Louise Hervieux a publié en 1955 :
Je sors de leurs prisons aux éditions du Centurion : une
enquête sur l’univers carcéral et sur la Réforme pénitentiaire lancée en 1945 par
Paul Amor. Cet ouvrage n’a pas eu le succès de Prisons 53 de Georges Arnaud,
édité deux ans auparavant. Pourtant cet ouvrage offre des descriptions précises du
« régime progressif » en vigueur dans la prison d’Ensisheim, une
évaluation du Centre National d’Orientation de Fresnes et deux pages sur la
« prison ouverte » de Casabianda en Corse ( pages 121-122).
« En juin 1948 commença une expérience
qui avait déjà été tentée au même endroit sous l’Empire et s’était soldée par
un échec. Cette fois, grâce à la qualité des hommes qui en ont été chargés et
au choix des détenus – guidé par un triage très sévère – le résultat est très
nettement positif.
Bordé d’un côté par une plage longue de huit
kilomètres et de l’autre par la route nationale, ombragé par une forêt
littorale, un domaine de mille huit cents hectares a été repris par
l’Administration Pénitentiaire. Celle-ci y a d’abord installé, à titre d’essai,
des prisonniers arrêtés pour collaboration. Comme on pouvait s’y attendre,
appliquée à des gens qui ne faisaient nullement partie de la pègre,
l’expérience fut un succès. Mais elle ne prouvait rien concernant les
prisonniers de droit commun.
Elle est maintenant tentée sur ceux-ci.
Un grand travail de réfection a été
immédiatement réalisé par les prisonniers eux-mêmes. Après avoir remis à neuf
les bâtiments délabrés, installé l’eau et l’électricité, ils ont creusé des
chemins et construit des ponts. Puis, alors que cent quinze hectares seulement
étaient exploités, les équipes, dotées de tout le matériel agricole moderne
nécessaire, ont défriché et ensemencé un terrain de cinq cents vingt-cinq
hectares. Le pénitencier alimente maintenant en céréales et en légumes toutes
les maisons d’arrêt de l’île. Des étables ont été aménagées dans le même but.
Sur une population de deux cent cinquante
détenus, deux cents à peu près quittent les bâtiments du centre, en camion ou à
pied, vers le lieu de leur travail, c’est-à-dire, pour ceux qui sont employés à
l’extrémité du chantier, à 7 ou 8 kilomètres. Il y a seulement dix surveillants
qui, parcourant le domaine en jeep, font les contre-appels.
La nuit, les détenus dorment dans des baraques
qui n’ont ni serrures, ni barreaux ; évidemment, le domaine n’étant
entouré d’aucun mur, on n’y place que des hommes à qui on juge pouvoir faire
confiance. En quatre ans, on a enregistré seulement quatorze évasions. ;
tous les fuyards ont été repris et envoyés dans une centrale du continent.. Les
pensionnaires du pénitencier sont pourtant, pour la plupart, des condamnés à de
longues peines de travaux forcés : ils ont compris que, plutôt que de
tenter une évasion vouée à l’échec, et au lieu de vivre « dans le
décor » une vie traquée, il est préférable de purger ici la peine, se
baignant librement l’été, pêchant dans les cours d’eau qui traversent le
domaine et cultivant le petit jardin mis à leur disposition de chacun pour
améliorer son ordinaire. L’église du village se trouve à deux kilomètres. Les
catholiques s’y rendent en groupe pendant que les autres lisent ou jouent aux
boules. »
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