La prison de Gannat fut édifiée de 1836 à 1848 par François Barnier Mitton, entrepreneur de constructions de Moulins. Elle était installée sur l’emplacement d’un château médiéval, propriété des seigneurs de Bourbon, dont on avait conservé le mur d’enceinte et quatre tours. Il avait servi de prison dès le XVIIe siècle, mais, dès la fin de l’Empire, on avait envisagé sa restauration. II était en très mauvais état, malsain et insuffisamment aéré. Les hauts murs, l’aspect puissant et sévère de l’édifice rassuraient les habitants de la petite ville.
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| Photographie de Jean-Claude Vimont |
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| Photographie de Jean-Claude Vimont |
Cette petite maison d’arrêt et de correction à l’allure de forteresse
pénitentiaire fonctionna jusqu’en 1926. Cette année-là, l’Administration
pénitentiaire décida d’un grand nombre de fermetures, puisque la démographie
carcérale avait grandement chuté. Un patronage s’y installa[1].
Un acte dit loi du 26 octobre 1940 remit en service provisoirement la prison de
Gannat. C’est le 27 décembre 1941 qu’elle fut consacrée comme maison d’arrêt et
de correction.
Elle reçut les
prisonniers déférés devant la cour martiale de Gannat, créé en septembre 1940 pour juger des "dissidents", des gaullistes principalement. Ils avaient été
condamnés pour crimes ou manœuvres contre l’unité et la sauvegarde de la
patrie. Il s'agit de jeunes gens qui sont soumis à un régime spécial. Pierre Pédron dans "La prison sous Vichy" précise qu'ils recevaient des livres, avaient le droit de fumer. L'Etat français avait choisi cette petite prison pour qu'ils ne soient pas confondus avec des prisonniers de droit commun. Parmi ces militaires et résistants connus, on peut citer le lieutenant
de vaisseau Louis-Marie Ploix, le commandant Claude Hettier de Boislambert qui s’en évada. Cet officier, membre de l'état major du général De Gaulle, fut arrêté en Afrique alors qu'il effectuait une mission pour rallier les colonies françaises au camp gaulliste. Il fut condamné à mort par la cour martiale le 13 juin 1941. Sa peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité. La cour fut supprimée en novembre 1941.
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| La corde qu'utilisa le commandant Claude Hettier de Boislambert lors de son évasion est présentée dans le musée. Photographie de Jean-Claude Vimont |
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| Photographie de Jean-Claude Vimont |
A partir de 1942, séjournent hommes et femmes
sanctionnés par les tribunaux correctionnels pour des vols de bicyclettes, des
avortements, des vols de récolte, du marché noir. La sévérité des lois
vichyssoises conduit également en prison pour concubinage avec l’épouse d’un
prisonnier, pour offense envers le chef de l’Etat ou menées antinationales[2].
De 1945 à 1951, la prison de Gannat hébergea
des condamnés des Cours de justice, hommes et femmes, frappés de peines de
travaux forcés et de réclusion[3]. Quelques jeunes soldats condamnés pour désertion par des tribunaux
militaires y séjournèrent également à partir de 1949.
L’établissement, de petite capacité, bénéficiait d’une réputation de
grande sécurité «indispensable pour la population pénale qui devait y
séjourner », ce que soulignait Pierre Sainte[4],
dans sa thèse de 1954.
Dans le cadre de la Réforme pénitentiaire impulsée par Paul Amor, Pierre Cannat, Charles Germain après 1945, il fut décidé d'y regrouper les relégués, petits délinquants multirécidivistes, qui avaient été étiquetés "antisociaux" dans les centres d'observation de Lille, de Rouen, de Besançon. Ils étaient réputés dangereux, notamment pour le personnel pénitentiaire. Ils demeuraient entre deux et trois années dans la prison avant d'être transférés dans le centre de semi-liberté de Clermont-Ferrand. Quelques uns, victimes de graves troubles de comportement quittaient cette petite maison, à l'atmosphère familiale, pour des hôpitaux psychiatriques. Il accueillit ses premiers relégués le 22 mars 1951. Ils furent douze acheminés
ce jour-là. A la fin de l’année,
vingt-sept avaient été écroués à Gannat, mais deux en furent extraits pour le
centre de semi-liberté de Clermont-Ferrand et un autre conduit dans la maison
centrale de Riom. Les écrous des années suivantes furent
irréguliers : 25 entrants en 1952, 14 entrants en 1953, 13 entrants en
1954, 21 entrants en 1955. Les transferts annuels hors de Gannat étaient
impératifs pour éviter une surpopulation, car la prison de Gannat ne disposait
que de 32 places. Certains documents mentionnent parfois une contenance maximum
de 36 places.
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| Photographie de Jean-Claude Vimont |
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| Photographie de Jean-Claude Vimont |
Après cinq années de fonctionnement, en mars
1956, 99 relégués avaient été admis. Sur ce chiffre, 33 étaient dans
l’établissement et 66 avaient été transférés. De mars 1951 à août 1967, 256 relégués
étiquetés « antisociaux » furent écroués à Gannat, mentionnés sur
trois registres d’écrous distincts et pour lesquels ne subsistent que des
dossiers lacunaires aux côtés de notices plus conséquentes.
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| Photographie de Jean-Claude Vimont |
La municipalité de Gannat acheta l'établissement à l'Etat. Elle décida de le transformer en musée municipal, le musée Yves Machalon, du nom d'un ancien maire, qui présida aux destinées de la ville à la Libération. Il ouvrit ses portes en 1998. Si quelques pièces sont consacrées aux résistants, notamment à l'épisode de l'évasion d'Hettier de Boislanbert, le passé carcéral, l'enfermement des droits communs et des relégués antisociaux ne sont pas évoqués.
[1] Archives
départementales de l’Allier, 4 N38, 4N 42 et 4 N 43, documents du Conseil
général sur la construction et les aménagements de la prison de Gannat. L’enceinte et les quatre tours de
l’ancien château furent inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments
historiques en 1926. Sur la maison d’arrêt, voir Murielle HEBINGER, Les prisons
de l’Allier sous la IIIe République (1871-1914), mémoire de maîtrise sous la
direction d’André Gueslin, Université de Clermont-Ferrand II, 1993, 190 p. et
tableaux.
[2] Archives
départementales de l’Allier, 1185 W 1, registres d’écrous et statistiques, 1185
W 13, correspondances sur les détenus gaullistes.
[3] Archives
départementales de l’Allier, 1185 W 12, documents divers sur les détenus de
1940 à 1967, dont les registres de correspondances avec les autorités.
[4] Pierre SAINTE, Le
problème pénitentiaire actuel des relégués, Thèse pour le doctorat de Droit,
Université de Paris, 1954, p. 115.








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