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jeudi 23 décembre 2010

Le château de Ham : une ancienne prison d’Etat sauvée du péril


En bordure Est du département de la Somme, il reste encore aujourd'hui des vestiges du château-fort médiéval de Ham, élevé au XIII° siècle par le seigneur de la ville, Odon. Doté d'une importante histoire militaire et carcérale, il mérite d'être connu malgré le peu de traces matérielles présentes aujourd'hui sur le site pour témoigner de son brillant passé.


Comme la citadelle de Doullens, ce château est devenu un lieu stratégique pendant les guerres du XV° et du XVI° siècle. En effet, il se situe alors sur la frontière nord du royaume de France (et à l’entrée de l’île de France qui est plus étendue qu’aujourd’hui).

C’est en ces temps de conflits que la forteresse « primitive» de Ham est améliorée par ses nouveaux possesseurs, les membres de la famille de Luxembourg, qui s’y installent vers 1420. D’abord, c'est Jean de Luxembourg qui y entreprît des travaux, notamment au niveau de la porte d’entrée et des quatre tours d’angle. Allié aux anglais, il est celui qui aurait amené à Ham sa première prisonnière célèbre : Jeanne d’Arc, vers 1430. Plus tard, son neveu et héritier le comte de Saint-Pol Louis de Luxembourg (1418-1475), connétable de Louis XI, y fît bâtir un donjon massif connu sous les noms de «Grosse Tour» ou «Tour du connétable». Elle joue un rôle militaire important puisqu'elle sert à défendre l'entrée de la forteresse. Suite à différentes intrigues, Louis de Luxembourg est condamné à mort et ses biens sont revendus. Ham passe ensuite dans les mains de différents seigneurs. Ce n’est que vers la fin du XVII°, sous le règne d’Henri IV (de 1589 à 1610), que le château est rattaché au domaine royal français.

(Photographie du château de Ham. Source : archives départementales de la Somme.
Sur la gauche : la Tour du Connétable)


Les différents souverains successifs lui accorderont toujours une importance certaine. Ainsi, le château de Ham a subi des travaux conduits par Vauban sous le règne de Louis XIV. Le célèbre architecte y implanta des demies-lunes comme dans nombre d'autres places-fortes qu’il a fortifiées. Même si cela laisse suggérer que le château est encore et avant tout considéré comme un lieu militaire stratégique, il va officiellement devenir une prison d’Etat au XVIII°. Les différentes sources évoquent souvent les mêmes prisonniers qui occupèrent ses murs comme le comte de Mirabeau ou encore le plus célèbre : Louis Napoléon Bonaparte qui y fût assigné à résidence de 1840 à 1846, date à laquelle il s’évada de la forteresse. C’est pendant cette incarcération qu’il a écrit son ouvrage De extinction du paupérisme.

(Représentation du château dans les Etudes saint-quentinoises, XIX° siècle)

A la fin du XIX° siècle et au début du XX°, le château de Ham semble "renouer" avec son passé de place-forte militaire. En effet, il est occupé lors du conflit franco-prusse de 1870 par une partie de l’armée prussienne. Celle-ci s'y trouve prise au piège par les troupes françaises et soumise à la capitulation. Plus tard, lors de la première Guerre Mondiale, la ville est occupée par les allemands qui en font un point de repli. Ils la détruisent en grande partie en 1917. Le château est alors réduit à l’état de ruines et négligé jusqu’aux années 1970.


(Photographies du château réduit en ruine après la guerre. Source : archives départementales de la Somme)


Hier prison d’Etat, le château - ou du moins ce qu’il en reste - appartient aujourd’hui à la commune de Ham. Le 9 mars 1965, les ruines ont été inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Cependant, c’est uniquement grâce aux initiatives d’un ensemble de bénévoles que la sauvegarde des ruines - porte d’entrée du château et quelques murs d’enceinte - a pu être entreprise. Ils se sont réunis au sein de l’association Les amis du château de Ham et œuvrent depuis maintenant une trentaine d’années pour redonner un peu de prestige à ce site. Ceci passe par différents types d’opérations : chantiers d’insertions et travaux de bénévoles sur les ruines, organisations d’expositions sur l’histoire du château et de spectacles historiques... Tout cela permet de faire vivre la mémoire d’un lieu dont les traces matérielles ne traduisent pas sa grandeur passée.












(Photographies des ruines du château aujourd'hui)


Sources :

www.ville-ham.fr
Voir dans l'article

Livres anciens numérisés abordant l'histoire du château

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