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mercredi 1 octobre 2014

La prison de Pontaniou photographiée

La prison de Pontaniou à Brest avait fait l'objet d'une contribution de Séverine Auguste en décembre 2013 sur le site Patrimoine carcéral des régions françaises. Laissée à l'abandon depuis 1990, elle a inspiré plusieurs photographes. Parmi eux, Etienne Valois dont les clichés sont présentés et légendés par Audrey Higelin-Fusté sur le site Criminocorpus. Il expose sa démarche qui s'inscrit dans le courant de l'Urbex, l'exploration urbaine de bâtiments désaffectés, de vestiges industriels ou carcéraux. La prison servit de lieu d'entraînement aux forces de l'ordre, elle fut squattée et des artistes y furent en résidence. Son aspect ruiniforme n'est pas sans évoquer le musée de la prison de Philadelphie, laissée en l'état depuis sa fermeture.

Photographie d'Etienne Valois en ligne sur le site Criminocorpus

mardi 30 septembre 2014

"Ombres et lumières" à Clairvaux (octobre 2014)

Les concerts proposés dans l'abbaye croisent les travaux d'un atelier d'écriture animé dans la maison centrale avec les détenus condamnés à de longues peines. Le quotidien La Croix a consacré deux articles à ces animations : "Clairvaux, des murs, des moines et des détenus" et "Paroles d'anciens détenus". Des informations également sur la page facebook "vies emmurées au XIXe siècle" et sur celle de l'abbaye de Clairvaux.

Photographie de Laure Bulmé, guide-interprète à l'abbaye de Clairvaux

dimanche 28 septembre 2014

Musée du château de Mayenne : exposition "A l'ombre des murailles"

Le samedi 22 novembre 2014, l'exposition "A l'ombre des murailles" sera inaugurée dans le musée du château de Mayenne. Ce bel édifice situé sur un éperon rocheux fut d'abord un palais carolingien, construit par les comtes du Maine vers 920. Il connut ensuite bien des aménagements, restructurations et au XIXème siècle devint une maison d'arrêt et de correction. Elle demeura en fonctionnement jusqu'en 1936.
Carte postale présentant le château transformé en prison.
Voir le site http://genealogie-en-ligne.blogspot.fr/2010/06/prisonniers-de-pere-en-fils.html


Le site du musée informe d'ores et déjà des axes de l'exposition : 

1. Le Pass'Muraille - Une visite virtuelle de la prison



Grâce à des dispositifs mis en place dans chaque salle du musée et un parcours sur tablettes numériques, vivez une immersion virtuelle dans la prison du 19e siècle. Ces dispositifs permettent, à l’aide de la réalité augmentée, de visualiser et de comprendre l’organisation du lieu au 19e siècle, période la plus marquante de son histoire carcérale.
Découvrez également des plans, des cartes postales et des récits d’époque. De l’aula au donjon, en passant par les espaces dévolus aux femmes, les images défilent, se construisent et se détruisent, pour mieux comprendre l’organisation de la vie carcérale. 


2. A l'ombre des barreaux - Des collections carcérales



Vêtements de prisonniers et de gardiens, camisole de force, compas anthropométriques, collier de cou, rapports d’évasion… L’exposition rassemble plus d’une centaine d’objets et de documents d’archives racontant à la fois l’histoire et le quotidien des prisonniers. Grâce à une scénographie moderne,le parcours permet de saisir l’ambiance carcérale du 19e siècle tout en proposant des outils novateurs d’aide à la visite.
Quatre thématiques sont abordées :
- l’évolution architecturale du bâtiment,
- l’anthropométrie (début de la police judiciaire)
- la vie des prisonniers : organisation de la journée, travail, santé, évasions
- le personnel de la prison : rôle, évolution, outils de travail  

Un catalogue de l'exposition sera également proposé aux visiteurs.

Exposition Crimes et châtiments au Musée historique de Lausanne (26 septembre 2014- 2 février 2015)


Affiche de l'exposition
Les bâtiments du musée de la ville abritaient autrefois la prison du district de l'évêché et le tribunal cantonal. Certaines cellules servirent de prison militaire jusqu'en 1927. L'exposition présente l'évolution des transgressions de normes sociales et morales, faisant d'une infraction un délit ou un crime selon les époques. Elle se penche aussi sur l'évolution des instruments et méthodes de répression. Le site de la ville de Lausanne précise que la ville a vu naître en 1909 la première école de police scientifique au monde. Des affiches de la cinémathèque ont été mobilisées pour présenter les transgressions et leurs répressions. Entre autres, la reproduction de l'affiche de la sortie française du film de Fritz Lang M le Maudit en 1931.

Reproduction provenant du site de la cinémathèque suisse

La description d'une prison. Colloque à Lausanne les 16 et 17 octobre 2014. Programme et résumés des communications


Description d’une prison – construction, fonctionnement, signification

Atelier scientifique dans le cadre du projet d’innovation pédagogique La prison 
Université de Lausanne, 16 et 17 octobre 2014
Salle 318, Amphipôle

Organisé par Daniel Fink et Christophe Vuillemier

Objectifs

Depuis l’Acte de Médiation de 1803, la politique pénitentiaire, la gestion des établissements de privation de liberté et l’exécution des peines sont de la compétence des cantons. De ce fait, on dispose en Suisse d’une connaissance très lacunaire du nombre des établissements pénitentiaires et du nombre de places de détention. Le changement du fonctionnement des prisons est encore moins bien connu. Finalement, l’analyse de la place, fonction et signification de la privation de liberté n’en est encore qu’à ses débuts.
Dans le cadre de l’enseignement de l’histoire quantitative de la privation de liberté en Suisse, une activité d’expérimentation pédagogique universitaire, soutenue par le Fonds d’innovation pédagogique de l’Université de Lausanne, a permis d’améliorer l’inventaire des prisons du canton de Vaud. Par ailleurs, un travail de description d’un certain nombre d’établissements a été entrepris dans ce cadre, parallèlement à l’analyse du système pénitentiaire du canton.

Description d’une prison – construction, fonctionnement, signification

L’objectif de cet atelier scientifique réparti sur deux journées, organisé par l’Institut de criminologie et de droit pénal de l’UNIL et placé sous le patronage du service pénitentiaire du canton de Vaud, est un échange sur les modèles d’inventaire des prisons en fonction ou hors d'usage et les modes de description les plus appropriés des établissements de privation de liberté. Il s’agit non seulement de s’interroger sur les modèles descriptifs et les dimensions pertinentes de description des lieux d’enfermement, mais également de comparer les résultats de ce travail avec ceux réalisés dans d’autres pays avec des optiques parfois fort différentes. L’atelier scientifique est organisé par Daniel Fink, chargé de cours à l’ICDP, et Christophe Vuillemier, historien.
Atelier scientifique organisé par Daniel Fink et Christophe Vuillemier
L’atelier s’adresse aux criminologues, historiens, membres des services pénitentiaires cantonaux et aux personnels travaillant dans les établissements pénitentiaires et dans la probation, ainsi qu’à toutes les personnes intéressées par le monde carcéral, son évolution dans le canton de Vaud ou par les questions de description.


Jeudi, 16 octobre 2014
13h00

Accueil
Marcelo Aebi, professeur, vice-directeur de l’Ecole des sciences criminelles, Université de Lausanne

Marcelo Aebi, Professeur, Université de Lausanne
La prison est un thème qui a au moins trois dimensions: c’est un sujet d’actualité, un objet d’étude historique et un domaine de recherche en criminologie. En travaillant sur les prisons en Suisse, l’Institut de criminologie et de droit pénal (ICDP) et les enseignants qui ont été en charge du cours Crime, justice et prison en Suisse ont souhaité répondre à ces trois dimensions – l’actualité, l’histoire et la criminologie. En organisant cet atelier, qui est soutenu par le Fonds d’innovation pédagogique, que nous remercions pour son soutien, l’ICDP souhaite présenter le travail accompli par les enseignants, tout comme celui réalisé par les étudiantes et étudiants, et confronter ces approches avec les travaux de recherche qui se font ailleurs en Suisse et dans d’autres pays. Nous sommes heureux que des collègues de Belgique, de France, d’Espagne et d’Italie ont pu se joindre aux collègues suisses pour débattre du sujet de la description d’une prison. Le débat portera sur les trois dimensions de la prison.

Allocution d’ouverture

Sylvie Bula, cheffe du Service pénitentiaire du canton de Vaud



14h
Xavier Rousseau, professeur, Université de Louvain-la-Neuve, Belgique

14h30
Les prisons de Champ-Dollon et du Bois-Mermet – le récit historique
Christophe Vuillemier, historien indépendant, Genève

La prison du Bois-Mermet, créée en 1905, a un peu plus d’un siècle. Rares sont les établissements pénitentiaires possédant une histoire aussi longue et aussi riche. Cette institution aura traversé deux conflits mondiaux, connu la guerre froide, abrité un nombre particulièrement important de petits délinquants et grands criminels. Avec ses murs si caractéristiques, elle a, depuis toujours, impressionné le passant et laissé dans la mémoire collective lausannoise une trace indélébile. Cette prison est le témoignage de différentes époques et des évolutions qui se sont déroulées, tant au niveau institutionnel que social.
La prison de Champ-Dollon, inaugurée en 1977, s’inscrit, quant à elle, dans une autre conception de l’institution, du prisonnier et du personnel pénitentiaire. Septante ans séparent les deux établissements helvétiques ! Quels problèmes et quels avantages présentent ces deux prisons ?

La description socio-historique des prisons – le cas du pénitencier de Lenzburg
Daniel Fink, chargé de cours, Université de Lausanne

Le paysage carcéral suisse a été – et est aujourd’hui encore – extrêmement dense, fait d’un grand nombre de petites prisons de district, régionales ou cantonales, et de quelques établissements d’exécution des peines et des mesures de taille moyenne. Historiquement, les prisons de district ont été aménagées dans des couvents, dans des châteaux, dans les portes des remparts ou les greniers, dans les mairies ou les postes de police ; en revanche, très rapidement après l’instauration de la République helvétique (1798-1803), les lieux d’exécution des peines ont été des établissements construits spécifiquement à cette fin. Si les seconds sont mieux documentés et décrits par les chercheurs s’intéressant au pénal, les premières sont encore très mal connues, alors même que les historiens des monuments les ont souvent inventoriées, décrites, analysées, mais sans jamais travailler sur la prison que renfermait un tel monument. La description socio-historique des prisons, dont on en dénombre près de 400 en Suisse pour les deux siècles derniers, n’en est encore qu’à ses débuts en Suisse. A l’aide de l’exemple du pénitencier de Lenzburg, situé dans le canton d’Argovie, créé en 1803, on se propose de formuler une approche descriptive dense des prisons, une approche qui dépasse le caractère monographique très restreint souvent adopté dans la description des établissements pénitentiaires. Les dimensions retenues pour cette approche sont le contexte historique de la construction d’un établissement, la construction elle-même, le fonctionnement, la population pénitentiaire et la signification d’une prison dans l’histoire sociale.

15h00
Le patrimoine carcéral et la description de la prison en France
Jean-Claude Vimont, professeur, Université de Rouen

Depuis 2006, une réflexion a été menée sur la notion de «patrimoine carcéral» au sein des enseignements de master de l’Université de Rouen. Les mutations contemporaines du parc carcéral français – abandons de prisons vétustes, construites au XIXe siècle et même auparavant, dans les centres-villes ; constructions d’établissements modernes dans les périphéries – ont posé la question de la pertinence des patrimonialisations, des conversions ou des destructions de prisons. Un blog « Patrimoine carcéral des régions françaises » et le site « Criminocorpus » ont entamé un inventaire descriptif des prisons françaises, afin de mettre en valeur des critères de patrimonialisation (mémoire et
histoire politiques, architectures et politiques pénitentiaires, vie quotidienne, sociabilités et témoignages de détenus, de personnels ...) et des voies originales de conservation (musées, biblio- thèques, hôtels....). Le premier aspect sera développé lors de la communication, puisque, à la date de l’atelier, une visite virtuelle de la maison d’arrêt du Havre (détruite en 2010) sera en ligne sur le site Criminocorpus, avant celle de la prison parisienne de la Santé, qui aura été ouverte au public lors des journées annuelles du patrimoine.

