La prison
actuelle de Saint-Malo se situe en dehors de la vieille ville.
L'ancienne prison se situait dans les remparts, au 2 rue de la Victoire, à l’emplacement d'une ancienne forteresse. Certaines pierres de cet édifice ont servit à l'édification d'un couvent, transformé en prison au XVIII è siècle.
La prison « intra-muros » : Une lutte contre l'insalubrité
Le principal
problème qui est lié à la prison de Saint-Malo est son manque de
place. L'ancienne prison de Saint-Malo existait depuis le XVIII
è siècle. La maison d'arrêt était située dans la vieille
ville de Saint-Malo, c'est à dire dans un espace clos, où tous les
bâtiments se tiennent les uns contre les autres, ne permettant pas
d'ouvrir l'espace. Au départ l'ancienne maison d'arrêt de
Saint-Malo était conçue pour accueillir 20 prisonniers. Ce chiffre
n'était pas respecté, il y eu une importante augmentation du nombre
de détenus. La prison était trop petite pour le nombre de détenus,
parfois il y avait plus de cinquante prisonniers.
La maison
d'arrêt de Saint-Malo était divisée en deux corps de bâtiments,
celui des hommes et celui des femmes. Le bâtiment des hommes
mesurait 14m de long et 3,40m de large. Il y avait trois cachots au
niveau du sol de la cour, trois petits appartements au dessus des
cachots, et les combles étaient aménagés. La cour des hommes,
situait au sud, était relativement petite, elle mesurait 3,60m de
largeur, la cour des femmes mesurait quant à elle, 2,40m de largeur.
Le logement
du concierge, formait la réunion des deux corps de bâtiments.
L'appartement du concierge consiste en trois appartements, d'un
caveau et deux greniers, le tout précédé d'une cour d'entrée
étroite.
De nombreux
rapports et de nombreuses circulaires datant de la période allant
de 1814-1828, nous permettent de dresser un constat alarmant de
l'ancienne maison d'arrêt de Saint-Malo, au niveau de l'hygiène et
de la sécurité du lieu. Dans le premier quart du XIXè siècle, la
prison était décrite comme étant insalubre, et un déblaiement urgent était à effectuer. L'air était mauvais. Les bâtiments
étaient adossés contre un terrain qui s'élevait jusqu'à la
hauteur du plancher des greniers. L'eau qui tombait filtrait à
travers les murs. Les conditions climatiques engendraient une
altération des matériaux à cause de l'humidité. La prison va
ainsi changer de visage petit à petit. Des travaux vont être
engagés au cours du XIX è siècle, certains ne seront pas toujours
achevés.
Les travaux
de la maison d'arrêt de Saint-Malo vont s'échelonner sur une longue
durée. Ce qui laisse penser qu'une fois une campagne de travaux fini,
une autre commençait, toujours dans l'optique d'améliorer la maison
d'arrêt. Les projets pour la « mise en conformité » de
l'ancienne maison d'arrêt commencent dès 1809. De nombreuses
actions de réparations seront faites, notamment à la cuisine.
Il y a les
grands projets d'aménagement, dont celui du 1 er thermidor an
12, fait à Saint-Malo. C'est le projet des « cours ». On projeta de les réduira pour récupérer l'eau qui devait
s'évacuer dans un canal pour réduire la destruction du bâtiment.
Pour cela va être annexer à la prison la cour de l'ancien couvent
des Bénédictines de Notre-Dame de la Victoire, pour améliorer le renouvellement de l'air et
éviter l'humidité dans la cour des hommes et des femmes. Ce couvent
se situait juste à côté de l'ancienne prison. La cour des femmes est baissée de 40cm par
rapport à celle des hommes, pour permettre l'évacuation de l'eau
dans un canal. Les roches qui se trouvent sous le mur et qui en font
la base, seront taillées pour former un mur uniforme. Les creux sont
bouchés avec du moellon, du mortier de chaux et du sable. Les portes sont remplacées. La porte du cimetière est condamnée au
profit d'une ouverture avec une porte de 2m de hauteur et de 78 cm de
largeur, dans le mur nord du bâtiment des hommes pour communiquer
avec la nouvelle cour. Le même système est adapté pour les
femmes. Jambage, seuil et linteaux en pierre de taille.
Une lettre
du 24 novembre 1809 évoque la prison. Dans cette lettre est évoqué
la volonté de créer une nouvelle prison ou d'améliorer la prison
de Saint-Malo. Il y a un premier budget qui est établit pour la prison
en 1807. Un devis est élaboré le 27 novembre 1809 pour la
réparation la prison. La restauration de la prison est ordonnée en
1810. Cependant en 1813 les travaux commencent à peine. Il y a des
dépenses importantes. Une adjudication des travaux de déblaiement
à faire à la prison de Saint-Malo, est éditée le 23 décembre
1913. Ce qui semblent permettent aux travaux de commencer
véritablement. De plus l'agrandissement de l'ancienne prison
devenait urgent, en 1818 la prison pouvait accueillir que 30
personnes, mais en réalité il y avait près de 60 personnes. Il y
avait donc des contagions importantes, comme celle du typhus. Il y
avait toujours 10 à 15 malades à l'infirmerie. Entre 1817 et 1818,
il y a une épidémie de galle.
