Le contexte historique
Dés juin 1940,
la prison de Loos (la maison d’arrêt actuelle) est occupée pour
moitié par l’armée allemande. En effet, les Allemands se sont réservé
le quartier D, soit trois niveaux de 43 cellules chacun. Dans chaque
cellule les détenus sont entassés par 5, 6, 7 ou plus, dans des conditions
d’hygiène et de salubrité lamentables; les nuits sont particulièrement
éprouvantes, les vêtements sont hors de la cellule et la lumière éclaire la
cellule toute la nuit. La prison allemande peut donc recevoir entre 800 et 1
200 détenus. Elle verra passer des milliers de ces malheureux durant les quatre
années d’occupation.
Après le débarquement en juin
1944, Paris est libéré le 25 août. Les alliés remontent vers la Belgique. Le 1er
septembre, les britanniques sont à Douai.
Dans les prisons et en
particulier dans celle de Loos, les nouvelles parviennent aux détenus
politiques par bribes. Les bruits de la guerre se rapprochent, les avions
alliés survolent et bombardent les points stratégiques autour de Lille comme la
gare Saint Sauveur. L’espoir, peu à peu, gagne les prisonniers enfermés dans
les cellules du quartier D de la prison allemande et de
la prison Saint Bernard qui accueille les nouveaux détenus politiques
ramenés dans la précipitation sur Loos, des prisons
de Douai, Arras, Valenciennes.
Les 17 et 18 août 1944, les
responsables de la
Résistance se réunissent à la piscine de Roubaix pour
discuter de l’attaque de la prison mais ce projet ne fera pas partie des
priorités.
L’Occupant allemand décide alors
de durcir sa répression : des "charrettes" de résistants sont
régulièrement emprisonnées ou conduites au poteau d’exécution. Craignant un
soulèvement général de la population, ils multiplient les arrestations
d’otages, de résistants. Le 1er
septembre 1944, 48 heures avant la libération de Lille, est la date à
laquelle s’organise la déportation de 871 détenus, regroupés à la prison de
Loos, et transportés en gare de Tourcoing.
Le dernier convoi vers les camps de déportés
Alors que les alliés progressent
en direction de la Belgique ,
la tension entre la Wehrmacht et la
SS ne cesse de monter. Les SS ont fini par
obtenir de prendre en charge les détenus politiques enfermés dans les prisons
au nord de Paris. Ils vont les regrouper dans les prisons de Loos et former le
dernier convoi de déportés quittant le nord de la France pour les camps
nazis. Il est probable que ces détenus politiques aient pu servir de monnaie
d’échange, d’otages avec les alliés. Les SS fanatiques,
remarquablement organisés et efficaces, vont mettre en place un plan de
transport et réquisitionner tous les moyens pour parvenir à leur fin. Ainsi des
prisons de Béthune, Valenciennes, Douai, Arras, les détenus
politiques sont acheminés vers Loos par train, par autobus, alors que
l’armée allemande pressée se replie en hâte vers la Belgique et qu’elle
aurait bien besoin de ces moyens de transport. Pour arriver à la prison de
Loos, ces détenus mettront beaucoup de temps, l’aviation alliée est
omniprésente, attaque les gares, les convois. Arrivés à Loos, ces malheureux
sont entassés dans les cellules déjà surchargées. On utilisera les locaux de
la prison Saint Bernard, annexe de la prison de Loos, pour y attendre le
départ.
Les SS ont choisi la gare de marchandises de Tourcoing comme base de départ du convoi. C’est sans doute l’une des dernières gares encore disponibles et utilisables. Ils vont exiger la mise sous pression d’une locomotive trouvée par miracle, tant la demande doit être forte de la part de l’armée allemande. Dans la gare stationnent quelques rames de wagons de marchandises sur les voies 23 - 26 - 27.
Les SS ont fait un tri des dossiers, ils mettent sur leur fichier tous les détenus condamnés à plus de trois mois de prison, les autres hommes et femmes de la Résistance seront libérés au cours de la journée du 1er septembre 1944 grâce à l'intervention du Consul suisse, Fred HUBER et du Pasteur Marcel PASCHE.
HUBER et PASCHE arrivent à la
prison vers 10h, où ils rencontrent le chef de la prison, SIEBEBR, qui accepte
de libérer tous les détenus condamnés à moins
de 3 mois : 400 à 600 hommes et femmes seront ainsi libérés par
groupes de 20 toutes les demi-heures, et doivent se disperser au plus vite...
871 détenus restant seront amenés par camion à la gare de Tourcoing entre 5h30
et 17h30, et entassés à 80 ou 90 par wagon.
Pour le transport de Loos à
Tourcoing, les SS réquisitionnent toutes sortes de véhicules ambulance,
véhicule cellulaire, camion. Ils obtiendront des autorités civiles françaises
l’essence nécessaire.
Ces véhicules, dont certains sont
en mauvais état, connaîtront des pannes, des retards mais assureront environ 80
rotations entre 5 heures du matin et 17 heures en ce vendredi 1er septembre 1944.
