Le 9 juin 2009, Rachida Dati alors Garde des Sceaux, inaugure le nouveau centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville dans le quartier résidentiel du Haut-du-Lièvre. Il a été construit en moins de trois ans dans le cadre du programme « 13 200 places de détention » de l'ancien garde des sceaux Dominique Perben afin de remplacer l’ancienne maison d’arrêt de Nancy et désengorger la prison de Toul. L’établissement reçoit dans des quartiers séparés à la fois des prévenus en attente de jugement (450 environ) et des condamnés purgeant leur peine (240 environ). Une aile est réservée aux femmes et une autre aux mineurs. Il peut accueillir jusqu’à 690 détenus dans six bâtiments qui totalisent 37 000 m2 de surface au sol dont 20 000 m2 pour la détention. Le mode de gestion est novateur. Il est basé sur un partenariat public-privé. En effet, son utilisation relève de l’administration pénitentiaire, locataire de l’établissement pour une durée de 30 ans mais son exploitation et sa maintenance sont assurées par un bailleur privé.
| Source : L’Essentiel Online |
Aude Curto, alors directrice de l’établissement, ne tarissait pas d’éloges à son sujet : « Il s’agit d’une prison de nouvelle génération caractérisée par la qualité de l’hébergement des détenus et des conditions de travail des 220 surveillants qui y ont été affectés. Elle est en tout point conforme aux règles européennes. » Il y a en effet des points positifs : les cellules sont confortables et les détenus peuvent désormais recevoir leur famille en visite dans des « unités de vie » (des petits appartements). Dans le discours, la prison est idéale mais presque trois ans après la fin de la construction, la réalité est beaucoup moins rose, autant pour les détenus que pour le personnel surveillant.
| Source : L'Est Républicain, Photo d'archive |
Du côté des détenus
Frédérique Meichler, dans un
article du 23 février 2011 paru dans L’Alsace.fr,
nous rapporte le « récit d’un détenu qui a vécu l’ancienne et la moderne ».
Voici quelques extraits :
« Lorsque j’ai été transféré de
Colmar à Nancy, j’ai tout perdu, indique Pierre. Je suis atteint d’une maladie
chronique, je n’ai plus été suivi correctement. J’ai perdu les parloirs
réguliers en raison de l’éloignement… Et si les conditions de détention sont
correctes sur le plan matériel avec des cellules individuelles de 9 m² équipées
de WC et douche, la vie y est plus dure encore que dans des petites prisons du
type de celle de Colmar. […] dans le quartier des condamnés, la vie quotidienne
est éprouvante. « Ça ressemble à un sous-sol de parking, avec un couloir étroit
éclairé aux néons. Chaque couloir dessert une soixantaine de cellules. C’est
très oppressant. Les détenus y circulent librement en journée, il n’y a qu’un
gardien et des caméras pour 60 détenus, aucune possibilité de faire respecter
un minimum de règles, il y a du bruit et des tensions en permanence… » Et pas
de relations humaines possibles, dans ce que Pierre décrit comme une usine. «
C’était la jungle, nuit et jour. Pour tenir le coup, je reculais le plus
possible le retour en cellule, je prenais des tranquillisants et le soir, un
somnifère pour dormir ». […] À Nancy, on a produit une architecture pour
économiser du personnel, on remplace les surveillants par un système de badges
et de bips devant les portes. On a l’impression d’être parqué dans une cage…
Beaucoup se sentent cassés par la structure. Ils ont d’autant plus de mal à
s’investir dans un projet de réinsertion. » »
Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez ici.
| Source : L'Alsace.fr, Archives AFP |
A la date du 1er juin 2011, le blog du GENEPI Nancy dénombrait quant à lui plus d’une trentaine de suicides dans le centre pénitentiaire. (Voici l’article entier )
Du côté des surveillants
Le site Emploipublic.fr nous rapportent que, le 24 juin 2011, les membres du personnel ont manifesté devant la prison pour demander la fermeture de l’établissement. Ils sont très insatisfaits de leurs conditions de travail. Plusieurs éléments sont mis en cause dont un manque de personnel et les « agressions quotidiennes » dont sont victimes les surveillants.
Enfin, Jean-Marie Delarue, contrôleur général des prisons, dresse un constat tout aussi négatif : il dénonce ces milieux carcéraux d’un nouveau genre, calqué sur le modèle américain. « On a multiplié le béton, les grilles de séparation… On a tout sacrifié à la sécurité et on a oublié tout le reste ». Le spécialiste pointe aussi du doigt la substitution galopante de la présence physique par la vidéosurveillance, une erreur selon lui, « le contact humain est indispensable dans les lieux de privation de liberté ». Bref, il préconise de rétropédaler pour les projets immobiliers carcéraux, « il faut revoir très sérieusement la conception des futurs établissements qui ne devraient pas accueillir plus de 200 détenus ». (Extrait d’un article de L’Est républicain par Valérie Richard paru le 05 août 2011).
A bon entendeur….
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