Plusieurs
projets sont proposés mais impossibles à réaliser à cause
de l'emplacement de la prison, et également à cause du coût
important. Un nouveau projet de nouvelle prison voit de nouveau le
jour à Saint-Malo, dans un dossier datant du 12 février 1823. Il
s'agit de travaux importants et coûteux, il faut tout reprendre. 60 à 80 personnes pourront y être logées. Le projet de la nouvelle prison
comprend le rachat de la totalité de l'hôtel Duplanty et des
terrains adjacents. Pour faire place à un bâtiment au milieu
séparant deux parties de superficie égale. Au rez de chaussée une
seule est unique entrée, une loge pour le guichetier. De grandes
pièces pour le concierge qui surveille la cour, quelques cellules
pour les petits délits près du concierge. Au premier étage le
logement du concierge, du guichetier et une chapelle. Il y a une
pharmacie, des chambres particulières avec des cheminées dans
l'infirmerie pour les hommes et pour les femmes. Les bâtiments des
hommes et des femmes, contiennent tous les deux au rez de chaussée,
deux moyennes chambres et une grande, une galerie sous le portique et
des latrines au bout. Les portiques et galeries peuvent servir de
promenade. Ces bâtiments contiennent un étage qui renferme un
atelier pour les prisonniers du rez de chaussé, un autre pour ceux
du premier étage. Les travaux sont réalisés avec de la pierre
comme matériel.
Le personnel de la maison d'arrêt de Saint-Malo
La prison
était assez petite, il y avait un guichetier, un concierge, un
aumônier et un chirurgien. Chacun de ces personnages devaient avoir
une bonne tenue, est avoir le respect de l'humain. Les concierges
surveillent les détenus lors de leur rencontre.
Règlement
intérieur de la prison de Saint-Malo datant de 1839.
Il est encore
visible aujourd'hui un fascicule expliquant le règlement de la
prison. Ce règlement nous donne des informations sur le déroulement
des journées, et la vie dans la prison de Saint-Malo. Ce règlement
est composé de 8 chapitres, divisés en articles :
« Règlement
pour la discipline et le service intérieur de la maison d'arrêt
proposé par la commission charitable de surveillance ».
En voici un résumé :
Couches
faites avec de la paille, 5 kilogramme de paille étaient donnés à
chaque détenus le jour de son arrivée, cette paille était
renouvelée tous les 10 jours. Les détenus ont une couverture et ils
font leur lit à leur arrivée.
Les fenêtres
sont ouvertes tous les jours. Les détenus ont le droit de traverser
la cour pour rejoindre le préau qui leur aient destinés.
Les lieux
fréquentés par les prisonniers sont : la chapelle, les
appartements, la galerie, les escaliers, les cours et les préaux.
Les latrines sont nettoyées et balayées tous les jours. Le linge du
corps est changé tous les samedi.
Tous les
jours les prisonniers ont ration de pain et de la soupe.
La messe est
célébrée le dimanche à 7 heures du matin. Il est interdit aux
hommes et aux femmes de communiquer. Les détenues sont fouillés à
leur arrivée.
Division des
prisonniers en 8 classes : 1) Prévenus de crimes, 2) Délits,
3) Enfants de plus de 16 ans (homme et femme), 4) Enfants détenus
par forme de correction paternelle, 5) Condamnés correctionnels, 6)
Condamnés par la police municipale, 7) Condamnés par la garde
nationale, 8) Détenus par dettes ou recommandés. Ces différentes
classes ne sont pas mélangées.
Les
prisonniers travaillent de 8h à 12h et de 13h30 jusqu'à une heure
avant le coucher du soleil.
La gestion
de la prison subit elle aussi des changements, permettant sa bonne
évolution. Cela se manifeste par l'envoi d'un règlement général
des prisons départementale en 1841, qui avait pour but une évolution
pour une meilleur hygiène et un meilleur confort dans le nouveau
règlement.
Article 33
revu : les femmes peuvent allaiter leur enfant et les garder
jusqu'à leur 3 ans si elles le veulent.
Article 31 :
les enfants après peuvent être placés sous la charge publique si
les femmes n'ont pas d'autres moyens.
Une
circulaire du 15 décembre 1873, évoque les propositions de grâce
qui pourront être faites, tous les trois mois aux individus non
récidivistes détenus dans les prisons départementales.
Comptabilité
Le passage des détenus dans la prison de Saint-Malo était incessant. Nous comprenons
pourquoi celle-ci était en perpétuel travaux, pour l'améliorer ou
l'agrandir. Les détenus étaient classées en différentes catégories : les vagabonds, les prévenus, les accusés, les condamnés à la
réclusion ou les condamnés à mort... Voici quelques chiffres permettant d'illustrer la situation.
Mouvement au
trimestre d'avril 1812
Nombre de
prisonniers entrés 117
Nombre de
prisonniers sortis 104
Mouvement au
trimestre de juillet 1812
Nombre de
prisonniers entrés 138
Nombre de
prisonniers sortis 146
Mouvement au
trimestre d'octobre 1812
Nombre de
prisonniers entrés 92
Nombre de
prisonniers sortis 102
Mouvement au
trimestre de janvier 1820
Nombre de
prisonniers entrés 81
Nombre de
prisonniers sortis 77
Mouvement au
trimestre d'avril 1820
Nombre de
prisonniers entrés 112
Nombre de
prisonniers sortis 107
Mouvement au
trimestre de juillet
Nombre de
prisonniers entrés 88
Nombre de
prisonniers sortis 99
Aujourd'hui, à l'emplacement de l'ancienne prison intra-muros se trouve l'Hydro, l'Ecole Nationale de la Marine Marchande. N'est visible de l'ancienne prison que le porche d'entrée.
Sources :
Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, Série Y, 1Y16
Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, Série Z, 5Z215, 5Z216 et 5Z217.
Photographie ©Clothilde Quiesse.


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