Nombre total de pages vues

lundi 29 novembre 2010

Le château d'Angers, ses cachots et ses graffitis


Élevé par le Comte Foulques Nerra le premier château d’Angers fut reconstruit sur l’ordre de Saint Louis entre 1228 et 1238. L’austère citadelle dominant la Maine est un vaste pentagone flanqué de sept tours cerclées de noir et de blanc qu’entourent d’énormes fossés. Angers qui reste l’un des plus imposants spécimens de l’art militaire du Moyen age évoque des temps troublés où il convenait de se protéger contre des attaques soudaines.

Au milieu du XVIIème siècle, la forteresse est transformée en prison d'Etat et accueillit quelque temps le Surintendant Fouquet qui venait d'être arrêté sur ordre du Roi Louis XIV. Au moment de la Révolution, en 1793, le château contribua à empêcher que les Vendéens ne s'emparent de la ville d'Angers. Sous la Terreur, il redevient une prison jusqu'aux années 1850, date de la construction d’une nouvelle prison située en centre ville.

Les anciens cachots sont accessibles à la visite et ont fait l’objet d’une exposition nommée "La Mémoire des anneaux. Sept siècles d’enfermement au château d’Angers" d’octobre 2003 à avril 2005.


Cachot de la tour n°13. Il s’agirait d’un prisonnier anglais qui aurait 
représenté son bateau sur un mur, pendant les guerres napoléoniennes.

A l'occasion de cette exposition, on apprend qu’une grande partie de l'édifice était vouée, dès le XVe siècle, à l'incarcération des "manants" et autres ennemis de la couronne. Dans ses oubliettes, Louis XI installe, vers 1480, des "fillettes", cages de fer si exiguës qu'il est impossible de s'y tenir debout ou allongé. "Le chevalier de Bassompierre, arrêté alors qu'il projetait l'enlèvement du prince Djem, fils du sultan Mahomet II, y passa quelque temps en 1487", explique Jean Brodeur, auteur du catalogue de l'exposition "La mémoire des anneaux", qui revient sur le passé carcéral du château. De ce sinistre épisode ne subsistent aujourd'hui que quelques graffitis : des noms gravés à même la pierre. Mais aussi une série de dessins laissés là par des prisonniers anglais : de jolies femmes et des bateaux, visibles dans la chapelle comtale, transformée à l'époque en dortoir pour faire face à l'afflux de détenus.

Parmi les prisonniers célèbres de cette période figurent nombre de protestants. Tel Pierre de Rousseau, ancien prêtre catholique devenu pasteur protestant qui a dû expier sa trahison sous la torture en octobre 1545.

Quelques années plus tard, ce sera au tour de Nicolas Fouquet d'y être enfermé. Arrêté à Nantes le 5 septembre 1661 par le mousquetaire du roi Charles d'Artagnan, le surintendant des finances tombé en disgrâce y passera trois mois.

"Il est aujourd'hui possible de louer les quatre salons en enfilade où l'ancien ministre de Louis XIV entama sa longue captivité... pour organiser des réceptions ou des mariages", note la conservatrice. Et le rez-de-chaussée du logis du gouverneur devrait prochainement être aménagé en restaurant.

Dissimulés à l'autre extrémité du château, les cachots des "fous", en cours d'aménagement, devraient être prochainement visitables (sur rendez-vous uniquement). Car les malades mentaux étaient également jetés en prison sous l'Ancien Régime. "Ils étaient emprisonnés dans la tour du Diable : la paille de leur couchage n'était changée que tous les quinze jours et la nourriture leur était distribuée comme à des chiens" confie Elisabeth Dreyfus. Les deux cellules où se distinguent encore des anneaux métalliques où les déments étaient enchaînés font froid dans le dos. 

Cachot des fous du château d'Angers, France. Utilisé au début du 19ème siècle.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire