Nombre total de pages vues

mardi 5 avril 2011

Témoignages concernant la prison de Montluc

L’importance de la prison de Montluc et l’idée d’un Mémorial pour sa réfection n’est pas anodin. Quelques témoignages trouvés un peu partout sur internet le prouvent. 

Extraits de témoignage sur la prison de Montluc datant de la seconde Guerre Mondiale 


Joseph Scheidt, résistant interné

« Nous sommes parqués dans une vaste cour au portail hermétique, entourée de hauts murs gris, qui transpirent la tristesse, la souffrance et le désespoir. Surveillés de près par une solide escorte, on nous conduit à notre nouvelle cellule par de longs couloirs humides et froids, bordés d'épaisses portes de bois munis d'un judas grillagé et bardées de lourds verrous. Face à ce décor glacial et lugubre, nous nous prenons à regretter notre petite prison provinciale, presque intime et douillette, avec sa dimension encore humaine et ses vétérans bonhomme du corps des sentinelles.

Combien d'êtres anonymes enfermés ici, croupissent en silence derrière ces portes au bois noirci, où ils vivent leur dernière journée, leur dernière heure ? Ce silence est oppressant, il crée une ambiance de totale déshumanisation. Alors oui, nous la regrettons notre prison dont on pouvait encore s'évader. Ici , aucun espoir de fuite. Nos trois camarades de Lons-le-Saunier n'auraient pas même pu franchir la porte de leur geôle. Il faut renoncer à tout, sauf peut-être à tâcher de survivre et à espérer malgré tout. En ce lieu, nous sommes vraiment entre les griffes de nos ennemis, emmurés au cœur de leur citadelle. A tout instant, le pire peut survenir.

L'attente recommence. Les coups sur les murs -le téléphone des bagnards-, nous apprennent que dans la geôle où nous sommes, l'espoir n'a malheureusement pas cours. Il est très rare qu'un prisonnier en sorte pour se retrouver libre. De fait, mais on n'a pas osé nous le dire, nous sommes dans l'antichambre de la mort, celle qui précède le jugement et la sentence, jamais l'acquittement. Et il n'y a pas d'autre sentence que le peloton d'exécution Car ici, je l'ai dit, chaque jour, on torture, on juge, on condamne, on exécute ou, exceptionnellement, on déporte. Chaque jour aussi, des otages arrêtés aux fins de représailles sont fusillés sans jugement. Celui que deux sentinelles emmènent vers l'incertitude de son destin, ne sait pas s'il reviendra et si oui, dans quel état. De toute façon, il ne sera plus qu'un mort-vivant, en partance pour les ténèbres.

A chaque fois, nous nous demandons tous avec anxiété à qui est destiné ce sinistre bruit de bottes qui résonnent comme un glas dans le silence du couloir. On tire des verrous, une clé tourne, une cellule s'ouvre, ailleurs, plus avant ou plus loin. Ce n'est pas encore pour nous. L'angoisse est permanente, taraudante, elle ne nous quitte ni le jour, ni la nuit. Elle nous glace sans qu'aucune pensée réconfortante, sans qu'aucune étincelle d'espérance, ne vienne réchauffer nos cœurs. Nous savons que nous allons mourir, que même, nous devrions déjà être morts. Mais, quand, comme la plupart d'entre nous, on est si jeune, il est difficile, voire impossible, de se résigner totalement à cette idée. »

Lors des débats sur l’ouverture possible d’un Mémorial …


« Plus de soixante-six ans après son arrestation, Simone Grandjean est revenue au fort Montluc (3e) pour la première fois, hier. Comme près de 8 000 personnes, résistants et juifs, elle a été incarcérée par les Allemands dans ce lieu de torture et d'exécution, désormais converti en mémorial. Simone Grandjean a dix-huit ans quand elle est internée au fort pour actes de résistance. En passant à nouveau l'enceinte de la prison, les souvenirs lui reviennent. « On est arrivée dans un camion, avec d'autres femmes, on était très serrées, il n'y avait pas assez de place pour s'asseoir », explique la rescapée. Ensuite elle est conduite en cellule. Elle partage cet espace d'1,80 mètres sur 2,50 mètres avec sept autres détenues. « On n'avait pas d'eau, rien pour préserver l'intimité, poursuit l'ancienne résistante, il y avait tellement peu de place qu'on devait dormir assises, la tête sur les genoux ». Elle ne connaît pas la torture à Montluc, mais bien vite elle comprend que ce lieu sinistre ne sera pour elle qu'une étape. Dix jours après son arrestation elle est déportée avec pour destination le camp de Mathausen, où elle retrouvera sa mère arrêtée en même temps qu'elle. 

L'antichambre d'Auschwitz. Le sort de Simone Grandjean, beaucoup l'ont partagé. De nombreuses personnes, juives en particulier, ont été déportées après leur passage par les geôles nazies. Claude Bloch a quinze ans, le 29 juin 1944, quand il est arrêté comme Juif avec sa mère et son grand-père. Après un passage par le siège de la Gestapo avenue Berthelot, auquel son grand père n'a pas survécu, il est conduit à Montluc. Claude est enfermé dans la « baraque des Juifs », située au milieu de la cour du fort. Au milieu d'une centaine de personnes, il attend un mois d'être fixé sur sort. Par deux fois il a vu certains de ses codétenus appelés par des soldats allemands. « Si à la fin de l'appel le soldat précisait sans bagages, on savait que les gens allaient être exécutés, moi on m'a appelé avec mes bagages ». Il est alors envoyé à Auschwitz avec sa mère dont il sera séparé à l'arrivée et qu'il ne reverra jamais. 

Un lieu de mémoire. Pour beaucoup de rescapés, le fort Montluc a été le préambule de la déportation, mais de nombreux internés n'en sont jamais ressortis. Des centaines d'entre eux ont été fusillés contre le mur d'enceinte de la prison. Ce « mur des fusillés », qui porte encore les traces des impacts de balles, sera désormais visible par le public. Réhabilité en mémorial, le fort Montluc n'a pas pour vocation d'être un musée. Sur la volonté du comité de pilotage du projet, les lieux, qui ont notamment vu passer Jean Moulin, ont été laissés tels qu'ils étaient pendant la seconde guerre mondiale. Ouvert pour les Journées du patrimoine ce week-end, le site sera accessible tous les jeudis au public. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire