Présentation de la prison:
Haguenau est une commune d'Alsace de 33 000 habitants, située à environ 35 km au nord de Strasbourg. La Ville a inauguré le 13 octobre 2001 sa nouvelle médiathèque dont les murs ont abrité, jusqu'en 1986, une prison.
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| Médiathèque de Haguenau, ancienne prison |
Commencé sous Louis XV et achevé sous l'Empire, ce qui devait à l'origine être un hôpital connut très vite d’autres destinations : caserne, dépôt de mendicité, maison centrale pour femmes, prison mixte, IUT et enfin médiathèque.
Au XVIIIe siècle, Haguenau est une ville frontière que traversent les troupes françaises en direction de Fort-Louis et de Landau. Bâti entre 1783 et 1788, l’hôpital civil et militaire de la ville était avant tout affecté à l’accueil des militaires et des bourgeois de la province.
La construction de l'édifice s’est effectuée à la demande de La Galaizière, l'Intendant d'Alsace, et a été réalisée aux frais de la ville d'après les plan de Charpentier, directeur des Ponts et Chaussées : de style Louis XVI, construit sur un plan sobre et fonctionnel, le portail central est décoré de motifs néoclassiques (triglyphes, guirlandes, pommes de pin).
En dépit de l'ordonnance de 1788 qui ordonnait la suppression des hôpitaux militaires et régionaux, il a servi d'hôpital militaire durant les guerres révolutionnaires et napoléoniennes avant d'être employé – de 1815 à 1822 – comme caserne puis comme dépôt de mendicité. Une ordonnance royale du 2 mars 1822 cède ensuite le bâtiment au Ministère de la Justice qui le transforme en maison centrale pour femmes, destination qu'il conserve jusqu'en 1957. Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, les Allemands conservèrent son rôle de prison et y détinrent résistants et prisonniers politiques.
En 1842, le gouvernement proposa de transformer cette maison centrale en maison de force pour hommes mais l’administration de la ville s’opposa à ce projet par le biais d’une pétition envoyée au ministère et le projet fut abandonné. A cette occasion, la fermeture de la prison fut même demandée : l’administration proposait un dédommagement de 200 000 francs contre le transfert de l’établissement et le droit de propriété du bâtiment. Les principales raisons invoquées pour justifier la fermeture de la maison centrale étaient les suivantes : l'augmentation du coût de la vie en raison de la paie perçue par les détenues pour leur travail pénal, la concurrence pour les habitants exerçant le même type de métier, la corruption des mœurs à cause de l’installation en ville des détenues venant d’être libérés.
En 1867, la ville chercha à transformer l’établissement en hôpital et l’échec de cette tentative fit que dès lors son rôle de prison ne fut plus contesté.
Une maison centrale pour femmes (1822-1957)
Le fonctionnement de la maison centrale de Haguenau de 1822 à 1939
Au
XIXe s., les femmes condamnées aux travaux forcés ou à de longues
peines étaient regroupées dans des maisons centrales. Si en général celles-ci
étaient mixtes et séparées en deux quartiers, la France est sans doute l'un des
seuls pays à avoir construit des prisons uniquement destinées aux femmes : les
centrales de Clermont, Cadillac, Montpellier et Haguenau ainsi que la prison
départementale de Saint-Lazare à Paris, leur étaient spécifiquement destinées.
La maison
centrale de Haguenau, à l’époque appelée « maison centrale de
détention », était affectée à l’accueil de l’ensemble des femmes
condamnées provenant des départements suivants : Doubs, Meurthe, Moselle,
Haut-Rhin, Bas-Rhin et Haute-Saône. L’établissement était en mesure d’abriter
jusqu’à 800 prisonnières. A sa tête, le directeur était en charge des questions
administratives et la sous-directrice de tout ce qui avait trait aux conditions
de détention.
