format : Broché, 9,5 x 15 x 1,5 cm

samedi 16 mars 2013

Le Japon et la peine de mort par Atsuko Kawanishi-Kieffer


Le Japon fait partie, avec les Etats-Unis, l’Inde et Taïwan, de ces rares démocraties libérales à appliquer encore aujourd’hui la peine de mort. Le Japon fait partie de la minorité de pays qui continuent de procéder à des exécutions judiciaires. Plus des deux tiers des pays du monde ont aboli la peine capitale en droit ou en pratique. Historiquement, le Japon a une longue pratique de la peine de mort.

Epoque Heian
Durant une grande période sous le régime Heian entre 810 et 1156, le gouvernement interdisait la peine de mort. Les gens avaient peur d’une malédiction, d'un fantôme vengeur. A l’époque, la croyance en la sorcellerie était très forte, la politique était influencée par la peur des esprits et des âmes rancunières. L’absence de guerre durant cette période ainsi que l’influence du bouddhisme et de sa notion de compassion expliquent que la peine de mort ne fut pas appliquée.

Epoque Edo
A l’époque Edo, les lois juridiques sont modifiées. La peine appliquée aux Samourais de haut rang est principalement le Hara-kiri (couper le ventre) sinon la décapitation. La peine de mort appliquée aux peuple est soit le Haritsuke qui consiste a être mis en croix puis être frappé d’un coup de lance dans le ventre, soit le Kazai (supplice du feu) qui consiste a être brulé vif , soit le Zansyu (décapitation).

Le Kazai (supplice du feu) est pratiqué sur les incendiaires.
Lors de l’oppression du gouvernement face aux chrétiens, les hommes sont exécutés par la peine Mino-odori (danse des pélerins de paille) : celle-ci consiste à attacher les pieds et les mains de condamnés puis à  les recouvrir de paille pour y mettre le feu. Les femmes sont exécutées par la peine Mizugomorii, elles sont immergées dans l’eau froide jusqu'à ce qu’elles meurent. Durant deux siècles et demi, on exécuta près de deux cent mille personnes.

XIX siècle
A partir de 1882, le code pénal est à nouveau modifié, la pendaison devient la peine commune appliquée à tous les condamnés, la fusillade étant réservés pour les militaires. Cette dernière sera supprimée après la seconde Guerre Mondiale. Les autorités d’occupation entreprirent de reformer la Constitution et le système juridique japonais. 

Aujourd'hui
Affaires marquantes ces dernières années

ANNEXE
L’année
Nombre de verdicts (peine de mort)
Nombre d’exécutions
Nombre de détenus non-exécutés
2000
6
3
52
2001
5
2
56
2002
3
2
57
2003
2
1
56(mort 2)
2004
14
2
68(mort 1)
2005
11
1
78
2006
21
4
94
2007
23
9
107(mort 1)
2008
10
15
100(mort 2)
2009
17
7
107(mort 4)
2010
5
2
111(mort2)
2011
24
0
132(mort 3)
2012
10
7
135
2013
2
1
137



Dix-huit crimes sont passibles de la peine capitale : 

1) Direction d'une insurrection (code pénal, article 77, paragraphe premier, alinéa 1) 2) Incitation à une agression étrangère (code pénal, article 81) 3) Aide à l'ennemi (code pénal, article 82) 4) Incendie de locaux habités, etc. (code pénal, article 108) 5) Destruction par explosifs (code pénal, article 117, paragraphe premier; article 108) 6) Dommages causés à des locaux habités, etc., par inondation (code pénal, article 119) 7) Déraillement d'un train, etc., occasionnant la mort (code pénal, article 126, paragraphe 3) 8) Meurtre provoqué par la perturbation de la circulation (code pénal, article 127, article 126 paragraphe 3) 9) Introduction de substances toxiques dans les conduites d'eau ayant occasionné la mort (code pénal, article 146, dernière partie) 10) Meurtre (code pénal, article 199) 11) Vol provoquant la mort (y compris le meurtre à l'occasion d'un vol) (code pénal, article 240, dernière partie) 12) Viol à l'occasion d'un vol provoquant la mort (code pénal, article 241, dernière partie) 13) Utilisation illégale d'explosifs (loi sur le contrôle des explosifs, article premier) 14) Duel et meurtre (Loi relative au crime de duel, article 3; code pénal, article 199) 15) Meurtre résultant d'un accident d'aéronef provoqué, etc. (Loi relative à la sanction des actes qui mettent en danger l'aviation, article 2, paragraphe 3) 16) Meurtre résultant de la saisie d'un aéronef, etc. (Loi sanctionnant la saisie d'aéronefs et autres crimes apparentés, article 2) 17) Meurtre d'otages (Loi relative à la sanction de la séquestration et autres actes commis par les preneurs d'otage, article 4, paragraphe premier) 18) Meurtre organisé (Loi relative à la sanction de la criminalité organisée, au contrôle des produits de la criminalité et autres questions, article 3, paragraphe premier, alinéa 3, paragraphe 2; code pénal, article 199)
(http://www.peinedemort.org/National/pays.php?pays=4#national)

