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lundi 13 février 2012

Le Fort Lamalgue de Toulon

Le fort Lamalgue de Toulon est une véritable merveille architecturale et historique. Erigé à partir de 1760 par l'architecte Millet de Monville, le fort Lamalgue possède une grande cour d'honneur entourée de quatre bastions et de leurs casemates. C'est dans cette cour que Louis XVII fut proclamé roi de France en 1793. Le fort, imprenable, véritable sentinelle pour Toulon, a servi par la suite de prison, notamment en 1851, lors de l'insurrection du Var. L'émir Abd el-Kader (1808-1883, qui s'opposa à la colonisation de l'Algérie) y a également été emprisonné quelques mois.
La rade de Toulon s'est protégée, depuis le XVIe siècle, par un système de défense bâti sur tout le long du littoral, dont fait partie le fort Lamalgue. 
Le dernier construit est le fort Saint Louis, au bord de l'eau, de 1692 à 1699. Lors de sa construction, le fort se nomme Fort des Vignettes". Cette tour voulue par Louis XIV doit renforcer la protection de la rade. Son plus grand fait de guerre a lieu pendant le siège de Toulon en 1707, où il se défend vaillamment devant l'attaque des navires de l'armée austro-savoyarde, avant que, débordée, la garnison se replie sur la Tour Royale, après avoir fait sauter le Fort des Vignettes. Reconstruite à l'identique en 1708, la tour est baptisée Fort Saint Louis et est armée de 9 canons. Le fort Saint Louis est aujourd’hui classé aux monuments historiques, et ce depuis 1948, et est désormais utilisé par le club nautique de la Marine.Réclamée par les toulonnais pour protéger leur port de commerce des flottes ennemies, la construction de la tour Royale voulue par Louis XII commence en 1514 et se termine en 1524.

La Tour royale fut la première des tours construites autour de la rade. Etonnés par ses dimensions, elle fut rebaptisée Grande Tour par les toulonnais. En effet le diamètre de la tour est de 60 m et ses murs font 7 m d'épaisseur. Mais la construction du fort Lamalgue la rend obsolète. La tour devient alors une prison puis un asile pour les protestants de Toulon, persécutés après la Saint Barthélemy. Elle redevient une prison au XVIIIe siècle, où royalistes et républicains se succèdent. De 1870 à 1871, elle abrite les lingots de la Banque de France. Elle est utilisée comme magasin pour redevenir prison pendant la guerre de 14-18. En 1951, elle devient une annexe du musée de la Marine. La Tour Royale est aujourd’hui classée aux monuments historiques, depuis 1947. Propriété de la ville de Toulon depuis 2006, la Tour Royale est ouverte au public tous les jours du 1er juillet au 30 septembre.
Le fort Lamalgue est donc construit à partir de 1764 et est terminé vers 1789, pour couvrir les approches terrestres de Toulon par l'est et pour assurer la position du fort Saint Louis, ou des Vignettes, dévasté lors du siège de la ville en 1707. Prévu pour abriter une garnison de 600 hommes, il est construit par l’ingénieur militaire Millet de Monville, directeur des fortifications, et est installé au Mourillon, à l'est de Toulon, sur une hauteur. c’est le retour à la paix après la guerre de Sept ans (1756-1763) qui permet de financer durablement mais lentement les travaux, terminés entre 1786-1789. Il abrite aujourd'hui différents services, chargés de la gestion des personnels de la marine nationale (centre de calcul de la solde, archivage des dossiers administratifs).
Il sert de prison principalement pendant la période révolutionnaire, puis après l'insurrection du Var en 1851. Cet usage cesse en 1923. Mais le prisonnier le plus célèbre reste l'émir Abd el-Kader (1808-1883).

Abd el-Kader se bat contre la colonisation de l'Algérie mais le 23 décembre 1847, après avoir longuement combattu les Français, il finit par se constituer prisonnier auprès du duc d’Aumale, gouverneur de l’Algérie, à Djema-Ghazaouet. Dans une lettre adressée au Général Lamoricière, il demande en échange de sa soumission à être transféré soit à Alexandrie soit à Saint Jean d’Acre, ce qu’il lui est accordé par le roi Louis Philippe. Mais la réalité est toute autre. Le 25 décembre l847, Abd el-Kader, sa famille et les 88 personnes qui demandent à l’accompagner, s’embarquent à Djema-Ghazaouet sur la frégate à vapeur Asmodée. La route suivie n’est pas celle de l’Est, mais celle de Toulon, où la frégate arrive le 29 décembre. Abd el-Kader et sa suite sont débarqués au lazaret et y demeurent jusqu’au 8 janvier 1848.
A Toulon, rien n’est préparé pour les accueillir. Le 10 janvier 1848, les compagnons de l’émir sont placés au fort Malbousquet tandis qu’Abd el-Kader et ses proches sont incarcérés au Fort Lamalgue. Les conditions de détention sont particulièrement pénibles, en particulier pour la mère et les femmes de l’émir. Abd el-Kader écrit à Louis-Philippe afin de protester contre ce traitement mais ... le gouvernement change et la République remplace la monarchie. Le poète toulonnais Charles Macy, le colonel Eugène Daumas, missionné par le ministère de la Guerre pour sa surveillance ainsi que le commissaire du gouvernement Emile Ollivier descendent également à Toulon, en mars 1948, pour plaider auprès du gouvernement pour un exil en terre d'Orient, conformément à la promesse faite ou à une remise en liberté mais rien n'y fera.
Le gouvernement permettra juste le transfert dans le château de Pau. Abd-el-Kader, sa famille et sa suite quittent ainsi Toulon le 23 avril 1848 en bateau en direction de Sète pour rejoindre le Béarn. Abd el-Kader reste au château de Pau jusqu’au 2 novembre 1848, pour être détenu ensuite au château d’Amboise, où un régime des plus sévère lui est imposé. Le Prince-Président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, le fait libérer le 11 décembre 1852. Le 21 du même mois, la frégate le Labrador transporte l’émir et sa famille à Istanbul où ils abordent le 7 Janvier 1853 enfin libres.
Au début de cette année 1848, Charles Poncy, poète-maçon toulonnais rend visite à Abd el-Kader :
« La première chose que nous remarquâmes en traversant les corridors sombres du fort nous attrista profondément. C’étaient les logettes qui servaient d’appartements aux femmes et qui, malpropres, obscures et humides, n’avaient d’autres portes pour protéger leurs hôtes qu’un sale et grossier rideau de toile ... »
« Les Arabes sont logés ou plutôt entassés dans le premier étage du Cavalier, bâtiment situé à l’est du fort, en face du pavillon d’entrée occupé par M. Lheureux et par M. Daumas. Le rez-de-chaussée de ce bâtiment est habité par le concierge du fort et par les officiers de la garnison. La longueur du Cavalier est environ de 25 mètres et sa largeur de 5, ce qui donne à chacun des prisonniers, au nombre de cent, à peu près un mètre carré de surface pour se mouvoir. Il est vrai qu’ils ne leur en faut pas davantage pour fumer ou rêvasser tout le jour, comme ils font, accroupis sur des nattes ou sur les matelas de l’administration. [...] »
[extrait de Le Toulon de Letuaire - éd. A.L.A.M.O. - 1986]
Aujourd’hui, une rue de Toulon dans le quartier Lamalgue et une casemat
e du fort portent son nom. En plus d’accueillir différents services de la marine nationale, le fort de Lamalgue est ouvert au public, notamment lors des journées du patrimoine ou est mis en valeur lors d’expositions temporaires, comme celle sur « Abd el-Kader, héros des deux rives » réalisée par Andrée Bensoussan, du 1e décembre 2004 au 15 janvier 2005, à la médiathèque du Pont du Las.


Sources : archives départementales du Var

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