lundi 6 octobre 2014

Strasbourg : L'ENA dans une ancienne maison de correction

Le blog avait déjà consacré une contribution à l'originale reconversion de la maison de correction Sainte-Marguerite, au coeur de Strasbourg. De nouveaux documents sont disponibles qui illustrent l'évolution du site : des plans et gravures du XIXe siècle, les photographies du studio Henri Manuel réalisées aux débuts des années trente et conservées par la médiathèque Tarde de l'Ecole nationale de l'administration pénitentiaire à Agen, des photographies contemporaines de l'école ( l'ENA) dans les anciens locaux de la prison.
Quartier des femmes. Atelier de chaises-paille surveillé par une religieuse.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.
Détenue au travail dans sa cellule ( chaise-paille).
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.
Plan de la maison de correction vers 1860-1870
Quartier des femmes. Atelier de couture surveillé par une religieuse.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.

Quartier des femmes. Dortoir surveillé par une religieuse.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.
Gravure du XIXème siècle. La maison de correction se trouve à droite.
Quartier des femmes. Atelier de couture, de ravaudage.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.
La chapelle de la maison de correction Sainte-Marguerite.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.

Un surveillant dans la prison Sainte-Marguerite.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.
Atelier de cordages.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP..
Les parloirs du quartier des hommes dans la prison Sainte-Marguerite.
Les surveillants cheminaient entre les visiteurs et les condamnés.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.
Les détenus condamnés au travail forcé dans l'atelier d'imprimerie de la prison Sainte-Marguerite.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP..
Atelier de menuiserie.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP..
Dortoirs. Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.
Promenade de détenus. Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.
Promenade de détenus.
Studio Henri Manuel. 1930. Bibliothèque numérique de l'ENAP.





dimanche 5 octobre 2014

Ecrouves, un centre d’apprentissage dans une prison, emblématique de la "Réforme pénitentiaire"


Aux lendemains de la Libération, l’Administration pénitentiaire diversifia les modes d’exécution des peines et imagina des établissements adaptés aux profils des détenus : prison pour les tuberculeux à Liancourt, prison-ouverte de Casabianda, prison pour les détenus souffrant de troubles psychiatriques à Château-Thierry, maisons centrales réformées, centres et prisons de relégués multirécidivistes. Pour les jeunes détenus adultes, elle créa des prisons-écoles qui s’efforçaient de les préparer à des CAP (certificats d’aptitude professionnelle). Elle inaugura également à Ecrouves, en Meurthe-et-Moselle, un centre d’apprentissage pour les adultes de 25 à 35 ans et comportant environ trois cents places. Dans le rapport de Charles Germain, directeur de l’Administration pénitentiaire pour l’année 1951, il était précisé que les détenus étaient présentés aux épreuves de la FPA (formation professionnelle pour adultes) et au certificat d’études primaires. Ils étaient répartis dans des ateliers d’ajustage, de chaudronnerie, de charpente-bois, de maçonnerie et ils étaient encadrés par des instructeurs techniques, des éducateurs et des assistantes sociales, aux côtés du personnel pénitentiaire. Michel Fize a parlé d’un âge d’or de la formation professionnelle des détenus entre 1945 et 1955, ce qui correspond à la mise en place des premiers chantiers de la réforme Amor. Les détenus affectés à Ecrouves avaient été sélectionnés lors de leur passage au Centre nationald’orientation de Fresnes, autre rouage majeur de la Réforme. L’heure était à la « détention éducative », mais cela ne concernait qu’une minorité de détenus, une élite pourrait-on dire, dont les capacités techniques allaient être mises à contribution lors de la reconstruction du parc carcéral. Ecrouves fut certainement l'un des fleurons de la "Réforme pénitentiaire", mais cet établissement, aujourd'hui centre de détention, est moins connu que les prisons-écoles d'Oermingen de de Loos-lès-Lille.


Photographies d'une agence de presse.
Visite de la prison d'Ecrouves aux débuts du septennat de Valery Giscard d'Estaing
 par Hélène Dorlhac de Borne, secrétaire d'Etat à la condition pénitentiaire ( juin 1974-Août 1976)

jeudi 2 octobre 2014

Et si le « 36 quai des Orfèvres » devenait le nouveau musée du patrimoine pénal ? (présentation par Jean-Claude Vimont de la recherche menée par Louise Rénier / octobre 2014)

L'escalier du "36", photographie issue du blog d'Olivier Valentin
Plusieurs brigades de la police judiciaire de la Préfecture de Police parisienne vont déménager  en 2017 de l’île de la Cité vers la ZAC Clichy-Batignolles dans un bâtiment moderne et sécurisé. Elles intégreront la future cité judiciaire qui doit accueillir le Tribunal de grande instance de Paris et les vingt tribunaux d’instance qui siégeaient dans les arrondissements parisiens. L’immeuble envisagé sera l’œuvre de l’architecte Renzo Piano et près de 9000 personnes y travailleront quotidiennement. Les brigades de police et la Direction régionale de la police judiciaire vont abandonner un lieu mythique de la capitale, le « 36 quai des orfèvres », le « temple de la police judiciaire » selon l’expression du commissaire Claude Cancès qui lui a consacré plusieurs ouvrages. Louise Rénier a soutenu un excellent master-patrimoine à l’Université de Rouen en septembre 2014 : «  Le 36 quai des Orfèvres, un patrimoine entre mythe, représentations et réalités ».

