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jeudi 16 mai 2013

La prison Saint-Michel de Toulouse

La prison Saint-Michel, Patrimoine, Toulouse Par David Saint-Sernin Vide depuis que les détenus en semi-liberté l’ont définitivement quittée en 2009, l’ex-prison Saint-Michel pourrait bientôt ouvrir à nouveau ses portes au grand public. Une demande en ce sens a été en effet formulée par le Comité de quartier Saint-Michel qui travaille depuis plusieurs mois à une ouverture de ce site historique lors des prochaines Journées du Patrimoine qui auront lieu les 14 et 15 septembre prochain. L’initiative du Comité de quartier, soutenue par la mairie de Toulouse, n’attend plus que le feu vert du préfet Henri-Michel Comet, seule personne autorisée à ouvrir l’ex-prison au public. Déjà sollicité en février dernier par Pierre Cohen, le préfet n’a pour l’heure donné aucune réponse. Alors même qu’une demande doit être déposée à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) au plus tard ce lundi 20 mai. « Si il y a un souci sur l’aspect sécurité, nous sommes disponibles pour discuter avec le préfet en présence de la mairie qui assure le soutien logistique de ce projet », assure Guillaume Drijard, le président du comité de quartier Saint-Michel. Le projet que le Comité de quartier prévoit un parcours de visite qui ferait passer le public par la cour d’honneur, le pavillon central, un des anciens quartiers de l’ex-prison et le cours de promenade. Ceci sous réserve que certaines mesures de sécurité soient respectées. Des expositions en partenariat avec l’université du Mirail sont également prévues si la demande formulée au préfet est acceptée. Pour rappel, de 2004 à 2008, l’ancienne maison d’arrêt avait déjà été ouverte au public par les services pénitentiaires lors des Journées du Patrimoine, alors que les détenus étaient encore présent sur le site. L’avenir de l’ex-prison toujours en suspens sur le long terme Sur le plus long terme, l’avenir de l’ex-prison Saint-Michel reste à fixer. La mairie de Toulouse attend toujours qu’un prix de vente soit à nouveau donné par l’État, propriétaire du lieu. La précédente estimation qui date de 2011 dépassait 11 millions d’euros. De quoi refroidir les envies d’achat de la municipalité. L’École de Commerce qui étudie depuis plusieurs mois la possibilité de s’installer sur le site devrait rendre, au plus tard dans les prochaines semaines, sa décision. En parallèle, plusieurs associations et les riverains travaillent depuis des mois sur un éventuel projet culturel au sein d’un comité de pilotage encadré par la mairie. Bien que fermée au grand public depuis bientôt 5 ans, tout reste ouvert quant au devenir de l’ex-prison Saint-Michel. À court et à long terme… http://www.voixdumidi.fr/lex-prison-saint-michel-bientot-ouverte-au-public-70817.html

dimanche 17 mars 2013

Louviers, la prison devenue école de musique par Fanny de Saint-Jores

 

Avant la prison, le couvent des Pénitents


 En 1470, les religieux de Sainte-Barbe de l'ordre de Saint-François quittent leur couvent du Mesnil Jourdain, sur le plateau au dessus de la vallée de l'Eure pour s'installer à Louviers et créent ainsi le couvent des Pénitents. C'est grâce à une généreuse donatrice que les moines acquièrent un terrain rue de l'Isle. C'est sur ce terrain qu'à partir de 1646 est édifié le bâtiment conventuel. Le convent est construit dans le style architectural caractéristique de l'ordre de Saint-François au 17e siècle. Le couvent, comme de nombreux bâtiments religieux est confisqué aux religieux en 1790 à la suite de la Révolution Française. 

 

Une maison d’arrêt à Louviers


Après avoir été récupéré par la municipalité pour servir de  local à la Société populaire locale, il devient une maison d’arrêt et de correction par l’arrêté de la commission administrative du 1er octobre 1793. C'est avec la loi du 29 septembre 1791 que sont créées les maisons d'arrêt. Elles doivent être placées à proximité des tribunaux. On retrouve mention de cela dans l'article 603 du code de l'instruction criminelle : «Indépendamment des prisons pour peines, il y aura, dans chaque arrondissement, près du tribunal de première instance, une maison d'arrêt pour y retenir les prévenus. » Une maison d’arrêt reçoit les inculpés, prévenus et condamné à moins d’un an et un jour. Sont également placés dans les maisons d'arrêt les mineurs, à la demande de leur parents dans le cas où il n'y aurait pas de maisons de correction à proximité.

