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jeudi 30 décembre 2010

Compiègne : fermeture programmée pour la maison d’arrêt

A l’horizon 2017, la Picardie va voir l’un de ses plus anciens établissements pénitentiaires fermer : la maison d’arrêt de Compiègne, ouverte en 1867. Sa capacité d’accueil est de 82 places. Précisons-le immédiatement : on ne trouve quasiment aucune source abordant l’histoire de cet établissement sur Internet. Cependant, de nombreux articles mis en ligne présentent les différentes réactions qui entourent la fermeture de cet établissement. L’ensemble pourrait former «Le récit d’un sauvetage qui n’a jamais été envisagé ». La reconversion du site semble même être d’ores et déjà trouvée. 

Un document disponible en ligne est une référence sûre pour présenter cet établissement : le rapport de visite du Contrôleur général des lieux de privation de Liberté.

(Porte d'entrée de la maison d'arrêt de Compiègne)

Une majorité pour la fermeture


Si l’on se réfère aux articles, différentes raisons favorisent l’absence de réaction locale pour la sauvegarde de cette prison. La principale sans doute : les riverains vivant cette future fermeture comme une libération. En effet, un quartier résidentiel est bâti tout autour de l’établissement pénitentiaire. Ses riverains subissent de manière constante et croissante les désagréments inhérents à cette situation. 

« …Vingt-trois prisons vétustes fermeront et seront remplacées par de nouveaux centres de détention plus modernes. Celle de Compiègne, située en plein cœur d'un quartier résidentiel, fermera en 2015 (…). Une bonne nouvelle pour les riverains, qui presque quotidiennement doivent subir les aléas du système carcéral. Rose et Antonin*, un couple de retraités, prennent cette nouvelle avec philosophie. « Il y avait un projet de cité judiciaire, mais c'est oublié. Une chose est sûre, on ne regrettera pas la prison si elle déménage. On s'est habitués aux furtives déclarations d'amour dans la rue ou aux coups de klaxon. Et les jours de parloir, on retrouve canettes et détritus devant notre porte. Des visiteurs sont même montés sur des voitures garées dans la rue pour balancer des colis. C'est arrivé à l'un de nos voisins ! Mais dans l'ensemble, nous sommes moins exposés que d'autres. Certains ont même des murs mitoyens avec la prison.(…) *Les prénoms ont été modifiés.»(Extrait de l’article du 28 Juillet 2010 du Parisien : Fermeture de la prison : les riverains veulent y croire)



Ajoutons que depuis le début, un élément majeur ne semble pas jouer en la faveur de la préservation de cette prison : sa vetusté. Comme les 22 autres établissements condamnés à la fermeture, remettre la maison d’arrêt en état aurait nécessité beaucoup d’argent. Or, même si ce problème avait été réglé, un autre aurait perduré : celui du manque de place pour accueillir les prévenus et condamnés. Comme le suggèrent les mots des riverains de la prison, la promiscuité avec les habitations est déjà très importante, il n’y a pas de possibilité d’agrandir celle-ci. Les élus politiques en place préfèrent donc tourner la page et penser à l’avenir. Ainsi, leur soutien va vers le projet de construction d’un nouvel établissement pénitentiaire à Beauvais à l’horizon 2015. Sa capacité d’accueil serait de 700 places. Rien ne semble précisément déterminé pour le moment. Ajoutons que la municipalité semblait depuis longtemps vouloir la fermeture de l’établissement afin de réaliser des projets d’aménagements urbains (concordants davantage avec les souhaits des riverains) :

« Bien avant l'annonce en juillet de cette décision irrévocable, les services de la municipalité avaient anticipé la disparition de la prison vieille de 143 ans. « Nous nous y préparions, avoue l'édile*. Notre plan local d'urbanisme prévoit d'ailleurs une vocation d'habitations individuelles sur ce site. Une fois que le ministère de la Justice aura cédé son terrain, un appel d'offres sera lancé. » Quatre maisons ou un petit immeuble « La superficie du site est de 4000 m2, nous y prévoyons quatre maisons individuelles ou un petit collectif en harmonie avec l'architecture du quartier », précise-t-il. » (*Philippe Marini maire de Compiègne)(Extrait de l'’article du Parisien du 20 septembre 2010: Des logements remplaceront la prison )

Une minorité pour le maintien


Si l’argument fonctionnel est utilisé pour justifier la fermeture de la prison, il est aussi invoqué pour encourager son maintien. Ainsi les employés de la prison, soucieux – entre autres - de devoir aller travailler à Beauvais,à soixante kilomètres de chez eux - qui plus est dans un futur établissement déshumanisé - ont tenté de former une résistance face à la décision de fermer la maison d’arrêt. Comme en témoignent certains articles, ils ont même pu trouver du soutien parmi les magistrats locaux.

« Pourquoi fermer la maison d'arrêt de Compiègne ? C'est la question que se pose Erika Broche. Juge d'application des peines et représentante du Syndicat de la magistrature, elle a visité les lieux, lundi. Visite de routine, dans le cadre des fonctions d'un magistrat ? Pas seulement.

Fin juillet, la Garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, annonçait la fermeture de 23 établissements pénitentiaires d'ici quelques années, dont Compiègne. Trop vétuste. « Une annonce faite de but en blanc, sans aucune concertation, déplore Erika Broche, de l'affichage politique. »


La magistrate comprend d'autant moins cette décision, qu'elle a trouvé « un établissement propre » : « Je n'ai pas vu de murs croûteux, comme à Amiens, si cela n'a pas changé. Dans chaque cellule, il y a des douches, des toilettes fermées et séparées. Les détenus se plaignent surtout du parloir qui est une salle commune et qui manque d'intimité.(…)» (Extrait d' un article du Courrier picard daté du 9 novembre 2010)

Malgré ces protestations, il semble évident que la fermeture de la prison aura bien lieu. Il reste à voir ce qui adviendra des projets prévus pour réaménager le site dans les années à venir. On peut imaginer que le souvenir de la prison disparaîtra rapidement des esprits, d’autant plus que Compiègne possède un autre lieu – à l’importance historique avérée - lié à la mémoire de l‘emprisonnement : l’ancien camp d’internement de Royallieu.


Sources :

Journaux cités

www.annuaires.justice.gouv.fr (ici)

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