Respectant la règle fixée pour ces masters professionnels, elle a présenté dans un premier temps l’intérêt de son objet, dans une perspective historique. Il n’était pas aisé de maîtriser l’histoire de la police, de distinguer les services dépendant du ministère de l’Intérieur (la sûreté nationale) de ceux dépendant de la préfecture de police. Les travaux de Jean-Marc Berlière, René Lévy, Pierre Piazza et Michel Malherbe ont été heureusement mis à contribution. Elle a isolé certaines dates symboliques et les a contextualisées : 1913 et la fondation d’une direction de la police judiciaire à la Préfecture de police de Paris, 1966 et la réforme de Roger Frey plaçant la direction régionale de la police judiciaire sous la double tutelle du préfet de police et du ministre de l’Intérieur. C’était l’occasion de repérer quelques figures de la police  et du crime, quelques moments historiques qui ont marqué l’histoire de l’institution : la bande à Bonnot, les brigades mobiles, les brigades spéciales de l’Occupation, l’affaire Ben Barka…

Louise Rénier décrit ensuite les différentes brigades de la police judiciaire :  la brigade criminelle, plus connue sous l’abréviation « la Crim’ », la brigade des stupéfiants, la brigade de répression du proxénétisme, la brigade de recherche et d’intervention ou « Antigang », la brigade de répression du banditisme, la brigade de protection des mineurs, la brigade de l’exécution des décisions de justice, la sous-direction des affaires économiques et financières avec ses différentes  brigades, le service régional d’identité judiciaire, héritière des travaux d’anthropométrie de Bertillon.  Plusieurs brigades sont installées hors du Quai des Orfèvres, mais le « 36 » continue de symboliser la police judiciaire, notamment par la présence de la prestigieuse « Crim’ » et de certaines des brigades centrales. La encore, c’est l’occasion de repérer de célèbres enquêtes, des faits divers qui firent la une des médias, de « grands flics ».

 Depuis 1862, le « 36 » est classé au titre des monuments historiques, car partie prenante du Palais de Justice de la cour d’appel de Paris. L’immeuble appartient donc au ministère de la Justice. Les policiers n’en sont que les locataires. Cet élément est fort important pour une patrimonialisation globale des espaces de l’île de la Cité.

Raymond Bussières (Albert, le truand arrêté),
Georges Blier ( le mari jaloux de la séduisante Jenny),
Louis Jouvet (l'inspecteur-adjoint Antoine)
 dans Quai des Orfèvres d'Henri-Georges Clouzot (1947)
Louise Rénier a ensuite analysé les représentations du lieu : le fameux escalier aux 120 marches et les bureaux étroits où, dans l’esprit de beaucoup, la silhouette massive de Maigret s’est substituée à bien des commissaires célèbres. La littérature policière, la presse de faits divers, le cinéma ont contribué à la renommée du lieu, relatant des enquêtes, présentant quelques policiers célèbres.  Jusqu’au milieu des années cinquante les photographes sont très présents aux côtés des brigades, réalisent des clichés de prévenus conduits au Quai des Orfèvres. Ils sont également là lors des reconstitutions de crimes et dans les enceintes des cours d’assises. La photographie dans la presse de faits divers - Police magazine, Détective, Police Hebdo – a fait connaître enquêteurs et criminels au grand public. Violette Nozière apparaît en une de Détective dans l’escalier du « 36 ». Le roman policier a lui aussi participé à l’héroïsation de certains policiers. Des films ont choisi pour titre « quai des orfèvres ». Et les séries télévisées n’ont pas été en reste. Jean Gabin, Louis Jouvet, Jean Richard, Bruno Cremer ont incarné des policiers dans des œuvres d’inégale qualité, mais qui ont consolidé une image de l’enquêteur à la française, s’inspirant des limiers de la brigade criminelle.

La "tabatière" sous les combles où deux "rats d'hôtel" se détendent après avoir été interrogés.
Police-hebdo, 27 janvier 1948.
Les policiers eux-mêmes ont participé à cette accumulation de représentations. Ils furent nombreux à publier des mémoires, dès le XIXème siècle et ceci jusqu’à aujourd’hui : de Vidocq à Robert Broussard, de Claude Cancès à Martine Monteil. Ils honorent chaque année un auteur de roman policier par le prix du Quai des Orfèvres.

Au delà des œuvres individuelles, mémoires ou récits de fiction, il était donc impératif d’analyser comment les institutions policières se présentaient au travers d’expositions temporaires ou de musées. Quelle part à la réalité et à la fiction pour intéresser les publics curieux ?  

A l’automne 2012, le « 36 » a ouvert ses portes dans le cadre des Journées européennes du patrimoine : reconstitutions de scènes de crimes, visites de bureaux et passage obligé par le fameux escalier. La préfecture de police avait privilégié la dimension historique pour mieux illustrer l’évolution des techniques d’enquête. Louise Rénier a également analysé en détail l’exposition « 100 ans de la police judiciaire à Paris » qui s’est tenue au Champ de mars à la fin de l’année 2013. 40 000 visiteurs sont venus jouer aux « experts »  dans la zone d’expertise, ont retrouvé les affiches de films et couvertures de livres familières, quelques rares pièces originales ayant appartenu à Landru ou au service de l’anthropométrie criminelle.

Louise Rénier indique que la préfecture de police possède trois musées permanents : deux totalement méconnus du grand public (le musée de la brigade mondaine, le musée de la brigade des stupéfiants destinés à la formation des policiers novices) et le musée de la Préfecture de police installé au dernier étage d’un commissariat très laid du cinquième arrondissement depuis les années soixante-dix. Ce dernier fut fondé en 1909 à l’époque du préfet Lépine dans les combles du « 36 ».  Musée fort riche en objets liés à la criminalité, son dispositif muséographique a quelque peu vieilli.

Dans une troisième partie Louise Rénier a offert des pistes personnelles (et originales) pour faire du « 36 » un nouveau musée parisien qui ne manquerait pas d’aiguiser la curiosité des touristes français et étrangers. Elle insiste sur la notion de « chaîne pénale », puisque le bâtiment jouxte le palais de Justice, la prison de la Conciergerie et le Dépôt, cette prison méconnue au cœur de Paris, sur l’île de la cité.  Elle propose de créer des parcours sur l’île qui suivraient les pas d’un inculpé, d’un criminel arrêté : des interrogatoires par les policiers jusqu’à son incarcération au Dépôt et sa comparution devant un juge, en passant par l’identification criminelle. Cela sous-entend une liaison étroite entre patrimoine policier et judiciaire.  La fermeture de l’éphémère musée national des prisons à Fontainebleau et le transfert de ses collections à Agen dans l’Ecole nationale de l’Administration pénitentiaire privent les habitants d’Île de France  de matériaux qui pourraient trouver place dans le dépôt s’il était désaffecté.  La recherche invite à imaginer un prestigieux musée de la justice et de la police au cœur de la capitale.

Elle suggère un transfert du musée de la préfecture de police dans le « 36 », après une sélection drastique des objets, et la constitution d’une réserve pour les expositions temporaires. L’espace nécessaire pourrait être trouvé grâce à l’installation d’une verrière au–dessus de la cour pavée, comme cela a été fait au Musée des Beaux-Arts de Rouen, au British Museum, au musée maritime d’Amsterdam ou au Louvre.  Cette solution permettrait de résoudre les problèmes posés par l’étroitesse de certaines parties du Quai des Orfèvres. Louise Rénier présente également les techniques contemporaines de la muséographie pour « dépoussiérer » les collections réunies précédemment dans le cinquième arrondissement.

Chaîne pénale,  suivi du parcours d’un délinquant arrêté, réemploi original d’un bâtiment réputé inaccessible à un large public, autant de pistes qui font de cette étude un document précieux que devraient lire les décideurs à l’horizon 2017.

Louise Rénier, Le 36 quai des Orfèvres, un patrimoine entre mythe, représentations et réalités, Mémoire de Master2, Valorisation du patrimoine naturel et culturel, sous la direction de J-C Vimont, Université de Rouen, 2014, 152  pages.

Couverture de Charlie-Hebdo, Janvier 1978


 (Le blog d'Olivier Valentin offre une description précieuse du "36" : "(…) Auteur de romans policiers, ce capitaine de la "Crim" me raconte cette affaire. Il fait très chaud dans son bureau situé dans les combles du 36, quai des Orfèvres. Installé face à lui, je scrute le mur où sont épinglées des photos. Des victimes, des bourreaux, des assassins. Sans doute des trophées, pour impressionner un gardé à vue pendant son interrogatoire ? "Plutôt de la fierté", me dit-il. "Nous sommes dans une grande maison, une adresse mythique, popularisée par Simenon et son Commissaire Maigret. Cela fait quelque chose de bosser ici. Il y a une atmosphère, un esprit de famille. Nous l'entretenons."
Mon hôte est procédurier au sein d'une équipe de 6 enquêteurs. Rattachée à la Direction Régionale de la Police Judiciaire, la Brigade Criminelle compte 110 personnes réparties en 12 groupes : 9 de droit commun, traitant les crimes et délits, et 3 équipes de la section anti-terroriste. "Lorsqu'il n'y a pas d'actes terroristes, elles traitent les menaces visant le chef de l'Etat et les appels anonymes, très fréquents." De permanence en ce début du mois de juillet, le capitaine me parle de son travail de fourmi. Son rôle consiste à fixer une scène de crime. Il procède aux constatations, prélève les indices, gère les scellés, diligente les expertises auprès de la Police Technique et Scientifique et rédige les rapports. C'est lui qui monte le dossier, la "bible" d'une affaire criminelle, dans laquelle puiseront les magistrats pour instruire l'enquête. "La science contre le crime, c'est magique. Je suis admiratif devant tout ce qu'elle peut nous apporter".(…) "La meilleure fiction pour moi, c'est Engrenages. très proche de la réalité. La société de production achète des idées à des flics ou des magistrats. Puis, les scénaristes réalisent un gros travail d'adaptation. La fiction échappe ainsi au secret professionnel car il est très difficile pour un non-initié de faire le rapprochement avec une véritable affaire." Par contre, il rejette l'image de flic marginal véhiculée par le cinéma d'Olivier Marchal, un ancien de la maison. "Aujourd'hui, les enquêteurs travaillent en équipe. Le flic isolé, désabusé et alcoolique, en conflit avec l'administration, et qui frôle l'état dépressif, ne résout pas d'affaire. Il est vite mis à l'écart. Dans Braquo, les policiers travaillent en groupe. C'est déjà plus réaliste. Mais cela reste une équipe de ripoux dans un univers noir et glauque. C'est souvent exagéré pour les besoins de la mise en scène."
Parce que l'enquête criminelle, ce n'est pas noir et glauque ? Crime, cadavre, autopsie. Face à cette misère humaine, j'ai l'impression que c'est quand même un métier sinistre. "C'est un métier de contradictions. Les affaires que nous traitons sont à la fois intéressantes et sordides. Mais l'un ne va pas sans l'autre. Avec l'expérience,  l'envie de comprendre l'emporte sur l'écœurement. Et même si nous ne sommes pas insensibles à la douleur des familles de victimes, nous avons des moyens de nous préserver. Quant aux morts, en salle d'autopsie, je les prends pour des sujets, une source d'enrichissement médico-légal." Et sa propre famille ? "Je la tiens à l'écart de mon quotidien. A table, quand on est flic, on vous parle toujours de Sarkozy, des radars automatiques et des contraventions. Et si quelqu'un insiste pour avoir des détails croustillants, je lui décris une autopsie. Cela coupe court à la discussion."
L'envie de comprendre. C'est ce qui anime l'enquêteur qui se compare davantage à un journaliste qu'à un chasseur. Il faut rencontrer les gens, poser les bonnes questions, comprendre leur environnement et leurs motivations. L'enquête criminelle, c'est plus de la psychologie humaine que du tir au pistolet.(…) Le capitaine se lève. "Je vous fais visiter ?" Les locaux sont déserts. Pause déjeuner. Mon hôte me montre les open space. Sur le mur, une affiche de James Bond. Sur un autre, celle du film Contre-enquête avec Jean Dujardin. Sans oublier celle du 36 d'Olivier Marchal. Chacun a recréé son univers, comme un nid douillet, en fonction de ses origines régionales. Un palliatif à la monstruosité des affaires traitées. Avant d'aller sur le toit, nous passons par la salle de séchage. "C'est ici que les enquêteurs entreposent des pièces à conviction. Notamment des vêtements prélevés sur un cadavre humide. Pour les faire sécher avant la prise d'empreintes." D'ailleurs, du petit linge est pendu sur un fil. Sans doute le pantalon et le tee-shirt d'une victime. "Une fois, j'y avais déposé des sacs avec des morceaux de corps. Les collègues m'ont maudit pour l'odeur..."
Je franchis un velux. Nous sommes sur le toit du bâtiment, avec une vue imprenable sur Paris, à 360°. En contrebas, la cour du 36. "C'est de cette fenêtre que s'est jeté Richard Durn, le tueur de Nanterre, pendant sa garde à vue." Mauvaise journée. Depuis cet accident, il y a des barres à chaque ouverture. Un corps ne peut plus passer. Mauvais souvenir.
Nous redescendons au rez-de-chaussée par l'escalier. Le fameux. "L'escalier de tous les désespoirs" comme le surnomme Pierre Jouve, écrivain, photographe et réalisateur de télévision, dans son livre "Brigade criminelle : L'enquête interdite" publié chez Denoël. Le récit d'une immersion au sein de l'institution policière, cette machine à combattre le meurtre. "L'escalier est la Brigade Criminelle", écrit-il. "Tout se comprend là, d'abord, sur ces marches qui entourent un espèce de gouffre, avec garde-fou. Pas d'ascenseur ; rien pour alléger l'essoufflement et l'épuisement des faibles ou des gens âgés qui entreprennent la montée interminable, avec la tristesse du meurtre ou de la mort anormale visible sur leur visage."
Avec la mutualisation des services, la brigade risque de déménager bientôt dans le quartier des Batignoles.  Adieu escalier, adieu Maigret, adieu lieu de mémoire où sont passés les meilleurs flics de Paris. Qu'adviendra-t-il du 36 ? Un musée ? Le président tranchera.(…)"


