Que reste-t-il de l’ancien petit
séminaire de la Ferté-Macé devenu le camp de triage pendant la Première Guerre
Mondiale ? Est-il détruit ? Est-il sauvegardé ?
Mais avant d’aborder ces questions, il faut éclaircir un point qui me semble important : qu’est ce qu’un camp de concentration pendant la Première Guerre Mondiale ? Quelle différence y a-t-il avec ceux de la Seconde Guerre Mondiale ?
On peut dire que les camps de concentration de 1914-1919 ont avant tout pour objet de regrouper des personnes dans un même lieu ; ce regroupement avait pour but de faciliter la surveillance de personnes jugées dangereuses pour la nation. Ce n’est qu'à l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir et l’installation de son programme d’extermination que le sens premier du terme s’en trouve changé pour aboutir à un lieu où on regroupe des personnes afin de les tuer.
On peut observer plusieurs types de camps de concentration pour, à l’origine, recevoir en premier ressort tous les civils évacués de la zone armée, ensuite pour éviter que ces personnes ne viennent renforcer les troupes ennemies, pour ainsi protéger la sécurité nationale et pour éviter tout espionnage dans le but de percevoir de l’argent.
![]() |
| FARCY Jean-Claude, Les camps de concentration français de la première Guerre Mondiale (1914-1920), 1995. |
Il y eut, en effet, plusieurs types de camps. Il y eut des camps pour les Austro-Allemands (pour les familles, pour les notables, des camps de faveur, des camps disciplinaires), des camps pour les Alsaciens-Lorrains (des dépôts surveillés, des dépôts libres, des maisons de refuge). Des populations qui sont en lien direct avec les troupes ennemies puisque l’Alsace-Lorraine était à l’époque sous le joug de l’Allemagne. Mais il y eut également des camps pour les personnes jugées suspectes, des camps de triage, et des camps pour des populations spécifiques telles que les ecclésiastiques et les prostituées.
C’est quelque chose de relativement nouveau pour l’époque. En effet, on est dans un contexte de guerre qui se veut dur et on se méfie beaucoup des étrangers et des populations marginales de la société. D’où le projet d’internement lié à cette guerre « tout étranger devient suspect national » ou encore « tout ce qui entrave à la défense nationale devient indésirable ou suspect. »
On installe donc les camps dans des sites privilégiés pour leur isolement (éviter le contact), assez vaste pour loger plusieurs centaines de personnes, apte à une surveillance aisée et aussi qui n’appartient pas à l’Etat. Tel que les anciens forts essentiellement du littoral qui se sont retrouvés abandonnés ou inutilisés par l’armée, des bâtiments ecclésiastiques qui se sont retrouvés vides avec la loi de 1905 comme des couvents, des monastères, des abbayes, des séminaires…. Mais aussi des usines, des établissements scolaires….
C’est quelque chose de relativement nouveau pour l’époque. En effet, on est dans un contexte de guerre qui se veut dur et on se méfie beaucoup des étrangers et des populations marginales de la société. D’où le projet d’internement lié à cette guerre « tout étranger devient suspect national » ou encore « tout ce qui entrave à la défense nationale devient indésirable ou suspect. »
On installe donc les camps dans des sites privilégiés pour leur isolement (éviter le contact), assez vaste pour loger plusieurs centaines de personnes, apte à une surveillance aisée et aussi qui n’appartient pas à l’Etat. Tel que les anciens forts essentiellement du littoral qui se sont retrouvés abandonnés ou inutilisés par l’armée, des bâtiments ecclésiastiques qui se sont retrouvés vides avec la loi de 1905 comme des couvents, des monastères, des abbayes, des séminaires…. Mais aussi des usines, des établissements scolaires….
![]() |
| FARCY Jean-Claude, Les camps de concentration français de la première Guerre Mondiale (1914-1920), 1995. |
Plus particulièrement, il y eut ce qu’on
appelle un camp de triage. Camp où l'on place toutes les personnes suspectes ou
indésirables qui ont été ramassées lors de rafles. Ce sont des gens douteux
dont il convient d’éclaircir l'état civil, la nationalité, la vie en
générale. S’ils peuvent justifier tout cela ils étaient remis en liberté mais
dans le cas contraire, ils étaient envoyés dans les autres camps spécifiques à
leur condition et ce durant toute la période de guerre.
![]() |
|
La façade
extérieure du camp de triage de la Ferté-Macé (http://www.culture.gouv.fr)
|
Les camps de triage ont été créés, à
partir de février 1915, du fait d’erreurs dans l’évacuation des suspects et des
indésirables par les services de l’armée. De février 1915 à août 1919, il y eut
trois camps de triage permanents : le séminaire de la Ferté-Macé, l’asile
de Bellevaux à Besançon et le dépôt de Fleury en Bière en Seine et Marne. Un
quatrième fut créé en 1915 mais il sera supprimé en 1917, c’est celui de Blangy
en Saône et Loire.
Le camp de la
Ferté-Macé se situe dans un petit séminaire construit vers 1855. Il avait pour
nom « le Préau dit le parapluie », un nom dont la signification reste
aujourd’hui inconnue. Il avait pour fonction d’être une école secondaire
ecclésiastique. Celle-ci est devenue, après 1907, une école primaire supérieure
publique avant d’être utilisée par l’Etat comme lieu pour le camp.
Ce camp fut
ouvert à partir de février 1915 jusqu’en mai 1919. On compte environ six mille
internés qui y ont séjournés un temps, de quelques semaines à plusieurs
mois, sans compter les personnes ayant étaient plusieurs fois internées pour
diverses raisons.
On
peut y trouver plusieurs nationalités tels que les Allemands, les Autrichiens,
les Russes, les Ottomans, les Roumains, les Bulgares, les Belges, les Italiens,
les Américains, les Anglais, les Alsaciens-Lorrains, mais également les
Français… 90% des internés du camps sont des ressortissants des pays étrangers
que sont les Allemands, les Ottomans, les Bulgares et les Austro-hongrois. Mais
les Alsaciens-Lorrains sont également touchés par ceci. En effet, un
alsacien-lorrain sur deux est interné pour le reste de la guerre. Au contraire
les Français, les Belges, et les Anglo-saxons échappent majoritairement à
l’internement.
La
plupart des internements vont vers des camps de suspects. Sur 100 internements
prononcés, 60 sont en direction de ces camps. Notamment vers celui d’Alençon
situé rue de Tisons, quartier Montsort, pour les femmes et qui fut créé le 1er
Janvier 1917 jusqu’au 3 Janvier 1919. Il avait la capacité d’accueillir une centaine de personnes mais pendant l'automne 1918 jusqu’à 150 internées. Il reçut du camp de triage de
la Ferté-Macé environ 179 suspectes en majorité des Belges et des Russes.
![]() |
| FARCY Jean-Claude, Les camps de concentration français de la Première Guerre Mondiale (1914-1920), 1995 |
De plus, toutes les catégories
sociales sont représentées : mendiants, vagabonds, écrivains, notables… On y retrouve également des femmes (57,3%), des enfants (30% ont
moins de vingt ans), ou encore des prostituées… Des personnes, non
spécialisées, ont la charge de réaliser le tri préalable pour les orienter vers
les camps spécifiques à chaque catégorie des futurs internés.
On
peut observer dans le camp de triage que l’internement des personnes est de
faible durée. De ce fait, les désirs d’évasions sont moindres car il y avait
toujours un espoir de liberté. Malgré tout, on compte quand même 36 évadés sur
plus de six mille internés.
![]() |
|
(http://www.gvsu.edu/english/cummings/Eroompen.htm)
|
Le poète
américain E. E. Cummings (1894 – 1962) et son ami
William Slater Brown (1897 – 1997) romancier et journaliste, firent un séjour
au camp de triage de la Ferté-Macé. Ils furent accusés d’espionnage pour avoir
exprimer des opinions anti-guerre et pacifiste. E. E. Cummings a même indiqué
toute absence de haine envers les Allemands. Ils furent arrêtés le 21 septembre
1917 et envoyés au camp. William Brown fut envoyé dans la prison de Précigné
(Sarthe) alors qu’E. E. Cummings resta au camp jusqu’au 19 décembre 1919. Il
sortit grâce à de nombreuses interventions politiques de la part de son père
après une incarcération de quatre mois.
De cette
expérience, qui le marqua fortement, il écrivit un livre autobiographique « The enormous Room »
(« L’énorme chambre ») sorti en 1922. Ce titre fait référence à la
grande salle où Cummings dormait avec une trentaine d’autres prisonniers, c’est
également une allégorie de l’esprit et des souvenirs de prison.
On peut observer les conditions de vie des internés dans ce camp. Des conditions marquées par un règlement strict, contraignant qui reprend les grandes lignes des instructions ministérielles. Ajouté à cela un régime de punition avec des corvées supplémentaires, une suppression des faveurs, envoi dans une cellule…
Le camp est un lieu entouré par des murs plus ou moins élevés. Des sentinelles relevant de l’autorité militaire avaient pour charge de surveiller les internés mais n’étaient pas forcément en nombre suffisant. Par soucis d’économie, on faisait installer des barbelés en haut des murs pour dissuader les évasions. Cela ne se faisait pas dans tous les camps de concentration. Pour la Ferté-Macé, on sait, par le témoignage d’Edouard E. Cummings, que le camp était doté de barbelés pour les côtés non clos par des murs.
Des murs qui entouraient les cours consacrées aux promenades, aux sorties ou encore aux loisirs (bien que limités). Il y avait à la Ferté-Macé des cours étroites de 20 mètres sur 15 où les hommes étaient séparés des femmes par un mur de pierre haut de 3 mètres. Ces promenades étaient très appréciées par les internés du fait que c’était un des rares moments de « liberté » ; une rupture avec la vie monotone du camp où tout est rythmé par les ordres du planton (surveillant) ou des sonneries de clairon indiquant le lever, le repas, les corvées, les promenades et le coucher. Des promenades collectives, encadrées, qui étaient un bon moyen pour le directeur de maintenir une certaine discipline, de calmer la nervosité des esprits engendrée aussi bien par la situation politique que par l’encombrement du camp mais aussi par l’étroitesse des cours.
