Nombre total de pages vues

jeudi 2 janvier 2014

Eysses : de l'abbaye bénédictine au centre de détention par Stéphanie Desroche

L’évolution des mentalités à partir de la Révolution française et tout au long du XIXe siècle concernant le régime des peines est concomitante avec une transformation progressive de la prison. Il n’est plus question de punir par le supplice mais par la privation de liberté à laquelle s’ajoute au XIXe siècle la volonté de permettre au prisonnier de s’amender par le travail, comme dans les workhouses anglaises ou dans les colonies agricoles pour adultes de Hollande. Toutefois, même si le changement s’amorce pendant la Révolution française, les financements font défaut et il faut attendre les années 1820 pour qu’une réelle action soit menée en ce sens. C’est pourquoi les établissements pénitentiaires occupent souvent des bâtiments de l’Ancien Régime laissés à l’abandon comme les édifices religieux. Selon la nature des prévenus, il existe plusieurs catégories d’établissements pénitentiaires : le dépôt de sûreté est prévu pour accueillir les individus en détention provisoire, les condamnés pour une courte durée sont envoyés dans des maisons de justice et de correction et enfin les maisons centrales prennent en charge les détenus de longue durée. Ce dernier type de prison nécessite des moyens financiers importants et donc ne prend réellement son essor qu’à partir de 1817, lorsque l’Etat prend à sa charge l’attribution des bâtiments. Ainsi le premier quart du XIXe siècle voit l’ouverture de grandes maisons centrales souvent dans d’anciennes abbayes comme à Fontevraud, à Clairvaux ou encore à Loos.


La maison centrale (1803-1895)


La maison centrale d’Eysses est située dans le Lot-et-Garonne dans le quartier historique de Villeneuve-sur-Lot. Elle est installée sur un ancien site gallo-romain sur lequel a été construite une abbaye bénédictine au Ve siècle, nationalisée le 2 novembre 1789 et vendue aux enchères.


Représentation de l'abbaye d'Eysses, XVIIe siècle


Le conseil général de Villeneuve-sur-Lot et les députés du Lot-et-Garonne s’associent pour sauver l'édifice menacé de destruction et adressent une demande d’intervention à l’Etat afin que le bâtiment soit réservé à des activités d’intérêt général. Ainsi, l’arrêté du 16 fructidor an 12 dispose que les bâtiments sont affectés à la détention de prévenus, condamnés par les tribunaux du sud-ouest mais c’est le décret impérial du 16 juin 1808 qui en fait une maison centrale. Malgré l’agrandissement du site avec la destruction du cloître, de la chapelle et de la salle capitulaire, les aménagements restent médiocres : il n’y a pas de locaux pour le personnel, ni d’espace de stockage pour les ateliers et le lieu ne peut accueillir que six cents détenus. Les ateliers servent en même temps de dortoirs et leur étroitesse permet aux détenus de réaliser uniquement de petits travaux comme le filage à la quenouille. Deux nouvelles ailes sont ajoutées afin de séparer les criminels des détenus correctionnels et un chemin de ronde ainsi qu’un mur d’enceinte sont construits. La centrale dispose d’une trentaine d’ateliers mais ceux-ci restent de faible ampleur. Le plus important est celui de la « tisseranderie » de coton qui occupe 200 détenus. Malgré le transfert des deux-cents femmes détenues de Eysses à la prison de Cadillac en 1822, le manque de place reste un problème récurrent puisque l’établissement prévu pour six cents personnes en accueille le double. 

Le fonctionnement de la centrale est encadré par un règlement, approuvé par le préfet et le ministre de l’Intérieur, qui détermine la vie quotidienne des prisonniers : emploi du temps, interdictions, punitions, discipline dans les ateliers. Une journée type comprend deux heures pour les repas, l’hygiène ainsi que la promenade et les treize heures restantes sont consacrées au travail. Le dimanche, jour où tombe la paye, n’est pas travaillé. 

Le travail dans les centrales est régit par un système original : l’administration pénitentiaire veille à la discipline mais le travail est confié par un entrepreneur privé. Les conditions de travail misérables des détenus sont régulièrement dénoncées dans les rapports du directeur et de l’inspecteur de la centrale. Les détenus reçoivent une rétribution pour leur travail mais une fois que les parts qui reviennent à l’Etat et à l’entrepreneur ont été prélevées, ce qu’il reste au détenu, c’est-à-dire un dixième en 1844, et qui constitue son pécule est bien maigre. Employer un prisonnier revient moitié moins cher qu’employer un ouvrier, ce qui entraîne une concurrence déloyale entre les entreprises situées à proximité des maisons centrales. 

En ce qui concerne la discipline, les sanctions peuvent aller de la retenue sur salaires, de l’interdiction de promenade ou de la restriction de nourriture à la mise au cachot (le règlement de 1810 précise « qu’il pourra se prolonger de douze heures à six mois »). Il s’agit de cellules appelées « cages à poule » qui mesurent 1,50 m sur 2 m et comportent des cloisons en claire-voie. Le terme de cage à poule fait référence au quartier de la Ménagerie à la prison Saint-Lazare à Paris, réservé aux prostituées. Le mobilier est sommaire, il ne comprend qu’un lit et un matelas. Ces cages à poule ne seront officiellement supprimées qu’en 1975.


Colons devant les cages à poules, 1930

Le règlement interne se durcit avec la circulaire du 10 mai 1839 qui impose de nouvelles dispositions disciplinaires comme l’interdiction du tabac, le travail forcé ou l’instauration du silence. Les punitions les plus excessives sont les fers, les menottes et la camisole de force. A partir de 1842, des tribunaux internes aux maisons centrales appelés prétoires de justice sont mis en place pour juger les détenus ayant manqué au règlement intérieur. La moitié des infractions concernent la violation de la règle du silence alors que le reste des infractions est partagé entre les vols et les violences. Selon le règlement de 1810, le prisonnier doit faire acte de soumission avant de pouvoir plaider sa cause, seul face à l’ensemble de l’administration. Pour les détenus ayant eu un comportement exemplaire, les récompenses sont soit d’ordre financier avec l’attribution d’une gratification, soit le détenu bénéficie d’une sorte « d’évolution hiérarchique » qui lui permet de diriger un groupe de travailleurs, d’être aide-soignant à l’infirmerie ou aide-surveillant.

La colonie correctionnelle (1895-1940)


Les colonies correctionnelles pénitentiaires ont été instituées par la loi du 5 août 1850 relative à l'éducation et au patronage des jeunes détenus dont l’article 10 précise la nature des détenus : « les jeunes détenus condamnés à un emprisonnement de plus de deux années » et « les jeunes détenus des colonies pénitentiaires qui auront été déclarés insubordonnés. » Lorsque cette loi est promulguée, il existe déjà un certain nombre de colonies pénitentiaires, gérées surtout par des personnes privées. Il faut donc attendre 1895 pour que la première colonie correctionnelle pour mineurs ouvre à Eysses dans l’ancienne maison centrale.


Ateliers, 1920

Contrairement aux colonies pénitentiaires, Eysses est destinée à l’accueil des mineurs condamnés aux plus lourde peines, elle représente le dernier maillon de la chaîne carcérale des mineurs. La discipline y est donc très stricte, il s’agit de « mâter » les fortes têtes. Le manque de nourriture, d’hygiène, les violences quotidiennes entre colons ou perpétrées par les gardiens rendent les conditions de vie extrêmement difficiles, si bien que de nombreuses révoltes ont émaillé l’histoire de la colonie. L’entre-deux-guerres, marquée par une importante crise financière, rend ces conditions de vie encore plus misérables puisque l’Etat refuse d’augmenter les subventions et le prix de journée des colons alors que l’inflation ébranle sérieusement le budget de l’établissement. Afin d’effacer le caractère pénal de la colonie, le décret du 31 décembre 1927 transforme la colonie correctionnelle en Maison d’Education Surveillée (MES) mais cette législation est qualifiée de « réforme sur le papier » car le nom change mais dans les faits, le fonctionnement reste le même. De plus, Eysses n’est pas entièrement concernée par la réforme puisque le décret précise « Maison d’Éducation Surveillée d’Eysses - quartier correctionnel ». Dans les années 1930, une campagne de presse portée par le journaliste de Paris-Soir Alexis Danan dénonce régulièrement le sort infligé aux enfants détenus dans les colonies pénitentiaires et correctionnelles, entraînant la fermeture d’établissements comme la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray en 1937. Cette même année, « le scandale d’Eysses » va attirer le regard de la population sur le sort des jeunes détenus. Un colon de 19 ans, Roger Abel, est mort à l’hôpital d’Agen le 1er avril 1937 après avoir été astreint au pain et à l’eau pendant cent-cinquante jours. Suite à cette affaire, le Garde des Sceaux Marc Rucart, qui a tenu à visiter la colonie lui-même, annonce la réforme des maisons de correction. Pourtant, il faudra encore trois ans à l’administration pour fermer définitivement la colonie.

La prison politique (1940-1945)


Alors que le nombre de prisonniers avait nettement diminué depuis la IIIe République, il va tripler en l’espace de cinq ans puisque de 18 000 personnes incarcérées dans les prisons françaises en 1939, on passe à 59 000 en 1944. Cette inflation de la population carcérale est liée à une surenchère de la répression de la part du régime de Vichy qui cherche à asseoir son autorité et sa légitimité. Aux droits communs s’ajoutent les internés administratifs détenus sans avoir été jugés et les prisonniers politiques qui sont jugés dans les sections spéciales. Il s’agit de tribunaux d’exception créés par la loi du 14 août 1941, dépendant des tribunaux militaires en zone libre puis des Cours d’appel. Ces tribunaux spécialisés sont chargés de réprimer avant tout les activités anarchistes et communistes et par la suite s’élargissent à toutes les activités liées à des actes de résistance. Ces juridictions témoignent de l’arbitraire du régime, il n’y a pas d’énonciation des motifs et il s’agit d’un jugement en dernière instance, aucun recours n’est donc envisageable. De même, le décret-loi du 18 novembre 1939 relatifs aux individus dangereux pour la défense nationale ou pour la sécurité instaure une réclusion presque systématique ou un transfert dans un des centres surveillés qui serviront à alimenter les camps de concentration par la suite. La vie dans les prisons françaises est donc modifiée et ne répond plus à une logique d’amendement du détenu mais seulement à sa détention. 

A partir du 11 novembre 1942, il n’y a plus de zone libre, le sud de la France vit donc à son tour à l’heure allemande. Afin de réduire le nombre d’évasions, depuis le 9 septembre 1943, les prisonniers politiques sont regroupés dans des maisons de concentration. Ainsi la circulaire du 26 octobre 1943 signée par René Bousquet, secrétaire général de la police, regroupe les mille deux cents prisonniers politiques condamnés par les sections spéciales du sud de la France (Lyon, Narbonne, Montpellier et Saint-Etienne) à la centrale d’Eysses. Ceux-ci arrivent les 15 et 16 octobre par le « train de la Marseillaise » et les derniers mineurs présents dans l’établissement sont alors transférés à Aniane. 

Toutes les législations qui émanent du gouvernement, particulièrement discriminatoires envers les prisonniers politiques, sont plus ou moins appliquées en fonction du directeur de la prison. Nommé par le Ministre, il est en charge de la maison centrale mais aussi d’une circonscription qui comprend plusieurs prisons départementales et son pouvoir est presque absolu. C’est Jean-Baptiste Lassalle qui est directeur au moment où les prisonniers politiques arrivent à Eysses mais il est est limogé car considéré trop conciliant. Il est remplacé par Joseph Schivo, milicien et ami personnel de Joseph Darnand, secrétaire général au maintien de l’ordre. 

Les conditions de détention sont précaires : on enregistre sept à huit décès par mois, la loi du silence est toujours en vigueur, la nourriture est insuffisante et les prisonniers souffrent du froid et de la tuberculose. Ces conditions deviennent encore plus précaires pendant la guerre surtout dans les années 1941-1942. L’administration pénitentiaire ne dispose pas d’aide de la part du gouvernement de Pétain donc elle recourt à des associations caritatives comme le Secours National et la Croix Rouge ou aux familles des détenus par l’envoi de colis. Lorsqu’ils arrivent à Eysses, les prisonniers politiques s’unissent pour arracher à l’administration pénitentiaire des améliorations des conditions de vie, organisent une solidarité alimentaire et bénéficient du soutien de la population locale.

Qu’ils soient résistants ou seulement réfractaires au STO, les détenus organisent un réseau clandestin à l’intérieur de la prison et se regroupent au sein du Collectif des détenus dans lequel ils élisent des délégués chargés de négocier avec l’administration pénitentiaire. Cette action collective leur permet d’obtenir un certain nombre d’avantages comme la suppression de la règle du silence, l’autorisation du tabac, l’affectation d’espaces aménagés en salle d’études, l’acquisition d’instruments de musique et d’une scène de théâtre gérée par une commission des loisirs. 

Derrière l’organisation officielle se cache une organisation clandestine qui, avec l’aide du personnel de la prison et de la population locale, organise une évasion collective permettant à 54 prisonniers de s’évader le 3 janvier 1944. Après ce coup d’éclat, la direction de la centrale passe entre les mains de Joseph Schivo, qui renforce le système de surveillance et remplace le personnel par des miliciens. Les prisonniers tentent une nouvelle fois de s’évader le 19 février 1944, prenant en otage le nouveau directeur d’Eysses, mais finissent par se rendre après treize heures de combats. Douze détenus sont jugés dans des cours martiales expéditives composées de jurés miliciens et fusillés le 23 février. Le mur des fusillés est aujourd’hui inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.


Premières commémorations devant le Mur des fusillés en 1945

Quant aux autres détenus, ils sont remis à la division SS Das Reich qui les transférera à Dachau trois mois plus tard, où 400 d’entre eux périront. Symboliquement, à la Libération, la centrale accueille les détenus condamnés pour des faits de collaboration.


Livraison des prisonniers aux Allemands, 30 mai 1945
Les anciens détenus politiques se sont fédérés en association dès leur retour de déportation et depuis sont à l’origine de nombreuses réalisation concernant la mémoire du site. La maison centrale d’Eysses, toujours en activité aujourd’hui, connaît une dernière vague d’insurrections en 1974, lorsque les détenus incendient une partie des bâtiments. La centrale prend alors l’appellation de centre de détention, c’est-à-dire un établissement en charge des détenus qui présentent les meilleures perspectives de réinsertion.



Sources :

Corinne JALADIEU, La prison politique sous Vichy. L’exemple des centrales d’Eysses et de Rennes, Paris, L’Harmattan, 2007

http://www.enap.justice.fr/files/lelien3.pdf

http://www.museedelaresistanceenligne.org/eysses/fr/accueil

http://www.cndp.fr/crdp-creteil/index.php/component/ressources/?task=view&id=30

http://enfantsenjustice.fr/spip.php?article161&idst=oui&id=img

http://www.eysses.fr/

vendredi 20 décembre 2013

« Lou Barri Lonc » ou le bagne de Nice par Marion Maureille

La construction du bagne de Nice s’étend de 1748 à 1752 et peut enfermer environ 200 forçats qu’il s’agit de loger au plus près de leur lieu de labeur : le futur Port Lympia dont les travaux débutent en juillet 1750. 

Le Royaume Piémont-Sarde constitué des Etats de Savoie, dont font partie la Sardaigne et une partie de l’actuelle région Provence-Alpes-Côte d’Azur, désire depuis longtemps une ouverture maritime. Le site des Ponchettes, sur lequel s’étaient succédés plusieurs projets, est abandonné. La rade de Villefranche quant à elle est dédiée à la marine militaire avec le port de la Darse et son arsenal. 

Ainsi en 1749, le roi Charles Emmanuel III décide la construction du port dans les marécages Lympia. Le projet est ambitieux et coûteux : il s’agit de concevoir dans cette plaine un port artificiel en y creusant un puis deux bassins, d’y créer un arsenal, des quais et enfin tout un quartier. La construction va s’échelonner sur un siècle et demi.

La plupart des forçats employés à la construction du port Lympia sont déportés de Villefranche qui subit dans les même années de grands travaux d’urbanisme, un bagne y sera également érigé en 1769.



Royaume Piémont-sarde, 1843

Plan du nouveau port de Lympia, De Vincenti et Borra

Constructions de l’établissement


Le bâtiment d’origine n’est constitué que d’un long mur de pierres de taille (« Lou barri lonc », le long mur) fermé par d’imposantes portes en bois barrées d’immenses verrous.

Les pierres utilisées sont les ruines de l’ancien château de Nice dont Louis XIV a ordonné la destruction en 1706.

Les deux pavillons de deux étages, dont un est surmonté d’un clocheton pour la chapelle, sont élevés en 1840.

Élévation de la façade, 1841

L'ancien bagne avant restauration

L’ancien bagne après restauration


Quelle patrimonialisation ?


L’utilisation du bagne se prolonge jusqu'en 1851, date de la suppression du port franc. On transfère les derniers détenus en 1887 à la nouvelle maison d’arrêt, toujours en service à ce jour. 

La maison d'arrêt de Nice, aménagée dans un bâtiment du XIXe siècle, a été mise en service en 1887. Sa superficie totale est de 23 218 m². Situé en centre ville, l'établissement est entouré d'immeubles de logement. La maison d’arrêt de Nice fait partie des plus vétustes de France.


Avant de parler de réelle patrimonialisation, on distingue plusieurs phases de reconversions que l’on pourrait qualifier d’utilitaristes : la nouvelle administration transforme en 1860 l'établissement en caserne. Elle est ensuite récupérée en 1899 par le Génie, puis par l’artillerie en 1924. Les services des Ponts et Chaussées en prennent possession à partir de 1935.

Le bâtiment est même amputé en 1937, le bâtiment sud est démoli pour agrandir le terre plein et faciliter l’accès au quai du Commerce. 

Aujourd’hui, seul perdure le pavillon nord avec son clocheton et la « galerie ». La prise de conscience de l’importance patrimoniale du bâtiment est rigoureusement datée : le 16 septembre 1943, le bâtiment est protégé par une inscription au titre des monuments historiques, rendant ainsi obligatoire l’autorisation avant une quelconque intervention sur le bâtiment. Le bâtiment est aujourd’hui propriété de l’Etat, des travaux de réhabilitation ont été engagés en février 2010 sur les façades, fenêtres, toiture et abords proches. Trois entreprises ont été chargées d’effectuer des travaux électricité, de plomberie et de ventilation et l’installation d’un élévateur.

La construction abrite désormais la subdivision maritime de la DDE, une antenne de la CCI, la société nationale de secours en mer, le Yacht club de Nice et l'association des pointus de Nice.


Bibliographie et outils :

Maurice BORDES et alii, Histoire de Nice et du pays niçois, 1976, éd. Edouard Privat, Toulouse.

Mathilde FOUCHE, Prisons : reconversion et valorisation du patrimoine carcéral, 2010, Université de Rouen IRED documentation

Avis pour la réhabilitation de la caserne Lympia




"L'ancien bagne du port de Nice" par Edmont Rossi (ici)

Ville de Nice: Les ports de Nice

PatrImage / Drac Paca


Article Wikipédia

La maison d'arrêt du Puy-en-Velay par Laëtitia Versavel

Maison d’arrêt du Puy-en-Velay

La maison d'arrêt du Puy-en-Velay, localisée dans le département Haute-Loire et se trouvant en centre-ville, est mise en service en 1897. Elle se situe dans le ressort de la cour d'appel de Riom et du Tribunal de Grande Instance du Puy-en-Velay. Les prévenus, c'est-à-dire les détenus en attente de jugement, ainsi que les condamnés dont la peine n'excède pas un an d'emprisonnement y sont reçus. D'une capacité de 36 places, la prison propose aux détenus des activités et autres ateliers de travail.



Les établissements pénitentiaires de la Haute-Loire



Département de la Haute-Loire


Si de nos jours, la maison d'arrêt du Puy-en-Velay est le seul établissement pénitentiaire du département, il n'en a pas toujours été ainsi. En effet, au XIXe siècle et jusqu'au début du XXe siècle, la Haute-Loire comptait deux autres prisons : une à Brioude et une autre à Yssingeaux. La première est supprimée en 1933, la seconde ferme quant à elle en 1935. Il existait également dans ce département des chambres municipales et des chambres de sûreté dans les chefs-lieux de canton tel que Craponne, Monistrol, Montfaucon ou encore Pradelles. Ces chambres servaient de gîtes aux détenus transférés et aux individus condamnés pour des peines de simple police. 


Le département de la Haute-Loire ne possédant pas de prison centrale, les hommes condamnés à la réclusion à perpétuité ou à plus d'un an d'emprisonnement étaient dirigés vers la maison centrale de Riom tandis que les femmes étaient conduites à Montpellier. 

Les prisons de la Haute-Loire appartenaient historiquement à la catégorie des prisons départementales qui se répartissaient de la manière suivante :

- maisons d'arrêt qui recevaient en détention les prévenus.

- maisons de justice où étaient incarcérés les prévenus devant comparaître devant une Cour d'assises.

- maisons de correction qui accueillaient des individus purgeant une peine d'incarcération égale ou inférieure à un an. 

Bien qu'étant une maison d'arrêt, la prison du Puy-en-Velay a toutefois réuni, à certains moments de son histoire, les fonctions de maison d'arrêt, de maison de justice et de maison de correction. Il en est d’ailleurs de même pour les prisons de Brioude et d’Yssingeaux. 

Fait primordial pour ce qui est de l'histoire de ces prisons : au mois de janvier 1992, la maison d'arrêt du Puy-en-Velay verse la totalité de ses archives ainsi que celles des anciennes prisons de Brioude et d'Yssingeaux. Ce versement a été scindé en deux. Les dossiers postérieurs à 1800 et antérieurs à 1940 sont classés dans la série Y avec une répartition en sous-série selon la provenance (1 Y pour les fonds de la préfecture et 2 Y pour les fonds des établissements pénitentiaires). Les dossiers concernant la période contemporaine forment, quant à eux, une autre série. Ainsi les archives contemporaines de la maison d'arrêt du Puy-en-Velay constituent le versement 1295 W. 

Les évasions ayant eu lieu pendant la seconde Guerre Mondiale 


Durant la seconde Guerre Mondiale, la prison connaît trois grandes évasions. La première se déroule le 25 avril 1943 : 26 prisonniers condamnés pour « menées communistes » par les tribunaux de Vichy s'évadent de la prison du Puy-en-Velay. La police parvient à capturer 16 de ces évadés dont Augustin Ollier, patriote à l'initiative de l'organisation de la fuite. Quelques mois plus tard, dans la nuit du 1er au 2 octobre 1943, ce sont 79 partisans qui s'évadent de nouveau grâce à un plan d'Augustin Ollier. Enfin le 18 août 1944, 24 autres prisonniers réussissent à quitter la maison d'arrêt.


Plaque commémorative située sur l'un des murs de la prison

Importante par le nombre de prisonniers impliqués, l'évasion de la nuit du 1er au 2 octobre 1943 constitue un événement majeur de l'histoire de la prison. En effet, elle est permise grâce à la complicité d'un jeune surveillant nommé Albert Chapelle. Il s'agit en quelque sorte d'un haut fait de la Résistance dans la mesure où les 79 prisonniers sont des prisonniers politiques. On trouve le récit de cette évasion dans l'ouvrage de Pierre Montagnon intitulé Les Maquis de la Libération : 1942-1944 :


« « Sauver les copains ! » Quel résistant, quel maquisard ne sont pas prêts à tout tenter pour extraire des mains ennemies des camarades malchanceux ? Bien des efforts héroïques seront déployés dans ce sens : coups de main sur des prisons, embuscades sur des convois de prisonniers... Tous n'aboutiront pas. Certains se termineront tragiquement. Fort heureusement il est quelques beaux succès. 

La prison du Puy-en-Velay compte, fin septembre 1943, 79 détenus politiques. L'un des gardiens, Albert Chapelle, appartient à la Résistance. Il sera le cheval de Troie introduit dans la place. 

1er octobre, jour de rentrée scolaire à cette époque, les prisonniers sont discrètement prévenus. La belle est pour ce soir. La nuit tombée, Chapelle se glisse de cellule en cellule « A 11 heures, tenez-vous prêts ! ». 11 heures, l'horloge de la détention tinte. Le gardien complice ouvre les portes des deux premières cellules et sans bruit guide leurs occupants dans les coursives. Les quatre GMR [Groupement mobile de réserve] endormis du poste de garde sont rapidement maîtrisés, leurs mousquetons saisis. Puis les deux autres portes extérieures sont neutralisées sous la menace des armes. 

Dehors, cinquante maquisards ceinturent la prison. Les lignes téléphoniques ont été coupées. Deux camions, une voiture stationnent à courte distance. 

A l'intérieur, la sédition est maîtresse des lieux. Toutes les cellules des politiques se vident rapidement. La poterne dans la muraille d'enceinte est franchie sans un mot en file indienne. Quelques coups de lampe de reconnaissance. Les maquisards guident les évadés vers les véhicules. 79 prisonniers plus Chapelle prennent la clef des champs. Ils se scinderont en deux. Un premier groupe gagnera le camp Gabriel Péri dans le Puy-de-Dôme. Le second restera en Haute-Loire. A pied il se rendra à Queyrières, au sud d'Yssingeaux. Sur les pentes du Meygal, aux forêts profondes il s'installera dans de petites fermes abandonnées. »

Robert Arnaut et Philippe Valode font un compte-rendu encore plus détaillé de cet événement dans Les dossiers secrets de la Seconde Guerre mondiale. Cette extrême précision est notamment le résultat d'un entretien réalisé le 10 mai 1991 entre Raymond Vacheron et l'un des instigateurs de l'évasion, à savoir Albert Chapelle.

« En Haute-Loire, dans l'Allier comme un peu partout en France, les réseaux de la Résistance sont à présent à peu près structurés, les maquis sont organisés. Mais ces maquis ont besoin d'hommes, car, à l'heure du débarquement allié, c'est tout un peuple qui devra surgir des bois et des maisons. Mais où trouver des hommes sûrs et déterminés, prêts à l'action ? Il y a bien les 80 prisonniers politiques de la maison d'arrêt du Puy, qui feraient de fameuses recrues !

Alors, les résistants FTP [Francs tireurs partisans] de la région, en accord avec les services secrets anglais, proposent de faire évader les communistes incarcérés. Ce projet un peu fou semble réalisable grâce à certaines complicités et notamment à celle d'un jeune homme de vingt-quatre ans, un coiffeur, qui, pour échapper au STO, a préféré devenir gardien de prison. Il s'appelle Albert Chapelle. En voyant sa silhouette de séminariste, l'Administration pénitentiaire ne pouvait pas se douter qu'elle avait affaire à un farouche patriote. Ce garçon est membre des Jeunesses socialistes depuis l'âge de dix-sept ans. Recruté par l'Administration, il a d'abord été affecté à Riom, puis à Châteauroux. C'est là qu'il est entré en contact avec deux détenus britanniques pour lesquels il faisait le « facteur ». « Les deux Anglais me donnaient des messages que je glissais sous la poubelle de la prison. Le gardien-chef, en sortant la poubelle, sortait sans le savoir les messages. En face de la prison habitait un fromager résistant qui les récupérait pour les faire passer à Londres. »

[…] Il est chargé de préparer une évasion collective. Il se met aussitôt au travail avec application. Il observe, il repère ceux qui, peu ou prou, sont susceptibles de l'aider. Il étudie les moindres recoins de la prison. Il minute tous les actes de la journée, les mouvements des relèves. Il connaît par cœur la liste des gardiens, leur emploi du temps, leurs habitudes. Le coiffeur règle tout cela comme un chef d'état-major; il ne laisse rien au hasard. Les détenus politiques flairent en lui un sympathisant, et il est « branché » sur l'un des responsables des détenus, Augustin Ollier, qui, avec un « homme de l'extérieur », va mettre au point tous les détails de l'évasion : « Les besoins en armes, transports, le ravitaillement, la date t l'heure. Je me rappelle qu'il m'a dit d'aller vite, que nous avions peu de temps pour réussir. C'est lui qui préparera l'évacuation à l'extérieur. »

Toute l'action va reposer sur le sang-froid et l'intelligence d'Albert Chapelle. En distribuant le repas du soir, il fait ses comptes rendus à Augustin Ollier. Ils échangent furtivement quelques mots, couverts par le bruit des gamelles : « Attention ! Dans la nuit du 1er au 2 octobre ! »

La nouvelle s'est répandue dans les cellules grâce au téléphone carcéral, le code en morse tapé sur les tuyauteries. 

Le soir du 1er octobre, il est arrivé en criant plus fort dans le couloir : « La soupe ! »

Chacun a tendu sa gamelle, en attendant autre chose. Et en vidant sa louche, Chapelle a soufflé à Ollier :

-Ce soir. A 11 heures. Tenez-vous prêts !

[…] La porte s'est refermée et les pas libérateurs se sont éloignés en résonnant. Le silence s'alourdit dans les cellules. On ne discute plus. Chacun fait son misérable paquet et se chausse de son mieux. 

Dans la salle de repos où se trouvent trois gendarmes, Chapelle entre, le visage retourné […] Il fait la distribution du breuvage [il s'agit de vin] additionné d'un somnifère. En deux minutes, les gendarmes sont avachis et ronflent. Avec un sang-froid étonnant, Albert Chapelle coupe les fils du téléphone, puis il monte à la passerelle et offre à boire aux deux gendarmes qui commandent les fusils-mitrailleurs en batterie et qui s'endorment à leur tour. Chapelle ouvre alors la cellule 28, où est bouclé Augustin Ollier. Les deux hommes libèrent leurs camarades et distribuent les armes des dormeurs. Même opération dans le poste central. 

Les prisonniers et leur guide glissent ensuite comme des ombres et ouvrent une grille derrière laquelle se trouve la salle des armes.

-Il y a deux hommes à l'intérieur, prévient Chapelle. On les neutralise, mais on ne tire pas ! Sinon, nous foutons toute l'opération en l'air. Attention ! J'ouvre ! Un, deux … trois !

Il enfonce la porte d'un coup d'épaule et braque les gendarmes :

-Désolé, messieurs !
-Albert ! dit l'un des gendarmes en souriant. 
-Il n'y a plus d'Albert ! C'est la Résistance. On ne bouge plus !
-Mais qu'est-ce que tu veux ?
-Les armes. Toutes les armes.

[…] Alors les hommes, par petits groupes, se mettent en marche, au hasard ou presque, sans connaître la région, sans savoir où ils vont ; ils s'éloignent de la ville. »

Avis de recherche d’Alexandre Drevet, résistant évadé et membre du camp Woldi


Pour leur 70ème anniversaire, ces évasions et plus particulièrement celles de 1943, ont été commémorées le 2 octobre 2013 devant la maison d'arrêt du Puy-en-Velay en présence de plusieurs personnalités et élus locaux. Ce fut évidemment l'occasion de retracer les circonstances de ces évasions de 1943 mais également de rendre hommage aux membres du camp Wodli, un important groupe de résistants dans le département de la Haute-Loire. 


Cette armée secrète mène, durant la seconde Guerre Mondiale, des actions de sabotages et des attentats contre des organismes de collaboration. Les FTP du Camp Wodli sont également à l'origine d'évasions de détenus. Ainsi, en plus de l'organisation des deux premières évasions collectives de l'établissement du Puy-en-Velay permettant la libération de tous les prisonniers politiques et ainsi d'un certain nombre de leurs membres, ils sont les instigateurs de la fuite de 20 détenus de la prison de Saint-Etienne.

Parmi ses membres, on peut citer Alain Joubert, Paul Drevet, Alexandre Drevet, Paul Linossier, Camille Pradet, Pierre Fournel, Albert Bollon..., tous à l'origine du Camp Wodli en mars 1943. D'autres hommes comme Vial-Massat, ou encore Augustin Ollier, alias le commandant Ravel, les rejoignent un peu plus tard. Finalement, le camp Woldi avec un effectif de 1000 hommes a été reconnu comme unité combattante des Forces françaises de l'Intérieur par l'Etat-Major de la subdivision Loire le 31 mars 1950. 


Les membres du Camp Wodli


Les conditions de détention en 1942-1943 


Albert Demazière, prisonnier politique de la prison du Puy-en-Velay, offre, par son témoignage, de précieux éléments permettant d'appréhender les conditions de détention de l'époque. Arrivé le 18 décembre 1942, il passe dix mois au sein de la maison d'arrêt avant de s'en évader le 1er octobre 1943. Outre le fait que les prisonniers politiques soient « parqués dans un quartier du pénitencier, les « droits commun » dans l'autre », Albert Demazière nous apprend à quoi ressemble sa vie en prison : 

« Nous sommes donc quatre par cellule « individuelle ». La sortie de vingt minutes chaque jour, dans trois courettes contiguës, une courette par contenu de cellule, nous permet d’échanger, par-dessus les murs, les informations qui nous arrivent de l’extérieur dans la correspondance toujours plus ou moins codée. Quelques journaux nous parviennent aussi, de la presse vichyssoise naturellement. L’un de nous s’est fait tabasser par la police de Vichy, venue tout exprès après la découverte, dans des coques de noix de son colis, d’un document politique de nature heureusement « théorique ». Il arrive pourtant que certains gardiens nous communiquent quelques informations cueillies à l’écoute de Londres. »

Le témoignage du détenu montre aussi comment, après la première évasion, la surveillance s'est accrue. En effet, le préfet prend des mesures ayant pour but de rendre impossible toute nouvelle tentative d'évasion. Cela se traduit concrètement par l'installation de deux postes de Groupe mobile de réserve dans les deux cours situées à côté des bâtiments de la prison. 

