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lundi 29 novembre 2010

Le château de Saumur


Ce château qui se détache sous un ciel bleu dans Les Très Riches Heures du Duc de Berry avait été reconstruit à la fin du XIVe siècle par Louis Ier d’Anjou, frère du Roi Charles V. Au XVe siècle, René d’Anjou y aménagea les intérieurs. Aux XVIe siècle et XVIIe siècle, Saumur connut une prospérité jamais atteinte liée à la réforme, au rayonnement de l’académie protestante ainsi qu'à l’installation de plusieurs ordres religieux qui firent de la ville un centre de rayonnement intellectuel. Mais la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 fut fatale à l’activité de la ville.Déjà en 1650, après les combats menés contre la Fronde, la fonction stratégique du château de Saumur décline fortement. Celui-ci, gardé par une compagnie d'une cinquantaine d'invalides, sert surtout de prison pour des détenus très divers : des prisonniers de guerre, des protestantes et des personnages importants enfermés par lettre de cachet. Dès 1745, l’Etat, encombré par cette forteresse rarement occupée par des troupes de passage, veut la mettre en vente. L'administration municipale objecte et plaide en faveur de l'implantation d'un asile d'aliénés qui y respireraient un air salubre... En attendant, 500 prisonniers de guerre anglais y sont entassés.

Le château en 1808 par Delusse

L'aménagement d'une prison d'Etat à Saumur commence dès 1808. Les ingénieurs, croyant qu'il s'agit d'interner des prisonniers de guerre, étudient la remise en service de l'antique prison royale capable de recevoir une centaine de détenus. Napoléon décrète le 3 mars 1810 que le château sera transformé en prison d'Etat. Un autre décret du 10 août de la même année accorde 265 000 francs pour les travaux, somme réévaluée ensuite à 322 007 francs à la suite de nouvelles dispositions. L'ingénieur Charles-Marie Normand ordonne des travaux considérables, conseillé par Vavin, un spécialiste des prisons, et assisté par l'entreprise d'Alexandre-Jean-Baptiste Cailleau qui signe le devis le 15 mars 1811. Un nouveau bâtiment, d’après le plan de Normand, est entrepris à l'emplacement de l'aile occidentale ; il doit comprendre une infirmerie et une chapelle. Le comte Réal, adjoint du ministre de la Police, supervise l'aménagement. Les contre-ordres sont fréquents car le nombre et la qualité des prisonniers qu'on veut enfermer changent à plusieurs reprises.

En février 1814, les 45 premiers prisonniers politiques arrivent, en majorité des étrangers. Parmi eux se trouvent 17 Français et 19 Espagnols dont le comte de Transtamare, chambellan de l'ancien roi, ainsi que des chefs de la guérilla, Joseph Miranda et Xaviero Mina. Quatre-vingt-quinze pièces sont alors aménagées: la première classe correspond à de grands appartements individuels, la deuxième à des chambres communes, la troisième classe est destinée aux gardiens et domestiques. Les défaites de l'Empire entraînent un arrêt des travaux entrepris dans la cour du château. Les prisonniers s'agitent et le commandant de gendarmerie Pidoux rapporte que "ces messieurs sont en pleine insurrection, qu'ils ne souffrent plus qu'on les renferme chacun dans leur chambre". Un arrêté du nouveau gouvernement provisoire, pris le 8 avril 1814, libère tous les prisonniers. La geôle a servi à peine deux mois. En même temps, selon le Bulletin des Lois de 1814, n° 2, des prisonniers de guerre prussiens sont remis en liberté. En dépit des principes proclamés dans la Charte, Louis XVIII maintient deux prisons d'Etat, Vincennes et Saumur. Cependant, Saumur ne reçoit aucun nouveau détenu. Malgré cela, les travaux, en particulier les menuiseries sur l'aile nord et la tour N.O., se poursuivent pendant toute l'année 1814. Le projet de chapelle a disparu, on se contentera d'une infirmerie à deux étages. Au premier juin 1814, Cailleau dresse un état des ouvrages qu'il a exécutés et qui se montent à 357 471 francs . C'est seulement le 13 février 1815 que le sous-préfet lui transmet l'ordre de cessation du chantier. Enfin, le 24 février 1818, le sous-préfet de Carrère préside à la vente aux enchères des meubles destinés aux prisonniers.

La ville de Saumur finira par racheter le château à l'Etat en 1906 et, dès 1912, y seront installées les collections du musée municipal. En 1919, la donation par le comte Charles Lair de sa collection permet au musée de présenter un des plus beaux ensembles d’arts décoratifs de France, concernant une période allant de la fin de l’Antiquité jusqu’au début du XIXème siècle. Un Musée du Cheval présente également aux visiteurs plus de mille cinq cents pièces retraçant l’histoire de l’équitation à travers les âges et les continents. Le château, concernant son passé carcéral, ne garde aucune trace, seuls différents éléments architecturaux et plans attestent de sa fonction de prison.


Pour plus d'informations :

Le site du château de Saumur

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