Dès 3 heures du matin, la prison
est brutalement réveillée après une agitation inhabituelle, les gardes entrent
dans les cellules et procèdent à l’appel de ceux qui vont partir et qui ne
comprennent absolument pas ce qui leur arrive. On leur distribue leurs objets
personnels, on leur donne un peu de nourriture. Puis, dès 5 heures, par groupes
de 20, ils grimpent entassés dans les véhicules, que ce soit l’ambulance ou la
voiture cellulaire, ils prennent la route de Tourcoing. Le premier véhicule
fait une halte à La
Madeleine car les SS et leur
chef Paarman embarquent deux caisses de dossiers pour continuer les
interrogatoires à l’arrivée dans les camps.
Arrivés à la gare de
Tourcoing, les détenus sont débarqués et poussés dans les wagons - 80 puis 100
pour les derniers arrivés dans chaque wagon. La gare est devenue une
forteresse. Les SS ont utilisé des éléments de la division SS « Herman
Goering», soldats farouches et déterminés qui ont mis la gare en état de siège,
installant des mitrailleuses sur le convoi, disposant de soldats, doigt sur la
détente tous les 10 mètres .
La Résistance
locale avertie a d’abord dissuadé les détenus de ne rien tenter pour s’évader.
Les combattants FFI, qui s’approchent de la gare se rendent à l’évidence,
avec leurs faibles moyens en armes, ils ne disposent pas de la puissance de feu
nécessaire pour affronter avec succès la gare de Tourcoing. La Résistance doit se
replier. La Croix Rouge avertie de la formation de ce convoi est
autorisée à apporter eau et vivres aux détenus. Elle est étroitement surveillée
par des soldats surexcités, nerveux, prêts à tirer. La Croix
Rouge n’a pas de gros moyens pour venir en aide à ces malheureux qu’on
entasse comme du bétail dans ces wagons surchauffés, sans air, sans lumière,
sans aucune hygiène possible pour les besoins naturels. Les arrivées se
multiplient, les wagons manquent, les SS en trouvent d’autres complètement
insalubres ayant servi au transport de la chaux ou du ciment ; un balayage
superficiel suffira. Les derniers arrivés vont en plus suffoquer. L’excitation
est générale, le chef de convoi craint l’arrivée des FFI en force, de
l’aviation alliée.
Vers 17 heures, le convoi se
forme, la locomotive regroupe les wagons dispersés et forme le convoi. Une quinzaine
de wagons, avec entre eux des voitures de voyageurs pour les SS qui
ont ordre de tirer sur toute tentative d’évasion et qui menacent de
représailles sur ceux qui ne pourront s’évader. Lentement le convoi démarre, il
prend la direction de la
Belgique. Dans les wagons, c’est l’affolement. L’espoir fait place
au désespoir, malgré le courage de quelques uns qui entonnent la Marseillaise en
croyant encore au miracle d’une intervention de la Résistance des
cheminots français ou belges. Incapables de s’asseoir, pouvant à peine
respirer, les détenus sont abattus, démoralisés, désespérés.
Vers 17h30, le dernier camion
avec 23 détenus arrive à la gare le train une fois parti : ils auront été
sauvés par une crevaison sur le parcours. Leur libération est immédiate. C’est
presque un miracle. A Loos, les prisons sont vides. Quelques malheureux
détenus malades ont été oubliés, d’autres dans une cellule ont échappé au
départ. Ils doivent cet autre miracle à la précipitation générale du départ en
catastrophe des SS.
13 déportés réussissent à
s’évader du train entre Tourcoing et Cologne ; 20 à 30 déportés sont
décédés durant le transport. 26 ont été envoyés dès leur arrivée à Cologne vers
le camp de Buchenwald.
Le 3 septembre, le train arrive à
Cologne. 250 déportés sont envoyés aussitôt à Mulheim pour dégager des voies
ferrées bombardées. En octobre 1944 commence la grande dispersion des déportés
du Train de Loos : vers Kokendorf et ses mines de sel, vers l’île d’Usedom
sur la Baltique
(centre d’essai des fusées), vers Karlslagen. Au printemps 45 devant l’avance
des alliés, les camps sont évacués vers la Baltique : ce sont les abominables marches
de la mort, qui seront notamment fatales à des centaines de déportés du Train
de Loos.
Le calvaire des déportés s'achève avec l'arrivée des alliés
entre le 15 avril et début mai 1945.
Qui étaient les déportés ?
Ils étaient pratiquement tous
domiciliés dans le Nord ou le Pas-de-Calais.
Outre 69 qui étaient des otages
pris dans une rafle, 722 étaient emprisonnés pour des faits liés à la
résistance (appartenance à un réseau résistant, diffusion de tracts
clandestins, aide à évasion de prisonniers ou déserteurs, aide aux résistants,
hébergement d’aviateurs alliés, manifestation anti-allemande, attaque contre
les forces d’occupation, sabotage, réfractaire au STO...).
98% des déportés étaient de
Français, 56% avaient moins de 30 ans (16 ans pour le plus jeune et 71 ans pour
le plus âgé).
Le terrible bilan fait état de
561 décès et de 275 survivants.
Sources :
http://cmapl.pagesperso-orange.fr/
http://marcel.houdart.online.fr/interview.htm
http://criminocorpus.cnrs.fr/article520.html
http://www.ville-loos.fr/
Sources :
http://cmapl.pagesperso-orange.fr/
http://marcel.houdart.online.fr/interview.htm
http://criminocorpus.cnrs.fr/article520.html
http://www.ville-loos.fr/




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