
A la frontière nord du département de la Somme, la "plus ancienne citadelle de France" domine la ville de Doullens. Revenons maintenant sur l'histoire de cet édifice remarquable qui servit de place-forte militaire mais aussi de prison.
La construction sur une frontière capitale du royaume de France au XVI° siècle
Au XVI° siècle, la ville de Doullens a pris une importance considérable d’un point de vue stratégique. En effet, elle se situe alors sur la frontière nord du royaume de François 1°. Celui-ci est alors en Guerre contre Charles Quint, roi et empereur exerçant son pouvoir sur l’Espagne mais aussi une vaste partie de l’Europe où figurent les Flandres et l’Artois. Dans ce contexte, l’actuelle Picardie est constamment attaquée et il est décidé que Doullens doit pouvoir se défendre seule. Elle doit aussi devenir une « ville de guet » devant contenir les attaques des troupes ennemies et ainsi les empêcher d'atteindre les villes d'Amiens et de Paris.
(Carte des possessions de Charles Quint au Nord de l'Europe)
(Plan de la citadelle de Doullens. Source : document de l'office de tourisme du Doullennais. Photographie aérienne)


La citadelle devient lieu d’assignation à résidence. Fin du XVII°-XVIII° siècle
Même si la citadelle perd son importance militaire, elle demeure tout à la fois un lieu lié au pouvoir royal et un édifice imprenable. Ces caractéristiques ont sans doute favorisé sa «reconversion» en prison (même si des garnisons militaires y été toujours présentes). Dès le XVII° siècle, elle aurait accueilli dans ses murs des prisonniers politiques de marque comme le frère de Louis XIII Gaston d’Orléans, et au XVIII° siècle Louis Auguste de Bourbon, fils de Louis XIV et de Madame de Montespan (accusé de conspiration contre le Duc d’Orléans alors désigné régent). Située entre Amiens et Arras, la citadelle a aussi accueilli des prisonniers anonymes des circonscriptions des deux villes, surtout sous la Révolution. On y enferme alors des prisonniers avant qu’ils soient exécutés.
Une Prison d’Etat devenant prison pour femmes. XIX° siècle - années 1960
Après la Révolution, la prison de Doullens va de nouveau accueillir des prisonniers politiques. Le 22 Juillet 1835 (période de la "Monarchie de Juillet"), une ordonnance royale en fait une prison d’Etat. Les prisonniers qui y sont enfermés sont en majorité des opposants du régime en place, soit une majorité de bonapartistes et d'anti-royalistes, mais aussi des socialistes comme Raspail et Barbès.
Dans la première moitié du XX ° siècle, en temps de guerre, les locaux présents dans la citadelle sont reconvertis en hôpital militaire canadien lors du premier conflit mondial, et en camp d’internement politique/base militaire par les allemands lors du second. Là encore, la fin des troubles politiques rime avec un retour aux fonctions originelles. Après 1918 la maison de préservation réouvre ses portes et après 1945 on y installe de nouveau une prison pour femmes. Collaboratrices et délinquantes y sont enfermées. Cependant, cette réouverture ne semble être qu’un sursis puisque la prison de Doullens ferme définitivement ses portes en 1958. Les seuls occupants des locaux de la citadelle sont ensuite des familles de harkis. Elles les quittent en 1965.
De l’abandon à la reconversion en lieu touristique.
Entre 1965 et le milieu des années 70, la citadelle est totalement désertée, laissée à l’abandon. La mobilisation de quelques passionnés et une prise de conscience de sa valeur patrimoniale ont été les moteurs de sa sauvegarde. Le 17 Juillet 1978, la citadelle de Doullens est inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. La même année, le département en avait fait l’acquisition. Ceci n’est pas à négliger car c’est à partir de ce moment qu’une rénovation des lieux a pu être entreprise et une réouverture des lieux au public envisagée. Cela s’est concrétisé en 1982.
Depuis, la citadelle de Doullens est devenue un lieu touristique à part entière, visitable tout au long de l’année, mais elle est aussi le "support" pour l'exercice d’autres types activités. En effet, ses murs accueillent tous les ans, depuis 1987, la Fête des plantes du Nord de la France (ou Journées doullenaises du Jardin d’agrément) mais aussi des chantiers d’insertions et la plateforme « citadelle » destinée à la formation aux métiers du bâtiment.
Lieu hier en marge de la ville et de ses activités, la citadelle semble aujourd’hui être un prolongement pour Doullens, notamment parce qu'elle est une véritable attraction touristique pour la ville. En tant que telle, la place-forte subit encore aujourd'hui des travaux de rénovations afin d'être mise en valeur et d'accueillir ses visiteurs dans les meilleures conditions.
Sources où retrouver les principales informations et davantage de renseignements :
http://www.mairie-doullens.fr/zone1/pageLibre0001005f.html
http://www.doullens-tourisme.com
http://www.jedecouvrelafrance.com/f-3338.somme-citadelle-doullens.html
http://www.jdja.net/
http://punkbruno.centerblog.net/
Témoignages de membres du personnel de Doullens :
http://www.criminocorpus.cnrs.fr/spip.php?article326&var_recherche=doullens
Témoignages de membres du personnel de Doullens :
http://www.criminocorpus.cnrs.fr/spip.php?article326&var_recherche=doullens


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