Du couvent à la prison


Les bâtiments ne sont pas agencés pour favoriser la transformation en prison. Il a cependant fallu faire avec les constructions existantes. Cependant un projet de travaux voit le jour. Il explique qu'il faut démolir les cloisons de distribution, boucher des baies et des portes inutiles ou nuisibles à la sûreté. De plus, une partie du 2° étage sera destinée aux prisons (maison d'arrêt et infirmeries), certainement le 1er étage et rez-de-chaussée sera destiné aux ateliers de travail pour les hommes et les femmes. Les travaux prévoient également la construction de deux préaux séparés dans le jardin avec une clôture en maçonnerie. La clôture des pièces ne fut que théorique, la séparation  n’intervient qu’en 1913.


Illustration : Plan du Rez-de-chaussée de la Prison, source INHA archives nationales

Illustration : Plan du 1er étage de la Prison, source INHA archives nationales


Illustration : Plan du 2e étage de la Prison, source INHA archives nationales

Certaines pièces servait de lieux de punition : cachot et chambre de discipline. Depuis l’interdiction des châtiments corporels, et pour augmenter le degré de la peine, on a ouvert ces deux lieux d'enfermement avec des conditions que l’on peut considérer comme inhumaines. Ils se trouvent dans un souterrain humide et obscur. Un nouveau cachot est ensuite construit en 1826, un peu plus grand avec 7,5 m², il est entièrement obscur.

La vie dans la prison et les règlements


Il n’y avait pas séparation entre les détenus, ainsi il y  avait une confusion des sexes, des âges mais également des types de détenus. De plus, les conditions de vie étaient assez mauvaises. La salubrité : le bâtiment est très humide puisqu’il est situé sur l’Eure. Un grand nombre de maladies se développaient à cause de cette humidité : fièvre, choléra, rhumatisme. De plus les malades n'étaient pas séparés des prisonniers en bonne santé ce qui accentuait la contagion. Avec la présence de plusieurs usines de textile notamment en amont de la rivière, l’eau était impropre à la consommation. Il y avait donc de nombreux malades , 4 à 8 % des prisonniers. En plus de ces mauvaises conditions d'hébergement, il n’existait pas d’infirmerie. Les décès de détenus n'étaient donc pas exceptionnels. La prison était également confrontée à des risques d’évasion, en effet, le toit, le jardin et le sous-sol sont idéals. Les barreaux en fer sous l’eau ne sont installés qu’en 1829. La sécurité présentait donc elle aussi des dysfonctionnements. Dans le cadre de l’uniformisation des lieux de peine, en 1801 il est décidé un nouveau règlement qui indique les services minimum à fournir aux détenus ; le premier concerne la nourriture qui permet d’assurer la survie. A Louviers, la ration de pain est fixée à 750g par jour, fournie par un boulanger extérieur. La soupe est cuisinée par le gardien. Les prisonniers et la commission de surveillance se sont souvent plaints, indiquant qu’elle était mauvaise et non réglementaire. Le deuxième service est le vêtement. La prison de Louviers disposait d’un vestiaire avec de quoi se vêtir et se chausser, il n’y avait pas de costume carcéral (malgré les préconisations du règlement de 1841). Le vestiaire est très hétérogène. La literie est également concernée par ce règlement, elle doit fournir hygiène et humanité aux détenus. Le règlement impose la fourniture d’une à deux couvertures par prisonnier et un sommier. A Louviers, on ne trouvait que quelques lits en fer à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Sinon Il y avait des dortoirs avec de la paille fourni par le gardien. A Louviers, on voit apparaître quelques baquets de lavage en 1879.
  
En 1843, on crée à Louviers le premier règlement particulier. Il comprend 27 articles qui concernent la vie quotidienne des détenus. On trouve par exemple l'interdiction des trafics de nourriture et de boissons. La volonté de discipliner les détenus est présente avec des horaires fixes qui rythment la vie carcérale. Le but est de modeler les prisonniers avant de les rendre à la société.

Les prisonniers et le personnel

  
La prison reçoit entre 20 et 40 prisonniers. Les catégories évoluent avec les variations économiques, sociales et politiques. En règle générale, les hommes emprisonnés à Louviers sont des adultes qui ont commis un vol et sont issus des classes les plus pauvres. Le vol représente 52 % des délits. Pour les femmes c'est à peu prêt la même chose, mais on trouve également des cas d’infanticide. Les enfants sont enfermés avec les adultes jusqu'au milieu du XIXe siècle. La prison est gérée par un gardien chef et un gardien ordinaire. Il n'y a pas de directeur nommé, le maire de la ville assure donc cette fonction. Le personnel a en charge la moralisation des détenus. En effet plusieurs écrits montrent cependant que de nombreux trafics avaient lieu dans les murs de la prison. Les gardiens effectuent un travail administratif en plus des taches de la vie quotidienne comme assurer la sûreté ou nourrir les détenus. Ils sont nommés par le préfet sur proposition de la municipalité, mais également de la commission de surveillance de la prison. À partir de 1842, on voit apparaître une nouvelle catégorie de personnel, les surveillantes, comme il n'y a pas de congrégation religieuse à Louviers, ce sont les femmes des gardiens qui occupent cette fonction de surveillance.
  

La commission de surveillance est fondé en 1810 mais elle se généralise dans tous les département à partir de 1819. Elle a en charge le contrôle du fonctionnement des prisons dans les arrondissements de justice (salubrité, discipline, nourriture, vestiaire). Lors de son contrôle elle doit faire des préconisations pour améliorer le fonctionnement. Elle a un droit de regard sur tout ce qui touche à la prison. À Louviers, elle est composée de notables de la ville nommés pour cinq ans, il y a des représentants du personnel judiciaire et du personnel administratif, des industriels locaux, un curé, mais également à partir de 1880, c'est-à-dire soixante-dix ans après sa création, un docteur.

La reconversion de la prison : l'école de musique Maurice Duruflé


Entre la fermeture de la prison dans les années 1930 et 1990, les bâtiments sont laissés à l'abandon. En 1990, l'école de musique s'installe dans les bâtiments de la prison. Le bâtiment conventuel, le cloître ainsi que le pont sont inscrits au titre des Monuments Historiques depuis 1994. Depuis l'automne 2012 l'école de musique a regagné cet espace après des travaux d'aménagement réalisés par un cabinet d'architecte, Opus 5. Le projet comporte la construction d'une partie neuve et la restauration de l'existant. Selon eux, le projet doit «Conjugu[er] pierre, eau et végétal, l’endroit forme un tableau impressionniste que nous voulions mettre en exergue».
  
Pour la partie neuve, il y a eut deux extensions, dans la cour ainsi que sur la partie sud du cloître Sur les façades de l'est et du sud, les architectes ont choisi de mettre des panneaux de béton. Pour la façade nord, c'est le choix d'une façade en verre qui a été fait, il forme un miroir le jour et la nuit il permet d'apercevoir la salle de l'orchestre. Pour la restauration, ce sont les joints qui ont été refaits sur les façades.

Les travaux de restauration de l'ancienne prison ont laissé de côté la période carcérale pour faire ressortir le cloître du XVIIe siècle.






Sources :


Bibliographie :

LA PRISON DE LOUVIERS AU XIXe SIECLE,
Conférence de Mademoiselle Myrtal GOSSIN, Etudiante en Histoire, le 7 avril 2001 (Société d'étude diverses de Louviers et de sa région)

HISTOIRE DE LOUVIERS : des origines à nos jours,
A Levasseur. Ed. Bertout, 1993   


Webographie : 

http://gallica.bnf.fr
http://www.lecourrierdelarchitecte.com/article_3436
http://sedlouviers.pagesperso-orange.fr/
http://criminocorpus.cnrs.fr



Fanny de Saint-Jores









samedi 16 mars 2013

La peine de mort au Japon par Atsuko KAWANISHI-KIEFER


Le Japon fait partie, avec les Etats-Unis, l’Inde et Taïwan, de ces rares démocraties libérales à appliquer encore aujourd’hui la peine de mort. Le Japon fait partie de la minorité de pays qui continuent de procéder à des exécutions judiciaires. Plus des deux tiers des pays du monde ont aboli la peine capitale en droit ou en pratique. 
Historiquement, le Japon a une longue pratique de la peine de mort.

Epoque Heian
Durant une grande période sous le régime Heian entre 810 et 1156, le gouvernement interdisait la peine de mort.  Les gens avaient peur  d’une malédiction, d'un fantôme vengeur.  A l’époque, la croyance en la sorcellerie était très forte, la politique était influencée par la peur  des esprits et des âmes rancunières. L’absence de guerre durant cette période ainsi que l’influence du bouddhisme et de sa notion de compassion expliquent que la peine de mort ne fut pas appliquée.
 
Epoque Edo
A l’époque Edo, les lois juridiques sont modifiées.  La peine appliquée aux Samourais de haut rang est principalement le Hara-kiri (couper le ventre) soit la décapitation.  La peine de mort appliquée aux peuple est soit le Haritsuke qui consiste a être mis en croix puis être  frappé d’un coup de lance dans le ventre, soit le Kazai (supplice du feu) qui consiste a être brulé vif , soit le Zansyu (décapitation).
Le Kazai (supplice du feu) est pratiqué sur les incendiaires.
Lors de l’oppression du gouvernement face aux chrétiens, les hommes sont exécutés par la peine Mino-odori (danse des pélerins de paille) : celle-ci consiste a attacher les pieds  et les mains de condamnes puis  les recouvrir  de paille pour y mettre le feu.  Les femmes sont exécutées par la peine Mizugomorii, elles sont immergées dans l’eau  froide jusqu'à ce qu’elles meurent. Durant deux siècles et demi, on exécuta près de deux cent mille personnes.

XIX siècle
A partir de 1882, le code pénal  est à nouveau modifié, la pendaison devient  la peine commune appliquée à tous les condamnés la fusillade étant réservés pour les militaires. Cette dernière sera supprime  après la seconde guerre mondiale.  Les autorités d’occupation entreprirent de reformer la Constitution et le système juridique japonais. 

Aujourd'hui


Dix-huit crimes sont passibles de la peine capitale : 


1) Direction d'une insurrection (code pénal, article 77, paragraphe premier, alinéa 1)  2) Incitation à une agression étrangère (code pénal, article 81)  3) Aide à l'ennemi (code pénal, article 82)  4) Incendie de locaux habités, etc. (code pénal, article 108)  5) Destruction par explosifs (code pénal, article 117, paragraphe premier; article 108)  6) Dommages causés à des locaux habités, etc., par inondation (code pénal, article 119)  7) Déraillement d'un train, etc., occasionnant la mort (code pénal, article 126, paragraphe 3)  8) Meurtre provoqué par la perturbation de la circulation (code pénal, article 127, article 126 paragraphe 3)  9) Introduction de substances toxiques dans les conduites d'eau ayant occasionné la mort (code pénal, article 146, dernière partie)  10) Meurtre (code pénal, article 199)  11) Vol provoquant la mort (y compris le meurtre à l'occasion d'un vol) (code pénal, article 240, dernière partie)  12) Viol à l'occasion d'un vol provoquant la mort (code pénal, article 241, dernière partie)  13) Utilisation illégale d'explosifs (loi sur le contrôle des explosifs, article premier)  14) Duel et meurtre (Loi relative au crime de duel, article 3; code pénal, article 199)  15) Meurtre résultant d'un accident d'aéronef provoqué, etc. (Loi relative à la sanction des actes qui mettent en danger l'aviation, article 2, paragraphe 3)  16) Meurtre résultant de la saisie d'un aéronef, etc. (Loi sanctionnant la saisie d'aéronefs et autres crimes apparentés, article 2)  17) Meurtre d'otages (Loi relative à la sanction de la séquestration et autres actes commis par les preneurs d'otage, article 4, paragraphe premier)  18) Meurtre organisé (Loi relative à la sanction de la criminalité organisée, au contrôle des produits de la criminalité et autres questions, article 3, paragraphe premier, alinéa 3, paragraphe 2; code pénal, article 199)
(http://www.peinedemort.org/National/pays.php?pays=4#national)

En théorie, la peine capitale s’applique à dix-huit types de délits, même si dans les faits seuls les meurtres sont ainsi sanctionnés.

Affaires marquantes ces dernières années


a)    Aum shinrikyo – l’affaire du gaz Sarin.
La police a arrêté le 15 juin 2012 Katsuya Takahashi, le dernier membre en fuite de la secte Aum ; celle-ci est responsable de l'attentat au gaz sarin qui avait fait 13 morts et plus de 6 000 blessés dans le métro de Tokyo en 1995, rapporte le journal. Naoko Kikuchi, une femme de 40 ans, également membre de la secte, avait été interpellée le 3 juin. Takahashi, qui était recherché depuis dix-sept ans, travaillait sous un faux nom dans une entreprise de bâtiment, précise le journal. Le fondateur de la secte a été condamné à la peine de mort en 2004 pour avoir diligenté cet attentat.
484 croyants ont été arrêtés après l'attaque du gaz du sarin dans le métro Tokyo, et  189 personnes ont été poursuivies en  1998.
Bien que la Cour suprême d'appel final ai condamné 13 personnes de la secte Aum Shinrikyo à mort, l'exécution des prisonniers n a pas encore eu lieu puisque le ministre de la justice n’a pas encore donne sont ordre d’exécution.

b)    L’affaire de l’arsenic dans le curry

En 1998, Masumji Hayashi, une mère de famille 47 ans, a mis de l’arsenic dans une casserole de curry.  Quatre personnes sont mortes,63 autres ont été intoxique.  Elle voulait se venger de ses voisins qui lui reprochaient d’être arrive trop tard à la fête du quartier pour laquelle elle était chargée de préparer le curry. La plus haute instance judiciaire du pays a rejeté le recours de Masumi Hayashi contre sa condamnation à la pendaison prononcée en 2002 puis confirmée en appel en 2005. Elle est la 11eme femme  condamnée à mort après la deuxième guerre mondiale. Son exécution n’a toujours pas été appliquée.

Les conditions d’incarcération

a)    Les cellules des prisons.
Les condamnés sont incarcérés à la maison d’arrêt, réservée aux condamnés à de longues peines. (Prisons de Sapporo, Miyagi, Tokyo, Nagoya, Osaka, Hiroshima, Fukuoka)
Le japon continue en effet de condamner a mort des criminels pour les incarcérer ensuite dans des conditions contestables puisqu’ils sont enfermé, parfois durant des décennies, dans des prisons ou règne la terreur et l’isolement. 
Les chargés de mission de la FIDH (fédération internationale des ligues des droits de l’Homme) ont eu l’occasion de visiter deux centres de détention en 2008.  Ils ont été reçus par le directeur de la prison et deux ou trois de ses adjoints. Apres une présentation des conditions d’incarcération utilisant un programme type Powerpoint, quasi publicitaire, les membres de la mission ont visité des cellules vides sans jamais pouvoir entrer en contact avec les détenus.  
Les condamnés vivent dans une cellule d’environ 5m2 équipée de toilette, évier, table, literie(Futon). Ils sont sous surveillance vidéo pour éviter tout risque d’évasion, de suicide ou d’auto-blessure…  Entre la fenêtre et la grille, il y a souvent une plaque en métal ou volets, les prisonniers ne voient pas beaucoup l’extérieur, ils n’ont  pas de ventilation ni de climatisations.
Les condamnés se lèvent à 7h et se couchent 21h.  Pour des questions de sécurité, les lumières ne sont pas complètement éteints.  Ils peuvent pratiquer un  sport 2 à 3 fois par semaine. Ils peuvent par exemple se servir d’une corde à sauter.  Ils se douchent 2 a 3 fois par semaine environ 15mn, parfois plus longtemps selon l’établissement.  Les repas sont servis à 8h, 11h30, 16h30.  Il n’y a pas de salade, ni de légume cru, les prisonniers sont souvent en manque de vitamine.  Les familles peuvent leur apporter des aliments. Les condamnes peuvent également commander des fruits.    
S’ils le souhaitent, ils peuvent faire du travail manuel pour avoir un peu d’argent comme  par exemple coller des enveloppes.  (40-50 euros par mois)

b)   Les vies des condamnés
Contact avec les gens de l’extérieur :
Ils peuvent envoyer une lettre une fois par jour. Le contenu des lettres est surveillé.
Les visites sont acceptées une fois par jour. La conversation  est enregistrée.  La durée maximal est de 30mn ; en réalité, cela ne dure que 10-15mn, parfois le surveillant commande d’arrêter au bout de 5mn.

Les personnes qui peuvent rencontrer les condamnes sont :
 -  La famille
 -  ceux qui ont besoin de les voir pour des raisons juridique, ou des raisons professionnels
 -  ceux qui soutiennent moralement les condamnés
Les autres personnes qui ont besoin de les rencontrer, par exemple des amis qui veulent maintenir une amitié et qui ne risquent pas de perturber les condamnés ni l’établissement pénitentiaire, peuvent être accepté selon les établissements. 
Les journalistes, les personnes  des ONG peuvent être également accepté à condition que leur entretien ne fasse pas l’objet d’une publication.  Ils devront signer un serment écrit par lequel  ils n’écriront pas d’article sur leur entretien.
La demande de rencontre a été cependant rejetée pour des personnes qui soutenaient un condamné et qui ont fait l’adoption parentale avec lui dans le seul but de lui rendre visite.

L’exécution de la peine de mort


L’exécution de la peine de mort, selon la loi, avoir lieu dans les six semaines qui suivent la condamnation. Mais en fait, parmi les condamnés qui attendent une exécution pouvant intervenir à tout moment, certains passent de longues années dans les couloirs de la mort, comme Hirasawa, qui au bout de trente ans est décédé de mort naturelle, ou Menda Sakae, qui après trente-deux d’attente a pu être innocenté en 1983 et recouvrer sa liberté. Il milite désormais pour l’éradication de la peine de mort
Aucun ordre d’exécution n’a été prononce durant trois ans, de novembre 1989 a mars 1993. Ces dernières années, des ministres de la Justice ont régulièrement mis en application des condamnations a mort. Par rapport a il y a 10 ans, le rythme des exécutions s’est accéléré, avec un record pour le ministre de la Justice, Hatoyama Kunio en 2007 (13 exécutions en 10 mois). 
Jusqu’aux années 70, le condamné était prévenu deux jours avant l’exécution et il pouvait se préparer psychologiquement et rencontrer sa famille.  Mais depuis qu’un condamné s’est suicidé la veille de son exécution, il a été décidé de ne plus prévenir les condamner a l’avance. 
L’exécution est officiellement annoncée par le ministère de la Justice.  Depuis décembre 2007, le nom de la personne est dévoilé.  La famille est prévenue avant la conférence de presse par télégramme ou coup de téléphone.
Les personnes qui assistent a l’exécution de la peine de mort sont : le directeur de prison, le procureur, le secrétaire du procureur, les éducateurs, le docteur, le  confesseur et les agents pénitentiaires.
Il y a deux autels : un a la salle de confession et l’autre a la salle d’avant exécution. Le Condamné a le choix parmi une cérémonie bouddhiste, chrétienne ou shintoïste. Il peut choisir de ne pas suivre de cérémonie religieuse
A la salle de confession, le confesseur donne le dernier discours. A la salle d’avant exécution, le directeur de prison lit l’ordre d’exécution officiel.  Le condamne dit des mots d’adieu au directeur et aux agents de prison, à l’éducateur, au confesseur.  Ces derniers peuvent parler un moment au condamne afin d’apaiser son esprit
 L’éducateur propose au condamné de prendre un dernier encas avant l’exécution.  Le directeur lui demande ensuite ce qu’il veut laisser comme  dernière paroles ou écrits. S’il le souhaite, il  peut déposer  un testament préparé à l’ avance.
(Si le condamné oppose une résistance, toutes ces procédures sont annulées pour être amené de force, directement à la salle d’exécution).
Le condamne est finalement emmené a la salle d’exécution. S’il est bouddhiste, le moine poursuit les prières jusqu'à l’exécution.  Des agents pénitentiaires cachent les yeux du condamné avec un bandeau de tissu puis lui attachent les bras et les pieds.  Ils placent le condamne au dessus de la trappe puis lui mettent une corde autour du cou (la partie qui touche le menton est couvert de cuir). 
Au signal du directeur de prison, trois agents appuient  simultanément sur trois boutons.  Seul un bouton ouvre la trappe, les deux autres sont factices. C’est une manière pour les agents de se déculpabiliser et de ne pas se sentir responsable d’avoir donné la mort.  La trappe s’ouvre et le condamne tombe au dessous. 
On dit que les condamnés japonais ne s’agitent  pas trop et acceptent leur sort, mais peu de témoignages et peu de documents  sont fiables.  Un agent pénitentiaire a témoigné  qu’il ne voyait pas d’expression car le tissu blanc ne permet pas de voir le visage, une paroi de verre sépare le condamne des témoins de l’exécution.  
L’exécution est la pendaison, mais le condamne meurt par strangulation, le nœud venant serrer progressivement le cou.  Il semble que les condamnés meurent quelques minutes après la chute. Au japon, il existe une technique de condamnation permettant de réduire la souffrance du condamné. L’ouverture de la trappe et la chute du condamné  créé une lésion au niveau de la médulle oblongata ou  fracture du crane, il perd  conscience.  (Il grandi parfois de 30cm). 
Les témoignages racontent que, l’agent met le nœud à gauche de manière a ce que le nœud vienne derrière la tête, après la chute.  L’agent restant dans la salle située en bas afin que le condamne ne se balance pas trop après la chute.  La technique de pendaison est régulièrement modifiée afin de rendre la mise a mort du condamné la plus digne possible.
Le docteur confirme ensuite le décès puis on laisse le condamné encore 5mn avant de le descendre.  Les personnes qui assistent à l’exécution signent un document qui clôt la cérémonie.
 Il y a des établissements qui offrent le Saké aux personnes présentes.  Les agents qui assistent a l’exécution  sont payes 20000 yen (200 euros environ) par exécution. (Généralement en espèce, de manière a ce que la famille ne s’en aperçoive pas)  Des agents vont parfois dépenser cette somme pour boire après l’exécution, d’autres  vont au temple et demandent un office pour l’âme du condamné. 
Le corps est ensuite donne à une personne qui se chargera d’effectuer les funérailles.  Mais il est rare que le corps soit demandé. Dans ce cas, il est incinéré à la prison et les cendre sont dispersées dans la mer par un avion militaire. Le condamné peut également faire don de son corps à la médecine.
 Même si la famille récupère le corps,  il arrive que les temples refusent d’effectuer la cérémonie funéraire après avoir eu connaissance des origines du défunt.  Par exemple, le corps du condamne Takuma (l’affaire l’école primaire Ikeda) avait été récupéré par son épouse (mariée a la prison), mais  le funérarium bouddhiste a refusé de pratiquer la cérémonie funéraire. Celle ci a eu lieu finalement a l’église catholique d’Osaka.
Au japon, la pratique du secret semble coutumière, surtout lorsqu’on aborde le sujet de la peine de mort. 
Tous ces informations ne sont pas déclarées officiellement et ce sont majoritairement les témoignages de personnes ayant assistées a ces cérémonies qui permettent de nous expliquer le déroulement de ces exécutions. 
Pour la première fois, un reportage télévisé sur l’exécution de la peine de mort a été réalisé en 2012.
L’exécution de la peine de mort dans le manga

Les opinions publiques et les débats


Selon des sondages réguliers menés par le gouvernement tous les 4 ans, l’opinion publique japonaise reste en faveur de la peine de mort : en 1999 un sondage indiquait que 72,9% des personnes interrogées étaient partisanes d’un maintien de la peine de mort.  En 2004, ce chiffre est passé à 81, 4%.. 
Le premier argument avancé par les autorités japonaises pour légitimer la peine de mort est l’effet dissuasif.  L’opinion publique japonaise reçoit cette information, véhiculée par les medias, appuyée par des sondages. 
Toutefois, la manière de réaliser les sondages est souvent critiquée.  Les choix de réponse s’effectuant parmi les propositions suivantes :
 1. La peine de mort devrait être abolie, quel que soit le cas
 2. La peine de mort est indispensable et ne peut être évitée dans certains cas
 3. Je ne sais pas, je ne peux pas décider. 
Selon des experts, les questions seraient posées de telle sorte qu’elles suggéreraient des positions favorables aux partisans du maintien de la peine de mort. 
Les medias ont une influence importante sur la formation de cette opinion publique ainsi que sur les débats.  D’après le FIDH, la télévision, comme la presse écrite, tendent a mettre en avant la compassion envers les familles de victimes, ce qui aboutit souvent a un traitement sensationnaliste, proche de la presse a scandales, qui présume la culpabilité du suspect.  Les droits des victimes, après avoir été délaissés pendant des années sont aujourd’hui surestimes par rapport a ceux des prévenus.  Le public  accepte cette tendance qui abouti a l’augmentation du nombre de condamnations a mort alors que le nombre de crimes ne croit pas.
Une nouvelle peine a été instaurée : la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle.  Certains y voient la possibilité de rouvrir le débat de la peine de mort.  Des alliances entre certains abolitionnistes et les adeptes de cette nouvelle peine donnent corps au débat et à l’hypothèse de son avènement.
Toutefois certaines familles de victimes se rendent bien compte que la peine de mort n’est en fait en rien la compensation attendue par les victimes. 
Dans un argument des défenseurs de la peine de mort, certains soulignent que celle-ci feraient parti de la culture japonaise, qu’il n’y aurait pas de compréhension à attendre mais une certaine forme d’acceptation.  Pourtant la religion bouddhiste prône le pardon et la réconciliation qui font également partie de la culture japonaise.  L’historien Christian Kessler souligne que « dans une civilisation marquée par le bouddhisme, la mort n’apparaît pas comme une fin tragique, mais comme un passage normal, l’individu n’étant qu’un maillon dans la chaîne des vivants. »
 Pendant quinze mois, en 2005 et 2006, le ministre de la justice, M. Sugiura Seiken, avait bloqué les exécutions, refusant de les signer, par conviction bouddhiste.
Amnesty International s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, quelles que soit la nature du crime commis, l’identité de son auteur ou la méthode d’exécution utilisée par l’État. Le Japon a ratifié le Pacte International relatif aux droits civils et politiques (PICDP) en juin 1979.  L’Observation générale sur l’article 6 du PIDCP indique clairement que les Etats membres doivent tendre vers l’abolition de la peine de mort. 
Néanmoins, le Comite des droits de l’Homme continue a exprimer ses inquiétudes concernant la pratique par le Japon de la peine de mort. 
Les partisans de son abolition restent actifs aussi bien au Japon que sur l’ensemble de la scène internationale. 
Les défenseurs des droits de l’Homme soulignent le risque d’erreur judiciaire.
Cependant, Les attaques au gaz toxique perpétrées dans le métro par la secte Aum en 1995 restent très présentes dans les esprits de la population et l’opinion publique japonaise sera difficile à faire évoluer. De plus, une reforme récente du système judiciaire a prévu la participation aux délibérations, de jurés  qui sont pour la plupart issue de la société civile et qui n’ont aucune compétence en matière juridique. Dans un contexte ou la politique est de plus en plus répressive, il est à craindre une augmentation du nombre de condamnation et des peines plus lourdes au détriment d’une justice équitable.
Beaucoup d’efforts restent donc à accomplir pour à la fois informer sur une réalité, souvent difficile à accepter ; lever le voile sur des procédures souvent tenues secrètes sans pour autant tomber dans une forme banalisation de la pratique de la peine de mort.

ANNEXE


Nombre de condamnes
L’année
Nombre de verdict la peine de mort
Nombre d’exécution
Nombre de détenus non-exécutés
2000
6
3
52
2001
5
2
56
2002
3
2
57
2003
2
1
56(mort 2)
2004
14
2
68(mort 1)
2005
11
1
78
2006
21
4
94
2007
23
9
107(mort 1)
2008
10
15
100(mort 2)
2009
17
7
107(mort 4)
2010
5
2
111(mort2)
2011
24
0
132(mort 3)
2012
10
7
135
2013
2
0
137




Atsuko KAWANISHI-KIEFER, mars 2013


Référence :
Article : FIDH « la peine de mort au Japon : la loi du silence »
Rapport : Karim Raissi « La Peine de Mort au japon »
http://www.abolition.fr/Upload/documents//karimraissi.pdf
La peine de mort dans le monde
capital punishment in Japan
Japon: la peine de mort pour un membre de la secte Aum Shinrikyo. Kazuaki Okazaki a été condamné pour le meurtre de quatre personnes
ACTION URGENTE
JAPON. UN MINISTRE SUBIT DES PRESSIONS POUR PROCÉDER À DES EXÉCUTIONS
Une meurtrière au curry à l'arsenic
vidéo sur l’exécution de la peine de mort dans le manga
Un reportage sur la peine de mort
Une série télévisé « mori no asagao » la scène de l’exécution de la peine de mort
Un reportage:  Aum Shinrikyo Cult Sarin Gas Attack