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jeudi 23 décembre 2010

Amiens : présentation des anciennes prisons de la capitale picarde

Même s’il ne demeure aujourd’hui qu’un seul établissement pénitentiaire en service à Amiens, la ville en a compté davantage par le passé. Encore visibles ou disparus, ceux-ci attirent toujours l’attention des historiens qui soulignent parfois la place particulière des lieux d’emprisonnement amiénois dans l’histoire générale des prisons françaises. Nous pouvons maintenant procéder à une rapide présentation des anciens lieux d’emprisonnement de la ville dans l’ordre chronologique de leurs constructions.

Le Beffroi d’Amiens, prison communale (ou « de l’échevinage »)


Au Moyen Age, dans les villes du Nord du royaume de France, les Beffrois prennent une place particulière dans le paysage. Ces larges tours, d’abord construites en bois puis en pierre, sont des lieux importants pour les villes : ce sont des tours de guet qui permettent de prévenir les éventuelles attaques d’ennemis mais aussi des lieux symbolisant qu’une ville a acquis sa liberté face aux seigneurs locaux (laïcs et ecclésiastiques). La place du beffroi devient aussi le lieu où l’on réunit la population. L’histoire du beffroi d’Amiens révèle que ces édifices pouvaient aussi servir de prison. Il a été bâti entre 1406 et 1410 sur la place au Fil pour remplacer un premier beffroi détruit par un incendie. Le beffroi est très rapidement devenu le lieu d’affirmation du pouvoir communal puisque le maire et les échevins («conseillers municipaux») y tenaient leurs réunions et y exerçaient leur justice. Ceci explique l’aménagement de salles et de cellules dans la partie inférieure du beffroi. Même si son aspect a changé au gré des époques, son utilisation est quant à elle restée sensiblement la même. Ainsi, les cellules du beffroi ont accueilli des prisonniers (le plus souvent pour de courtes peines) jusqu’en 1940.


Aujourd’hui, le beffroi d’Amiens est un lieu patrimonial et touristique à part entière. Il a été inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques le 7 août 1926 puis a été gravement endommagé par les raids aériens allemands en 1940. Ce n’est qu’à partir de 1989 que sa restauration a débuté pour s’achever en 1990. Depuis 2005, il fait partie de l’ensemble des 23 beffrois – situés dans le Nord-pas-de-Calais et la Picardie - classés sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. Aujourd’hui, la municipalité s’évertue à perpétuer la connaissance de cet édifice et à en faire un lieu touristique à part entière. Cependant, son accès reste encore limité à certaines dates et périodes précises.

La Conciergerie, "prison du Roi"


(Source : archives départementales de la Somme)

Construite entre 1767 et 1768, cette prison était située derrière l’actuel Hôtel de ville et constituait une dépendance de la «maison du bailliage», lieu où le bailli, administrateur représentant du Roi en province, exerçait la justice et son pouvoir de police. Il s’agissait donc d’un établissement d’Ancien Régime dont il ne demeure aucune trace visible aujourd’hui. Les archives départementales de la Somme possèdent néanmoins des plans de l’édifice qui permettent d’en savoir plus sur son aménagement. Cette prison, devenue Maison de Justice au XIX°, a accueilli des prévenus -hommes et femmes- et des condamnés pour crimes par la Cour d’assise du département. Il réunissait également les futurs galériens avant leur transfert. Apparaissant dans les différentes sources comme étant particulièrement insalubre, la Conciergerie a fermé ses portes en 1853.

La prison de Bicêtre, ancien dépôt de mendicité devenu maison de correction


Elle a été bâtie au niveau de ce qui est encore aujourd’hui le quartier de la Hôtoie (ou la Hautoye), situé au Nord-Ouest de la ville, en 1783. A cette époque, le nouveau bâtiment est d’abord un dépôt de mendicité accueillant pauvres, malades, aliénés et «filles publiques». Ce n’est qu’en 1795 que le nouvel édifice, dit «de Bicêtre», prend la fonction de maison de correction. Il accueille alors des mineurs et des condamnés à des peines correctionnelles devant être purgées en moins d’un an. Les prisonniers y exercent des activités de confection textile. En 1809, la prison devient quelques mois une maison centrale avant de retrouver sa fonction originelle. Elle ferme définitivement ses portes en 1906. Manifestement, il ne reste aujourd'hui qu'une «Allée du Bicêtre» mais aucune trace matérielle de l’édifice.

(Plan en élévation de la façade d'entrée de la prison. Source : archives départementales)

La maison d’arrêt des Grands-Chapeaux


Dernier établissement pénitentiaire que nous pouvons évoquer : la maison d’arrêt des Grands Chapeaux. Celle-ci a été ouverte vers 1805 dans les murs de l’ancien cloître de la Barge (alors situé dans la rue éponyme). Préalablement, au XVIII° siècle, les Frères demeurant là y avaient ouvert une école pour les enfants pauvres. Lieu aux proportions importantes, il a subi une reconversion afin d’accueillir des prévenus et personnes redevables pour dettes. Sa date de fermeture nous reste inconnue. Il n’y a plus de trace de ce cloître-prison aujourd’hui.

Christian Carlier, historien spécialiste de l’histoire des établissements pénitentiaires et de leur administration, a étudié ces prisons amiénoises et plus particulièrement l’emprisonnement des mineurs dans celles-ci. Son article De la maison de correction à la colonie pénitentiaire. Les enfants délinquants à Amiens sous la monarchie de Juillet, disponible sur Criminocorpus (ici), vous apportera davantage d’informations sur l’histoire des prisons évoquées ci-dessus et sur leurs prisonniers (mode de vie, effectifs…) au XIX° siècle. 

Cet aperçu nous permet d’affirmer que la ville d'Amiens a un passé carcéral dense, méritant d’être étudié dans son ensemble. On peut regretter le manque d'informations qui entoure certaines de ces prisons aujourd'hui.


Sources




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