Photographie issue des fonds de la Préfecture de police
et présentée à l'occasion de "La Crim' fête ses cent ans"

mercredi 1 octobre 2014

La prison de Pontaniou photographiée

La prison de Pontaniou à Brest avait fait l'objet d'une contribution de Séverine Auguste en décembre 2013 sur le site Patrimoine carcéral des régions françaises. Laissée à l'abandon depuis 1990, elle a inspiré plusieurs photographes. Parmi eux, Etienne Valois dont les clichés sont présentés et légendés par Audrey Higelin-Fusté sur le site Criminocorpus. Il expose sa démarche qui s'inscrit dans le courant de l'Urbex, l'exploration urbaine de bâtiments désaffectés, de vestiges industriels ou carcéraux. La prison servit de lieu d'entraînement aux forces de l'ordre, elle fut squattée et des artistes y furent en résidence. Son aspect ruiniforme n'est pas sans évoquer le musée de la prison de Philadelphie, laissée en l'état depuis sa fermeture.

Photographie d'Etienne Valois en ligne sur le site Criminocorpus

mardi 30 septembre 2014

"Ombres et lumières" à Clairvaux (octobre 2014)

Les concerts proposés dans l'abbaye croisent les travaux d'un atelier d'écriture animé dans la maison centrale avec les détenus condamnés à de longues peines. Le quotidien La Croix a consacré deux articles à ces animations : "Clairvaux, des murs, des moines et des détenus" et "Paroles d'anciens détenus". Des informations également sur la page facebook "vies emmurées au XIXe siècle" et sur celle de l'abbaye de Clairvaux.

Photographie de Laure Bulmé, guide-interprète à l'abbaye de Clairvaux

dimanche 28 septembre 2014

Musée du château de Mayenne : exposition "A l'ombre des murailles"

Le samedi 22 novembre 2014, l'exposition "A l'ombre des murailles" sera inaugurée dans le musée du château de Mayenne. Ce bel édifice situé sur un éperon rocheux fut d'abord un palais carolingien, construit par les comtes du Maine vers 920. Il connut ensuite bien des aménagements, restructurations et au XIXème siècle devint une maison d'arrêt et de correction. Elle demeura en fonctionnement jusqu'en 1936.
Carte postale présentant le château transformé en prison.
Voir le site http://genealogie-en-ligne.blogspot.fr/2010/06/prisonniers-de-pere-en-fils.html


Le site du musée informe d'ores et déjà des axes de l'exposition : 

1. Le Pass'Muraille - Une visite virtuelle de la prison



Grâce à des dispositifs mis en place dans chaque salle du musée et un parcours sur tablettes numériques, vivez une immersion virtuelle dans la prison du 19e siècle. Ces dispositifs permettent, à l’aide de la réalité augmentée, de visualiser et de comprendre l’organisation du lieu au 19e siècle, période la plus marquante de son histoire carcérale.
Découvrez également des plans, des cartes postales et des récits d’époque. De l’aula au donjon, en passant par les espaces dévolus aux femmes, les images défilent, se construisent et se détruisent, pour mieux comprendre l’organisation de la vie carcérale. 