De
manière générale, en France, la situation de la population carcérale féminine a
longtemps peu préoccupé les services : surveillants et geôliers étaient des
hommes – ce fut le cas à Haguenau jusqu'en 1840. Cette situation favorisait l'abus sexuel des détenues :
la correspondance entre le directeur de la maison centrale et le préfet fait
ainsi mention de plusieurs cas de viols. Il fallut attendre la décision
ministérielle du 6 avril 1839 pour que soit imposée la surveillance des
prisonniers par des personnes du même sexe dans les
maisons centrales (ce qui était déjà le cas dans les prisons
départementales depuis l’arrêté du 25 décembre 1819). Cependant, dans les
faits, la décision ne fut effective qu'à partir de 1856.
Les
conditions de détention étaient strictes et contraignaient les femmes à
travailler. Les centrales étaient perçues comme des usines et, à l'époque,
l'industrie textile en pleine expansion nécessitait une main d’œuvre
nombreuse. A Haguenau, les détenues effectuaient leurs tâches à la main ou à la
machine : tissage, broderie, couture, filage de la laine et du chanvre,
fabrication de gants. Du linge blanc et des habits leurs étaient octroyés par
les entrepreneurs en échange du travail effectué. Elles recevaient en outre une
paie qui était divisée en 3 parts : un tiers était mis en réserve par
l’Administration et retourné à la prisonnière à sa libération, un tiers lui
était laissé pendant son incarcération, le dernier tiers revenait à
l’entrepreneur.
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Détenue en cellule travaillant au cannage, vers 1930
(photo prise par Henri Manuel)
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Vers
1930, la population carcérale de la Maison centrale de Haguenau avoisinait les
200 détenues : 28 condamnées aux travaux forcés, 29 à la réclusion et 149
à une peine supérieure à un an d’emprisonnement. Le personnel de
l’administration comptait 38 personnes : un directeur (également directeur
des prisons d’Alsace et de Moselle), une économe, un sous-inspecteur, 7
surveillantes, 25 religieuses et deux commis greffiers.
A leur arrivée
au sein de l’établissement, les condamnées étaient visitées par les religieuses
avant de subir un examen médical. Elles revêtaient ensuite la tenue
pénitentiaire : une jupe bleue, un tablier gris et un bonnet, rose pour
les condamnées aux travaux forcés, blanc pour les autres.
Leur
emploi du temps se déroulait chaque semaine de la même manière : levées
chaque jour à 6h, elles passaient 9h dans les ateliers, avec 1h30 de pause au
réfectoire et 1h dans la cour ; le dimanche, elles se levaient à 7h et assistaient
à l’office religieux à 9h.
Les
prisonnières étaient réparties dans les ateliers en fonction de leur
habileté : collage de sacs en papier et d’enveloppes ;
fabrication de blouses et de pantalons pour les ouvriers et les soldats avec
des machines à coudre ordinaires ; confection de chemises grâce à l’utilisation
de machines à coudre, de rabatteuses et de surjetteuses électriques.
Certaines
détenues étaient également employées dans les différents services de la
prison comme la comptabilité, la cuisine, la blanchisserie ou le service
du directeur et du sous-directeur.
Le
salaire que touchait la prisonnière pour son travail allait de 100 à 200 francs
par mois, la part laissée à sa disposition lui permettait de réaliser des
achats personnels par le biais des gardiens.
Les prisonnières devaient respecter la règle du
silence absolu. En plus des surveillantes dans chaque dortoir, une détenue dite
« prévote » était chargée de faire appliquer la discipline et pouvait
faire appel à une sœur lorsque la situation l'exigeait. La discipline était
maintenue grâce à un système de récompenses et de punitions. Une commission constituée du
directeur, du sous-directeur et de la Mère Supérieure se réunissait deux fois
par semaine pour prononcer les punitions. Elles consistaient le plus souvent à
la mise en isolement, d’une durée de 15 jours à 3 mois : la détenue
demeurait dans l'obscurité et n'avait droit qu'à une demi-heure hors de sa
cellule, elle était en outre soumise à un régime alimentaire strict composé
d'une miche de pain par jour et d'une ration alimentaire tous les 4 jours. Une
paillasse lui était octroyée toutes les 4 nuits. En revanche, en récompense d'un
comportement et d'un travail jugés satisfaisants, certaines détenues pouvaient
être nommées sous-maîtresses puis maîtresses.