En théorie, la peine capitale s’applique à dix-huit types de délits, même si dans les faits seuls les meurtres sont ainsi sanctionnés.

a) Aum shinrikyo – l’affaire du gaz Sarin.

La police a arrêté le 15 juin 2012 Katsuya Takahashi, le dernier membre en fuite de la secte Aum. Celle-ci est responsable de l'attentat au gaz sarin qui avait fait 13 morts et plus de 6 000 blessés dans le métro de Tokyo en 1995, rapporte le journal. Naoko Kikuchi, une femme de 40 ans, également membre de la secte, avait été interpellée le 3 juin. Takahashi, qui était recherché depuis dix-sept ans, travaillait sous un faux nom dans une entreprise de bâtiment, précise le journal. Le fondateur de la secte a été condamné à la peine de mort en 2004 pour avoir diligenté cet attentat. 


484 croyants ont été arrêtés après l'attaque du gaz du sarin dans le métro Tokyo et 189 personnes ont été poursuivies en 1998.
Bien que la Cour suprême d'appel final ait condamné 13 personnes de la secte Aum Shinrikyo à mort, l'exécution des prisonniers n'a pas encore eu lieu puisque le ministre de la justice n’a pas encore donné son ordre d’exécution.

b) L’affaire de l’arsenic dans le curry

En 1998, Masumji Hayashi, une mère de famille 47 ans, a mis de l’arsenic dans une casserole de curry. Quatre personnes sont mortes, 63 autres ont été intoxique. Elle voulait se venger de ses voisins qui lui reprochaient d’être arrivé trop tard à la fête du quartier pour laquelle elle était chargée de préparer le curry. La plus haute instance judiciaire du pays a rejeté le recours de Masumi Hayashi contre sa condamnation à la pendaison prononcée en 2002 puis confirmée en appel en 2005. Elle est la 11ème femme condamnée à mort après la deuxième Guerre Mondiale. Son exécution n’a toujours pas été appliquée.

Les conditions d’incarcération


a) Les cellules des prisons

Les condamnés sont incarcérés à la maison d’arrêt, réservée aux condamnés à de longues peines. (Prisons de Sapporo, Miyagi, Tokyo, Nagoya, Osaka, Hiroshima, Fukuoka)

Le japon continue en effet de condamner à mort des criminels pour les incarcérer ensuite dans des conditions contestables puisqu’ils sont enfermés, parfois durant des décennies, dans des prisons où règne la terreur et l’isolement. 

Les chargés de mission de la FIDH (Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme) ont eu l’occasion de visiter deux centres de détention en 2008. Ils ont été reçus par le directeur de la prison et deux ou trois de ses adjoints. Après une présentation des conditions d’incarcération utilisant un programme type Powerpoint, quasi publicitaire, les membres de la mission ont visité des cellules vides sans jamais pouvoir entrer en contact avec les détenus. 

Les condamnés vivent dans une cellule d’environ 5m2 équipée de toilette, évier, table, literie (Futon). Ils sont sous surveillance vidéo pour éviter tout risque d’évasion, de suicide ou d’auto-blessure… Entre la fenêtre et la grille, il y a souvent une plaque en métal ou volets, les prisonniers ne voient pas beaucoup l’extérieur, ils n’ont pas de ventilation ni de climatisations.