2. A l'ombre des barreaux - Des collections carcérales



Vêtements de prisonniers et de gardiens, camisole de force, compas anthropométriques, collier de cou, rapports d’évasion… L’exposition rassemble plus d’une centaine d’objets et de documents d’archives racontant à la fois l’histoire et le quotidien des prisonniers. Grâce à une scénographie moderne,le parcours permet de saisir l’ambiance carcérale du 19e siècle tout en proposant des outils novateurs d’aide à la visite.
Quatre thématiques sont abordées :
- l’évolution architecturale du bâtiment,
- l’anthropométrie (début de la police judiciaire)
- la vie des prisonniers : organisation de la journée, travail, santé, évasions
- le personnel de la prison : rôle, évolution, outils de travail  

Un catalogue de l'exposition sera également proposé aux visiteurs.

Exposition Crimes et châtiments au Musée historique de Lausanne (26 septembre 2014- 2 février 2015)


Affiche de l'exposition
Les bâtiments du musée de la ville abritaient autrefois la prison du district de l'évêché et le tribunal cantonal. Certaines cellules servirent de prison militaire jusqu'en 1927. L'exposition présente l'évolution des transgressions de normes sociales et morales, faisant d'une infraction un délit ou un crime selon les époques. Elle se penche aussi sur l'évolution des instruments et méthodes de répression. Le site de la ville de Lausanne précise que la ville a vu naître en 1909 la première école de police scientifique au monde. Des affiches de la cinémathèque ont été mobilisées pour présenter les transgressions et leurs répressions. Entre autres, la reproduction de l'affiche de la sortie française du film de Fritz Lang M le Maudit en 1931.

Reproduction provenant du site de la cinémathèque suisse

La description d'une prison. Colloque à Lausanne les 16 et 17 octobre 2014. Programme et résumés des communications


Description d’une prison – construction, fonctionnement, signification

Atelier scientifique dans le cadre du projet d’innovation pédagogique La prison 
Université de Lausanne, 16 et 17 octobre 2014
Salle 318, Amphipôle

Organisé par Daniel Fink et Christophe Vuillemier

Objectifs

Depuis l’Acte de Médiation de 1803, la politique pénitentiaire, la gestion des établissements de privation de liberté et l’exécution des peines sont de la compétence des cantons. De ce fait, on dispose en Suisse d’une connaissance très lacunaire du nombre des établissements pénitentiaires et du nombre de places de détention. Le changement du fonctionnement des prisons est encore moins bien connu. Finalement, l’analyse de la place, fonction et signification de la privation de liberté n’en est encore qu’à ses débuts.
Dans le cadre de l’enseignement de l’histoire quantitative de la privation de liberté en Suisse, une activité d’expérimentation pédagogique universitaire, soutenue par le Fonds d’innovation pédagogique de l’Université de Lausanne, a permis d’améliorer l’inventaire des prisons du canton de Vaud. Par ailleurs, un travail de description d’un certain nombre d’établissements a été entrepris dans ce cadre, parallèlement à l’analyse du système pénitentiaire du canton.

Description d’une prison – construction, fonctionnement, signification

L’objectif de cet atelier scientifique réparti sur deux journées, organisé par l’Institut de criminologie et de droit pénal de l’UNIL et placé sous le patronage du service pénitentiaire du canton de Vaud, est un échange sur les modèles d’inventaire des prisons en fonction ou hors d'usage et les modes de description les plus appropriés des établissements de privation de liberté. Il s’agit non seulement de s’interroger sur les modèles descriptifs et les dimensions pertinentes de description des lieux d’enfermement, mais également de comparer les résultats de ce travail avec ceux réalisés dans d’autres pays avec des optiques parfois fort différentes. L’atelier scientifique est organisé par Daniel Fink, chargé de cours à l’ICDP, et Christophe Vuillemier, historien.
Atelier scientifique organisé par Daniel Fink et Christophe Vuillemier
L’atelier s’adresse aux criminologues, historiens, membres des services pénitentiaires cantonaux et aux personnels travaillant dans les établissements pénitentiaires et dans la probation, ainsi qu’à toutes les personnes intéressées par le monde carcéral, son évolution dans le canton de Vaud ou par les questions de description.


Jeudi, 16 octobre 2014
13h00

Accueil
Marcelo Aebi, professeur, vice-directeur de l’Ecole des sciences criminelles, Université de Lausanne

Marcelo Aebi, Professeur, Université de Lausanne
La prison est un thème qui a au moins trois dimensions: c’est un sujet d’actualité, un objet d’étude historique et un domaine de recherche en criminologie. En travaillant sur les prisons en Suisse, l’Institut de criminologie et de droit pénal (ICDP) et les enseignants qui ont été en charge du cours Crime, justice et prison en Suisse ont souhaité répondre à ces trois dimensions – l’actualité, l’histoire et la criminologie. En organisant cet atelier, qui est soutenu par le Fonds d’innovation pédagogique, que nous remercions pour son soutien, l’ICDP souhaite présenter le travail accompli par les enseignants, tout comme celui réalisé par les étudiantes et étudiants, et confronter ces approches avec les travaux de recherche qui se font ailleurs en Suisse et dans d’autres pays. Nous sommes heureux que des collègues de Belgique, de France, d’Espagne et d’Italie ont pu se joindre aux collègues suisses pour débattre du sujet de la description d’une prison. Le débat portera sur les trois dimensions de la prison.