Des
visites d'une heure maximum étaient autorisées le dimanche, en présence d'une sœur.
En terme
de distraction, étaient organisés chaque mois dans les ateliers des conférences
ou des concerts par les dames patronnesses.
Une maison de réforme destinée aux femmes (situation après 1946)
La
réforme Amor
La fin de la Seconde
guerre mondiale s'ouvre sur une période de réflexion quant à l'état du système
pénitentiaire en France : surpopulation carcérale, promiscuité, bâtiments
endommagés ou détruits par la guerre, augmentation du nombre de surveillants sont autant d'éléments qui caractérisent les prisons françaises à cette époque.
Cette réflexion va déboucher sur la mise en place de la réforme Amor.
Le 9 décembre 1944, un arrêté institue une
commission de réforme des institutions pénitentiaires, dite Commission Amor du
nom du directeur de l'administration pénitentiaire à l'origine de la réforme,
« en vue d'étudier, d'élaborer et de soumettre au Garde des Sceaux les
réformes relatives à l'administration pénitentiaire ». Cette
commission est à l'origine d'une part de la réorganisation administrative de
1945 qui voit les prisons départementales être confiées à l'État et d'autre
part d'une réforme fondamentale du système pénitentiaire.
La réforme repose sur l'idée de l'individualisation
de l'exécution des peines et débouche sur la mise en place du régime progressif
– ou régime irlandais – qui adapte le traitement du prisonnier en fonction de
sa capacité à se réinsérer. Dans les faits, il correspond à un échelonnement du
régime de détention : le passage d’une phase à une autre dépend de la
réceptivité du détenu au traitement, les conditions de détention se faisant
moins oppressives à mesure que le détenu accède aux phases supérieures.
L'établissement
pénitentiaire de Haguenau est l'une des premières maisons centrales réformées
au XXe s. (avec celle de Mulhouse destinée aux hommes). Chacun de
ces établissements réformés était spécialement adapté à la catégorie pénale
dont il avait la charge : jeunes détenus de 18 à 25 ans (effectuant une peine
inférieure à 5 ans), condamnés aux travaux forcés primaires, condamnés aux
travaux forcés récidivistes et, dans le cas de Haguenau, femmes adultes
condamnées à de longues peines de droit commun. Utilisée par les Allemands au
cours de la Seconde Guerre Mondiale, la maison centrale de Haguenau a été de
nouveau ouverte à partir du 1er janvier 1946. Elle regroupait
presque la totalité de la population carcérale féminine française.
Fonctionnement
A sa réouverture, la Maison centrale de
Haguenau se composait de 331 salles.
Dans
l’enceinte principale, un bâtiment de 4 étages renfermait 6 dortoirs, soit 368
lits, ainsi que 7 ateliers de travail, 7 salles de repos, 5 réfectoires, une
école et un foyer. Des services annexes complétaient le bâtiment : 3 cuisines, 2 réserves pour les denrées alimentaires,1, lingerie, 1 buanderie, des ateliers de menuiserie et de serrurerie, etc.
Le
quartier cellulaire comprenait 75 cellules et 11 cellules de service.
La prison
disposait en outre d’une infirmerie qui pouvait accueillir jusqu’à 42 malades
et comportait également une cuisine, une salle de bain, une lingerie, une salle
de pansement et deux cabinets, l’un pour le médecin, l’autre pour le dentiste.
Situés en
dehors de l’enceinte principale se trouvaient une conciergerie et un bâtiment
destiné aux services administratifs.
La prison
bénéficiait de l’électricité et de l’eau courante (des lavabos étaient
installés dans les dortoirs et les réfectoires) et les détenues pouvaient se
laver chaque semaine grâce l'installation de douches. Le quartier
cellulaire et l’infirmerie disposaient du chauffage central tandis que les
autres bâtiments étaient chauffés au poêle.
En
1946, le personnel comptait 26 membres : outre le directeur et la
sous-directrice étaient présents une surveillante-chef, 19 surveillantes, un
médecin, un psychiatre, une assistante sociale et deux infirmières.
La
population pénale de Haguenau oscillait généralement entre 350 et 400 détenues.
Chaque trimestre un convoi amenait une soixantaine de criminelles en provenance
de toute la France et condamnées soit à des peines correctionnelles supérieures
à un an d'emprisonnement soit à des peines criminelles (réclusion, travaux
forcés, perpétuité).
L'application
du régime progressif
Le
régime progressif a pour but de reconnaître les efforts individuels fournis par
chacune des détenues afin de s’amender. Il s’applique de la même manière pour
la population pénale féminine que masculine, à quelques différences près
cependant. Il se décline en 4 phases principales.
La phase
d'observation : elle dure 3 mois au lieu de 9 et débute dès l’arrivée
des condamnées dans l’établissement. Cette période est caractérisée par un
isolement cellulaire complet de jour comme de nuit et un travail obligatoire.
Les détenues ont droit à une demi-heure de promenade par jour pour laquelle 7
préaux ont été prévus afin de garantir leur isolement.
Au cours
de cette première phase, les détenues subissent un examen médical et mental. Le
directeur, la sous-directrice, la surveillante-chef, le médecin-psychiatre, le
juge chargé de l’application des peines ainsi que l'assistante sociale et
l’éducatrice viennent leur rendre visite séparément afin d’étudier leur
comportement.
Une fois
achevée la période d’observation, ces personnes se réunissent pour former une
commission de classement présidée par le magistrat chargé de l’exécution des
peines afin de déterminer dans quel groupe vont être affectées les condamnées
au cours de la deuxième phase du régime. Les détenues sont en effet réparties
entre trois catégories distinguées par des rubans de couleur vert, jaune ou
rouge selon leur degré d'amendabilité :
- vert
pour les détenues amendables ou amendées,
- jaune
I et jaune II pour les sujets plus ou moins amendables,
- rouge
pour celles jugées inamendables.
Chaque
membre de la commission intervient pour faire part de son avis quant au groupe
auquel il convient d’envoyer la détenue – les aumôniers ont eux aussi la
possibilité de donner leur avis – et le magistrat prend la décision définitive.
A l'issue
de la phase d'observation, le quartier cellulaire était libéré : ainsi tous les
3 mois, des détenues en provenance d'autres établissements pénitentiaires
étaient transférées à Haguenau.
La
période de rééducation ou phase d'Auburn au cours
de laquelle est appliqué le régime auburnien : les détenues travaillent
ensemble en atelier le jour et dorment seules dans des quartiers cellulaires la
nuit, les dortoirs étant divisés en cellules par des cloisons en bois et une
porte grillagée. Chaque groupe demeure séparé des autres mais ils obéissent aux
mêmes règlement et discipline et suivent le même emploi du temps.
Le
travail pénal reste obligatoire, toujours dans l’objectif de l’amendement des
condamnées qui demeurent placées sous observation. La commission de classement
se réunit régulièrement et peut procéder à des changements de groupe s’il
apparaît que la personnalité d’une détenue ne lui permet pas de demeurer dans
son groupe initial. Une durée minimum d’un an au sein du groupe des
« amendables » (ou groupe vert) est requise pour pouvoir passer à la
troisième phase du régime et après avis de la commission.
Cette
organisation était applicable pour les condamnées à une longue peine mais peu
appropriée aux détenues condamnées à des peines inférieures à un an, aussi il a
été décidé que le temps passé au sein des catégories jaune et rouge serait pris
en compte afin de leur permettre de franchir les différentes étapes envisagées
par le régime progressif.
