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lundi 13 février 2012

Toulon et son bagne



Toulon devient la base des galères à la place de Marseille lorsque Louis XV décrète, en 1748, la suppression du corps des galères et leur rattachement à la marine royale. L’utilisation des condamnés comme rameurs sur les galères françaises semblent dater du XVe siècle avec Jacques Cœur. Les galères françaises avaient à leur tête un amiral indépendant de l’amiral de France et étaient basées à Marseille dès leur origine et c’est aussi à Marseille que se trouvaient jusqu’au XVIIIe siècle toutes les installations du bagne.
Désormais Toulon doit gérer les forçats, environ 3000. En 1836, le bagne de Toulon compte 4305 détenus dont 1193 condamnés à perpétuité, 174 à plus de vingt ans, 382 entre seize et vingt ans, 387 entre onze et quinze ans, 1469 entre cinq et dix ans et 700 à moins de cinq ans.

                                                  

Elle le fait d’abord sur des galères, qui prennent alors le nom de bagne flottant puis elles sont réservées pour ceux ayant des peines inférieures à 5 ans. Enfin, en raison du manque de nourriture et d’hygiène, des maladies et des épidémies, on construit des installations à terre. Mais ils dorment toujours à même le sol. Ceux ayant une peine de plus de 5 ans dormaient sur des longs bancs faits de planches appelés « tollards » alors que ceux ayant eu une bonne conduite pouvaient dormir dans la salle des réprouvés et avaient le droit à un petit matelas. Les forçats ne sont plus des rameurs mais doivent effectuer des travaux de force, de terrassement, de construction dans l’arsenal ou en ville. On les reconnaissait facilement. Ils étaient habillés d’un pantalon beige-jaune, d’une chemise blanche, d’une veste rouge garance, d’une paire de sabots ou de chaussures à lacets et coiffés d’un bonnet de couleur verte pour les perpétuités, rouge pour les condamnés à temps, violet pour les meilleurs éléments et brun pour les condamnés militaires. Un anneau de fer était placé à l’une des chevilles. La manille de fixation pesait 1,5 kg, et la chaîne d’une longueur de 1,5 mètres qui était fixée pesait 7,2 kg. Ils étaient attachés par deux au moins pour une durée de quatre ans.

                                                              

Au bout de ce laps de temps, les meilleurs détenus étaient affectés à de petits travaux comme l’imprimerie, l’écriture, la cuisine ou le jardinage. Les détenus les plus durs étaient même enchaînés par quatre. Les évadés repris encouraient trois années de peine supplémentaire s’ils étaient condamnés à temps et de trois ans de double chaîne pour les condamnés à perpétuité. Sous l’Ancien Régine, jusque 1830, on les marquait au fer rouge (d’un T pour les condamnés à temps et TP pour la perpétuité) et on les enchaînait, parfois par deux. Le boulet, alors aux pieds, constituait une punition disciplinaire comme les coups de corde. On les nourrissait essentiellement avec du pain noir, des légumes secs et une ration de vin, dans de rares occasions ils avaient le droit à de la viande. Le quotidien pouvait s’améliorer avec un gain d’argent pour le travail effectué ou par la revente de petits objets au bazar du bagne.

L’état sanitaire n’étant pas brillant, la ville de Toulon a dû aménager un hôpital du bagne. 

                                 

Il est d’abord construit en 1777 dans les casemates du rempart sud-est de la darse de Vauban par les bagnards eux-mêmes, selon les plans des architectes Perdiger et Maucord puis il est transféré en 1797 dans un immense bâtiment, de 200 m de long, le long du quai ouest de la vieille darse. L’hôpital occupe le 1er étage de ce bâtiment. Dans une des tours, celle du nord, la chapelle des forçat est installée. Le premier bâtiment accueillant l’hôpital est dès lors dédié à l’accueil des forçats jusqu’en 1815 où ils sont installés perpendiculaire à l’hôpital.