Allocution d’ouverture

Sylvie Bula, cheffe du Service pénitentiaire du canton de Vaud



14h
Xavier Rousseau, professeur, Université de Louvain-la-Neuve, Belgique

14h30
Les prisons de Champ-Dollon et du Bois-Mermet – le récit historique
Christophe Vuillemier, historien indépendant, Genève

La prison du Bois-Mermet, créée en 1905, a un peu plus d’un siècle. Rares sont les établissements pénitentiaires possédant une histoire aussi longue et aussi riche. Cette institution aura traversé deux conflits mondiaux, connu la guerre froide, abrité un nombre particulièrement important de petits délinquants et grands criminels. Avec ses murs si caractéristiques, elle a, depuis toujours, impressionné le passant et laissé dans la mémoire collective lausannoise une trace indélébile. Cette prison est le témoignage de différentes époques et des évolutions qui se sont déroulées, tant au niveau institutionnel que social.
La prison de Champ-Dollon, inaugurée en 1977, s’inscrit, quant à elle, dans une autre conception de l’institution, du prisonnier et du personnel pénitentiaire. Septante ans séparent les deux établissements helvétiques ! Quels problèmes et quels avantages présentent ces deux prisons ?

La description socio-historique des prisons – le cas du pénitencier de Lenzburg
Daniel Fink, chargé de cours, Université de Lausanne

Le paysage carcéral suisse a été – et est aujourd’hui encore – extrêmement dense, fait d’un grand nombre de petites prisons de district, régionales ou cantonales, et de quelques établissements d’exécution des peines et des mesures de taille moyenne. Historiquement, les prisons de district ont été aménagées dans des couvents, dans des châteaux, dans les portes des remparts ou les greniers, dans les mairies ou les postes de police ; en revanche, très rapidement après l’instauration de la République helvétique (1798-1803), les lieux d’exécution des peines ont été des établissements construits spécifiquement à cette fin. Si les seconds sont mieux documentés et décrits par les chercheurs s’intéressant au pénal, les premières sont encore très mal connues, alors même que les historiens des monuments les ont souvent inventoriées, décrites, analysées, mais sans jamais travailler sur la prison que renfermait un tel monument. La description socio-historique des prisons, dont on en dénombre près de 400 en Suisse pour les deux siècles derniers, n’en est encore qu’à ses débuts en Suisse. A l’aide de l’exemple du pénitencier de Lenzburg, situé dans le canton d’Argovie, créé en 1803, on se propose de formuler une approche descriptive dense des prisons, une approche qui dépasse le caractère monographique très restreint souvent adopté dans la description des établissements pénitentiaires. Les dimensions retenues pour cette approche sont le contexte historique de la construction d’un établissement, la construction elle-même, le fonctionnement, la population pénitentiaire et la signification d’une prison dans l’histoire sociale.

15h00
Le patrimoine carcéral et la description de la prison en France
Jean-Claude Vimont, professeur, Université de Rouen

Depuis 2006, une réflexion a été menée sur la notion de «patrimoine carcéral» au sein des enseignements de master de l’Université de Rouen. Les mutations contemporaines du parc carcéral français – abandons de prisons vétustes, construites au XIXe siècle et même auparavant, dans les centres-villes ; constructions d’établissements modernes dans les périphéries – ont posé la question de la pertinence des patrimonialisations, des conversions ou des destructions de prisons. Un blog « Patrimoine carcéral des régions françaises » et le site « Criminocorpus » ont entamé un inventaire descriptif des prisons françaises, afin de mettre en valeur des critères de patrimonialisation (mémoire et
histoire politiques, architectures et politiques pénitentiaires, vie quotidienne, sociabilités et témoignages de détenus, de personnels ...) et des voies originales de conservation (musées, biblio- thèques, hôtels....). Le premier aspect sera développé lors de la communication, puisque, à la date de l’atelier, une visite virtuelle de la maison d’arrêt du Havre (détruite en 2010) sera en ligne sur le site Criminocorpus, avant celle de la prison parisienne de la Santé, qui aura été ouverte au public lors des journées annuelles du patrimoine.

16h30
 La prison Canton Mombello à Brescia dans son environnement Carlo Alberto Romano, professeur, Università degli Studi di Berscia

Cette conférence abordera l’analyse historique de l’évolution du système pénitentiaire de l’Italie, à l’aide de l’exemple de la prison Canton Mombello de Brescia, qui connait cette année un siècle de service. L’analyse portera sur ses relations avec la région environnante.
« Écrire en prison – décrire la prison » : la communication propose un bref tour d’horizon du thème de la prison dans la littérature suisse, menant de Friedrich Dürrenmatt à Max Frisch, de Emmy Hennings à Grisélidis Réal en passant par Friedrich Glauser et Mariella Mehr.
Historiquement, la cellule de prison était étroite, sommairement aménagée, équipée de barreaux ; même modernisée, c’est un monde fermé et inconnu de la plupart des gens. Les témoignages écrits ont donc une valeur toute particulière. Comment des auteurs suisses décrivent-ils la prison ?
La réclusion contraint à se confronter à soi-même et au monde, mais elle donne aussi l’occasion d’imaginer d’autres univers. Divers exemples tirés des Archives littéraires suisses montrent à quel point le régime pénitentiaire et la vie cellulaire ont stimulé la production littéraire. L’ensemble des textes portant sur la prison – à savoir des lettres, des cahiers de notes, des journaux intimes, des comptes rendus et des témoignages, des récits et des romans – invite à un déchiffrage biographique, sociologique ou historique, tout en traçant les contours d’une certaine esthétique de ’l’écriture pénitentiaire’ qui restent à analyser.

17h00 
La prison dans la littérature suisse
Christa Baumberger, collaboratrice scientifique, Archives littéraires suisses, Berne

Vendredi, 17 octobre 2014
8h30
Présidence : 9h00

Christophe Vuillemier
La description des prisons du canton de Vaud – une expérimentation pédagogique
Steve Ducommun, chargé de projet FIP, Université de Lausanne
Dans le cadre du cours Crime, justice et prison en Suisse, proposé à l’Université de Lausanne, une expérimentation pédagogique a été réalisée durant le semestre du printemps 2014. Soutenu par le Fonds d’innovation pédagogique (FIP) de l’UNIL, le projet portait sur l’inventaire des prisons du canton de Vaud entre 1800 et nos jours et visait à renforcer l’interactivité dans le cours, à favoriser l’activité de recherche et à développer les compétences de présentation. Le travail des étudiants portait sur deux activités : la présentation d’un texte de référence et la description d’une prison.
Pour développer les compétences de présentation, au début de chaque cours, un groupe de 4 à 6 étudiants devait présenter en un quart d’heure un texte imposé en lien avec le sujet traité la leçon précédente et répondre à quelques questions. Pour la description d’une prison, les étudiants ont dû travailler, toujours par groupe de 4 à 6 étudiants, sur un lieu de détention du canton de Vaud. Leur travail consistait en la constitution d’un dossier de 5 à 10 pages, la fabrication d’un poster scientifique et une présentation orale. Le choix de l’établissement était imposé et la description de la prison devait traiter des cinq dimensions que sont le contexte historique de sa mise en service, sa construction, son fonctionnement, sa population ainsi que sa signification. Le dossier, le poster et la présentation orale comptaient chacun pour un tiers dans la note validant le cours.
La conférence présentera l’approche pédagogique et didactique, les résultats du travail des étudiants, ainsi que les évaluations conduites sur l’expérimentation elle-même.

Le pénitencier cantonal de Béthusy – parcours de vie d’une prison
Ana Rita Cojocaru, Léa Kolopp, étudiantes en master de criminologie, Université de Lausanne

Suite à l’intégration du canton de Vaud au sein de la Confédération, en 1803, les autorités cantonales se prononcèrent sur la volonté d’avoir une prison dans chaque district, ainsi qu’un pénitencier cantonal. C’est ainsi que le projet du pénitencier de Béthusy prit forme dès 1819. Cette présentation propose de parcourir l’histoire de ce pénitencier, de sa construction à sa destruction, en examinant son fonctionnement, sa population, ses différents régimes pénitentiaires, son impact sur l’opinion publique, ainsi que les différentes difficultés auxquelles les autorités étaient confrontées. Sera également discuté le principe selon lequel il était entendu que « la peine soit sentie, sans que l’humanité en souffre », l’expiation du crime étant la perte de liberté et nullement la souffrance physique.

La prison de la Tuilière – une question de genre ?
Tiago Lourenço, Veronica Rogão, Mathieu Rossel, étudiante et étudiants en master de criminologie, Université de Lausanne

Bâtie sur les ruines d'une ancienne tuilerie à Lonay, la prison de la Tuilière fut inaugurée en 1992. La construction de cet établissement s'explique, en partie, par la nécessité de combler un manque dans la prise en charge des femmes en exécution de peines et de mesures, en Suisse romande. En effet, depuis la fermeture de la Colonie de Rolle (1975), ancienne prison vaudoise pour femmes, la majorité des détenues romandes étaient placées en Suisse alémanique. Le projet architectural de cet établissement se distingue par des infrastructures, modulables aux différentes étapes du parcours progressif de l'exécution des peines, ainsi que par la diversité de sa population. La singularité de cette prison se trouve dans la mixité de sa population carcérale, celle-ci étant composée d'hommes et de femmes. Cette distinction s'observe également dans les formations et ateliers proposés aux détenus, selon leur genre. Ce traitement différentiel soulève une réflexion sur la manière dont est pensée la resocialisation selon les rôles de genre.
10h30
Du cachot au pénitencier, exemples d’architecture carcérale à Neuchâtel
Claire Piguet, historienne de l’art, Office du patrimoine et d’archéologie, Neuchâtel

Restée en marge de la modernisation du système pénitentiaire, qui débute sur le territoire helvétique durant l’occupation napoléonienne, Neuchâtel doit attendre le retour de la principauté dans l’orbite prussienne, en 1815, pour que s’initie la réforme de ses institutions judiciaires. Les autorités locales devront dès lors adapter leurs lieux de détention au rythme de l’évolution de la justice. Puisant dans la boîte à outils de l’histoire du bâti, plutôt que dans celle du droit ou de la sociologie, nous tenterons une description architecturale de quelques prisons neuchâteloises de la fin du 15e siècle à nos jours. A petite échelle, ces réalisations recouvrent un large spectre de l’éventail typologique carcéral : de la tour «prisonnière» au panoptique, de l’aménagement de bâtiments existants aux constructions ad hoc, de la « cage » privative de liberté aux ateliers de travail collectif.
Pause
Un pénitencier pour internement jamais construit et sa description
Urs Germann, historien, Université de Berne
Durant l'entre-deux-guerres, plusieurs cantons tentèrent de construire un établissement destiné à l’internement, dans la plaine de la Linth, dans le canton de Zurich, en Suisse orientale. Malgré le fait que ce projet correspondait à un besoin et répondait aux exigences des autorités, le projet ne vit pas le jour. Dans le cadre de l'atelier, il reste à discuter comment un projet d’établissement pénitentiaire qui a échoué peut être décrit et contextualisé de manière adéquate. Comment peut-on évaluer l'aménagement et le régime de l'établissement projeté, ainsi que son importance pour la politique criminelle de la Suisse de l'époque ?

