Nombre total de pages vues

lundi 29 novembre 2010

L'abbaye de Fontevraud


Robert d’Arbrissel, prêtre et prédicateur, fonde en 1101 dans le vallon de Fontevraud une abbaye double: quatre prieurés pour les femmes, plus nombreuses, un pour les hommes situé hors clôture. C’est une véritable petite ville : granges, entrepôts, poulaillers, caves et jardins permettent de vivre en quasi autarcie.

Robert d'Arbrissel décide de confier la direction de l’abbaye à une veuve, malgré l’opposition des frères, ce sont 36 abbesses qui vont se succéder jusqu’à la Révolution : femmes de caractère, souvent de sang royal, elles dirigent ce qui est devenu l’Ordre Fontevriste.

L’abbaye devient une prison en 1804 par un décret de Napoléon Bonaparte en date du 02 novembre 1789. Ce décret visait à nationaliser les biens du clergé. Cependant, l’Abbaye de Fontevraud ne sera pas la seule à subir ces changements. Napoléon Bonaparte transformera aussi le Mont Saint Michel et l’Abbaye de Clervaux en centre pénitencier.

Elle passe d’un statut de clôture volontaire à un lieu d’enfermement. Les premiers prisonniers n’arrivent qu’en 1814, ce sera environs six cents détenus, originaires de neuf départements différents, qui viennent en effet inaugurer les nouveaux aménagements carcéraux qui ont remplacé les salles de prières.

Avec cette transformation en centre pénitencier, il a fallut construire de nouveaux murs et adapter les bâtiments actuels aux prisonniers. Cependant certains endroits ont gardé la même finalité depuis leur création :

- Saint Lazare devient l’hôpital des détenus (anciennement réservé aux lépreux et aux
malades)

- La salle capitulaire sert de tribunal de prison

- Les dortoirs des moniales deviennent les dortoirs des prisonniers


D’autres ont complètement été transformés :

- L’église abbatiale est devenue un atelier sur trois étages.

- Les cloîtres sont destinés aux promenades.

- Le réfectoire est désormais constitué de deux parties : au rez-de-chaussée, un
atelier et l’étage, des dortoirs. 

- Les tours enceintes deviennent des miradors


Le centre pénitencier de Fontevraud devait abriter 700 détenus cependant il en accueillit entre 1500 et 2000. Parmi ces prisonniers, on pouvait dénombrer des criminels notoires, des voleurs de légumes, des prisonniers politiques mais aussi, à certaines périodes, des femmes et des enfants. La prison de Fontevraud était aussi réputée pour sa dureté, comme en atteste l’écrivain Jean Genet dans livre Le Miracle de la rose

« De toutes les Centrales de France, Fontevraud est la plus troublante. C'est elle qui m'a donné la plus forte impression de détresse et de désolation, et je sais que les détenus qui ont connu d'autres prisons ont éprouvé, à l'entendre nommer même, une émotion, une souffrance, comparables aux miennes. Je ne chercherai pas à démêler l'essence de sa puissance sur nous : qu'elle la tienne de son passé, de ses abbesses filles de France, de son aspect, de ses murs, de son lierre, du passage des bagnards partant pour Cayenne, des détenus plus méchants qu'ailleurs, de son nom, il n'importe, mais à toutes ces raisons, pour moi s'ajoute cette autre raison qu'elle fut, lors de mon séjour à la Colonie de Mettray, le sanctuaire vers quoi montaient les rêves de notre enfance. »

La prison de Fontevraud recevra 113 enfants qui viendront remplir les cellules en 1842 et réparer leurs fautes passées. Ce changement va entraîner une modification architecturale du lieu : à l’enceinte, s’ajoutent de nouveaux murs et des cloisonnements. Cette modification de statut de l’abbaye, qui va devenir prison, va malgré tout lui permettre d'entamer une activité et de devenir une prison manufacture.

La vie des détenus était rythmée au son des cloches et de leurs travaux quotidiens. Ces tâches sont entre autre de : tisser le chanvre, fabriquer des chaises, fabriquer des boutons de nacres.

La journée d'un prisonnier d’organisé de cette façon :

6h40 : sonnerie de la cloche pénitentiaire
7h00 : levée des prisonniers
7h27 : descente au réfectoire pour le petit déjeuner
7h45 : première cigarette et début du travail dans les ateliers
11h30 : repas du midi qui était constitué d’une soupe, de choux, de fromage, et de pomme
12h30 : deuxième cigarette
13h45 : reprise du travail aux ateliers
17h30 : arrêt du travail
18h00 : diner
18h30 : troisième et dernière cigarette
19h25 : retour dans les cellules
22h00 : Extinction des feux

[Tiré de l'ouvrage L' Abbaye de Fontevraud, la plus grande Abbaye d'Europe de Chantal Colleu-Dumond]

Cages à Poule

À l’entrée de l’ancienne abbaye, chacun laisse son identité à l’extérieur. Un numéro de matricule est attribué, un uniforme distribué et une cellule confiée. Certains détenus très violent connaîtront les " cages à poule " peu accueillantes. Les grillages en fil de fer qui surplombent ces petits isoloirs leurs ont donnés leur nom. À l’intérieur, c’est très spartiate. Un simple lit et juste la place pour faire deux pas avant de se heurter à la porte en bois gracieusement tailladée par un petit interstice, pour pouvoir nourrir l’occupant. De plus, le détenu n'avait le droit à aucun contact extérieur et ne pouvait respirer l'air frais ou prendre le soleil. Les autres bénéficieront d’un peu plus de confort en partageant des pièces collectives.



Malgré des aménagements architecturaux, au XIXe siècle cette prison aura le surnom de "la prison aux milles portes et fenêtres" puisque les évasions furent assez nombreuses. Une anecdote concernant ces évasions: les gardiens de nuit avaient alors pris pour habitude de faire leur tour de garde en charentaise afin d’éviter tout bruit et de surprendre tout éventuelle évasion.

La création du Centre Culturel de l’Ouest succède en 1963 à la fermeture de la Centrale et l'Abbaye réintégre la liste des Monuments historiques. Mais quelques prisonniers resteront jusque dans les années 80 pour aider à la restauration du lieu. L’abbaye aujourd’hui garde encore les souvenirs sur ces murs du passage de certains prisonniers, de nombreux graffitis, "Richard Cœur de Lion est un con", ou "Piron a fait 218 jours, 1817 pour des mots séditieux" exemples cités lors de la visite thématique organisée sur la prison centrale de Fontevraud.



A l'heure actuelle l'abbaye de Fontevraud à créé une exposition s'intitulant : "Jean Genêt et la prison de Fontevraud". Cette exposition nous raconte l'histoire des prisonniers à Fontevraud et d'un prisonnier en particulier : Jean Genêt. Nous pouvons admirer les différents graffitis des prisonniers (repris sur des rideaux de plastique), un entretien video avec Jean Genêt, des documents papiers de la prison, les jeux de cartes des prisonniers etc.. Je vous conseille de voir cette exposition et de vous imprégner de l'histoire de ces lieux.

Jeux de carte de prisonniers
Graffiti de prisonnier, exposition Jean Genêt et la prison de Fontevraud 
Graffiti de prisonnier, exposition Jean Genêt et la prison de Fontevraud
Graffiti de prisonnier, exposition Jean Genêt et la prison de Fontevraud
Graffiti de prisonnier, exposition Jean Genêt et la prison de Fontevraud 


Sitographie

Site de l'abbaye de Fontevraud

Bibliographie :

COLLEU-DUMOND Chantal, L'Abbaye de Fontevraud, Robert Laffont, 2001

MENARD Bertrand, Encore 264 jours à tirer, pénitencier de Fontevraud, Cheminements éditions,1994.

GENET Jean, Miracle de la rose, Folio, 2010. 

2 commentaires:

  1. Votre étude est citée dans un articke du blog référencé ci-dessous :
    http://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2012/04/15/p-labbaye-de-fontevraudune-prison-manufacture/

    RépondreSupprimer
  2. Un deuxième article a été consacrè à votre analyse par un article du blog dont les références suivent :http://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2012/04/15/p-labbaye-de-fontevraudune-prison-manufacture

    RépondreSupprimer