Le quotidien des prisonniers est aussi mentionné :

« L’un de nous est debout devant la tinette de la cellule, les trois autres, étendus pour la nuit sur leurs couchettes, tentent d’oublier le bruit que fait l’urine en tombant sur le métal et qui évoque trop crûment la promiscuité de la servitude. »

« En dépit de nos efforts pour la chasser, la nourriture tient une grande place dans ces rêveries : le brouet de 5 h 30 est déjà bien loin et il n’a pas calmé la faim qui nous taraude en permanence. Nous avons pourtant, comme d’habitude, tassé longuement le contenu de notre gamelle rouillée et noirâtre, après avoir amalgamé le pain aux lentilles ou aux choux; le tout dégusté très lentement, une cuillerée après l’autre, pour faire durer le repas. »

Enfin, Albert Demazière met en lumière les stratégies mises en place par les détenus pour communiquer entre eux. Son témoignage concernant la préparation de l'évasion du 1er octobre 1943 est à cet effet particulièrement intéressant :

« Nous fûmes pourtant informés, quelques jours avant l’opération finale, par un billet vaguement codé et jeté dans notre courette de promenade qu’ « il allait se passer quelque chose ». Il y eut même un «sondage » que les occupants de ma cellule trouvèrent quelque peu imprudent. Un après-midi, le téléphone mural, en morse, se mit en marche puis, beaucoup plus ouvertement, les détenus occupant les châlits supérieurs proches des ouvertures grillées se passèrent la consigne : un bâton, balancé au bout d’une corde, sautait de fenêtre en fenêtre; arrêté par chaque cellule, il n’était renvoyé à la cellule voisine qu’après que les occupants de la première y eussent attaché, au moyen d’une ficelle, une feuille sur laquelle figuraient les noms des détenus, l’âge de chacun d’eux, ses aptitudes militaires et le grade acquis éventuellement au cours du service. Tous renseignements nécessaires à la vie de maquis. Le procédé, je le répète, nous parut fort imprudent mais, apparemment, il n’alerta personne dans la chiourme. »

Architecture et dimension patrimoniale

 
Vue aérienne de la maison d'arrêt

La maison d'arrêt du Puy est un exemple parfait de l'application de la discipline carcérale du XIXe siècle. L'édifice, construit entre 1880 et 1897, adopte en effet le principe de l'isolement des détenus. Les prisonniers devaient pouvoir assister aux offices religieux sans déroger à cette règle. Par conséquent, la chapelle comporte un dispositif particulier aujourd’hui encore intact.
Trente huit cellules pour les hommes sont disposées sur deux niveaux desservis par des galeries de circulation intérieure éclairées par des verrières. Huit cellules desservies par un couloir étaient destinées aux femmes.


Intérieur de la prison avec vue sur les cellules, les galeries de circulation et une verrière

La chapelle occupe le dernier niveau du plan en T de l'ensemble. Les stalles sont disposées en hémicycle de façon à ce que chaque détenu ait une vue strictement limitée à l'autel. De plus, des joues latérales entre chaque stalle rendaient toute communication impossible. Cet aménagement, représentatif du système carcéral cellulaire qui s'amorce à la fin du XIXe, constitue une véritable richesse en terme de patrimoine.

Chapelle de la prison avec vue sur les stalles
Autel de la chapelle de la prison

D'ailleurs, cette chapelle de la maison d'arrêt du Puy-en-Velay est inscrite au titre des Monuments Historiques. Au total, six éléments font l'objet d'une protection et d'une inscription par un arrêté du 12 février 1987. Il s'agit de la chapelle, du décor intérieur, des stalles, de la charpente, des tribunes et d'une stalle. La Chapelle est propriété de l'état depuis 1992 et, en tant que Monument Historique, affectée au ministère chargé de la justice.

Enjeux actuels et politiques de la prison 


La maison d’arrêt du Puy-en-Velay mène aujourd’hui différentes politiques qui ont trait à la bonne condition de vie des détenus et cela bien que ces derniers n’y purgent que des peines courtes. Parmi ces politiques, on peut tout d’abord citer les initiatives pour favoriser l'insertion des détenus. Ainsi, le 5 juin 2013, une journée sur le thème de l'accès au monde du travail des détenus est organisée. Le but étant que le fautif ne soit plus en marge de la société que ce soit durant sa réclusion ou après sa libération mais aussi qu’il ne récidive pas. Plusieurs actions sont donc menées auprès des détenus : partenariat avec les acteurs du monde économique et différentes structures du milieu, tenue de forum de l'emploi, interventions organisées tous les 15 jours par Pôle Emploi et la Mission locale pour apporter un suivi au détenu quant à leur future recherche d'emploi, ateliers de rédaction d'un CV, préparation d'un entretien etc. 

D’autre part, la maison d'arrêt exécute beaucoup d’aménagements de peine. Environs 50% de sa population bénéficie ainsi d'aménagements de peine. Au Puy, 43 des 95 détenus bénéficiaient de ce système en octobre 2013 : 38 avec bracelet électronique, 5 dans le cadre de la semi liberté. Cela s’explique par le souci des autorités de récompenser la bonne conduite des détenus certes, cependant le but est également de désengorger la prison. En d’autres termes, malgré les efforts faits en faveur de ces aménagements, la prison du Puy n'échappe pas à la problématique de la surpopulation avec actuellement 52 incarcérés qui se partagent 36 cellules. La surpopulation carcérale est un problème récurrent à la maison d'arrêt du Puy-en-Velay, l'établissement fait même partie des plus surpeuplés de France. Le taux d’occupation est en moyenne de 200%. En pratique, cela implique de doter les cellules de lits superposés plutôt que de lits simples. En dépit de cela, les conditions de travail et de détention restent tout de même assez correctes. 

Avenir et patrimonialisation 


En 2010, la prison du Puy-en-Velay fait partie de la vingtaine d'établissements dont la date de fermeture est repoussée. S’il n’est aujourd’hui plus réellement fait mention de fermeture de l’établissement, la question de son possible devenir est toutefois posée. Dans la mesure où il ne s’agit que d’un report de fermeture, la prison semble être simplement « en sursis ». En cas de cessation des fonctions pénitentiaires de l’établissement, qu’adviendrait-il de cet édifice ? Seule certitude, la destruction totale est inenvisageable dans la mesure où une partie est inscrite au titre des Monuments Historiques. Impossible donc de savoir si la prison du Puy-en-Velay fera l’objet ou non d’une patrimonialisation après sa fermeture. 

