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lundi 13 février 2012

Toulon, de la prison St Roch au centre pénitentiaire La Farlède

Jusqu’au printemps 2004, Toulon ne possédait qu’un seul établissement pénitentiaire, la maison d’arrêt Saint Roch. Dans la nuit du 27 au28 juin 2004 ses 350 détenus ont été transférés dans le nouveau centre pénitentiaire de la Farlède. La prison St Roch était devenue trop insalubre et surpeuplée. Elle va certainement être transformée en centre de semi liberté pour des détenus en fin de peine.

Construite en 1927, la maison d’arrêt Saint Roch est en effet réputée pour sa vétusté et sa surpopulation. Dans un rapport de la commission sénatoriale de 2000, on peut lire « la cuisine est sordide, les murs sont gorgés d’humidité et s’effritent lentement. Si les couloirs sont bien entretenus et repeints, les cellules sont en piteux état. Leur rénovation est entravée par la surpopulation. » en 2003, on comptait 360 détenus adultes pour 114 places et 20 mineurs pour 15 places. Soit un taux d’occupation de 230% ! Ses conditions inacceptables ont même été dénoncées par le comité européen de prévention de la torture en juin 2003 : « les détenus dorment sur des matelas posés à même le sol, les cellules ont délabrées et mal entretenues, il est très difficile de prendre des douches, le personnel encadrant manquant, les parloirs sont écourtés et parfois supprimés et les détenus sont généralement laissés dans une oisiveté totale (peu de travail et d’activités) - le traitement donné dégradante et inhumain ». De ce fait la tension est croissante entre détenus et entre surveillants et détenus.

Visiteur de prison à Toulon, Jean-Paul Labouret décrit le quotidien des détenus à Saint-Roch :

" La surpopulation à la maison d’arrêt, ce sont deux à trois personnes dans un espace réduit avec deux lits superposés, une table, des chaises, des toilettes au milieu, parfois un matelas par terre mis le soir, et des sorties deux heures par jour. On ne peut pas s’étonner de la violence de certains actes, voire de viols, dans ces conditions même s’ils ne sont pas courants. C’est aussi au moins 20% des détenus qui devraient être placés dans un établissement psychiatrique spécialisé. Ceux-là ont-ils leur place dans une prison ? Comme dans toutes les prisons de France, on peut dire qu’un quart des détenus sont indigents - avec zéro pour vivre. Nous demandons juste le minimum. Certains n’ont même pas de shampooing, même si une trousse de toilette est distribuée à l’entrée, et encore pas à tout le monde ". Quant à l’état de vétusté, il parle " de la chasse d’eau des toilettes qui ne fonctionne plus dans le parloir des familles ". Et pourtant, " on ne peut pas dire que l’administration ne fasse pas un effort, elle n’a juste pas les moyens ".

Le secrétaire régional CGT Pénitentiaire, Paul Adjedj :

" Ce n’est pas avec la politique du tout le monde en taule que l’on va régler le problème. Et la situation n’est pas prêt de s’arranger. En ce moment, n’importe qui entre en prison ; pas les parrains de la mafia, mais ce que l’on appelle le menu fretin. On fait du chiffre. Depuis deux ans, de plus en plus de jeunes adultes sont entassés dans des cellules de 9 m2, à deux ou trois, un matelas par terre. Comment peut-on dans ces conditions d’enfermement réconcilier ces jeunes avec la justice ? On oublie que la prison est une privation de la liberté mais pas de la dignité ". Toujours selon le syndicaliste, ce n’est pas la future prison de La Farlède (qui doit ouvrir ses portes à la fin du premier semestre 2004) qui résoudra le problème de surpopulation : " La politique de toujours plus de places ne mène à rien. C’est une véritable politique volontariste de peines alternatives qu’il faudrait ".

Le nouvel établissement pénitentiaire est étendu sur 12 hectares sur la commune de La Farlède. Il est présenté comme une prison à visage humain pouvant accueillir 600 détenus, gérés par 217 agents de surveillance. Il comprend un centre de détention (192 places), deux maison d’arrêt (180 places chacune) ouvertes aux prévenus en détention provisoire et aux personnes condamnées à de petites peine, un quartier dédié aux mineurs (19 cellules), et un quartier disciplinaire (10 places) et pour l’isolement (10 places). Une maison d’accueil pour les familles de détenus, pouvant venir de loin, a été prévue. Ayant coûté 60 millions d’euros, il est doté de cellules individuelles (10 m²) ou doubles (13 m²) avec douche et télévision, de petits jardins, d’un terrain de foot, d’un gymnase, d’une bibliothèque et d’une salle pour les enfants pendant les parloirs. Le centre est surveillé par 105 caméras, un mur d’enceinte bétonné de 6 mètres de haut et deux miradors.



A l’intérieur, la nef d’entrée, avec ses patios, donne un accueil chaleureux. Avec ce centre, le ministère de la Justice a voulu instaurer la modernité, de la dignité et de l’humanité. Ainsi tous les murs sont blancs cassés et les couloirs gris clair. Le bleu est réservé pour les salles communes, depuis lesquelles du jazz s’échappe même des hauts parleurs. Avec le développement des activités, les pouvoirs publics pensent également désacraliser l’endroit et lutter contre la détresse et le suicide.

Avant la très officielle remise des clefs, le ministre a fait le tour des lieux, accompagné du ministre délégué aux Personnes Agées, Hubert Falco, et du préfet du Var.

" Avec cette prison, notre objectif était d'améliorer les conditions de détention pour les uns et les conditions de travail pour les autres. Je pense que nous avons réussi. Toulon-La Farlède est un exemple de la modernisation du parc pénitentiaire ", a-t-il déclaré.

Au détour d'un bâtiment, il s'est même engouffré dans une pièce relativement exiguë, attiré par la présence de canapés neufs. " Il s'agit d'une UVF : unité de vie familiale ", a expliqué un représentant de l'administration. " C'est ici que certains détenus pourront rencontrer leurs proches, mais rien n'a encore été programmé ". Un parloir plus intime et plus décent que les cellules bis habituelles ? " Non, c'est autre chose. Nous avons réfléchi à de nouvelles manières d'améliorer le lien entre détenus et familles ".

La question du surpeuplement reste quand même posée. Il y a toujours plus de personnes incarcérées en France et la création de nouvelles places attire forcément. Toutefois le taux d’occupation à La Farlède ne devrait pas dépasser 120% car, comme pour tout établissement à gestion ou capitaux privés, il y a une clause de pénalité financière lorsque ce taux fatidique est dépassé. Le journal La Marseillaise signalait néanmoins dans une de ces éditions que des lits gigognes commençaient à être installés dans des cellules prévues pour une personne.


Sources : archives départementales du Var

www.netmarine.net

www.varmarine.vifeo.com/bagne-toulon

www.as-tu-vu.com/cote-azur.toulon

www.ldh-toulon.net

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