La phase
de confiance est caractérisée par un accès à un régime de détention plus
favorable. Si l’encellulement nocturne est toujours appliqué, plusieurs
avantages sont octroyés aux détenues : chambres individuelles, ouvertes durant
la journée ce qui permet aux détenues de communiquer entre elles, pas d’emploi
du temps imposé, travail au sein de services généraux comme la lingerie ou la
cuisine, activités récréatives (séances de culture physique, basket,
volley-ball), possibilité de travailler en l’absence de surveillante,
promenades hors de l’établissement chaque dimanche sous la surveillance d'une
éducatrice.
La phase
de semi-liberté s'adressait, sur décision de la commission, aux détenues
dont l'attitude était considérée satisfaisante et leur octroyait la possibilité
de travailler et de bénéficier d'activités se déroulant à l’extérieur de la
prison, le retour au sein de l'établissement s'effectuant le soir ou le
week-end. Cette phase du régime n'a pas été expérimentée à Haguenau.
Le
travail pénal
Le
principe directeur du régime progressif était que l’individualisation de la
peine devait conduire à l’amendement du condamné. A ce titre, on considérait le
travail pénal comme participant du traitement moral du sujet. En France, les
prisonnières étaient le plus souvent mises à travailler dans des ateliers pour
effectuer des travaux de couture, confectionnant entre autres du linge et des
uniformes pour la prison ainsi que des productions pour les grands magasins. A
Haguenau, la principale production de la centrale était liée au tricot : les
femmes travaillaient dans des ateliers au sein desquels elles confectionnaient
pull-overs, bas et chaussettes.
Le
salaire que touchaient les détenues était peu élevé et nettement inférieur à
celui que percevaient les hommes.
Elles
avaient également la possibilité d'apprendre un métier afin de faciliter leur
réinsertion à l'extérieur de la prison : des cours étaient organisés pour
préparer à divers CAP (couture, coiffure, comptabilité, sténo-dactylographie)
de même que des cours d'instruction générale.
Prison mixte et annexe psychiatrique (1957–1986)
A partir de 1957, la
maison centrale de Haguenau est transformée en prison mixte chargée
d’accueillir notamment les prisonniers en attente de jugement. Chaque cellule
était meublée de la même manière : lit, table, chaise, lavabo, toilettes,
complété à partir de 1984 par la télévision. Il y avait trois prisonniers par
cellule. Ceux-ci avaient la possibilité de choisir entre porter la tenue
pénitentiaire (grise pour les condamnés à une peine pénale) ou conserver leurs
habits personnels.
L’emploi du temps était le même chaque jour de la
semaine à l’exception du dimanche. En dehors du travail effectué dans les
ateliers, des cours et des activités sportives (foot, basket, tennis) leur
étaient proposés. Le dimanche, les détenus pouvaient assister à des séances de
cinéma.
L’une des
particularités de la maison centrale de Haguenau au cours de cette période est
que lui fut adjointe un centre spécialement destiné à accueillir des condamnés
psychopathes (en nombre restreint).
C’est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que
va se développer la présence psychiatrique en prison. A cette époque,
l’administration pénitentiaire s’est notamment trouvée confrontée à la question
des prisonniers présentant des troubles psychiatriques : ils étaient
considérés comme « psychiquement anormaux » mais leur condition ne
justifiait pas qu’ils fussent admis dans un hôpital psychiatrique. Le rôle de
la prison évolue : au-delà de son objectif de surveiller et de punir, elle
est désormais perçue comme un lieu de soin. En conséquence, les prisons régies
par la circulaire du 5 octobre 1950 se sont alors vues dotées d’annexes
psychiatriques, dont Paul Amor, alors directeur général de l’administration pénitentiaire, a défini le rôle comme suit : « Elles ont pour but
d'éclairer la justice par le dépistage et le traitement des délinquants
mentalement anormaux qui se trouvaient dans des établissements pénitentiaires ».