16h30
 La prison Canton Mombello à Brescia dans son environnement Carlo Alberto Romano, professeur, Università degli Studi di Berscia

Cette conférence abordera l’analyse historique de l’évolution du système pénitentiaire de l’Italie, à l’aide de l’exemple de la prison Canton Mombello de Brescia, qui connait cette année un siècle de service. L’analyse portera sur ses relations avec la région environnante.
« Écrire en prison – décrire la prison » : la communication propose un bref tour d’horizon du thème de la prison dans la littérature suisse, menant de Friedrich Dürrenmatt à Max Frisch, de Emmy Hennings à Grisélidis Réal en passant par Friedrich Glauser et Mariella Mehr.
Historiquement, la cellule de prison était étroite, sommairement aménagée, équipée de barreaux ; même modernisée, c’est un monde fermé et inconnu de la plupart des gens. Les témoignages écrits ont donc une valeur toute particulière. Comment des auteurs suisses décrivent-ils la prison ?
La réclusion contraint à se confronter à soi-même et au monde, mais elle donne aussi l’occasion d’imaginer d’autres univers. Divers exemples tirés des Archives littéraires suisses montrent à quel point le régime pénitentiaire et la vie cellulaire ont stimulé la production littéraire. L’ensemble des textes portant sur la prison – à savoir des lettres, des cahiers de notes, des journaux intimes, des comptes rendus et des témoignages, des récits et des romans – invite à un déchiffrage biographique, sociologique ou historique, tout en traçant les contours d’une certaine esthétique de ’l’écriture pénitentiaire’ qui restent à analyser.

17h00 
La prison dans la littérature suisse
Christa Baumberger, collaboratrice scientifique, Archives littéraires suisses, Berne

Vendredi, 17 octobre 2014
8h30
Présidence : 9h00

Christophe Vuillemier
La description des prisons du canton de Vaud – une expérimentation pédagogique
Steve Ducommun, chargé de projet FIP, Université de Lausanne
Dans le cadre du cours Crime, justice et prison en Suisse, proposé à l’Université de Lausanne, une expérimentation pédagogique a été réalisée durant le semestre du printemps 2014. Soutenu par le Fonds d’innovation pédagogique (FIP) de l’UNIL, le projet portait sur l’inventaire des prisons du canton de Vaud entre 1800 et nos jours et visait à renforcer l’interactivité dans le cours, à favoriser l’activité de recherche et à développer les compétences de présentation. Le travail des étudiants portait sur deux activités : la présentation d’un texte de référence et la description d’une prison.
Pour développer les compétences de présentation, au début de chaque cours, un groupe de 4 à 6 étudiants devait présenter en un quart d’heure un texte imposé en lien avec le sujet traité la leçon précédente et répondre à quelques questions. Pour la description d’une prison, les étudiants ont dû travailler, toujours par groupe de 4 à 6 étudiants, sur un lieu de détention du canton de Vaud. Leur travail consistait en la constitution d’un dossier de 5 à 10 pages, la fabrication d’un poster scientifique et une présentation orale. Le choix de l’établissement était imposé et la description de la prison devait traiter des cinq dimensions que sont le contexte historique de sa mise en service, sa construction, son fonctionnement, sa population ainsi que sa signification. Le dossier, le poster et la présentation orale comptaient chacun pour un tiers dans la note validant le cours.
La conférence présentera l’approche pédagogique et didactique, les résultats du travail des étudiants, ainsi que les évaluations conduites sur l’expérimentation elle-même.

Le pénitencier cantonal de Béthusy – parcours de vie d’une prison
Ana Rita Cojocaru, Léa Kolopp, étudiantes en master de criminologie, Université de Lausanne

Suite à l’intégration du canton de Vaud au sein de la Confédération, en 1803, les autorités cantonales se prononcèrent sur la volonté d’avoir une prison dans chaque district, ainsi qu’un pénitencier cantonal. C’est ainsi que le projet du pénitencier de Béthusy prit forme dès 1819. Cette présentation propose de parcourir l’histoire de ce pénitencier, de sa construction à sa destruction, en examinant son fonctionnement, sa population, ses différents régimes pénitentiaires, son impact sur l’opinion publique, ainsi que les différentes difficultés auxquelles les autorités étaient confrontées. Sera également discuté le principe selon lequel il était entendu que « la peine soit sentie, sans que l’humanité en souffre », l’expiation du crime étant la perte de liberté et nullement la souffrance physique.

La prison de la Tuilière – une question de genre ?
Tiago Lourenço, Veronica Rogão, Mathieu Rossel, étudiante et étudiants en master de criminologie, Université de Lausanne

Bâtie sur les ruines d'une ancienne tuilerie à Lonay, la prison de la Tuilière fut inaugurée en 1992. La construction de cet établissement s'explique, en partie, par la nécessité de combler un manque dans la prise en charge des femmes en exécution de peines et de mesures, en Suisse romande. En effet, depuis la fermeture de la Colonie de Rolle (1975), ancienne prison vaudoise pour femmes, la majorité des détenues romandes étaient placées en Suisse alémanique. Le projet architectural de cet établissement se distingue par des infrastructures, modulables aux différentes étapes du parcours progressif de l'exécution des peines, ainsi que par la diversité de sa population. La singularité de cette prison se trouve dans la mixité de sa population carcérale, celle-ci étant composée d'hommes et de femmes. Cette distinction s'observe également dans les formations et ateliers proposés aux détenus, selon leur genre. Ce traitement différentiel soulève une réflexion sur la manière dont est pensée la resocialisation selon les rôles de genre.
10h30
Du cachot au pénitencier, exemples d’architecture carcérale à Neuchâtel
Claire Piguet, historienne de l’art, Office du patrimoine et d’archéologie, Neuchâtel

Restée en marge de la modernisation du système pénitentiaire, qui débute sur le territoire helvétique durant l’occupation napoléonienne, Neuchâtel doit attendre le retour de la principauté dans l’orbite prussienne, en 1815, pour que s’initie la réforme de ses institutions judiciaires. Les autorités locales devront dès lors adapter leurs lieux de détention au rythme de l’évolution de la justice. Puisant dans la boîte à outils de l’histoire du bâti, plutôt que dans celle du droit ou de la sociologie, nous tenterons une description architecturale de quelques prisons neuchâteloises de la fin du 15e siècle à nos jours. A petite échelle, ces réalisations recouvrent un large spectre de l’éventail typologique carcéral : de la tour «prisonnière» au panoptique, de l’aménagement de bâtiments existants aux constructions ad hoc, de la « cage » privative de liberté aux ateliers de travail collectif.
Pause
Un pénitencier pour internement jamais construit et sa description
Urs Germann, historien, Université de Berne
Durant l'entre-deux-guerres, plusieurs cantons tentèrent de construire un établissement destiné à l’internement, dans la plaine de la Linth, dans le canton de Zurich, en Suisse orientale. Malgré le fait que ce projet correspondait à un besoin et répondait aux exigences des autorités, le projet ne vit pas le jour. Dans le cadre de l'atelier, il reste à discuter comment un projet d’établissement pénitentiaire qui a échoué peut être décrit et contextualisé de manière adéquate. Comment peut-on évaluer l'aménagement et le régime de l'établissement projeté, ainsi que son importance pour la politique criminelle de la Suisse de l'époque ?

La description de la prison ‘Sankt Jakob’ de St-Gall (1839-1956)
Patric Schnitzer, archiviste aux Archives de l’Etat de St-Gall

Durant la période de la Médiation et suite à la création du canton en 1803, l’Etat de St-Gall peine à placer les personnes condamnées, désormais, à des peines privatives de liberté. D’une part, il doit reprendre les détenus en exécution des peines, placés dans le pénitencier central de la défunte République helvétique, à Baden dans le canton d’Argovie, d’autre part, il doit construire de nouvelles places de détention pour le nombre croissant de personnes à incarcérer. A l’image des évolutions dans le canton d’Argovie, la construction d’un nouveau pénitencier et la modernisation de l’exécution des peines sont retardés pour satisfaire d’autres besoins de la population. La percée pour la construction d’un établissement correspondant aux conceptions de l’époque n’interviendra qu’au milieu des années 1830, conduisant à l’ouverture, en 1839, de l’établissement ‘St Jakob’ (« kantonale Strafanstalt Sankt Jakob »), dans la capitale du canton. De nombreux experts le considérèrent comme moderne et exemplaire, car l’architecture était conçue à partir des systèmes d’exécution des peines en cours. Si St. Jakob fut longtemps l’un des pénitenciers les plus connus pratiquant le « système d’Auburn », le réaménagement de 1885 conduisit à l’introduction du « système irlandais » avec ses quatre phases. Les rapports de la direction de l’établissement et des autorités, ainsi que la correspondance des anciens détenus montrent cependant un certain décalage entre la théorie et la pratique. Les conditions de vie matérielles, tout comme la nourriture des détenus, n’étaient de loin pas aussi exemplaires qu’elles ont été perçues dans la population. En ce qui concerne les conditions de vie en exécution des peines, aucune différence significative n’a été constatée entre hommes et femmes. En 1955, l’établissement fut mis hors service par une décision du gouvernement cantonal. C’est non seulement le fait que de nouvelles formes d’exécution de peines furent pratiquées dans l’établissement ouvert de Saxerriet depuis les années 1920, mais aussi la décrépitude des bâtiments, des considérations financières et une plus intense coopération intercantonale qui conduisirent à la fermeture de l’ancien établissement modèle.

Présidence : 13h30
Le Cárcel modelo de Barcelona et la réforme pénitentiaire catalane Josep Cid, professeur, Universidad autónoma di Barcelona (en anglais)

A la fin du 18e siècle, le mouvement de la réforme pénitentiaire était également présent en Espagne, porteur d’idées d’humanité, de correction et de charité chrétienne. Ces idéaux ont conduit à la mise en fonction de nombreuses nouvelles prisons, basées sur le système cellulaire et, plus tardivement, à la généralisation du régime progressif – fondé sur une loi nouvelle de 1904, introduisant la libération conditionnelle.
La publication, en 2004, d’une histoire du Cárcel modelo de Barcelone, ouvert en 1904, permet de traiter trois questions fondamentales en matière de privation de liberté: la prison cellulaire a toujours été surpeuplée ; elle a toujours été menacée dans l’ordre intérieur, par manque de légitimité ; et la vision réhabilitatrice a dû être modernisée, passant d’une version moralisatrice (religion) à une version à prétention scientifique (traitement), sans savoir si elle était vraiment effective dans la pratique. L’histoire de la Prison modèle de Barcelone permet de poser la question de savoir si ces problèmes ont été résolus dans le système pénitentiaire catalan contemporain: la surpopulation et le manque de places sont-ils toujours un problème?; l’ordre intérieur est-il atteint et considéré comme légitime?; la réhabilitation modernisée est-elle effective ?

Le système carcéral du canton de Zurich
Helena Zimmermann, archiviste scientifique, archiviste en chef de l’Université de Lucerne

L’évolution du système carcéral du canton de Zurich du 19ème au 21ème siècle peut être divisée en quatre étapes : dans un premier temps, le canton cherche à créer les places de détention nécessaires, puis à trouver des lieux de détention plus humains, ensuite à remplir les exigences du droit pénal concernant les différentes formes de détention, notamment la séparation selon les types de détention, et enfin à orienter la détention vers une resocialisation des personnes incarcérées. Cette évolution est entre autres influencée par le passage de l’ancien Etat urbain vers l’Etat cantonal, qui devait durant le 19ème siècle gagner du terrain et du pouvoir.
A la fin du 20ème siècle, le paysage carcéral s’organisait selon l’ancienne carte judiciaire du canton. Il se composait d’un grand établissement d’exécution des peines – la Justizvollzugsanstalt Pöschwies - et de onze prisons de district utilisées pour la détention provisoire et l’exécution de courtes peines. La conférence traitera un des aspects de cette évolution du paysage carcéral du canton de Zurich.
Statistiques pénitentiaires et parc carcéral

Annie Kensey, démographe et chef du bureau des études et de la prospective à
l'administration pénitentiaire, DAP, Paris

Au travers de cet exposé seront évoqués les indicateurs de base de la statistique pénitentiaire et leur disponibilité par établissements; les tendances observées pour l’évolution de la taille des établissements et leur éventuel encombrement; les usages faits de ces données à propos de l’occupation des établissements.
De manière plus générale seront traitées la construction des indicateurs de densité et l’observation des durées de détention que l’on s’efforcera de comprendre tant à travers une vision plus large de la gestion des effectifs des détenus qu’à travers la transformation des mots en indicateurs chiffrés.

Discussion Conclusions Clôture de l’atelier

samedi 27 septembre 2014

Dans la prison Sainte-Anne à Avignon, exposition des oeuvres de la collection Yvon Lambert (septembre 2014)

Jusqu'en novembre 2014, les oeuvres de l'éminent galériste parisien Yvon Lambert seront visibles dans la prison Sainte-Anne, désaffectée en 2003. L'exposition s'intitule "La disparition des Lucioles" et a fait l'objet d'une longue présentation sur le site Mediapart. L'établissement, construit à la fin du XVIIIe siècle est resté en l'état depuis sa fermeture et les oeuvres ont été accrochées dans les cellules, cours et coursives. Plusieurs thèmes regroupent les oeuvres. Ils font écho au quotidien carcéral : le temps qui passe, l'isolement, le quartier des femmes, la liberté retrouvée. Le Parisien a reproduit une dépêche de l'AFP : "Présenter des oeuvres dans une prison ne s'est jamais fait", souligne le directeur de la collection Lambert. L'exposition aborde en outre à l'histoire du bâtiment, qui fut d'abord un hôpital psychiatrique et a servi de centre de transition de Juifs déportés à Auschwitz durant la seconde guerre mondiale. Des documents d'archives témoignent de cette histoire au travers de manuscrits, carnets, plans, photos, registres, et objets." Lors de la campagne pour les élections municipales de mars 2014, la candidate socialiste Cécile Helle, devenue depuis maire de la ville, envisageait de ne conserver qu'un seul bâtiment de la prison, de construire des résidences inter-générationnelles et une salle de congrès. 

Quel avenir pour la prison de Fontainebleau ? (septembre 2014)

La prison de Fontainebleau, petit établissement cellulaire conçu en 1845, ferma en 1990 et devint peu de temps après le Musée national des prisons. Il a fermé en 2010 et ses collections sont parties à l'Ecole nationale de l'Administration pénitentiaire à Agen. Sonya Faure a publié un bel article dans Libération du 18 septembre 2014 sur le devenir de cette prison et, plus largement, sur la notion de patrimoine carcéral, en parallèle avec l'appel des historiens :  "Les prisons font aussi partie de notre patrimoine". Elle montre les hésitations des élus locaux, les ventes de portions de l'univers carcéral par l'Etat, les reconversions. Le Parisien fut l'un des rares quotidiens à évoquer l'échec de ce musée. Il pointa le peu d'intérêt de la municipalité pour ce projet et les nouvelles orientations patrimoniales de la Chancellerie. Criminocorpus avait publié un entretien avec la conservatrice, Catherine Prade. Faut-il parler d'échec ? Le musée ne fut longtemps qu'entrouvert, réservé à des professionnels de la justice ou à des personnels pénitentiaires en formation. Catherine Prade a offert une autre contribution à Criminocorpus sur cet "impossible musée". Un belle collection de plus de 4000 objets et une bibliothèque contenant des pièces extrêmement rares avaient été installées dans la maison d'arrêt et de correction. L'avenir est-il à la réalisation d'un musée virtuel de la justice et des établissements pénitentiaires ? En Guyane, un musée du bagne vient d'ouvrir. Dans quelques mois, le "36" quai des Orfèvres va être abandonné par les limiers de la brigade criminelle et il est question d'une nouvelle cité judiciaire. Quels seront les choix de la puissance publique, dans un contexte de crise et d'économies budgétaires ?

La prison Saint-Michel à Toulouse (septembre 2014)

Le devenir de cet établissement est encore incertain. Fermé en 2009, la mairie est désormais propriétaire de que les toulousains nomment le Castelet. Les associations d'anciens combattants souhaitent y honorer la mémoire des résistants qui y furent incarcérés. André Malraux figurait parmi eux. Pour le reste de la prison, un prix de vente élevé a été fixé par l'Etat. La mairie semblait négocier durant l'été 2014 un arrangement avec le ministère de la culture. Elle souhaiterait créer un grand auditorium souterrain et préserver l'architecture en étoile due aux architectes Esquié, père et fils. Les bâtiments deviendraient des résidences d'artistes, des studios d'enregistrement. Le projet porte le nom "d'étoile de la musique". Le mur d'enceinte serait abattu.

Une exposition a eu lieu au début du mois de septembre 2014 : "15 jours de prison ouverte". Elle présentait notamment des photographies réalisées par le studio Henri Manuel en 1929. Un comité de quartier très actif créé en 1977 se préoccupe du devenir de la prison afin de la transformer en équipement public. Un site présente les expositions, les débats sur l'avenir de la prison, les liens avec les reportages photographiques réalisés à l'intérieur.


Bicentenaire de la maison centrale de Fontevraud (2014)

Sous le Premier Empire furent organisées les premières maisons centrales destinées aux condamnés à des peines correctionnelles supérieures à une année, à la peine de la réclusion criminelle et à celle des travaux forcés lorsqu'il s'agissait de femmes ou de détenus âgés. Les condamnés d'une huitaine de départements étaient regroupés dans ces grandes manufactures carcérales, obligés de travailler tout au long de leur peine. La maison centrale de Fontevraud ouvrit ses portes en 1814, après celles d'Embrun, d'Eysses, de Clairvaux, de Montpellier etc... Elle demeura en fonctionnement jusqu'en 1863, mais les derniers détenus ne quittèrent le site qu'en 1985. Ils avaient été employés à la restauration de l'abbaye. L'établissement compta parfois jusqu'à 2000 détenus. Des victimes de la Terreur blanche aux débuts de la restauration y payèrent de longues années d'emprisonnement leurs cris et écrits séditieux. Des insurgés royalistes, paysans chouans légitimistes ayant suivi la duchesse de Berry, y furent incarcérés aux débuts de la monarchie de Juillet. Auguste Blanqui y fit un cour séjour de la fin de 1836 à 1937. Des résistants ont relaté leur incarcération dans la maison centrale sur le site du Conseil général des Pays de Loire. Le sinistre prévôt de la centrale Ange soleil a fait l'objet d'un article dans Criminocorpus. Des épurés ont connu les salles d'inoccupés ou les ateliers de tissage ou de chaises.

Le 18 octobre 2014, des tables-rondes seront organisées dans l'abbaye sur l'enfermement aux XIXe et XXe siècles sous la direction de Philippe Artières, historien et directeur de recherche au CNRS, David Niget, maître de conférence à l’université d’Angers (Travaillant sur l’histoire de la jeunesse, et des droits de l’enfant. Il s’est penché sur la colonie agricole pénitentiaire de Saint-Hilaire, près de Fontevraud), Pierre Pinon, architecte et historien (Il enseigne à l'école d'architecture de Paris et intervient à l'Institut national d'histoire de l'art), Jean-Marie Renouard, sociologue, maître de conférences à l’université de Bordeaux. Il est chercheur au Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales (CESDIP). Il a publié Baigneurs et Bagnards. Tourismes et prisons dans l’île de Ré, L’Harmattan en 2007.

Nous disposons ici sur le blog d'un article sur l'abbaye de Fontevraud, qui a été repris dans le Dictionnaire de l'ordre monastique de Fontevraud. On peut lire également dans ce dictionnaire un autre article sur la maison centrale.
Reportage de Police Magazine 1939. Voir : http://criminocorpus.hypotheses.org/7097
Graffiti disponible sur le blog http://brunodesbaumettes.overblog.com/search/fontevraud/
Reportage de Police Magazine 1939. Voir : http://criminocorpus.hypotheses.org/7097

Un appel d'historiens et d'architectes : " Les prisons font aussi partie de notre patrimoine"

Dans Libération du 18 septembre 2014, plusieurs historiens ont signé un appel qui se conclut ainsi : "Considérons-nous que la privation de liberté doit aussi être une exclusion de l'histoire ? Nous, chercheurs, historiens, mais aussi acteurs du monde pénitentiaire nous appelons les pouvoirs publics, à l'occasion du bicentenaire de la création de la prison de Fontevraud (1814), à engager un vaste travail interministériel sur cette mémoire, ses lieux, ses traces. Nous ne prétendons pas apporter une réponse, nous souhaitons que collectivement la question soit posée."

Les signataires :
Philippe Artières, directeur de recherches au CNRS (EHESS),
Dominique Kalifa, professeur d'Histoire à l'Université de Paris 1
Xavier Kawa-Topor, Abbaye de Fontevraud
David Niget, maître de conférence en histoire à l'Université d'Angers
Michelle Perrot, historienne
Pierre Pinon, professeur honoraire à l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville
Marc Renneville, directeur de recherche au CNRS et responsable du site Criminocorpus
Jean-Claude Vimont, maître de conférence en histoire à l'Université de Rouen, membre de la rédaction de Criminocorpus et animateur du blog patrimoinecarceral.blogspot.fr.

Cour de promenade de la prison de la Santé
Photographie de Jean-Claude Vimont (mai 2014)

La prison de la Santé et les journées du patrimoine (septembre 2014)

La maison d'arrêt et de correction de la Santé, à Paris, a progressivement été vidée de ses détenus. N'y demeure qu'un quartier de semi-liberté. Elle va être restructurée à partir de 2015 dans sa partie basse et vraisemblablement détruite dans sa partie haute. Le ministère de la Justice a décidé de l'ouvrir au public lors des journées du patrimoine de 2014. Il était nécessaire de s'inscrire préalablement. En deux heures, les inscriptions furent closes. Comme tous les publics ne pourraient pas être accueillis, comme des pans entiers de l'établissement ne pourraient être vus par les visiteurs ( les visites échelonnées duraient 45 minutes), il fut décidé de proposer en parallèle une exposition virtuelle sur le site CRIMINOCORPUS. Elle a été préparée par Jean-Lucien Sanchez, historien à la Direction de l'Administration pénitentiaire et Caroline Soppelsa, historienne de l'art. Son titre : La maison d'arrêt de la Santé : Une prison dans Paris. L'exposition sur cette prison ouverte en 1867 est structurée autour de huit thèmes et comporte de nombreux documents inédits.


En première page du portail Criminocorpus, il était indiqué à propos de cet événement : "Une prison ferme, ses portes s'ouvrent". La presse a consacré plusieurs articles à la vieille prison parisienne : Patricia Tourancheau dans Libération du 5 septembre 2014 : "La prison se refait une Santé"; Le Monde du 19 septembre 2014 qui a publié une vidéo et des articles sur Robert Badinter revenant dans la prison, longtemps après sa première visite en 1951; Le Point du 27 septembre 2014 titrant un article : "Journées du patrimoine : carton plein pour la prison de la Santé". Sur le site de FranceTVinfo, on peut voir un beau reportage photographique et un texte d'Elodie Drouard : "La Santé sort de l'ombre".

Les cours de promenade du quartier disciplinaire et du quartier d'isolement.
Le petit couloir à gauche fut aménagé pour éviter les prises de vues depuis les immeubles voisins.
Ce qui avait été le cas lorsque Jacques Mesrine y séjournait.
Photographie de Jean-Claude Vimont. Mai 2014

jeudi 2 janvier 2014

Eysses : de l'abbaye bénédictine au centre de détention par Stéphanie Desroche

L’évolution des mentalités à partir de la Révolution française et tout au long du XIXe siècle concernant le régime des peines est concomitante avec une transformation progressive de la prison. Il n’est plus question de punir par le supplice mais par la privation de liberté à laquelle s’ajoute au XIXe siècle la volonté de permettre au prisonnier de s’amender par le travail, comme dans les workhouses anglaises ou dans les colonies agricoles pour adultes de Hollande. Toutefois, même si le changement s’amorce pendant la Révolution française, les financements font défaut et il faut attendre les années 1820 pour qu’une réelle action soit menée en ce sens. C’est pourquoi les établissements pénitentiaires occupent souvent des bâtiments de l’Ancien Régime laissés à l’abandon comme les édifices religieux. Selon la nature des prévenus, il existe plusieurs catégories d’établissements pénitentiaires : le dépôt de sûreté est prévu pour accueillir les individus en détention provisoire, les condamnés pour une courte durée sont envoyés dans des maisons de justice et de correction et enfin les maisons centrales prennent en charge les détenus de longue durée. Ce dernier type de prison nécessite des moyens financiers importants et donc ne prend réellement son essor qu’à partir de 1817, lorsque l’Etat prend à sa charge l’attribution des bâtiments. Ainsi le premier quart du XIXe siècle voit l’ouverture de grandes maisons centrales souvent dans d’anciennes abbayes comme à Fontevraud, à Clairvaux ou encore à Loos.


La maison centrale (1803-1895)


La maison centrale d’Eysses est située dans le Lot-et-Garonne dans le quartier historique de Villeneuve-sur-Lot. Elle est installée sur un ancien site gallo-romain sur lequel a été construite une abbaye bénédictine au Ve siècle, nationalisée le 2 novembre 1789 et vendue aux enchères.


Représentation de l'abbaye d'Eysses, XVIIe siècle


Le conseil général de Villeneuve-sur-Lot et les députés du Lot-et-Garonne s’associent pour sauver l'édifice menacé de destruction et adressent une demande d’intervention à l’Etat afin que le bâtiment soit réservé à des activités d’intérêt général. Ainsi, l’arrêté du 16 fructidor an 12 dispose que les bâtiments sont affectés à la détention de prévenus, condamnés par les tribunaux du sud-ouest mais c’est le décret impérial du 16 juin 1808 qui en fait une maison centrale. Malgré l’agrandissement du site avec la destruction du cloître, de la chapelle et de la salle capitulaire, les aménagements restent médiocres : il n’y a pas de locaux pour le personnel, ni d’espace de stockage pour les ateliers et le lieu ne peut accueillir que six cents détenus. Les ateliers servent en même temps de dortoirs et leur étroitesse permet aux détenus de réaliser uniquement de petits travaux comme le filage à la quenouille. Deux nouvelles ailes sont ajoutées afin de séparer les criminels des détenus correctionnels et un chemin de ronde ainsi qu’un mur d’enceinte sont construits. La centrale dispose d’une trentaine d’ateliers mais ceux-ci restent de faible ampleur. Le plus important est celui de la « tisseranderie » de coton qui occupe 200 détenus. Malgré le transfert des deux-cents femmes détenues de Eysses à la prison de Cadillac en 1822, le manque de place reste un problème récurrent puisque l’établissement prévu pour six cents personnes en accueille le double. 

Le fonctionnement de la centrale est encadré par un règlement, approuvé par le préfet et le ministre de l’Intérieur, qui détermine la vie quotidienne des prisonniers : emploi du temps, interdictions, punitions, discipline dans les ateliers. Une journée type comprend deux heures pour les repas, l’hygiène ainsi que la promenade et les treize heures restantes sont consacrées au travail. Le dimanche, jour où tombe la paye, n’est pas travaillé. 

Le travail dans les centrales est régit par un système original : l’administration pénitentiaire veille à la discipline mais le travail est confié par un entrepreneur privé. Les conditions de travail misérables des détenus sont régulièrement dénoncées dans les rapports du directeur et de l’inspecteur de la centrale. Les détenus reçoivent une rétribution pour leur travail mais une fois que les parts qui reviennent à l’Etat et à l’entrepreneur ont été prélevées, ce qu’il reste au détenu, c’est-à-dire un dixième en 1844, et qui constitue son pécule est bien maigre. Employer un prisonnier revient moitié moins cher qu’employer un ouvrier, ce qui entraîne une concurrence déloyale entre les entreprises situées à proximité des maisons centrales. 

En ce qui concerne la discipline, les sanctions peuvent aller de la retenue sur salaires, de l’interdiction de promenade ou de la restriction de nourriture à la mise au cachot (le règlement de 1810 précise « qu’il pourra se prolonger de douze heures à six mois »). Il s’agit de cellules appelées « cages à poule » qui mesurent 1,50 m sur 2 m et comportent des cloisons en claire-voie. Le terme de cage à poule fait référence au quartier de la Ménagerie à la prison Saint-Lazare à Paris, réservé aux prostituées. Le mobilier est sommaire, il ne comprend qu’un lit et un matelas. Ces cages à poule ne seront officiellement supprimées qu’en 1975.


Colons devant les cages à poules, 1930

Le règlement interne se durcit avec la circulaire du 10 mai 1839 qui impose de nouvelles dispositions disciplinaires comme l’interdiction du tabac, le travail forcé ou l’instauration du silence. Les punitions les plus excessives sont les fers, les menottes et la camisole de force. A partir de 1842, des tribunaux internes aux maisons centrales appelés prétoires de justice sont mis en place pour juger les détenus ayant manqué au règlement intérieur. La moitié des infractions concernent la violation de la règle du silence alors que le reste des infractions est partagé entre les vols et les violences. Selon le règlement de 1810, le prisonnier doit faire acte de soumission avant de pouvoir plaider sa cause, seul face à l’ensemble de l’administration. Pour les détenus ayant eu un comportement exemplaire, les récompenses sont soit d’ordre financier avec l’attribution d’une gratification, soit le détenu bénéficie d’une sorte « d’évolution hiérarchique » qui lui permet de diriger un groupe de travailleurs, d’être aide-soignant à l’infirmerie ou aide-surveillant.

La colonie correctionnelle (1895-1940)


Les colonies correctionnelles pénitentiaires ont été instituées par la loi du 5 août 1850 relative à l'éducation et au patronage des jeunes détenus dont l’article 10 précise la nature des détenus : « les jeunes détenus condamnés à un emprisonnement de plus de deux années » et « les jeunes détenus des colonies pénitentiaires qui auront été déclarés insubordonnés. » Lorsque cette loi est promulguée, il existe déjà un certain nombre de colonies pénitentiaires, gérées surtout par des personnes privées. Il faut donc attendre 1895 pour que la première colonie correctionnelle pour mineurs ouvre à Eysses dans l’ancienne maison centrale.


Ateliers, 1920

Contrairement aux colonies pénitentiaires, Eysses est destinée à l’accueil des mineurs condamnés aux plus lourde peines, elle représente le dernier maillon de la chaîne carcérale des mineurs. La discipline y est donc très stricte, il s’agit de « mâter » les fortes têtes. Le manque de nourriture, d’hygiène, les violences quotidiennes entre colons ou perpétrées par les gardiens rendent les conditions de vie extrêmement difficiles, si bien que de nombreuses révoltes ont émaillé l’histoire de la colonie. L’entre-deux-guerres, marquée par une importante crise financière, rend ces conditions de vie encore plus misérables puisque l’Etat refuse d’augmenter les subventions et le prix de journée des colons alors que l’inflation ébranle sérieusement le budget de l’établissement. Afin d’effacer le caractère pénal de la colonie, le décret du 31 décembre 1927 transforme la colonie correctionnelle en Maison d’Education Surveillée (MES) mais cette législation est qualifiée de « réforme sur le papier » car le nom change mais dans les faits, le fonctionnement reste le même. De plus, Eysses n’est pas entièrement concernée par la réforme puisque le décret précise « Maison d’Éducation Surveillée d’Eysses - quartier correctionnel ». Dans les années 1930, une campagne de presse portée par le journaliste de Paris-Soir Alexis Danan dénonce régulièrement le sort infligé aux enfants détenus dans les colonies pénitentiaires et correctionnelles, entraînant la fermeture d’établissements comme la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray en 1937. Cette même année, « le scandale d’Eysses » va attirer le regard de la population sur le sort des jeunes détenus. Un colon de 19 ans, Roger Abel, est mort à l’hôpital d’Agen le 1er avril 1937 après avoir été astreint au pain et à l’eau pendant cent-cinquante jours. Suite à cette affaire, le Garde des Sceaux Marc Rucart, qui a tenu à visiter la colonie lui-même, annonce la réforme des maisons de correction. Pourtant, il faudra encore trois ans à l’administration pour fermer définitivement la colonie.

La prison politique (1940-1945)


Alors que le nombre de prisonniers avait nettement diminué depuis la IIIe République, il va tripler en l’espace de cinq ans puisque de 18 000 personnes incarcérées dans les prisons françaises en 1939, on passe à 59 000 en 1944. Cette inflation de la population carcérale est liée à une surenchère de la répression de la part du régime de Vichy qui cherche à asseoir son autorité et sa légitimité. Aux droits communs s’ajoutent les internés administratifs détenus sans avoir été jugés et les prisonniers politiques qui sont jugés dans les sections spéciales. Il s’agit de tribunaux d’exception créés par la loi du 14 août 1941, dépendant des tribunaux militaires en zone libre puis des Cours d’appel. Ces tribunaux spécialisés sont chargés de réprimer avant tout les activités anarchistes et communistes et par la suite s’élargissent à toutes les activités liées à des actes de résistance. Ces juridictions témoignent de l’arbitraire du régime, il n’y a pas d’énonciation des motifs et il s’agit d’un jugement en dernière instance, aucun recours n’est donc envisageable. De même, le décret-loi du 18 novembre 1939 relatifs aux individus dangereux pour la défense nationale ou pour la sécurité instaure une réclusion presque systématique ou un transfert dans un des centres surveillés qui serviront à alimenter les camps de concentration par la suite. La vie dans les prisons françaises est donc modifiée et ne répond plus à une logique d’amendement du détenu mais seulement à sa détention. 

A partir du 11 novembre 1942, il n’y a plus de zone libre, le sud de la France vit donc à son tour à l’heure allemande. Afin de réduire le nombre d’évasions, depuis le 9 septembre 1943, les prisonniers politiques sont regroupés dans des maisons de concentration. Ainsi la circulaire du 26 octobre 1943 signée par René Bousquet, secrétaire général de la police, regroupe les mille deux cents prisonniers politiques condamnés par les sections spéciales du sud de la France (Lyon, Narbonne, Montpellier et Saint-Etienne) à la centrale d’Eysses. Ceux-ci arrivent les 15 et 16 octobre par le « train de la Marseillaise » et les derniers mineurs présents dans l’établissement sont alors transférés à Aniane. 

Toutes les législations qui émanent du gouvernement, particulièrement discriminatoires envers les prisonniers politiques, sont plus ou moins appliquées en fonction du directeur de la prison. Nommé par le Ministre, il est en charge de la maison centrale mais aussi d’une circonscription qui comprend plusieurs prisons départementales et son pouvoir est presque absolu. C’est Jean-Baptiste Lassalle qui est directeur au moment où les prisonniers politiques arrivent à Eysses mais il est est limogé car considéré trop conciliant. Il est remplacé par Joseph Schivo, milicien et ami personnel de Joseph Darnand, secrétaire général au maintien de l’ordre. 

Les conditions de détention sont précaires : on enregistre sept à huit décès par mois, la loi du silence est toujours en vigueur, la nourriture est insuffisante et les prisonniers souffrent du froid et de la tuberculose. Ces conditions deviennent encore plus précaires pendant la guerre surtout dans les années 1941-1942. L’administration pénitentiaire ne dispose pas d’aide de la part du gouvernement de Pétain donc elle recourt à des associations caritatives comme le Secours National et la Croix Rouge ou aux familles des détenus par l’envoi de colis. Lorsqu’ils arrivent à Eysses, les prisonniers politiques s’unissent pour arracher à l’administration pénitentiaire des améliorations des conditions de vie, organisent une solidarité alimentaire et bénéficient du soutien de la population locale.

Qu’ils soient résistants ou seulement réfractaires au STO, les détenus organisent un réseau clandestin à l’intérieur de la prison et se regroupent au sein du Collectif des détenus dans lequel ils élisent des délégués chargés de négocier avec l’administration pénitentiaire. Cette action collective leur permet d’obtenir un certain nombre d’avantages comme la suppression de la règle du silence, l’autorisation du tabac, l’affectation d’espaces aménagés en salle d’études, l’acquisition d’instruments de musique et d’une scène de théâtre gérée par une commission des loisirs. 

Derrière l’organisation officielle se cache une organisation clandestine qui, avec l’aide du personnel de la prison et de la population locale, organise une évasion collective permettant à 54 prisonniers de s’évader le 3 janvier 1944. Après ce coup d’éclat, la direction de la centrale passe entre les mains de Joseph Schivo, qui renforce le système de surveillance et remplace le personnel par des miliciens. Les prisonniers tentent une nouvelle fois de s’évader le 19 février 1944, prenant en otage le nouveau directeur d’Eysses, mais finissent par se rendre après treize heures de combats. Douze détenus sont jugés dans des cours martiales expéditives composées de jurés miliciens et fusillés le 23 février. Le mur des fusillés est aujourd’hui inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.


Premières commémorations devant le Mur des fusillés en 1945

Quant aux autres détenus, ils sont remis à la division SS Das Reich qui les transférera à Dachau trois mois plus tard, où 400 d’entre eux périront. Symboliquement, à la Libération, la centrale accueille les détenus condamnés pour des faits de collaboration.


Livraison des prisonniers aux Allemands, 30 mai 1945
Les anciens détenus politiques se sont fédérés en association dès leur retour de déportation et depuis sont à l’origine de nombreuses réalisation concernant la mémoire du site. La maison centrale d’Eysses, toujours en activité aujourd’hui, connaît une dernière vague d’insurrections en 1974, lorsque les détenus incendient une partie des bâtiments. La centrale prend alors l’appellation de centre de détention, c’est-à-dire un établissement en charge des détenus qui présentent les meilleures perspectives de réinsertion.



Sources :

Corinne JALADIEU, La prison politique sous Vichy. L’exemple des centrales d’Eysses et de Rennes, Paris, L’Harmattan, 2007

http://www.enap.justice.fr/files/lelien3.pdf

http://www.museedelaresistanceenligne.org/eysses/fr/accueil

http://www.cndp.fr/crdp-creteil/index.php/component/ressources/?task=view&id=30

http://enfantsenjustice.fr/spip.php?article161&idst=oui&id=img

http://www.eysses.fr/