En revanche, en guise de conclusion, il est intéressant de se pencher sur ce qui a été fait pour les deux autres anciennes prisons de la Haute-Loire. 

Ainsi, la prison de Brioude qui a fermé ses portes en 1933 et qui pouvait accueillir jusqu'à 36 détenus est désormais occupée en partie par des habitations. Le cachot et les cellules sont en fait reconvertis en logements dans les années 1950. Ces derniers ne prennent place que dans une partie de l’édifice et le reste se trouve dans un état de délabrement et d'abandon quasi-total. Certaines anciennes cellules servent littéralement de débarras par exemple.  


Prison de Brioude située derrière l’hôtel de ville
Prison de Brioude avec sa tour


En définitive, l'établissement n'a fait l'objet d'aucun souci de valorisation. Ceci est dommageable dans la mesure où 80 ans après la fermeture de la prison, certains vestiges témoignent encore du passé carcéral de Brioude.
Graffiti dans une cellule de l'ancienne prison

La prison d'Yssingeaux fermée quant à elle en 1935 a également fait l’objet d'une réhabilitation puisqu’elle est devenue théâtre municipal. L'ensemble de l'édifice est conservé dans son architecture extérieure d'ancienne prison. En effet, seuls l’intérieur et l’accès de l’édifice ont été modifiés. 

Prison d’Yssingeaux devenue théâtre municipal
Intérieur de l’ancienne prison entièrement réaménagé en théâtre


En conclusion, ces deux anciennes prisons n'ont pas connu de véritable patrimonialisation. Certes, elles ont été réhabilitées cependant le résultat est loin d'être convainquant notamment pour ce qui est de la prison de Brioude. Plus encore, le passé carcéral de ces établissements est complètement absent voire même volontairement effacé.
On peut penser que la maison d'arrêt du Puy-en-Velay bénéficiera, quand le temps sera venu, d'une attention toute particulière. Forte de son inscription au titre des Monuments Historiques, elle connaîtra peut-être une patrimonialisation digne de ce nom qui saura réellement mettre en valeur sa fonction pénitentiaire.





Bibliographie :

Ouvrages

- Robert ARNAUT, Philippe VALODE, Les dossiers secrets de la Seconde Guerre mondiale, Histoire EGF, 2010.

- Pierre MONTAGNON, La France dans la guerre de 39-45, Flammarion, Pygmalion , Paris, 2009.

- Pierre MONTAGNON, Les Maquis de la Libération : 1942-1944, Flammarion, Pygmalion Gérard Watelet, Paris, 2010.


Sites internet 

- sebjacquot.free.fr/valorisation/Prisons.pdf (les prisons: un patrimoine à patrimonialiser)

- forum-prison.forumactif.com/ (établissement pénitentiaire, maison d'arrêt Puy-en-Velay)

- www.leveil.fr (« il y a 70 ans, 80 partisans s'évadaient de la prison du Puy-en-Velay »
« Le Puy-en-Velay, maison d'arrêt, la surpopulation est un problème récurrent »
« Haute-Loire:la maison d'arrêt bonne élève en matière d'aménagements de peine »
« Le Puy-en-Velay : le travail comme réinsertion après la prison »)

- "Augustin Ollier, alias commandant Ravel", l'Humanité.fr (ici)

- base Mérimée

- patrimoine-de-france.com › haute loirele puy en velay

- www.monumentum.fr/maison-darret-pa00092787.html‎ ( Carte de la maison d'arrêt à Puy-en-Velay)

- www.youtube.com/watch?v=pYeADPTwF-0 (Brioude : la maison d'arrêt livre ses secrets, reportage du journal L'Eveil (journal quotidien) publié le 15 janvier 2013)


L'ancienne prison de Pontaniou : un bâtiment à réhabiliter par Séverine Auguste

Sur les rives de la Penfeld, face aux ateliers des Capucins se dresse un bâtiment des plus connus de Brest et de triste réputation pour certains. L’ancienne prison de Pontaniou, également appelée bâtiment de la Madeleine, est située dans le quartier Recouvrance, le berceau de la Marine à Brest. 

C’est au XVIIe siècle que se noue le véritable destin militaire et urbain de Brest. Lorsque Richelieu décide, en 1629 de créer des ports militaires et des arsenaux sur la façade atlantique pour protéger les bateaux de commerce et faire du royaume une puissance maritime susceptible de rivaliser avec les concurrents, en particulier les Anglais. Pendant trente ans, les chantiers se succèdent pour agrandir l’arsenal, achever de fortifier le site et créer une véritable ville nouvelle, une zone militaire de première instance pour le royaume de France. 
C’est à travers ce contexte que se développe la prison de Pontaniou qui deviendra une prison maritime voulu comme exemplaire.

Configuration actuelle, Daniel Larvor, janvier 2010


La prison de Pontaniou : un lieu marqué par la puissance maritime


Une maison de correction 

L’histoire du lieu remonte vers 1670, lors de la création d’un asile nommé la Madeleine, au creux de la crique de Pontaniou, fondé et dirigé par des religieuses de Saint-Thomas-de-Villeneuve. A l’instigation de Colbert, en 1682, cet asile devient une maison de correction pour les « filles et femmes débauchées », selon Prosper Jegan Levot, conservateur de la marine à Brest (de 1831 à sa mort), afin de lutter contre la prostitution. On le nomme le Refuge Royal de la Marine car cet asile était sous l’autorité de l’intendant de la Marine et sanctionnait particulièrement la prostitution auprès des marins et soldats. En effet, les juges royaux signalent en 1683 l’ampleur inquiétante de la prostitution au Parlement « un nombre considérable de femmes impudiques causent beaucoup de désordre parmi les matelots et soldats de ce port par leurs maladies et leur débauche ». Il pouvait contenir entre 20 à 40 détenues qui pouvaient être donc des prostituées mais également des jeunes filles égarées, des libres penseuses et des femmes engagées. La conception du Refuge Royal, sur l’actuel terrain de la Madeleine, est confiée à Choquet de Lindu, ingénieur des travaux du port qu’il dessinera en 1736.



© Daniel Larvor, janvier 2010



Encadrées par les sœurs qui gèrent l’établissement, les femmes condamnées sont marquées de la fleur de lys au fer rouge sur la place publique avant d’être enfermées et exploitées, notamment pour le tannage des voiles. 
Le Refuge royal est détruit par un incendie en 1782, initié par une femme rebelle dite « la Belle Tamisier » qui y déclare avant d’y mettre le feu « Ici je vais faire mon carnaval ! ». Le bâtiment ne sera jamais reconstruit.