Sur les 24 annexes prévues, seules 14 ont fonctionné, la plupart brièvement par
manque de personnel.
Les condamnés psychopathes constituent une
population pénale particulière qui requiert un régime de détention spécifique
impliquant une forte supervision et un traitement médical renforcé. Deux
établissements spécialement destinés à accueillir ce type de prisonniers se
sont ouverts dans les années 1950 : le Centre d’Observation de
Château-Thierry en 1950 et le Centre de réadaptation de Haguenau à partir de
1957. Leur admission dans l’un ou l’autre de ces établissements était décidée
par la commission de classification du Centre national de l’orientation après
une courte phase d’observation. Tous deux étaient prévus pour des condamnés et
non pas des prévenus comme dans les maisons d’arrêt.
Le Centre de Haguenau a été créé à l’origine pour
résoudre le problème de la surpopulation du Centre de Château-Thierry, le
premier devant recevoir les psychopathes qui purgeaient de courtes peines
tandis qu’étaient admis dans le second ceux qui effectuaient de longues peines.
L’annexe psychiatrique de Haguenau comportait 80
cellules individuelles, de même que des salles de travail dans lesquelles les
prisonniers dont les troubles mentaux ne les contraignaient pas à l’isolement
absolu pouvaient travailler. Les 80 détenus étaient placés sous la surveillance
d'un psychiatre et étaient soumis à une approche thérapeutique dont les moyens
pharmacologiques, les méthodes psychothérapiques et le travail pénitentiaire
étaient adaptés à leur personnalité. Aussi, plutôt que de prison, on devrait
parler d'hôpital pénitentiaire. Dans ce genre d’établissement, traitement
pénitentiaire et traitement médical sont liés et ont pour objectif la guérison
des détenus, première étape afin de les réadapter à un retour dans la société.
Cette annexe a été
transférée quelques années plus tard à Metz-Barrès. Le centre de détention de
Haguenau a fermé en 1986 suite à la découverte d’un champignon dans la
charpente. Bien que des travaux de remplacement de cette dernière aient été
entrepris, l’ensemble de la structure restait fragile. Face aux risques
d’accidents – la charpente intérieure s’étant à plusieurs reprises effondrée –
et à cause du coût de la reconstruction estimé trop élevé ( la prison étant située en plein centre-ville, aucune réelle
amélioration n’était possible), la décision fut prise de fermer
l’établissement. Les membres du personnel furent affectés sur leur
demande en priorité à la maison d’arrêt de Strasbourg et dans les autres
établissements de la direction régionale.
Demeurée désaffectée pendant quelques temps, la prison a été en partie démolie avant que l'IUT n’investisse son aile nord en 1996. Enfin, la ville ayant racheté le bâtiment, le projet longtemps repoussé d'une nouvelle médiathèque a finalement été financé grâce à un contrat « Ville moyenne » qui associe l'État, la Région Alsace et le département du Bas-Rhin. Le bâtiment se partage désormais entre l'IUT et les services de la médiathèque ouverts le 13 juillet 2001.
Lou Schmitt
Sources
• Chantraine Gilles, Mary Philippe (éd.), Prisons et mutations pénales, 2006.
• Faugeron Claude, La création du service social des prisons et l’évolution de la réforme pénitentiaire en France de 1945 à 1958, 1988.
• Fleur Anne-Marie, La maison centrale de Haguenau dans le cadre de la réforme pénitentiaire, Thèse de droit, Strasbourg, 1955.
• Petit Jacques-Guy, Faugeron Claude, Pierre Michel, Histoire des prisons en France (1789-2000), Paris : Éditions Privat, 2002.




1 commentaire:
Il y a également eu des détenues de Bretagne (Rennes) de 1954 à 1957 (pendant la rénovation de la prison des femmes de Rennes) Ma grand-mère y était.
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