Les condamnés se lèvent à 7h et se couchent 21h. Pour des questions de sécurité, les lumières ne sont pas complètement éteintes. Ils peuvent pratiquer un sport 2 à 3 fois par semaine. Ils peuvent par exemple se servir d’une corde à sauter. Ils se douchent 2 à 3 fois par semaine, environ 15mn, parfois plus longtemps selon l’établissement. Les repas sont servis à 8h, 11h30, 16h30. Il n’y a pas de salade, ni de légume cru et les prisonniers sont souvent en manque de vitamine. Les familles peuvent leur apporter des aliments. Les condamnés peuvent également commander des fruits. 

S’ils le souhaitent, ils peuvent faire du travail manuel pour avoir un peu d’argent comme par exemple coller des enveloppes. (40-50 euros par mois)

b) La vie quotidienne des condamnés

Contact avec les gens de l’extérieur : ils peuvent envoyer une lettre une fois par jour. Le contenu des lettres est surveillé. Les visites sont acceptées une fois par jour. La conversation est enregistrée. La durée maximal est de 30 minutes ; en réalité, cela ne dure que 10-15 minutes, parfois le surveillant commande d’arrêter au bout de 5 minutes. Les personnes qui peuvent rencontrer les condamnés sont :

- La famille 

- ceux qui ont besoin de les voir pour des raisons juridiques ou des raisons professionnels

- ceux qui soutiennent moralement les condamnés

Les autres personnes qui ont besoin de les rencontrer, par exemple des amis qui veulent maintenir une amitié et qui ne risquent pas de perturber les condamnés ni l’établissement pénitentiaire, peuvent être accepté selon les établissements. Les journalistes, les personnes des ONG peuvent être également accepté à condition que leur entretien ne fasse pas l’objet d’une publication. Ils devront signer un serment écrit par lequel ils n’écriront pas d’article sur leur entretien. La demande de rencontre a été cependant rejetée pour des personnes qui soutenaient un condamné et qui ont effectuer une adoption parentale avec lui dans le seul but de lui rendre visite.

L’exécution de la peine de mort, selon la loi, doit avoir lieu dans les six semaines qui suivent la condamnation. Mais en fait, parmi les condamnés qui attendent une exécution pouvant intervenir à tout moment, certains passent de longues années dans les couloirs de la mort, comme Hirasawa qui au bout de trente ans est décédé de mort naturelle ou Menda Sakae, qui après trente-deux d’attente a pu être innocenté en 1983 et recouvrer sa liberté. Il milite désormais pour l’éradication de la peine de mort.

Aucun ordre d’exécution n’a été prononcé durant trois ans, de novembre 1989 à mars 1993. Ces dernières années, des ministres de la Justice ont régulièrement mis en application des condamnations à mort. Le rythme des exécutions s’est accéléré notamment si on considère les dix dernières années, avec un record pour le ministre de la Justice, Hatoyama Kunio en 2007 (13 exécutions en 10 mois). Jusqu’aux années 70, le condamné était prévenu deux jours avant l’exécution et il pouvait se préparer psychologiquement et rencontrer sa famille. Mais depuis qu’un condamné s’est suicidé la veille de son exécution, il a été décidé de ne plus prévenir les condamnés à l’avance. L’exécution est officiellement annoncée par le ministère de la Justice. Depuis décembre 2007, le nom de la personne est dévoilé. La famille est prévenue avant la conférence de presse par télégramme ou coup de téléphone. Les personnes qui assistent à l’exécution de la peine de mort sont : le directeur de prison, le procureur, le secrétaire du procureur, les éducateurs, le docteur, le confesseur et les agents pénitentiaires. Il y a deux autels : un dans la salle de confession et l’autre dans la salle d’avant exécution. Le condamné a le choix parmi une cérémonie bouddhiste, chrétienne ou shintoïste. Il peut choisir de ne pas suivre de cérémonie religieuse. Dans la salle de confession, le confesseur donne le dernier discours. Dans la salle d’avant exécution, le directeur de prison lit l’ordre d’exécution officiel. Le condamné dit des mots d’adieu au directeur et aux agents de prison, à l’éducateur, au confesseur. Ces derniers peuvent parler un moment au condamné afin d’apaiser son esprit L’éducateur propose au condamné de prendre un dernier en-cas avant l’exécution. Le directeur lui demande ensuite ce qu’il veut laisser comme dernière paroles ou écrits. S’il le souhaite, il peut déposer un testament préparé à l’avance. Si le condamné oppose une résistance, toutes ces procédures sont annulées pour être amené de force, directement à la salle d’exécution. Le condamné est finalement emmené jusqu'à la salle d’exécution. S’il est bouddhiste, le moine poursuit les prières jusqu'à l’exécution. Des agents pénitentiaires cachent les yeux du condamné avec un bandeau de tissu puis lui attachent les bras et les pieds. Ils placent le condamné au dessus de la trappe puis lui mettent une corde autour du cou (la partie qui touche le menton est couvert de cuir). 

