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lundi 20 décembre 2010

Le fort de l’île Pelée à Cherbourg, un futur complexe touristique ?

Le fort de l’île Pelée se trouve dans la plus grande rade artificielle jamais construite, la rade de Cherbourg. La rade dont la superficie attent 1500 hectares, est constituée de trois digues défendues par six forts : le fort de Querqueville, le fort de Chavagnac, le fort de l’Ouest, le fort Centrale, le fort de l’Est et le fort de l’île de Pelée. L’ensemble des digues s’étend sur plus de 6 km.

Image satellite de la rade de Cherbourg (création personnelle réalisée à partir d'une image prise sur maps.google.fr)

La construction de la rade de Cherbourg


La construction de la rade a débuté au XVIIIe siècle. Après plusieurs attaques anglaises par la Manche au XVIIe et XVIIIe siècle, le roi de France, Louis XVI, ordonne la réalisation d’un port militaire à Cherbourg. C’est Louis Coulde de La Bretonnière, un officier de Marine, qui insiste sur l’importance de créer une digue pour protéger ce port. Les travaux, confiés à l’ingénieur Louis-Alexandre de Cessart, débute en 1779. Cessart a l’idée de couler des caisses en bois qui seront ensuite remplies de pierres pour former la digue. Mais ce système, trop coûteux et rapidement détruit par les tempêtes, est remplacé dès 1789 par le système des « pierres perdues » qu’avait proposé La Bretonnière en 1777 qui consiste à déposer des millions de tonnes de roches au fond de la mer. Les travaux sont stoppés lors de la Révolution mais repris sur ordre de Napoléon en 1802. La digue centrale n’est terminée qu’en 1853. Les deux digues à l’Est et à l’Ouest sont, quant à elles, édifiées entre 1889 et 1896. L’ajout de la petite rade au début du XIXe siècle met un point final à cet ensemble défensif portuaire.


Caisse conique en bois utilisé pour construire la digue dans un premier temps (source : www.netmarine.net)

En parallèle, les forts défensifs de la digue sont érigés. Le fort de l’île Pelée est le premier fort construit. Peu après le fort de Querqueville et le fort Centrale sont édifiés. Les trois autres forts seront construits dans les années 1850. Pierre-Jean de Caux, directeur des fortifications de Basse-Normandie, est chargé de l’édification du fort de l’île Pelée qui a lieu de 1779 à 1784. Louis XVI l’inaugure lui-même en tirant un coup de canon en 1786. Le fort est élevé sur un amas rocheux à la place d’un fortin qui s’y trouvait déjà. Il doit défendre le côté Est du port de Cherbourg. Le fort en forme de demi-cercle s’articule autour d’une cour centrale et compte au départ deux niveaux. Au rez-de-chaussée, les bâtiments sont utilisés pour conserver les vivres et les munitions. Au premier niveau, des batteries (ensemble de pièces d’artillerie) casematées y sont installées prêtes à faire feu. Au dessus de ce niveau, sur la terrasse, un parapet crénelé protège une autre batterie. L’ensemble du fort est accessible par une rampe qui donne sur la porte d’entrée monumentale.

Image satellite du fort (source : maps.google.fr)

Le fort de l'île Pelée (source : www.netmarine.net)

De la prison politique au complexe touristique ?


Le fort de l’île Pelée a changé de nom en fonction des régimes français. Fort royal, fort impériale puis fort nationale, il prend définitivement le nom de fort royal à partir de 1848. Malgré ces changements de régime, le fort est toujours principalement utilisé comme prison politique à la fin du XVIIIe et au XIXe siècles. Cette fonction apparait par défaut à partir de la Révolution. En effet, en 1797, le Ministre de l’Intérieur, Pierre Bénézech, informe les administrateurs de Cherbourg qu’ils devront accueillir six détenus politiques dans les jours qui suivent. Or la ville est plutôt limitée concernant son nombre de place carcérale qui n’est que de 10. C’est pourquoi, les administrateurs cherbourgeois sont obligés d’utiliser les infrastructures militaires pour recevoir les nouveaux détenus, et en particulier le fort de l’île Pelée. Des aménagements sont réalisés au fort pour améliorer sa sûreté, comme par exemple la fermeture des ouvertures donnant sur la cour, mais rien n’est fait pour améliorer l’état de pauvreté des chambres qui accueilleront les détenus. De 1797 à 1800, Blondeau, Buonarroti, Cazin, Germain et Moroy, babouvistes condamnés à la déportation, ainsi que Marc Vadier, président du Comité de sûreté générale sous la Terreur, sont donc enfermés dans le fort de l’île Pelée. Plus tard 250 insurgés aurait été détenus dans le fort lors des événements de 1848.

Les progrès de l’artillerie, avec notamment l’apparition de l’obus torpille en 1885, entrainent le remodelage complet du fort vers 1898. L’ensemble du fort est bétonné, les créneaux de la terrasse sont supprimés, et un petit port composé d’un plan incliné en granit et protégé de deux épis en maçonnerie est ajouté devant le fort. Un ascenseur est aussi installé. Seuls la façade et les soubassements sont conservés du fort originel. L’intérêt stratégique du fort de défendre l’Est de la rade s’estompe à la veille de la première guerre mondiale et, en 1920, les 250 soldats présents quittent le site. Lors de la deuxièmes guerre mondiale, les troupes allemandes occupent le fort et le modernisent en y installant une centrale électrique.
Aujourd’hui, la Marine Nationale en est toujours propriétaire mais le site en complètement vide. On peut y pénétrer qu’avec l’autorisation de la Marine Nationale, qui limite l’accès pour des raisons de sécurité, semble-t-il. Les propriétaires, ne sachant quoi en faire, proposent de louer le site. Loin de limiter l’usage du site, au contraire, ils encouragent tous types de projets : centre nautique, centre de congrès, thalassothérapie ou encore plateau de jeu télévisé comme ce qui a été fait sur le fort Boyard. Un projet a été émis en 2004 faisant de l’île Pelée un centre d’activités multiples comme vous pouvez le voir sur ce site : fortroyal.ifrance.com. La Marine Nationale ne souhaite pas vendre le fort de l’île Pelée pour pouvoir garder le contrôle de l’île.
Le fort est actuellement vide mais il est toujours essentiel dans la protection de Cherbourg. Certes l’ennemi n’est plus le même qu’à l’origine mais il est tout aussi dangereux puisqu’il s’agit du vent. Si le fort est rasé, la ville risque bien un jour de se retrouver les pieds dans l’eau.
Pour voir des photos de l’intérieur du fort : blog du photographe Philip Plisson et blog de Fréderic Clot.
Vous pouvez également regarder ce reportage réalisé par France 3 en 1993 : L'île Pelée.


Sources :

Mémoire de Julien LOUVRIER, Repenser la naissance de la prison politique dans le cadre expérimental de la République bourgeoise. L’exemple des déportés babouvistes enfermés au Fort National de l’Isle Pelée (Cherbourg), Rouen, 2001
www.netmarin.net
www.ville-cherbourg.fr
www.cheminsdememoire.gouv.fr

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