Nombre total de pages vues

mercredi 13 avril 2011

Le château prison de Foix




Juché sur son éperon rocheux, le château de Foix, site phare du département de l’Ariège, surplombe la ville. Construit à l’aube de l’an Mil par la famille comtale de Tarasconne, ce château fut jusqu’à la fin du Moyen-âge, le symbole de la puissance du comte de Foix. D’abord forteresse comtale, l’édifice abrita les garnisons dès la fin du Moyen-âge et, grâce à sa position stratégique, défendit la ville.



Le château-prison


C’est au XVIII ème siècle que le château fut utilisé comme prison. En réalité, le château de Foix a servi de prison dès le Moyen-âge, car les comtes de Foix étaient des justiciers. L‘ancien centre pénitencier devient un centre départemental lors de la création du département de l‘Arriège, durant la Révolution Française. Le château et ses tours furent alors totalement transformés en prison. Ce centre accueillit les prévenus ou accusés, les personnes en attente de jugement ou celles condamnées à de courtes peines. Les prisonniers étaient généralement des bandits, des mendiants ou des personnes condamnées pour des délits forestiers. Les conditions de détention étaient particulièrement pénibles, en effet, les cellules étaient des cachots qui se situaient dans la tour ronde, de plus la prison a souvent souffert de surpopulation. Ainsi, on est passé d’une centaine de détenus au début du XIXè siècle à près de deux cents en 1859. Plusieurs prisonniers partageaient donc la même cellule, et le regroupement se faisait en dépit de la gravité des crimes et délits commis, alors que la loi l’imposait. On décide alors d’ouvrir une prison plus moderne et plus adaptée aux besoins de l’époque dans la ville de Foix.



Les actions patrimoniales


C’est lors de sa transformation en centre pénitentier départemental, au XIXè siècle, que le château de Foix subit de nombreuses modifications : grilles aux fenêtres, portes massives et solides serrures, de nouveaux bâtiments sont construits sur la terrasse Est afin de recevoir l‘administration pénitentiaire… Classé Monument Historique en 1840 alors qu’il s’agissait encore d’une prison, la forteresse ne fut restaurée qu’à la fin du XIXè siècle par l’architecte Boeswilwald, le gendre de Viollet-Le-Duc, qui lui donna son aspect actuel. À la fin du XIX è siècle, l’Europe connut un regain d’intérêt pour l ‘époque médiévale, c’est pour cette raison que les restaurateurs choisirent de rendre au château son aspect médiéval, ou du moins l’aspect qu’ils s’en faisaient. L’aspect du château d’aujourd’hui est donc le fruit de cette restauration. 

On peut regretter aujourd’hui que le choix de la mise en valeur de ce haut site patrimonial ne concerne que l’époque comtale, c’est-à-dire que l’histoire carcérale du château est passée sous silence ou du moins est très résumée. Cela est due au choix de la politique patrimoniale que l’on veut appliquer sur un site. Dans le cas présent, l’époque médiévale des comtes de Foix qui témoigne du passé prestigieux de la province est largement plus exploitée pour faire la promotion du site. Malheureusement ce choix stratégique patrimonial ne prend pas en compte la réalité historique du monument, et le fige au contraire dans une certaine époque et un certaine réalité subjective. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé pour l’architecture du bâtiment, des constructions datant de la transformation en bâtiment carcéral ont été abandonnées au profit de la restauration d’éléments datant de l’époque médiévale ou pour la reconstitution d’un château médiéval que les restaurateurs s’imaginaient. Des éléments du passé carcéral du fort ont donc disparu à cette occasion. Cela prouve que le patrimoine carcéral a encore du mal à se faire une place dans l’intérêt patrimonial collectif.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire