
Une forteresse inutile ?
Un fort « indestructible et imprenable», tels furent les mots prononcés par Napoléon Ier lorsqu’il prit la décision de faire construire cet ouvrage militaire sur le point culminant de l’ile d’Aix en Charente-Maritime.
Cette forteresse de forme carrée et entièrement voutée, également appelée « le Fort de la Sommité », complétait le dispositif de protection de la rade de Rochefort. Elle avait avant tout une fonction défensive puisqu’elle devait pouvoir accueillir toute la population de l’Ile d’Aix en cas d’invasion anglaise.

Les travaux d’études débutèrent en 1808 sous la direction de l’ingénieur Thuillier. En 1811, les fondations furent posées avec difficulté à cause de la qualité du sol et le chantier ne fut complètement achevé qu’en 1860. L’édifice servit toutefois dès 1832.
Durant l’été 1815, Napoléon y passa ses derniers jours en France avant d’être exilé par les Anglais à Sainte-Hélène. Au fil des années, l’utilité militaire du fort diminua pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les problèmes économiques liés à la chute de l’Empire obligèrent les hauts responsables à délaisser les ouvrages militaires, sans aucune rénovation ni amélioration. Ensuite, les améliorations stratégiques et techniques du XIXe siècle firent rapidement apparaître l’obsolescence de ce genre de fortification.
Un ouvrage à vocation carcérale
Le fort fut donc réaffecté et s’orienta vers une vocation carcérale.
En 1854, lors de la guerre de Crimée menée par Napoléon III, un millier de soldats russes vaincus furent emmenés au fort, accompagnés de nombreuses femmes et enfants et séjournèrent 11 mois sur l’île.
Suite à ce premier épisode carcéral, le fort rebaptisé Liédot, du nom d’un colonel mort lors de la campagne de Russie, fut laissé à l’abandon pendant une dizaine d’années. En 1863, la forteresse fut bombardée pour des exercices de tirs ayant pour but de tester la résistance des fortifications bastionnées.
Ce n’est qu’au début des années 1870 que le fort retrouva sa vocation carcérale. Plusieurs centaines de Communards y furent alors emprisonnés de 1871 à 1872, dans l’attente d’un départ vers la Nouvelle-Calédonie.
La forteresse fut par la suite remise en état en 1880 pour prévenir les sentiments bellicistes de la fin du XIXe siècle.
A partir de 1914, la Grande Guerre refit du lieu un centre de détention pour les prisonniers Allemands. Le fort accueillit également les 81 meneurs de la mutinerie des soldats russes qui s’était déroulée dans le département de la Creuse en 1917. Trois soldats, morts par noyade au cours d'une tentative d'évasion, sont enterrés dans le petit cimetière de l'île.
L’entre-deux-guerres vit le fort changer totalement d’activité puisqu’il devint un lieu de villégiature pour colonies de vacances.
Il fallut attendre le milieu du XXe siècle pour que le fort retrouve sa fonction carcérale. On y enferma pour la dernière fois des détenus mais ce fut pour la première fois des prisonniers politiques, enfermés durant la guerre d’Algérie. Le plus célèbre d’entre eux fut Ahmed Ben Bella, leader du FLN et ancien responsable de l’OS (Organisation Spéciale). L’année 1956 fut marquée par l’intensification de la guerre en Algérie et surtout un renforcement des activités militaires et politiques du FLN.
A partir de cette date, Ben Bella passera six années de captivité en France, à la prison de la Santé, au château de Turquant et enfin au Fort Liédot. C’est d’ailleurs à cette occasion que l’Etat Français fit installer au fort, des planchers, des chauffages et restaura les fortifications pour accueillir Ben Bella « dans des conditions honorables ». Il quittera la France pour l’Algérie afin d’y constituer le premier gouvernement de l’Algérie indépendante suite à la signature des Accords d’Evian en 1962.

En 1989, le ministère des armées céda le lieu au Conservatoire du littoral et sa gestion fut confiée à la commune de l’ile d’Aix. Différents projets sont aujourd’hui en cours (musée, colonie de vacances, salle de spectacle) depuis que le site a été défriché pour être accessible aux visiteurs.
A noter que d’autres forts de la côte charentaise ont également servi de prisons durant de nombreuses années :
- Le fort Enet, également construit sous Napoléon Ier pour protéger la rade de Rochefort, et qui a surtout servi de prison de transit aux bagnards.
- Le fort Fouras qui servit de prisons aux prêtes réfractaires qui refusaient de prêter serment à la Constitution civile du Clergé de la 1er République.
- Le fort Boyard qui servit de prison pour des soldats prussiens de la guerre de 1870, puis pour les prisonniers politiques de la Commune avant leur départ pour la Nouvelle Calédonie.
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