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lundi 13 février 2012

Quel patrimoine carcéral pour le département du Var ? Et quelle valorisation ?


L’administration pénitentiaire centrale relevait, depuis l’origine, du ministère de l’Intérieur lorsqu’elle passa en 1911 (décret du 13 mars) dans les attributions du ministère de la Justice, ce qui dans l’immédiat et jusqu’à la fin des années 1930 ne modifia pas profondément la situation départementale puisque le préfet demeurait l’intermédiaire obligé du ministère sans que les magistrats eussent rien à dire. A l’échelon local, la circonscription pénitentiaire fut d’abord le département avant que le nombre de directions ne se réduise dans la seconde moitié du XIXe siècle. Si Draguignan devient le siège de la 44e circonscription pénitentiaire réunissant le Var, les Alpes-Maritimes et les Basses-Alpes (plus tard Alpes de Haute-Provence), la réforme de 1888 engloba le Var dans la 30e circonscription de Marseille.

Il n’existait pas en préfecture de bureau spécialement chargé des prisons mais cette attribution était toujours unie à celle de la police et de la sûreté, soit généralement au cours du XIXe siècle le second bureau de la première division.
Le département du Var, s’il possédait un bagne à Toulon, dont les archives se trouvent au service historique de la Marine de cette même ville, est en revanche dépourvu de maison centrale, comme bon nombre de départements du sud de la France, car un projet de réutilisation du couvent des dominicains de Saint-Maximin la Sainte Baume a avorté en 1842. Les établissements implantés sur son territoire se limitent donc à la maison d’arrêt, de justice et de correction de Draguignan, préfecture du Var de 1797 à 1974, et aux maisons d’arrêt et de correction existant auprès de chaque sous-préfecture (Brignoles, Grasse et Toulon).

En principe distinctes, les maisons d’arrêt, de justice et de correction étaient en fait réunies en un seul et même bâtiment. En effet, à Draguignan, aux prisons héritées de l’Ancien Régime et de la Révolution, celle de l’observance qui joua le rôle de maison de justice et celle qu’on installa dans l’ancien couvent des minimes puis au collège des doctrinaires (sans qu’une distinction bien nette ait été faite entre les différents prisonniers malgré des directives impériales), succéda en 1820-1821 un nouvel édifice construit sur les plans de l’architecte parisien Louis-Pierre Baltard (le père du célèbre architecte des Halles de Paris) qui fit également élever le palais de justice de Lyon et avait des idées précises et novatrices quant à l’adéquation des espaces pénitentiaires et de leur fonction répressive ainsi qu’en témoigne son Architectonographie des prisons, parue en 1829.

Toulon, pour se défaire de l’ancienne prison, insalubre et étroite, située dans les locaux du tribunal civil, se dota en 1830-1832 d’une nouvelle construction due aux plans de l’architecte départemental Lantoin, auteur du palais de justice qui lui était contigu. Mais encore trop étroite en dépit des agrandissements effectués en 1853, elle fut démolie pour faire place en 1927 à un nouveau bâtiment qui abrite toujours la maison d’arrêt de cette ville. 

Par la suite, le département perd deux de ces prisons : Grasse tout d’abord lorsque cet arrondissement fut démembré pour être rattaché au nouveau département des Alpes-Maritimes en 1860. La prison de Grasse, établie d’abord dans l’ancien palais épiscopal, fut installée en 1846-1847 dans un autre local qui respectait à son tour les principes suivis à Brignoles. Il perdit ensuite Brignoles, quand cette prison fut comprise dans le vaste mouvement de réforme judiciaire et pénitentiaire de 1926 (décret du 3 septembre) qui décide de la suppression de 21 prisons d’arrondissement. Cette prison de Brignoles fut installée dans l’ancien palais des comtes de Provence, dans un bâtiment construit entre 1838 et 1846, selon le régime de l’emprisonnement solitaire absolu tel qu’il était alors en vigueur dans les prisons de Philadelphie aux Etats-Unis.

On tente également, durant tout le XIXe siècle, de trouver un lieu d’accueil pour un dépôt de mendicité, préconisé par le décret de juillet 1808 mais sans succès. Le couvent des ursulines d’Aups est envisagé comme le couvent des cordeliers de Brignoles, le séminaire de Fréjus, celui de Vence ou encore la célèbre abbaye du Thoronet mais aucun projet n’est concrétisé. 

Des dépôts de sûreté existaient dans plusieurs villes et bourgs du département et leur nombre varia tout au long de la période d’une vingtaine à plus de trente ; ils n’accueillirent sans doute que rarement les condamnés en matière de simple police que l’on retrouvait en réalité dans les maisons d’arrêt, où un registre d’écrou leur était réservé, comme aux détenus pour dettes ou aux passagers de tous ordres.

De 1861 à 1878, la colonie agricole pénitentiaire de l’île du Levant, établissement privé fondé par le comte de Pourtalès, accueille de jeunes détenus (200 à 300 en général).

Enfin, il est à noter que la prison militaire du Fort Lamalgue à Toulon, destinée en principe à accueillir les condamnés militaires, servait également de dépôt pour les condamnés à la transportation au bagne de Cayenne.

Source :

 archives départementales du Var, introduction de la série Y par Olivier Poncet.

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