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dimanche 5 décembre 2010

Le fort Royal de l’île Sainte Marguerite, célèbre prison du Masque de fer



Au sud-est de la Croisette, l'archipel des îles de Lérins sépare le golfe de Napoule à l'ouest du golfe de Jouan à l'est. L’archipel se compose de quatre îles dont l’île de Sainte Marguerite qui l’une des plus grandes (160 hectares). Son nom avait été donné en l’honneur de la martyre d'Antioche. Une chapelle avait été érigée sur l’île.




Des traces d'un habitat sur Sainte Marguerite depuis l'antiquité ont été repérées. En effet, les fouilles archéologiques réalisées sur l'île dans les années 70/80 laissent apparaître des fondations remontant à cette période de l'antiquité. 

Le bâtiment principal est construit sur un ancien système de citernes construites par les romains qui occupèrent l’île durant le Ier siècle jusqu’au Vème siècle. 

Au début du XVIIe siècle, l'île Sainte-Marguerite, qui a longtemps appartenu à l'abbaye de Lérins, est cédée au Duc de Guise qui ordonne à Jean de Ballon la construction d’une fortification. Les travaux débutent en 1624 et se terminent en 1627 sur l’emplacement même des anciens vestiges romains. En 1633, Richelieu fait l’acquisition de l’île dans le cadre d’un programme de fortification du littoral de Provence.

Puis, la guerre de Trente Ans éclate, le fort est alors occupé par les Espagnols qui l’agrandissent par deux bastions et des casernes afin d’accueillir environ 800 hommes. Cependant, l’île est vite abandonnée et les français réinvestissent les lieux. Ils baptisent la forteresse du nom de Fort Royal. Le fort est considérablement renforcé par Vauban sur ordre du commissaire général aux fortifications de Louis XIV et qui lui donne son aspect qu’on connait aujourd’hui. Le fort est un pentagone avec deux demi-lunes et une double enceinte en étoile, des casernes et logements, des magasins à vivres et à munitions, une prison, une chapelle et un moulin.

Vauban dirigea l'édification de nombreuses citadelles et les défenses de plusieurs villes. Durant près d'un demi-siècle de sa vie consacrée entièrement au Roi, Vauban aura participé à plus de cinquante sièges et construit cent-trente places fortes et villes fortifiées....



Plan du fort Royal (source : PatrImages)

En 1687, le fort Royal devient officiellement une prison d’Etat. Cette même année, sur ordre de Louis XIV, un bâtiment est ajouté à l’intérieur de l’enceinte dans le but d’y aménager des cellules. C’est ainsi qu’à la demande du roi, des personnes pouvant présenter un risque pour la monarchie (protestants après la révocation de l’Edit de Nantes, auteurs de délit d’opinion, de librairie…) et des prisonniers incarcérés à la demande de leurs familles étaient enfermés au Fort Royal. Des personnalités de l’Histoire française y seront enfermées comme le Masque de fer détenu de 1687 à 1698, six protestants enfermés en 1689 après la révocation de l’édit de Nantes, Jean-Baptiste Suard, futur secrétaire de l’Académie française, le maréchal Bazaine qui réussit à s’échapper du fort Royal en 1873. Il est d'ailleurs le seul à s’en être évadé.

Gravure anonyme 1789 du masque du fer.
C'est le 30 avril 1687 que celui que l'on surnomma "le Masque de Fer" arriva sur l’île de Sainte Marguerite sous la garde de son geôlier Monsieur le Marquis de Saint-Mars. On a dit qu'il s'agissait du frère aîné du Roi Soleil, de Fouquet, le surintendant des finances de Louis XIV, d'un frère jumeau de Louis XIV, du comte Mattioli, … En 1698, le "Masque de Fer" est transféré à la Bastille où il meurt en 1703.


Une autre partie du fort Royal est destinée à la détention des soldats comme ce fut le cas pour les 600 prisonniers autrichiens après la bataille de Montebello en 1859. Après 1789, la prison d’Etat devient prison militaire. L’activité carcérale de l’île s’achève au début du XXème siècle. Le fort est inscrit aux Monuments Historiques en 1927. Plus tard, lors de l'occupation par les troupes allemandes durant le second conflit mondial, un poste de surveillance est aménagé sur une avancée triangulaire du fort. Les années passent et plusieurs bâtiments sont en ruine et la nature a repris ses droits. Des fouilles archéologiques ont été entreprises à partir de 1973.




Détails des façades à restaurer (source : PatrImages)

Le sauvetage du fort a été réalisé par les chantiers de jeunes Provence-Alpes-Côte-D’azur qui ont entrepris d’importants travaux de rénovation des remparts et des bâtiments, dans le but d’ouvrir le lieu à la visite. En 1978, le musée de la mer s’installe au cœur du fort où sont rassemblés des vestiges ligures, grecs et romains recueillis sur les fonds marins ou dans l'enceinte du fort. Il permet également de restituer la mémoire du lieu. On peut y découvrir les cellules notamment celle du célèbre Masque de Fer. De plus, en souvenir du martyre des pasteurs emprisonnés à Sainte-Marguerite, un mémorial est dressé au sein de leurs cellules. La ville de Cannes fait définitivement l’acquisition du fort Royal en 1996.

Vue de la prison du Masque de fer (source : musée de la mer)


À l’ouest de la cellule du Masque de fer, dans le prolongement du couloir des prisons, quatre cellules avaient perdu la trace des prisonniers enfermés, carrelage, enduits, graffiti effacés à jamais. Seule restaient l’architecture d’un lieu vacant que Jean Le Gac, peintre, a investi.




Sources :


Le site de l’inventaire général de la région PACA

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