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mardi 5 avril 2011

"Nazareth", la maison d’arrêt de Vannes par Charlotte Daunou

Epoque : 1825 – 1832
Avant la monarchie de Juillet, il était d’usage d’enfermer les prisonniers dans les tours de l’enceinte de la ville, bâtiments peu fonctionnels et trop dispersés, ne correspondant plus au credo des philanthropes de la Société royale des prisons. 
Une nouvelle prison est construite dans la ville de Vannes entre 1825 et 1832 au niveau de l’ancien couvent des Carmélites de Nazareth. C’est l’architecte vannetais Louis-Philippe Brunet Debaines qui s’en charge. Il fait alors construire un large quadrilatère de bâtiments à plusieurs niveaux. Il est centré autour d’une chapelle polygonale. Dès 1830, les premiers prisonniers y sont transférés. Notons que cette chapelle a survécu à un terrible incendie en 1871. Son architecture actuelle résulte des travaux consécutifs à cet incendie qui a détruit en grande partie la prison de Vannes. 
La maison d'arrêt reçoit les prévenus qui sont détenus en attente de jugement, ainsi que les condamnés dont la de peine n'excède pas, en principe, un an lors de leur condamnation définitive.
Le 26 juillet 2010, à la suite d’une réunion au ministère de la Justice, la fermeture de la maison d’arrêt de Vannes a été annoncée pour l’année 2017. C’est une page de l’histoire de la ville de Vannes qui se tourne.
En effet, un plan de restructuration prévoit la fermeture de différentes maisons d’arrêt à l’échelle nationale. « Les plus petites maisons d’arrêt de France, notamment celle de Vannes, sont concernées », explique le maire, François Goulard.
L'abandon de la maison d'arrêt, tout comme celui de 23 autres établissements pénitentiaires, va poser un important problème dans l'amènagement de la ville. Que va-t-on faire d'un tel bâtiment?
Le maire de la ville, François Goulard compte raser le bâtiment car « Son emplacement créait un blocage dans la circulation entre le palais des arts et la place de la Libération. C'est pour cela qu'un aménagement urbain sera à envisager ».
C'est dans ce genre de cas précis que l'on peut se poser la question de la conservation du patrimoine carcéral français puisqu'aucun autre projet, à part la destruction, n'est envisagé.
Pour mieux comprendre les causes de fermeture de la maison d’arrêt de Vannes voici un article extrait du Mensuel du Golf du Morbihan du 27 juillet 2010
« C'est au sortir d'une réunion au Ministère de la Justice que François Molins a annoncé la nouvelle. Le directeur de cabinet de la Garde des sceaux Michèle Alliot-Marie a communiqué la liste des 23 établissements pénitentiaires amenés à fermer entre 2015 et 2017. Ces fermetures s'ajoutent aux 22 autres qui avaient été annoncées au printemps. Elles interviennent dans le cadre du plan de modernisation du parc pénitentiaire national. Ce dernier vise à "assurer des conditions dignes de détention, à mettre notre pays en conformité avec les règles pénitentiaires européennes et à garantir la mise en oeuvre des prescriptions de la loi pénitentiaire" votée en 2009.
Trop vétuste, la maison d'arrêt de Vannes fait partie des prisons condamnées. L'établissement vannetais, surnommé "Nazareth", est un ancien couvent carmélite transformé en prison en 1830.
Sa fermeture n’est pas un choc. Comme nous l'écrivions déjà dans le Mensuel de juin (n°65), l'avenir de la prison vannetaise était remis en question face à l'insalubrité des lieux. « On s’attendait à sa fermeture depuis quelques années », explique Jean-Luc Le Franc, secrétaire régional adjoint de CGT-Pénitentiaire. « La prison devenait dangereuse ».
Infestée de champignons, une aile entière avait été évacuée en février. Après plusieurs petits chantiers, une réfection de grande ampleur avait été lancée. Des travaux chers, mais qui ne garantissaient manifestement pas la pérennité de la prison. "Au-delà de la vétusté, la prison est menacée car elle représente un petit effectif", soulignait François Goulard. Il assurait soutenir l'établissement et insistait: "Si la fermeture était annoncée, j'irais en parler à Michèle Alliot-Marie". Une position qu'il n'affiche plus aujourd'hui. Au courant de la fermeture de la maison d'arrêt de Vannes depuis déjà une semaine, François Goulard ne sort pas du discours officiel. " C'était dans l'air depuis un moment", défend-t-il. Il y voit "une amélioration en terme d'urbanisme. La prison était une enclave en centre-ville".
Reste à savoir où iront les détenus et les surveillants. "Le délai donne le temps de voir venir", soutient le maire. La construction d'un nouveau bâtiment à Angers est évoquée, ainsi que des transferts vers Lorient, Rennes et Nantes. Jean-Luc Le Franc s'interroge cependant sur la pertinence de supprimer la prison de Vannes. Il s'exprime ainsi : " Dans une ville en pleine croissance démographique et économique, le choix d'une fermeture sèche, sans reconstruction, à proximité, ou transformation, parait particulièrement inopportun. La ministre qui annonce à qui veut l’entendre qu’elle souhaite multiplier le panel des structures pour les adapter aux différentes typologies de délinquants ou criminels aurait du proposer de transformer ces établissements en structure plus légère. »

Si la maison d’arrêt de Vannes ferme ses portes et est rasée, il reste cependant quelques traces du passé carcéral de la ville. La porte de l'ancienne prison dans les remparts de Vannes qui est aujourd’hui classée monument historique en est un bon exemple.
- Classé MH : 1912
- Matériaux: ardoise
- Epoque : XIVe siècle - XVe siècle


La Porte-Prison appelée également porte Saint-Patern est la principale entrée dans la ville close dressée au débouché du gué primitif sur la rivière la Marle. Sous la porte, on distingue les jonctions entre l'ancienne construction et l'édifice actuel, reconstruit aux XIVe et XVe siècles.
Il ne reste aujourd'hui que le corps central, la tour nord et quelques vestiges de la tour sud, détruite en 1886 par un particulier qui avait acheté ce monument en 1825, après la construction de la nouvelle prison.
En 1911, après la rumeur d'une démolition possible pour élargir la rue, des Vannetais, attachés à leur patrimoine, se groupent pour fonder « Les Amis de Vannes ». Leur action permet l'achat de la porte par la ville et sa sauvegarde. La réfection de ses toitures date de 1973.
Le nom ancien de porte Saint-Patern change quand les salles du premier étage sont utilisées comme prison.
Lors de la Révolution, on y enferme les suspects, des religieux et prêtres réfractaires, dont le père Rogue, et des royalistes dont l'état-major des émigrés fait prisonnier à Quiberon.
Sont encore visibles : sous la voûte, l'emplacement de la herse, et, sur les côtés, les trous dans la pierre où venaient s'emboiter les poutres qui fermaient la porte ; au-dessus des arcades de la porte cochère et de la poterne, les emplacements verticaux où s'encastraient les flèches des ponts-levis lors de leur fermeture ; sous la fenêtre du guetteur, dans une arcade gothique, des restes du blason de Bretagne.

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