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jeudi 23 décembre 2010

La citadelle de Doullens : un lieu au passé militaire et carcéral devenu lieu touristique



A la frontière nord du département de la Somme, la "plus ancienne citadelle de France" domine la ville de Doullens. Revenons maintenant sur l'histoire de cet édifice remarquable qui servit de place-forte militaire mais aussi de prison.

Au XVI° siècle, la ville de Doullens a pris une importance considérable d’un point de vue stratégique. En effet, elle se situe alors sur la frontière nord du royaume de François 1°. Celui-ci est alors en guerre contre Charles Quint, roi et empereur exerçant son pouvoir sur l’Espagne mais aussi une vaste partie de l’Europe où figurent les Flandres et l’Artois. Dans ce contexte, l’actuelle Picardie est constamment attaquée et il est décidé que Doullens doit pouvoir se défendre seule. Elle doit aussi devenir une « ville de guet » devant contenir les attaques des troupes ennemies et ainsi les empêcher d'atteindre les villes d'Amiens et de Paris.


(Carte des possessions de Charles Quint au Nord de l'Europe)

Vers 1530, les travaux de construction d’une forteresse pour Doullens sont commandés par François 1° lui-même à son ingénieur militaire Antonio de Castello. Celui-ci bâtit un premier édifice constitué de quatre bastions en grés. Tout au long des XVI° et XVII° siècles, cette première forteresse va subir différents travaux d’amélioration. Les guerres qui perdurent et l'évolution perpétuelle de l'artillerie motivent ceux-ci. Il faut attendre 1655 pour que la citadelle de Doullens soit visible dans son aspect quasi-définitif et si particuliers, agrémenté de «demi-lunes». Devenue une véritable place-forte, elle sert ensuite de modèle aux nombreuses édifications de Vauban (réalisées à partir des années 1670).




(Plan de la citadelle de Doullens. Source : document de l'office de tourisme 
du Doullennais. Photographie aérienne)




Cependant un événement va marquer un véritable tournant pour la ville dans la même période : la signature du traité des Pyrénées en 1659. Par celui-ci, l’Artois est enfin rattaché au Royaume de France dont la frontière est désormais repoussée plus au Nord. Doullens n’est plus une ville frontière.


La citadelle devient lieu d’assignation à résidence. Fin du XVII°-XVIII° siècle



Même si la citadelle perd son importance militaire, elle demeure tout à la fois un lieu lié au pouvoir royal et un édifice imprenable. Ces caractéristiques ont sans doute favorisé sa «reconversion» en prison (même si des garnisons militaires y été toujours présentes). Dès le XVII° siècle, elle aurait accueilli dans ses murs des prisonniers politiques de marque comme le frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans, et au XVIII° siècle, Louis Auguste de Bourbon, fils de Louis XIV et de Madame de Montespan (accusé de conspiration contre le Duc d’Orléans alors désigné régent). Située entre Amiens et Arras, la citadelle a aussi accueilli des prisonniers anonymes des circonscriptions des deux villes, surtout sous la Révolution. On y enferme alors des prisonniers avant qu’ils soient exécutés.


Une Prison d’Etat devenant prison pour femmes. XIX° siècle - années 1960



Après la Révolution, la prison de Doullens va de nouveau accueillir des prisonniers politiques. Le 22 Juillet 1835 (période de la Monarchie de Juillet), une ordonnance royale en fait une prison d’Etat. Les prisonniers qui y sont enfermés sont en majorité des opposants du régime en place, soit une majorité de bonapartistes et d'anti-royalistes, mais aussi des socialistes comme Raspail et Barbès.


(Les cellules de la prison)


Avec les changements de régimes politiques viennent aussi des changements dans les murs de la citadelle. En 1855 (période du Second Empire), la prison de Doullens devient une maison centrale pour femmes et ce jusqu’en 1887, date à laquelle il est décidé que cette institution doit fermer. Elle laisse alors sa place à une maison pénitentiaire (ou « de préservation ») pour jeunes filles dont la vocation est par certains aspects plus sociale : le but est de donner une éducation aux jeunes femmes prises en charge par l’assistance publique et  de lutter contre la délinquance.




(La prison vue de l'extérieur)


Dans la première moitié du XX ° siècle, en temps de guerre, les locaux présents dans la citadelle sont reconvertis en hôpital militaire canadien lors du premier conflit mondial et en camp d’internement politique/base militaire par les allemands lors du second. Là encore, la fin des troubles politiques rime avec un retour aux fonctions originelles. Après 1918, la maison de préservation rouvre ses portes et après 1945, on y installe de nouveau une prison pour femmes. Collaboratrices et délinquantes y sont enfermées. Cependant, cette réouverture ne semble être qu’un sursis puisque la prison de Doullens ferme définitivement ses portes en 1958. Les seuls occupants des locaux de la citadelle sont ensuite des familles de harkis. Elles les quittent en 1965.

De l’abandon à la reconversion en lieu touristique

Entre 1965 et le milieu des années 70, la citadelle est totalement désertée, laissée à l’abandon. La mobilisation de quelques passionnés et une prise de conscience de sa valeur patrimoniale ont été les moteurs de sa sauvegarde. Le 17 Juillet 1978, la citadelle de Doullens est inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. La même année, le département en fait l’acquisition. Ceci n’est pas à négliger car c’est à partir de ce moment qu’une rénovation des lieux a pu être entreprise et une réouverture des lieux au public envisagée. Cela s’est concrétisé en 1982. 

Depuis, la citadelle de Doullens est devenue un lieu touristique à part entière, visitable tout au long de l’année, mais elle est aussi le "support" pour l'exercice d’autres types activités. En effet, ses murs accueillent tous les ans, depuis 1987, la Fête des plantes du Nord de la France (ou Journées doullenaises du Jardin d’agrément) mais aussi des chantiers d’insertions et la plateforme « citadelle » destinée à la formation aux métiers du bâtiment.




Lieu hier en marge de la ville et de ses activités, la citadelle semble aujourd’hui être un prolongement pour Doullens, notamment parce qu'elle est une véritable attraction touristique pour la ville. En tant que telle, la place-forte subit encore aujourd'hui des travaux de rénovations afin d'être mise en valeur et d'accueillir ses visiteurs dans les meilleures conditions.


Sources où retrouver les principales informations et davantage de renseignements :




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1 commentaire:

  1. Bonjour;
    il est bon de preciser que les harkis n'etaient pas des prisonniers.
    merci;

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