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mardi 9 novembre 2010

Le mémorial au fort Montluc à Lyon

[ Reproduction d'un Article de 20mn.fr signé Anne Dory ]

Ancien lieu de torture nazi, le fort du 3e arondissement abrite un mémorial qui ouvre au public ce week-end


Plus de soixante-six ans après son arrestation, Simone Grandjean est revenue au fort Montluc (3e) pour la première fois, hier. Comme près de 8 000 personnes, résistants et juifs, elle a été incarcérée par les Allemands dans ce lieu de torture et d'exécution, désormais converti en mémorial. Simone Grandjean a dix-huit ans quand elle est internée au fort pour actes de résistance. En passant à nouveau l'enceinte de la prison, les souvenirs lui reviennent. « On est arrivée dans un camion, avec d'autres femmes, on était très serrées, il n'y avait pas assez de place pour s'asseoir », explique la rescapée. Ensuite elle est conduite en cellule. Elle partage cet espace d'1,80 mètres sur 2,50 mètres avec sept autres détenues. « On n'avait pas d'eau, rien pour préserver l'intimité, poursuit l'ancienne résistante, il y avait tellement peu de place qu'on devait dormir assises, la tête sur les genoux ». Elle ne connaît pas la torture à Montluc, mais bien vite elle comprend que ce lieu sinistre ne sera pour elle qu'une étape. Dix jours après son arrestation elle est déportée avec pour destination le camp de Mathausen, où elle retrouvera sa mère arrêtée en même temps qu'elle.

L'antichambre d'Auschwitz
Le sort de Simone Grandjean, beaucoup l'ont partagé. De nombreuses personnes, juives en particulier, ont été déportées après leur passage par les geôles nazies. Claude Bloch a quinze ans, le 29 juin 1944, quand il est arrêté comme Juif avec sa mère et son grand-père. Après un passage par le siège de la Gestapo avenue Berthelot, auquel son grand père n'a pas survécu, il est conduit à Montluc. Claude est enfermé dans la « baraque des Juifs », située au milieu de la cour du fort. Au milieu d'une centaine de personnes, il attend un mois d'être fixé sur sort. Par deux fois il a vu certains de ses codétenus appelés par des soldats allemands. « Si à la fin de l'appel le soldat précisait sans bagages, on savait que les gens allaient être exécutés, moi on m'a appelé avec mes bagages ». Il est alors envoyé à Auschwitz avec sa mère dont il sera séparé à l'arrivée et qu'il ne reverra jamais.

Un lieu de mémoire
Pour beaucoup de rescapés, le fort Montluc a été le préambule de la déportation, mais de nombreux internés n'en sont jamais ressortis. Des centaines d'entre eux ont été fusillés contre le mur d'enceinte de la prison. Ce « mur des fusillés », qui porte encore les traces des impacts de balles, sera désormais visible par le public. Réhabilité en mémorial, le fort Montluc n'a pas pour vocation d'être un musée. Sur la volonté du comité de pilotage du projet, les lieux, qui ont notamment vu passer Jean Moulin, ont été laissés tels qu'ils étaient pendant la seconde guerre mondiale. Ouvert pour les Journées du patrimoine ce week-end, le site sera accessible tous les jeudis au public.


Discours de Dominique Perben en 2010 


Mardi 14 septembre, aux côtés du secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Hubert Falco, mais également aux côtés de justes et de rescapés, Dominique Perben, en tant que représentant du conseil général, mais également au titre de député, a inauguré ce mémorial qui est désormais ouvert au public.
Alors qu’il était garde des Sceaux, Dominique Perben s’était engagé aux côtés de feu Georges Tassani, pour que la prison Montluc ne tombe pas dans l’oubli et devienne un incontournable lieu de mémoire.


Monsieur le Sénateur Maire, Monsieur le Président de l’Association des Rescapés de Montluc,

Messieurs les Présidents d’associations de Déportés, Résistants et Anciens Combattants,

Mesdames, Messieurs,

Monsieur le Ministre, cher Hulbert Falco,

Monsieur le Préfet,

Le 24 août dernier marquait le 66ème anniversaire de la Libération de la Prison Montluc. Réquisitionnée par la Police Allemande en 1943, elle devenait, ce lieu sinistre où, internés, de nombreux résistants furent déportés et fusillés, après avoir été torturés. Montluc est inséparable des lieux d’interrogatoires et de tortures que furent l’École de Santé Avenue Berthelot et les locaux de la Place Bellecour.

Il nous faut garder une trace de ce moment tragique de notre histoire. Je m’y suis engagé lorsque j’étais Garde des sceaux, et je n’ai jamais cessé, depuis, de militer pour la réhabilitation de cet espace unique.

La prison Montluc fait partie intégrante de l’histoire lyonnaise au même titre que les prisons Saint-Paul et Saint-Joseph ou encore l’Hôtel-Dieu. Construite en 1920, 7000 résistants et juifs, dont Jean Moulin y furent incarcérés, et 600 détenus fusillés par les nazis.

Cette réhabilitation doit-être l’occasion d’un hommage unanime à tous ceux qui furent incarcérés ici. Je pense aux « rescapés de Montluc », mais aussi à Jean Moulin, à Marc Bloch, au Général Jean de Lattre aux 44 enfants juifs d’Izieu, et à tous ces inconnus emprisonnés, torturés, et assassinés entre ces murs.

La prison Montluc, est un lieu de mémoire très particulier. Elle est l’image de l’antichambre de la mort, du départ vers Paris, de la route vers Compiègne puis les camps de la mort ; Elle est aussi, le lieu d’emprisonnement de personnages emblématiques de la résistance. Comment ne pas évoquer, les tortures infligées, ici-même à Montluc, à Jean Moulin par ses bourreaux… Comment ne pas se souvenir que débuta ici sa lente agonie. Sa cellule, est là pour témoigner et nous le rappeler.

J’aurai, ce soir, une pensée particulière pour Georges Tassani, qui s’est tant battu pour la reconnaissance de ce lieu, et qui nous a quitté il y a un an déjà. C’est avec émotion que je me souviens de ma première visite, en 2005, lorsque Garde des Sceaux, j’avais exprimé, à ses cotés, mon souhait et ma détermination à ce que la Prison Montluc devienne le lieu de mémoire qu’il est enfin aujourd’hui. Cette visite fut aussi émouvante qu’éprouvante pour ce « grand témoin » et éternel défenseur de ce projet qu’était Georges Tassani, et nous devons nous souvenir à travers lui, des souffrances endurées en ce lieu, par les prisonniers de Montluc, et par toute la résistance française. Je ne l’oublierai pas.

Je veux aussi remercier le Procureur-général Viout et le Préfet Gérault. Sans leur détermination cette préservation n’aurait pu se faire.

L’ouverture de ce lieu de mémoire, doit aussi permettre aux Lyonnais de découvrir enfin les conditions de vie indignes des hommes et des femmes emprisonnés ici. Il ne s’agit pas de créer un musée supplémentaire sur la Résistance. Lyon en a un, remarquable, à travers le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation. Le site de Montluc est davantage le lieu du recueillement et du souvenir. Centre névralgique de la Résistance, Lyon dispose aujourd’hui de deux lieux de mémoire majeurs : la maison du docteur Dugoujeon à Caluire, où Jean Moulin fut arrêté, et le fort Montluc. Symboles des souffrances de la Résistance, nous devons en faire des symboles de tous les crimes. La maison du docteur Dugoujeon abrite d’ailleurs désormais un Mémorial dédié à Jean Moulin. Le Conseil général du Rhône en a financé la transformation. Nous l’avons inauguré avec le Premier Ministre il y a quelques semaines.

Je suis heureux et ému d’assister à la concrétisation d’un dossier défendu depuis plusieurs années. Cette réhabilitation de la prison Montluc est la preuve qu’il est possible de redonner une nouvelle vie à ces bâtiments tout en conservant leurs dimensions historiques. Ils sont nombreux à Lyon.

Je redis aujourd’hui l’importance de donner une nouvelle vie à ces lieux de mémoire, en lien avec leur histoire, cette prison Montluc, les prisons St Paul et St Joseph, mais aussi l’Hôtel Dieu… Ces lieux doivent être conservés et mis en valeur sans jamais nier leurs dimensions historiques particulières. N’oublions jamais que nous ne pouvons nous projeter dans l’avenir qu’en étant porteur de notre passé collectif.

L’ouverture de ce mémorial, qui fait renaître l’âme des milliers de résistants et de déportés qui subirent, ici, les pires atrocités, confirme cette exigence mémorielle.

Pour vous tous, Résistants et Déportés, le souvenir demeure intact et, après l’ouverture, à l’initiative du Département, du Mémorial Jean Moulin à Caluire, et les efforts conjugués de tous pour sensibiliser les générations futures, ce mémorial de la prison de Montluc contribuera au devoir de mémoire qui est le notre. Ce mémorial, il vous est dédié, à vous qui combattirent l’oppression et à vos compagnons disparus. Le souvenir de vos actes héroïques ne doit jamais s’éteindre.

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