Au signal du directeur de prison, trois agents appuient simultanément sur trois boutons. Seul un bouton ouvre la trappe, les deux autres sont factices. C’est une manière pour les agents de se déculpabiliser et de ne pas se sentir responsable d’avoir donné la mort. La trappe s’ouvre et le condamne tombe au dessous. On dit que les condamnés japonais ne s’agitent pas trop et acceptent leur sort mais peu de témoignages et peu de documents sont fiables. Un agent pénitentiaire a témoigné qu’il ne voyait pas d’expression car le tissu blanc ne permet pas de voir le visage, une paroi de verre sépare le condamne des témoins de l’exécution. L’exécution est la pendaison mais le condamné meurt par strangulation, le nœud venant serrer progressivement le cou. Il semble que les condamnés meurent quelques minutes après la chute. Au japon, il existe une technique de condamnation permettant de réduire la souffrance du condamné. L’ouverture de la trappe et la chute du condamné créé une lésion au niveau de la médulle oblongata ou fracture du crane, il perd conscience (il grandi parfois de 30 cm). Les témoignages racontent que l’agent met le nœud à gauche de manière à ce que le nœud vienne derrière la tête après la chute. L’agent restant dans la salle située en bas afin que le condamné ne se balance pas trop après la chute. La technique de pendaison est régulièrement modifiée afin de rendre la mise à mort du condamné la plus digne possible. Le docteur confirme ensuite le décès puis on laisse le condamné encore 5 minutes avant de le descendre. Les personnes qui assistent à l’exécution signent un document qui clôt la cérémonie. Il y a des établissements qui offrent le Saké aux personnes présentes. Les agents qui assistent à l’exécution sont payés 20000 yen (200 euros environ) par exécution (généralement en espèce, de manière à ce que la famille ne s’en aperçoive pas).  Des agents vont parfois dépenser cette somme pour boire après l’exécution, d’autres vont au temple et demandent un office pour l’âme du condamné. 

Le corps est ensuite donne à une personne qui se chargera d’effectuer les funérailles. Mais il est rare que le corps soit demandé. Dans ce cas, il est incinéré à la prison et les cendres sont dispersées dans la mer par un avion militaire. Le condamné peut également faire don de son corps à la médecine. Même si la famille récupère le corps, il arrive que les temples refusent d’effectuer la cérémonie funéraire après avoir eu connaissance des origines du défunt. Par exemple, le corps du condamné Takuma (l’affaire l’école primaire Ikeda) avait été récupéré par son épouse (mariée à la prison) mais le funérarium bouddhiste a refusé de pratiquer la cérémonie funéraire. Celle ci a eu lieu finalement à l’église catholique d’Osaka.

Au japon, la pratique du secret semble coutumière, surtout lorsqu’on aborde le sujet de la peine de mort. 

Tous ces informations ne sont pas déclarées officiellement et ce sont majoritairement les témoignages de personnes ayant assistées à ces cérémonies qui permettent de nous expliquer le déroulement de ces exécutions. 

Pour la première fois, un reportage télévisé sur l’exécution de la peine de mort a été réalisé en 2012 (en japonnais).




L’exécution de la peine de mort dans le manga


Selon des sondages réguliers menés par le gouvernement tous les 4 ans, l’opinion publique japonaise reste en faveur de la peine de mort : en 1999, un sondage indiquait que 72,9% des personnes interrogées étaient partisanes d’un maintien de la peine de mort. En 2004, ce chiffre est passé à 81, 4%.. 

Le premier argument avancé par les autorités japonaises pour légitimer la peine de mort est l’effet dissuasif. L’opinion publique japonaise reçoit cette information, véhiculée par les médias, appuyée par des sondages. 

Toutefois, la manière de réaliser les sondages est souvent critiquée. Les choix de réponse s’effectuant parmi les propositions suivantes :

1. La peine de mort devrait être abolie, quel que soit le cas

2. La peine de mort est indispensable et ne peut être évitée dans certains cas

3. Je ne sais pas, je ne peux pas décider. 

Selon des experts, les questions seraient posées de telle sorte qu’elles suggéreraient des positions favorables aux partisans du maintien de la peine de mort. 

Les médias ont une influence importante sur la formation de cette opinion publique ainsi que sur les débats. D’après le FIDH, la télévision, comme la presse écrite, tendent à mettre en avant la compassion envers les familles de victimes, ce qui aboutit souvent à un traitement sensationnaliste, proche de la presse à scandales, qui présume la culpabilité du suspect. Les droits des victimes, après avoir été délaissés pendant des années sont aujourd’hui surestimés par rapport à ceux des prévenus. Le public accepte cette tendance qui abouti à l’augmentation du nombre de condamnations à mort alors que le nombre de crimes ne croit pas.

Une nouvelle peine a été instaurée : la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Certains y voient la possibilité de rouvrir le débat de la peine de mort. Des alliances entre certains abolitionnistes et les adeptes de cette nouvelle peine donnent corps au débat et à l’hypothèse de son avènement. Toutefois certaines familles de victimes se rendent bien compte que la peine de mort n’est en fait en rien la compensation attendue par les victimes. Dans un argumentaire des défenseurs de la peine de mort, certains soulignent que celle-ci ferait partie de la culture japonaise, qu’il n’y aurait pas de compréhension à attendre mais une certaine forme d’acceptation. Pourtant la religion bouddhiste prône le pardon et la réconciliation qui font également partie de la culture japonaise. L’historien Christian Kessler souligne que « dans une civilisation marquée par le bouddhisme, la mort n’apparaît pas comme une fin tragique, mais comme un passage normal, l’individu n’étant qu’un maillon dans la chaîne des vivants. »

Pendant quinze mois, en 2005 et 2006, le ministre de la justice, M. Sugiura Seiken, avait bloqué les exécutions, refusant de les signer, par conviction bouddhiste.

Amnesty International s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, quels que soient les crimes commis, l’identité de son auteur ou la méthode d’exécution utilisée par l’État. Le Japon a ratifié le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques (PICDP) en juin 1979. L’observation générale sur l’article 6 du PIDCP indique clairement que les Etats membres doivent tendre vers l’abolition de la peine de mort. Néanmoins, le Comité des droits de l’Homme continue à exprimer ses inquiétudes concernant la pratique par le Japon de la peine de mort. Les partisans de son abolition restent actifs aussi bien au Japon que sur l’ensemble de la scène internationale. Les défenseurs des droits de l’Homme soulignent le risque d’erreur judiciaire.

Cependant, les attaques au gaz toxique perpétrées dans le métro par la secte Aum en 1995 restent très présentes dans les esprits de la population et l’opinion publique japonaise sera difficile à faire évoluer. De plus, une reforme récente du système judiciaire a prévu la participation aux délibérations, de jurés qui sont pour la plupart issue de la société civile et qui n’ont aucune compétence en matière juridique. Dans un contexte où la politique est de plus en plus répressive, il est à craindre une augmentation du nombre de condamnation et des peines plus lourdes au détriment d’une justice équitable.

Beaucoup d’efforts restent donc à accomplir pour à la fois informer sur une réalité, souvent difficile à accepter ; lever le voile sur des procédures souvent tenues secrètes sans pour autant tomber dans une forme banalisation de la pratique de la peine de mort.


Références :

Article : FIDH « la peine de mort au Japon : la loi du silence »

Rapport : Karim Raissi « La Peine de Mort au japon »

http://www.abolition.fr/Upload/documents//karimraissi.pdf

La peine de mort dans le monde (dépêche)

capital punishment in Japan (article Wikipédia)

Japon: la peine de mort pour un membre de la secte Aum Shinrikyo. Kazuaki Okazaki a été condamné pour le meurtre de quatre personnes (article Libération)

Un ministre subit des pressions pour procéder à des exécutions (Amnesty International)

Une série télévisée « mori no asagao »:  la scène de l’exécution de la peine de mort


Chine, aspects des prisons au Tibet par Gao Yue

La Chine utilise le terme de prison pour les installations où sont détenues des personnes formellement reconnues coupables, selon la juridiction chinoise, d'un délit et condamnées par une cour de justice. Or, la majorité des prisonniers condamnés pour un délit l'ont été par un comité administratif ou sur une décision de police. Ainsi les bâtiments où sont détenus ces condamnés non jugés par une cour ne sont pas considérés par les Chinois comme des prisons.

À Lhassa, jusqu'au milieu du XIXe siècle, les condamnés étaient soit enfermés dans la prison d'État de Shöl, soit confiés à un gouverneur de district qui était responsable de leur garde,. Certains criminels étaient condamnés à porter des chaînes et à mendier dans les rues afin de subvenir à leurs besoins .





Selon un document officiel du gouvernement chinois intitulé Cent questions et réponses (1988), il n'y avait qu'une seule prison et deux brigades de rééducation dans la Région autonome du Tibet. Par la suite, le chiffre officiel est monté à trois en 2000 : 

⊙La prison de la région autonome du Tibet 

⊙La prison de Lhassa,

⊙La prison de Bomi 

(Cette affirmation est contestée par d'anciens prisonniers et divers opposants ou observateurs du régime chinois). 

La prison de la région autonome du Tibet est la seule à avoir une population féminine et est la plus grande des trois prisons. 
Selon la China Society For Human Rights Studies, la population carcérale de l'ensemble des trois prisons est de 2 300 détenus, 76 % des détenus sont tibétains, 20 % chinois, 4 % relevant d'autres minorités ethniques, soit une proportion de 8,77 détenus pour 10 000 habitants et quelque 60 % des détenus ont été condamnés pour vol, 30 % pour crimes avec violence et moins de 5 % pour crimes contre la sécurité nationale.

Les trois prisons proposent aux détenus des cours de littérature, de mathématiques, de droit et de gestion. Les détenus ont aussi la possibilité d'apprendre l'horticulture, la couture, l'entretien et la réparation automobile. Différents menus sont proposés en fonction de l'origine ethnique des détenus. Les détenus ont droit à une visite familiale par mois.

Prisons et camps des années 1951---1959


Le 14e dalaï-lama, à l’âge de 16 ans, accède au pouvoir par anticipation le 17 novembre 1950, près d'un mois après le début de l'intervention militaire chinoise au Tibet. Choqué par l'utilisation de la cangue, il libère tous les prisonniers. Il envoie une délégation à Pékin et ratifie l’Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet , selon lui sous la contrainte.

Le 27 septembre 1954, il est choisi comme vice-président du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire. Avec le 10e Panchen Lama, il se rend dans la capitale chinoise pour rencontrer le président Mao Zedong et assister comme délégué à la première séance de l’Assemblée nationale populaire, où il discute principalement de la constitution chinoise.

Durant les quelques années où il dirige le Tibet, dans une collaboration difficile avec le gouvernement central, le dalaï-lama rapporte avoir établi un système judiciaire indépendant et aboli le système de la dette héréditaire, qui était « le fléau des paysans et de la communauté rurale ».

Le 10 mars 1959 a lieu le soulèvement à Lhassa. Le 17 mars, il s’enfuit à Tawang, en Inde, traversant finalement la frontière le 31 mars.