La description de la prison ‘Sankt Jakob’ de St-Gall (1839-1956)
Patric Schnitzer, archiviste aux Archives de l’Etat de St-Gall

Durant la période de la Médiation et suite à la création du canton en 1803, l’Etat de St-Gall peine à placer les personnes condamnées, désormais, à des peines privatives de liberté. D’une part, il doit reprendre les détenus en exécution des peines, placés dans le pénitencier central de la défunte République helvétique, à Baden dans le canton d’Argovie, d’autre part, il doit construire de nouvelles places de détention pour le nombre croissant de personnes à incarcérer. A l’image des évolutions dans le canton d’Argovie, la construction d’un nouveau pénitencier et la modernisation de l’exécution des peines sont retardés pour satisfaire d’autres besoins de la population. La percée pour la construction d’un établissement correspondant aux conceptions de l’époque n’interviendra qu’au milieu des années 1830, conduisant à l’ouverture, en 1839, de l’établissement ‘St Jakob’ (« kantonale Strafanstalt Sankt Jakob »), dans la capitale du canton. De nombreux experts le considérèrent comme moderne et exemplaire, car l’architecture était conçue à partir des systèmes d’exécution des peines en cours. Si St. Jakob fut longtemps l’un des pénitenciers les plus connus pratiquant le « système d’Auburn », le réaménagement de 1885 conduisit à l’introduction du « système irlandais » avec ses quatre phases. Les rapports de la direction de l’établissement et des autorités, ainsi que la correspondance des anciens détenus montrent cependant un certain décalage entre la théorie et la pratique. Les conditions de vie matérielles, tout comme la nourriture des détenus, n’étaient de loin pas aussi exemplaires qu’elles ont été perçues dans la population. En ce qui concerne les conditions de vie en exécution des peines, aucune différence significative n’a été constatée entre hommes et femmes. En 1955, l’établissement fut mis hors service par une décision du gouvernement cantonal. C’est non seulement le fait que de nouvelles formes d’exécution de peines furent pratiquées dans l’établissement ouvert de Saxerriet depuis les années 1920, mais aussi la décrépitude des bâtiments, des considérations financières et une plus intense coopération intercantonale qui conduisirent à la fermeture de l’ancien établissement modèle.

Présidence : 13h30
Le Cárcel modelo de Barcelona et la réforme pénitentiaire catalane Josep Cid, professeur, Universidad autónoma di Barcelona (en anglais)

A la fin du 18e siècle, le mouvement de la réforme pénitentiaire était également présent en Espagne, porteur d’idées d’humanité, de correction et de charité chrétienne. Ces idéaux ont conduit à la mise en fonction de nombreuses nouvelles prisons, basées sur le système cellulaire et, plus tardivement, à la généralisation du régime progressif – fondé sur une loi nouvelle de 1904, introduisant la libération conditionnelle.
La publication, en 2004, d’une histoire du Cárcel modelo de Barcelone, ouvert en 1904, permet de traiter trois questions fondamentales en matière de privation de liberté: la prison cellulaire a toujours été surpeuplée ; elle a toujours été menacée dans l’ordre intérieur, par manque de légitimité ; et la vision réhabilitatrice a dû être modernisée, passant d’une version moralisatrice (religion) à une version à prétention scientifique (traitement), sans savoir si elle était vraiment effective dans la pratique. L’histoire de la Prison modèle de Barcelone permet de poser la question de savoir si ces problèmes ont été résolus dans le système pénitentiaire catalan contemporain: la surpopulation et le manque de places sont-ils toujours un problème?; l’ordre intérieur est-il atteint et considéré comme légitime?; la réhabilitation modernisée est-elle effective ?

Le système carcéral du canton de Zurich
Helena Zimmermann, archiviste scientifique, archiviste en chef de l’Université de Lucerne

L’évolution du système carcéral du canton de Zurich du 19ème au 21ème siècle peut être divisée en quatre étapes : dans un premier temps, le canton cherche à créer les places de détention nécessaires, puis à trouver des lieux de détention plus humains, ensuite à remplir les exigences du droit pénal concernant les différentes formes de détention, notamment la séparation selon les types de détention, et enfin à orienter la détention vers une resocialisation des personnes incarcérées. Cette évolution est entre autres influencée par le passage de l’ancien Etat urbain vers l’Etat cantonal, qui devait durant le 19ème siècle gagner du terrain et du pouvoir.
A la fin du 20ème siècle, le paysage carcéral s’organisait selon l’ancienne carte judiciaire du canton. Il se composait d’un grand établissement d’exécution des peines – la Justizvollzugsanstalt Pöschwies - et de onze prisons de district utilisées pour la détention provisoire et l’exécution de courtes peines. La conférence traitera un des aspects de cette évolution du paysage carcéral du canton de Zurich.
Statistiques pénitentiaires et parc carcéral

Annie Kensey, démographe et chef du bureau des études et de la prospective à
l'administration pénitentiaire, DAP, Paris

Au travers de cet exposé seront évoqués les indicateurs de base de la statistique pénitentiaire et leur disponibilité par établissements; les tendances observées pour l’évolution de la taille des établissements et leur éventuel encombrement; les usages faits de ces données à propos de l’occupation des établissements.
De manière plus générale seront traitées la construction des indicateurs de densité et l’observation des durées de détention que l’on s’efforcera de comprendre tant à travers une vision plus large de la gestion des effectifs des détenus qu’à travers la transformation des mots en indicateurs chiffrés.

Discussion Conclusions Clôture de l’atelier