Au début du second Empire, la suppression des bagnes des ports militaires, jugés peu désirables et peu rentables, est envisagée mais elle n’est effective que lorsque les bagnes de Cayenne et de Nouméa sont capables de recevoir tous les condamnés. Ainsi le bagne de Toulon est le dernier à être fermé en 1873. 
Les bâtiments sont répartis entre divers services militaires (défense du littoral, centre d’études de la marine, artillerie de côte,…) jusqu’en 1944, date à laquelle ils subissent d’importantes destruction du fait de la guerre. 

De nos jours, il ne subsiste qu’un bâtiment, autrefois occupé par les bagnards, appuyé sur un fragment de l’ancien rempart sud-est de la darse de Vauban, conservé à titre de souvenir. Il est notamment utilisé comme restaurant pour le personnel de l’arsenal.
Autre mise en valeur, celle des bagnards célèbres ayant séjourné à Toulon : Eugène François Vidocq en 1799, après s’être évadé du bagne de Brest, l’imposteur Coignard, quant à Jean Valjean, ce n’est que le fruit de l’imagination de Victor Hugo.

Les forçats rejoignent le bagne de Toulon par convois à pied,

                                                


quelques fois par voie fluviale sur le Rhône, enchaînés. À partir de 1837, ils sont convoyés par des voitures cellulaires, des charrettes composées d’une douzaine de niches dans lesquelles ils demeuraient assis et enchaînés. A leur arrivée, leurs cheveux étaient coupés de façon asymétrique pour les condamnés à temps et rasés avec des raies pour les condamnés à perpétuité. Ils étaient aussitôt envoyés aux travaux de grande fatigue c'est-à-dire à la construction de bâtiments dans l’arsenal ou à l’extérieur, à l’armement ou au désarmement des navires, à l’embarquement et au triage des boulets, au changement des mâtures, au pompage et au curage des bassins, à la mise à l’eau et au halage à terre des vaisseaux. Dans l’arsenal, ils fabriquaient des cordages dans un bâtiment, logiquement appelé la corderie. En ville, certains exerçaient leur ancien métier de commerçant, de domestiques voire de dentistes.


Aujourd’hui il ne reste que peu de traces de ce bagne et de ses bagnards, les bâtiments ayant été détruits durant la seconde Guerre Mondiale. 
Néanmoins, quelques graffiti sont encore visibles, comme celui sur un des murs de la presqu’île Saint Mandrier et le fort Balaguier, édifié en 1636 par Richelieu pour renforcer la protection de la rade de Toulon,  qui accueille depuis 1971 un musée municipal, loué à la municipalité par la marine.



Il se veut un musée d’art et d’histoire de la Seyne en même temps qu’un musée naval et le musée du bagne de Toulon. Ce dernier se situe dans la chapelle du bâtiment et se présente surtout sous la forme d’une exposition permanente. Des expositions temporaires sont organisées chaque année depuis 1998 dans les tours. 
Quant à la corderie, elle a, elle aussi, été réhabilitée pour accueillir les archives du service historique de la Défense.

Pour plus d’informations, un livre est également sorti en avril 2010 sur le bagne et son histoire.


La complainte des galériens 

La chaîne
C’est la grêle
Mais c’est égal
Ça n’fait pas d’mal

Nos habits sont écarlates,
Nous portons en lieu d’chapeaux
Des bonnets et point d’cravate
Ça fait bross’ pour les jabots

Nous aurions tort de nous plaindre
Nous somm’s des enfants gâtés,
Et c’est crainte de nous perdre
Que l’on nous tient enchaînés.

Nous f’rons de belles ouvrages
En paille ainsi qu’en cocos,
Dont nous ferons étalage,
Sans q’nos boutiqu’s pay’ d’impôts,
Ceux qui visitent le bagne
N’s’en vont jamais sans ache’ter ;
Avec ce produit d’laubaine
Nous nous arrosons l’gosier.

Quand vient l’heur’ des’bourrer l’ventre,
En vant les haricots !
Ça n’est pas bon, mais ça entre
Tout comm’le meilleur fricot,
Notr’guignon eût été pire,
Si, comm’desjolis cadets,
On nous eût fait raccourcir
A l’abbayed’Mont-à-Regret

Source : archives départementales du Var



Sources :

www.netmarine.net


www.ldh-toulon.net

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