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lundi 27 décembre 2010

La maison d’arrêt de Dijon : fermeture annoncée, patrimoine en danger

Située en centre-ville, rue d’Auxonne, la Maison d’Arrêt de Dijon devrait fermer ses portes d’ici 2015. Est-ce une bonne chose ? Les opinions divergent entre le personnel pénitencier, le voisinage de la maison d’arrêt et l’Administration Pénitentiaire. Ce qui inquiète c’est l’avenir. Comment sera la nouvelle prison qui doit prendre la relève ? Que deviendra la prison actuelle ? La maison d’arrêt de Dijon est un site chargé d’histoire qui ne manque pas d’intérêt. Penchons-nous d’abord sur l’histoire du site afin de mieux comprendre les enjeux de cette fermeture.


Image satellite de la maison d'arrêt de Dijon (source : maps.google.fr)

L'entrée de la Maison d'Arrêt (source : www.dijonscope.com)

Une prison cellulaire du XIXe siècle


Vers 1830, l’Etat décide de « doter chaque département d'une prison de type cellulaire apte à faire réfléchir les prisonniers sur leurs crimes ». C’est dans ce contexte qu’est construite la prison de Dijon. En projet dès 1847, les plans de l’architecte du département, Jean-Philippe Suisse, sont approuvés en 1851. La totalité des matériaux utilisés et toutes les entreprises présentes pour la construction des bâtiments proviennent du département. Les travaux prennent fin en 1852. Adoptant le système cellulaire de type pennsylvanien, la prison de Dijon est considérée au XIXe siècle comme l’une des plus modernes de France. Avant 1850, la ville de Dijon réutilisait d’anciens bâtiments comme des hôtels ou des couvents, pour emprisonner des condamnés. Peu de temps après l’ouverture de la prison, en 1860, une place semi-ovale est aménagée devant les bâtiments. La prison est la propriété du département jusqu’en 1945 date à laquelle le site est cédé à l’Etat.

L’amélioration des conditions de vie des détenus et du personnel pénitencier poussée par une émeute


Peu entretenue, la maison d’arrêt de Dijon se dégrade petit à petit au cours du XXe siècle. Dans les années 1980, malgré l’agrandissement de l’enceinte pour reconstruire le quartier des femmes, la surpopulation est plus que jamais la réalité de la prison avec un taux d’occupation de plus de 250 %. Les détenus sont souvent trois ou quatre dans des cellules de 9 m2. C’est donc sans véritable surprise, qu’éclate, en 1996 à la Maison d’Arrêt de Dijon, l’une des plus importantes mutineries qu’ait connue la France.

Le 7 avril 1996, en plein après-midi, un détenu ceinture un surveillant au retour de la promenade pendant qu’un autre s’empare de son trousseau de clés. L’émeute préparée par un noyau dur, est rapidement suivi par d’autres détenus. Les prisonniers saccagent et incendies les locaux. Les forces de l’ordre sont obligées d’intervenir. 8 heures après le début de la mutinerie, la Maison d’Arrêt est totalement évacuée pour la première fois de son histoire. Un policier, un surveillant et cinq détenus seront blessés durant cet événement. À cause des incendies, l’Administration Pénitentiaire est dans l’obligation de rénover complètement la Maison d’Arrêt. Ce qui coûtera 25 millions de francs soit près de 4 millions d’euros. Pendant ces mois de travaux, la prison est quasiment fermée. Elle reprendra son activité normale qu’en 1999. Par ces travaux, on essaye de faire en sorte qu’une telle émeute ne se reproduise plus en améliorant la sécurité mais surtout en agissant à la source du problème : les mauvaises conditions de vie des détenus. Le nombre de surveillants est augmenté, les cellules sont équipées de séparations avec les toilettes, les douches sont rénovées et les loisirs sont diversifiés. Mais ces modernisations ont-elles été suffisantes ? C’est la question qui se pose aujourd’hui.

La fermeture de la Maison d’Arrêt de Dijon, une bonne ou une mauvaise chose ?


En avril 2010, la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, a décidé que la maison d’arrêt de Dijon fermerait ses portes au plus tard en 2015. Elle devrait être remplacée d’ici-là par la construction d’un nouveau bâtiment.

Certains voient cette fermeture comme une bonne nouvelle. Le problème de surpopulation à la maison d’arrêt de Dijon est toujours d’actualité. Le nombre de détenus était de 317 au 1er janvier 2010 pour 188 places théoriques, soit un taux d’occupation de plus de 165 %. Aujourd’hui, il y a un délai de 7 à 8 mois entre le moment où une peine de prison ferme est prononcée et le moment où elle est exécutée. Les normes européennes ne sont donc pas respectées. La nouvelle prison sera construite dans l’agglomération dijonnaise. Les liens familiaux pourront donc être maintenus. C’est aussi une bonne nouvelle pour les entreprises locales qui devraient être sollicités pour bâtir les nouveaux établissements carcéraux. Certains voisins de l’actuelle maison d’arrêt sont aussi satisfaits par cette annonce. En effet, certains se plaignent des nuisances sonores causées par les détenus qui s’insultent ou sifflent les collégiennes qui s’entraînent sur le terrain de sport à côté mais aussi par les proches des détenus qui crient à l’extérieur de la prison pour être entendus des prisonniers.

Mais tout le monde n’est pas de cet avis. Le personnel pénitencier s’oppose catégoriquement à la fermeture de la maison d’arrêt. Pour eux, l’abandon de ce site est un gaspillage. En effet, la maison d’arrêt a été en grande partie rénovée et modernisée après la mutinerie de 1996. En 2009, deux millions d’euros ont également été attribués au secteur pénitentiaire de Dijon dont la majeure partie était destinée à la rénovation de la prison. Entre deux, d’importantes sommes avaient été versées pour la toiture, le système de vidéosurveillance et la visioconférence. Des aménagements récents qui montrent que le site n’est pas aussi vétuste que l’on croit. Les surveillants de Dijon parlent de la maison d’arrêt comme d’ « une structure à taille humaine » et d’ « un outil de travail de qualité ». Les coursives sont propres et l’ensemble est bien entretenu. Certes, la prison est surpeuplée mais bien moins qu’un grand nombre de prisons françaises. Le site est tout à fait viable. Certains prisonniers affirment eux-mêmes que les conditions de vie en détention ne sont pas si mauvaises. Les commerçants du quartier se plaignent aussi de cette fermeture. Ils craignent l’impact économique que risque d’entraîner cette fermeture.


Intérieur propre et entretenu de trois ailes de la maison d'arrêt (source : www.bienpublic.com et www.dijonscope.com)

Le pavillon central (source : www.dijonscope.com)


Une cellule (source : www.dijonscope.com)


Deux cours de promenade (source : www.dijonscope.com)

Ce que redoutent, le plus, les syndicats de la maison d’arrêt de Dijon, c’est le nouvel établissement pénitentiaire. Le nouveau site devrait compter environ 600 places. Le personnel pénitencier dénonce « une usine humaine », « qui accueillera finalement comme d'habitude deux fois plus de détenus que prévu en effectifs théoriques ». La nouvelle prison devrait aussi accueillir les détenus de la maison d’arrêt de Nevers (voir article « La fermeture de la maison d’arrêt de Nevers : loin des préoccupations patrimoniales ») qui doit aussi fermée dans les cinq prochaines années. Alors qu’on prône l’importance de conserver les liens familiaux des détenus en construisant la nouvelle prison dans l’agglomération dijonnaise, on accepte d’envoyer les détenus et les surveillants de Nevers à plus de 2h30 de chez eux.
Malgré ces oppositions, la décision est prise : la maison d’arrêt de Dijon fermera. On ne sait toujours pas exactement quand ni où sera construit le nouveau site (trois terrains auraient été cités pour accueillir la future prison). Une autre question se pose : quel est l’avenir des bâtiments de la maison d’arrêt ?

Les trois terrains évoqués pour construire le nouvel établissement pénitentiaire (réalisation personnelle à partir de www.mappy.fr)

Vente à un promoteur : avenir probable d’un patrimoine carcéral exceptionnel


Que vont devenir les bâtiments de la maison d’arrêt de Dijon ? En avril 2010, on a annoncé que la direction interrégionale des services pénitentiaires, située dans les bâtiments les plus modernes, resterait dans l’enceinte de la maison d’arrêt, rue d’Auxonne. Elle devrait même être agrandie pour recevoir les services de la protection judiciaire de la jeunesse actuellement basée à Orléans. Le reste des bâtiments sera très probablement mis en vente. Un terrain en centre-ville qui risque d’avoir du succès auprès des promoteurs immobiliers. Quelques rumeurs disent que le site sera réhabilité, mais pour l’instant rien n’a été déterminé dans ce sens. Ce qui est sûr, c’est que personne ne parle de sauvegarde le site pour ce qu’il est : un patrimoine carcéral exceptionnel.

En effet, les bâtiments présentent d’abord un intérêt architectural important. Ils possèdent une architecture pénitentiaire typique du modèle pennsylvanien, avec un système d’emprisonnement cellulaire et un plan en croix autour d’un pavillon centrale, du milieu du XIXe siècle. Cet ensemble architectural est unique dans l’agglomération dijonnaise. L’intérêt historique est aussi à souligner. L’histoire de la prison s’inscrit parfaitement dans l’histoire de la détention en France : création d’une prison départementale dans les années 1840-50 en accord avec les réflexions de l’époque, dégradation des conditions de vie et surpopulation au cours du XXe siècle, et c’est aussi un site où a eu lieu l’une des mutineries les plus importantes de France.

La maison d’arrêt de Dijon est un patrimoine exceptionnel, autant que son avenir est incertain. Même sa fermeture annoncée pour 2015 n’a rien de définitif. La construction du nouvel établissement n’a pas encore commencée et d’ici là bien des élections auront eu lieu, notamment les élections présidentielles. Et on sait comme le changement d’élus peut inverser nombre de décisions.


Sources :

Fiche sur Base Mérimée
philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com
www.bienpublic.com
www.gazetteinfo.fr
www.dijonscope.com

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