![]() |
|
La cour
intérieure du dépôt (http://www.culture.gouv.fr)
|
Les locaux,
pour certains camps, avaient un aspect déplorable et avaient semblent-il un
certain manque d’hygiène. Les fenêtres étaient murées, notamment à la
Ferté-Macé. En effet, les internés détruisaient les fenêtres et les brûlaient
par volonté de rébellion. Il existait également la volonté de couper toute
communication avec le monde extérieur. Les dortoirs étaient collectifs et
séparés en fonction du sexe. Il y avait très peu de place pour disposer d’un
espace « individuel ». Au camp de triage de la Ferté-Macé, il y était
disposé 40 paillasses espacées d’un mètre de côté. Leur couchage était composé
d’une paillasse (faite de paille) avec un traversin et une à plusieurs
couvertures. Quand le sol était humide, la paillasse était supportée par un
châlit (armature de lit) ou un faux plancher pour les isoler, comme on pouvait
en trouver à l’infirmerie. Mais quand le sol était sec, elle était disposée sur
ce dernier.
![]() |
Chambres séparées par les internés (http://www.culture.gouv.fr)
Des cellules
sont aménagées dans un local et pourvues de mesures de sécurité devant empêcher
toute évasion. Au camp de triage, elles avaient pour nom les
« cabinots » c’est-à-dire des pièces de moins de 3 mètres sur 3, sur
1,80 mètre de haut, sans lumière, sans plancher et dont le sol, toujours
humide, pouvait être sous plusieurs centimètres d’eau. Ces cellules avaient une
sinistre réputation auprès des internés. Elles concernaient surtout les
fauteurs de troubles et des meneurs qui étaient envoyés aux camps
disciplinaires.
Le chauffage
était, du fait des consignes d’économie, dispensé de façon mesurée. En effet,
on avait fixé une certaine quantité de charbon à donner par foyer et par
dortoir. De plus, le chauffage n’était utilisé que pour certaines pièces lors
de la journée et pas dans tous les locaux. Par conséquent, un marché se mis en
place pour se procurer de quoi se chauffer, notamment pendant la nuit où la
température pouvait descendre très bas pendant l’hiver. Ceux qui avaient un peu
d’argent pouvaient se procurer des poêles, des fourneaux qu’ils utilisaient
pour réchauffer quelque peu la pièce. Des lampes individuelles au pétrole
furent également acquises pour pallier au manque d’éclairage (du fait de
l’absence d’électricité dans les camps).
Un marché noir
se met également en place dans les camps dans le domaine de la nourriture ou
les petits plaisirs de la vie comme le tabac…, des moyens d'améliorer quelque peu
son quotidien dans un camp où la liberté est extrêmement restreinte.
Un système de
travail et de corvée est instauré. Par exemple, l’aide à la cuisine, l’aide au
ménage, l’aide à l’infirmerie… Du travail est proposé soit à l’intérieur du
camp avec des ateliers ou soit à l’extérieur dans le monde agricole. Concernant
le camp de triage de la Ferté-Macé, il
est peu probable que les internés se voient attribué un travail, vu le peu de
temps passé à cet endroit.
L’infirmerie : en haut pour les femmes, en bas pour les hommes (http://www.culture.gouv.fr)
![]() |
|
L’infirmerie pour les convalescents (http://www.culture.gouv.fr)
|
Le
réfectoire : en haut pour les femmes, en bas pour les hommes. (http://www.culture.gouv.fr)
Les cuisines et la
lingerie (différents effets confectionnés par les internés) (http://www.culture.gouv.fr)
![]() |
|
Le bureau du
secrétariat (http://www.culture.gouv.fr)
|
Le camp de
triage de la Ferté-Macé ferme au mois de Mai 1919 (un des derniers à fermer)
avec la fin de la guerre.
Les données après
le camp concernant ce petit séminaire sont peu nombreuses. On sait qu’il est
devenu un collège moderne et technique – centre d’apprentissage peu de temps
après mais cela reste un domaine inconnu. Il fut l’objet d’une demande de
classement au titre des monuments historiques en 1938 mais cette demande fut
refusée, les raisons étant inconnues.
On ne sait pas
quand ce séminaire fut détruit ou s'il le fut mais en 1955 quand le lycée des
Andaines ouvre ses portes il ne reste plus aucune trace du séminaire et donc
du camp de triage.
Bibliographie :
· - FARCY Jean-Claude, Les camps de concentration français de la
Première Guerre Mondiale (1914-1920), Anthropologie historique, Paris, 1995.
Webographie :
-http://www.culture.gouv.fr/ (14 photos, consulté le 18 Janvier 2012)
-http://www.culture.gouv.fr (La Médiathèque de
l’Architecture et du Patrimoine. Consulté le 11 février 2012)



















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.