Une prison maritime 

Parallèlement, dès 1676 il existe donc à l’entrée de l’anse de Pontaniou, une prison voutée avec une geôle qui était destinée aux marins et aux ouvriers de l’arsenal. En 1743, au fond de l’anse, à l’intérieur de l’enceinte militaire, une nouvelle prison maritime est édifiée, renfermant une chapelle, trois cachots et six cellules. 

Le bâtiment de la prison qui subsiste aujourd'hui a été construit au début du XIXe siècle sur les plans de l’ingénieur à la direction des Travaux maritimes, Jean-Nicolas Trouille (1750-1825). Cette prison avait pour but de remplacer une structure beaucoup trop petite et inadaptée. Ils s’agissaient d’offrir aux détenus qui étaient en grande partie des marins et des ouvriers de l’arsenal, des conditions de détentions qui étaient exemplaires pour l’époque. Cela passe par la création de cellules individuelles avec de bonnes conditions d’hygiène et de salubrité. Jean-Nicolas Trouille écrit sur ce bâtiment : « Les vœux de l’humanité vont être satisfaits. Les détenus ne seront plus entassés pêle-mêle sans distinction d’âge, d’état et les délits, ils respireront un air pur et suffisant. Cette prison, sous bien des rapports, doit tenir un rang distingué parmi les édifices reconnus indispensables aux besoins du service et au perfectionnement du beau port de Brest. ». La particularité de ce lieu était que les prisonniers avaient accès à des ateliers et aux messes qui pouvaient être présentées.

Le bâtiment a connu plusieurs modifications, notamment un agrandissement par une surélévation ajoutant deux niveaux à la construction d’époque Napoléonienne : un étage complet et un étage sous les toits. Sur la photo ci-dessous présentant la façade de la prison côté rue, on peut observer des traces de cet agrandissement, on distingue notamment les deux derniers niveaux ajoutés à celle de la construction d’origine, à travers l’encadrement des fenêtres différent au troisième niveau mais également à travers la ligne horizontale qui désigne l’ancien toit du bâtiment.

Façade l'ancienne prison de Pontaniou


Pontaniou continue à jouer son rôle de prison maritime jusqu'à la seconde Guerre Mondiale, pour y recevoir les prévenus et condamnés, civils ou militaires, faisant l’objet d’une procédure devant une cour de la marine ou une cour militaire : criminels, voleurs de l’Arsenal, etc.

Lors de la seconde Guerre Mondiale, la prison civile de Bouguen où étaient enfermés les détenus de droit commun et qui servait aux nazis de lieu pour enfermer les prisonniers politiques et les détenus a été en partie détruite par les bombardements. Par conséquent, les soldats allemands ont utilisé la prison de Pontaniou pour enfermer des prisonniers politiques et des résistants, comme l’atteste cette photo ci-dessous d’une plaque commémorative sur la prison de Pontaniou.


Plaque commémorative prison Pontaniou


La maison d’arrêt de Pontaniou 

Le programme de reconstruction de la ville de Brest n’a pas pris en compte la reconstruction de la prison civile de Bouguen et c’est donc la prison maritime de Pontaniou qui devient une prison civile, prenant ainsi le nom de maison d’arrêt de Pontaniou en 1952. Mais les conditions continuent de se détériorer, le bâtiment ne correspond plus aux normes qui sont exigées à la fin du XXe siècle. S’ajoute à cela la surpopulation carcérale (jusqu'à 150% de taux d’occupation), les conditions de détentions deviennent inadaptées. 

Parallèlement est construit une nouvelle prison, le centre carcéral de l’Hermitage, un bâtiment moderne construit dans la périphérie de Brest. 

Tout cela entraîne la fermeture de la prison de Brest en 1993 et laisse aujourd’hui de nombreux bâtiments désaffectés, à l’abandon et vétustes. 

La mise en valeur du lieu 


L’art s’invite dans l’ancienne prison de Pontaniou 

Depuis que l’ancienne prison de Pontaniou est à l’abandon, l’art devient omniprésent dans ce lieu vétuste qui voit défiler plusieurs événements artistiques :

En 1990, la mairie de Brest passe une commande à cinq photographes brestois (Bruno Ravallart, Michel Coquil, Jean Salou, Joseph Amram et François Rommens), pour photographier les lieux de la prison de Pontaniou. Deux clichés de chaque artiste sont exposés à la maison d’arrêt de l’Hermitage lors de son inauguration. 

1990-1991 : Paul Bloas, artiste brestois, investit les lieux pendant un mois pour « mieux absorber les lieux et tout ce que les murs transpirent, comme une éponge ». Il y expose ses œuvres : 18 personnages. Ce sont des personnages peints sur un papier collé sur les murs de la prison, ils sont répartis dans plusieurs lieux de la prison. Lors de cette exposition, l’édifice a pu être ouvert au public, qui a pu découvrir ce lieu habituellement fermé au public pour cause de vétusté. 
Une exposition sur la prison de Pontaniou : « Mur et Ombres » a eu lieu en 2011 à la Maison de la Fontaine à Brest. Cette exposition était composée de clichés pris en 1990 et en 2008, ainsi que de poèmes écrits par les Voleurs de feu et des témoignages. 


  
Affiche de l'exposition

Il y a donc à travers ces différentes expositions une mise en valeur du lieu, une volonté d’encrer la prison de Pontaniou dans l’histoire et peut être même d’en faire un lieu patrimonial. 

Un projet de reconversion 

La prison de Pontaniou, propriété de la collectivité, est un bâtiment protégé au titre de Zone de Protection du Patrimoine Urbain et Paysager de Brest (ZPPAUP). Il est représentatif de l’histoire architecturale de Brest. C’est pourquoi le bâtiment s’intègre dans un projet de reconversion qui reste aujourd’hui encore indéterminé, on ne s’est pas encore quelle structure sera accueillie dans ce lieu. Cependant, le projet de reconversion est bien intégré au projet de création d’un nouveau quartier à Brest, celui du Plateau des Capucins (l’ancien quartier industriel) qui va devenir un éco-quartier au cœur de la ville de Brest, s’inscrivant ainsi dans une politique de développement durable. L’ambition est de faire des constructions à forte valeur patrimoniale (dont l’ancienne prison de Pontaniou) une vitrine des savoir-faire brestois et un lieu dédié à la mémoire industrielle et urbaine de Brest. Une chose est sûre, sa réhabilitation devra respecter l’architecture du lieu, celle d’une prison. 


Sources

- La prison de Pontaniou : Inventaire régional du patrimoine historique.

- Colloque « Valoriser les patrimoines militaires », L’Opération des Capucins à Brest, par Annick Cléac’H et Grégory Guérin 

- Article du Télégramme , 17 mars 2009

- Article de Côté Brest , "Pontaniou, ton univers carcéral", 8 janvier 2013