Dès 1950, les prisons et les camps de travail se multiplient à Lhassa avec la prison de Drapchi, au Kham avec Garthar, au Gansu avec Lanzhou. À Lhassa, ville de 30 000 habitants, six centres de détention sont ouverts. Les prisonniers « sont des esclaves corvéables à merci pour l’édification du Tibet socialiste sous l’égide de la Chine ». Ils sont utilisés pour la construction des routes, le fabrication des matériaux, les tâches agricoles et ce « jusqu’à épuisement » .

Selon le gouvernement tibétain en exil, en 1956, à la suite des révoltes de la résistance tibétaine dans l'est du Tibet, l'armée chinoise arrête des nobles, des moines âgés et des chefs de la résistance, les torturant et les exécutant en public pour décourager la résistance.

La prison de la région autonome du Tibet





La prison de la région autonome du Tibet, construite à l'origine pour servir de garnison militaire tibétaine, fut transformée en prison après le soulèvement tibétain de 1959 contre la Chine. Créée en 1960, la prison de de la région autonome du Tibet est la plus grande des trois et la seule à avoir une population féminine.

Ouverte officiellement comme prison en 1965, elle est formée d'une série de neuf unités et a été récemment agrandie et restructurée. La population carcérale est estimée à 1000 détenus dont 600 considérés comme prisonniers politiques, âgés de 18 à 85 ans, parmi lesquels beaucoup de moines et nonnes. Quatre catégories de délinquants ne peuvent pas être incarcérés : les femmes enceintes, les femmes ayant un nourrisson, les personnes gravement handicapées et celles atteintes d'une maladie grave.

Les droits des détenus sont inscrits dans une brochure qui leur est remise lors de leur incarcération. Les détenus peuvent obtenir une réduction de peine pour bonne conduite. C'est le cas chaque année de 30% d'entre eux.

La prison de la région autonome du Tibet a sa propre clinique dotée d'un personnel soignant de 13 médecins et infirmiers. Elle a aussi sa propre pharmacie. En cas de maladie grave ne pouvant pas être traitée sur place, le détenu est envoyé dans un hôpital public ou dans un hôpital de 60 lits, réservé à la population carcérale, qui vient d'être construit à côté de la prison régionale du Tibet. Il est doté d'un équipement médical moderne, pratique la médecine occidentale ainsi que la médecine tibétaine et compte 20 médecins.

Selon les réfugiés tibétains en exil, la prison a acquis une réputation tristement célèbre et est redoutée des Tibétains en raison de sa gestion dure. Des associations de Tibétains en exil ont fait état de brutalités.


Sources :

Articles Wikipédia (Prison chinoise, Prison de Drapchi)

http://www.bjreview.cn/Cn/China/China2001-31-2.htm (en chinois)

Japon. La prison d’Abashiri par Sakura Nagaya


L’origine de la prison d’Abashiri


Dans le temps, on disait que s’évader de la prison d’Abashiri était un véritable exploit, tant ses murs étaient considérés comme étant infranchissables dans tout le Japon. La prison fût aussi appelée 'L’enfer de l’extrémité nord" car les conditions de vie des prisonniers (malnutrition, mauvais traitements, etc) ajoutées aux conditions climatiques étaient extrêmement dures. Actuellement, elle incarne la prison représentative du Japon. La prison est toujours en activité mais les anciens bâtiments ont été regroupés à 2 km au sud de la prison. Aujourd’hui, elle est divisée en deux parties dont l’une, l’ancienne, est conservée et ouverte en tant que musée de la prison d’Abashiri grâce à la fondation d’utilité publique dotée de la personnalité juridique en charge de la partie historique de la prison d’Abashiri.


L’histoire depuis 120 ans


Abashiri est une ville située sur l'île d'Hokkaidō au Japon. En 1880, les prisonniers politiques furent nombreux à y être détenus à cause de la guerre civile. La capacité de détention carcérale fut largement dépassée. 
En plus, Hokaido était importante afin de protéger le pays de la Russie. Et surtout, défricher le terrain d’Hokkaido était également stratégiquement primordial. Le gouvernement décida de bâtir une prison particulière à Hokkaido pour accueillir des prisonniers en surnombre alors que les places étaient saturées dans les autres prisons. En 1890, l’autorité politique d’Hokkaidō décida de construire des prisons sectorielles à Abashiri. Les premiers prisonniers furent envoyés sur l'île pour participer à son développement via la construction d'une route de plus de 160 kilomètres à Abashiri.

● 1890 : Inauguration de la première prison non nommée d’Abashiri

● 1891 : Construction d’une route grâce aux travaux forcés

● 1903 : Appellation officielle de la prison d’Abashiri

● 1984 : Ouverture des bâtiments actuels de la prison d’Abashiri

● 2006 : Ouverture d’un nouveau bâtiment de la prison d’Abashiri(400 personnes)



La construction d'une route de plus de 160 kilomètres par les prisonniers


La construction de 1891 fut menée par environs un millier de prisonniers, travaillant jours et nuits et causa d’innombrables décès parmi eux. Il y eut plus de 200 victimes dont notamment quelques gardiens de prison. En 1905, au Parlement, les parlementaires discutèrent de ce problème et enfin ils décidèrent d’annuler ce projet.

De nos jours, depuis cette date noire, on est parvenu à maintenir la prospérité de Hokkaido.

Des morts furent enterrés dans la rue et après les années 50, des chercheurs de la région et des gens de Hokkaidō exhumèrent leurs corps et les enterrèrent ailleurs.



Le Musée de la prison d’Abashiri


Le musée permet de conserver un témoignage de cette histoire et de protéger l’histoire de ces prisonniers et de promouvoir les anciens bâtiments en tant que preuves historiques. 

La particularité de cette prison

L’édifice de la prison, datant de 1913, fut édifié avec des briques. Pour l’époque, ce bâtiment était vraiment moderne. Suite à la destruction de ce bâtiment en 1974, de moins en moins de bâtiment historiques furent détruits et ainsi, de nos jours, on ne peut presque plus voir des bâtiments ‘’modernes’’ de cette époque. Désormais, un mur peint remplace le mur de briques détruit.

Contenu de l’exposition

● L’entré principale (construction : 1924 / reproduction : 1983 /longueur totale : 23.22 m)








La porte principale de la prison fut baptisée ‘’la porte en briques rouges’’. De chaque coté de la porte, il y a une chambre, le coté gauche est utilisé pour l’accueil et le droit est employé pour formuler des demandes d’entrevue et en tant que salle d’attente.
Les briques furent confectionnées selon la méthode traditionnelle de l’époque, en mélangeant du sel dans une marmite de brique pour ajouter un aspect luisant aux briques. Le sel est fondu par une chaleur de plus de 1160 degrés, ce qui confère aux briques leur couleur marron si caractéristique. La taille des briques est plus petite que celle d’aujourd’hui.
Le secret de leur fabrication est définitivement perdu. Ainsi, les briques d’Abashiri sont inestimables pour étudier la conception ancienne des briques. 

● La salle du discours (construction : 1912 / reproduction : 1981 /surface : 404.87 mètres carrés)



Cette pièce servait à éducation religieuse à destination des prisonniers. Façonnée dans un style japonais, à l’exception du lustre, elle embrassait les cultures orientales et occidentales.
Après la guerre, la salle fut aménagée pour le cinéma et employée par moment comme salle de discours simple lors de la venue d’une personnalité. En hiver, elle fait office de salle de sport.

● La prison aux cinq ailles étoilées (construction : 1912 / déplacement: 1985 /surface : 3333.72 mètres carrés). 

Ce bâtiment fut ouvert de 1913 à 1927 et ses plans furent calqués sur ceux de la prison de Louvain en Belgique. Grâce à cette forme particulière, il est facile de la surveiller avec un petit nombre de gardiens. Il y a 226 chambres comprenant quelques chambres individuelles et d’autres collectives de 3 à 5 personnes. Du couloir, on peut regarder l’intérieur mais de l’intérieur, on ne peut pas regarder en dehors. Concernant les chambres individuelles, on ne peut pas voir ni à l’intérieur ni à l’extérieur .




Sources :

http://www.kangoku.jp/index.html (en japonnais) (consulté le 25 janvier 2013)

Prison Abashiri (article Wikipédia en japonnais, en français)