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jeudi 16 février 2012

Le patrimoine carcéral en Sarthe par Christel Pomar

Le département de la Sarthe posséda six établissements carcéraux sur son territoire mais ne posséda jamais de structures pour l’accueil des prisonniers de longue durée (les maisons centrales).




Carte du département de la Sarthe

La circonscription pénitentiaire du Mans était rattachée à la circonscription de Fontevrault puis, suite à la grande réforme pénitentiaire de 1926, elle fut placée sous l’autorité du directeur de la circonscription de Rennes. La Sarthe était composée d’un réseau de dépôts de sureté dans les cantons et de quatre maisons d’arrêt et de correction implantées dans les arrondissements du département.

Au début de la période Révolutionnaire, les prisonniers étaient détenus dans deux établissements au Mans : les femmes étaient enfermées au couvent des Ursulines et les hommes dans les prisons de l’Evêché, à coté du Palais de Justice, cependant ces locaux étaient insalubres et propices aux invasions. L’idée d’installer les détenus dans un nouveau site se fait dès lors jour. En 1792, les religieuses sont expulsées du couvent de la Visitation au Mans. Ce couvent  devient une caserne pour les soldats républicains de la guerre de Vendée, puis une prison pour les insoumis, un hôpital et enfin un atelier de tissage dans ses sous-sol. La loi du 7 thermidor an V (25 juillet 1797) en fait une propriété de l’état [1]. La prison devient un Palais de justice, une gendarmerie et une prison. Les travaux peuvent débuter en 1803. En 1808 les travaux sont achevés et le couvent peut désormais accueillir les détenus du Mans. Les cellules sont construites sous l’ancien cloitre et aucune fenêtre ne s’ouvrait sur la cour. S’ensuit une longue période sans aucun aménagement sauf pour l’accueil des femmes. Les religieuses de la congrégation d’Evron étaient chargées de la surveillance des femmes. En 1869 est prise la résolution d’agrandir la prison. On construit une nouvelle aile pour y installer les dortoirs, les ateliers surnommés « le chauffoir ». Les prisonniers de droit commun étaient installés autour de l’ancien cloitre et dans les sous-sols qui contenaient dix-huit cachots.

La chapelle de la Visitation au Mans est située sur la place de la République au cœur du centre ville. Cette dernière dépendait du couvent des Visitandines. L'église fut fondée en 1634. Le couvent attenant à la chapelle, confisqué après la Révolution, fut occupé au cours du XXe siècle par le Palais de Justice, notamment dans le corps de logis.  La chapelle de la prison du Mans est classée Monument historique depuis 1906. Les bâtiments conventuels ont été transformés en prison. Dès le XVIIe siècle, la prison est jugée vétuste et obsolète. En 1844, on apprend que « les bâtiments sont dignes d’une prison du Moyen-âge, la construction d’une prison cellulaire sera donc un grand bienfait » mais également que « les cachots sont obscurs et sans air, les cellules affectées au service des prévenus et accusés sont inhabitables, aucunes améliorations ne peut être apportée à cet état des choses, une reconstruction complète serait des plus nécessaire » (1878). 



L'église de la Visitation, le palais de Justice et les prisons, 1846 (Archives départementales, PC/183/262)


Vue aérienne de la prison du Mans, couvent de la Visitation 1955 (13 Fi 230 Archives départementales de la Sarthe)

Le Mans accueillie également une maison de correction pour les jeunes délinquants : la maison ou refuge du Bon Pasteur situé rue de la Blanchisserie.  Cet établissement fut fondé en 1833 par les religieuses Augustines. En 1850, il hébergea environ 120 jeunes filles réparties en quatre classes :  Les « pénitentes », jeunes détenues confiées aux religieuses par leurs parents ou par l’administration ; les « préservés », d’origine familiale en détresse ou orphelines ; les « madeleines » restées au Bon Pasteur pour prendre le voile. En 1852 ce refuge du Bon Pasteur fut reconnu d’utilité publique.

La nouvelle prison « les croisettes » construite à Coulaines a été inaugurée fin novembre 2009. Elle a été conçue pour accueillir environ 400 prisonniers. Les cellules de cette nouvelle prison font 10.5m² et contiennent un lit, une table, une armoire, une douche individuelle… Les cellules doubles font quant à elles 12-13m², et sont équipées de lits superposés.
La prison a été construite sur trois niveaux, deux bâtiments. Deux cours de promenade, un quartier accueil et un quartier de semi-liberté, des parloirs avocats, un quartier médical, une salle de vidéo conférence, un gymnase et terrain de foot, deux salles de musculations, des ateliers de travaux et de formations professionnelles constituent cet établissement pénitentiaire moderne.



Maison d'arrêt de Coulaines, site Europe 1.fr

La commune de la Flèche, dans le sud ouest du département accueillait une maison d’arrêt et de correction rue du Marché au blé, à coté du présidial. Le présidial de la Flèche fut fondé par Henri IV en 1595 et fut bâti à partir de 1606 à l’emplacement des anciennes halles. L’édifice comprenait des geôles au sous-sol, d’autres prisons et boutiques au rez-de-chaussée, la salle d’audience, la chambre des avocats et une chapelle à l’étage de comble. Après le transfert des prisonniers, le présidial fut converti en maisons.
La prison a été transférée au XIXe siècle, au fond de l’impasse Saint-Thomas dans les anciens locaux du prieuré du même nom. Un corps de bâtiment de l’hôtel Dieu fut construit au XVIIe siècle à l’emplacement de l’ancien prieuré Saint-Thomas. Le 17 septembre 1800, un ingénieur des Ponts et Chaussées démontre « combien il était urgent de transférer ailleurs les prisons actuelles de la Flèche »[1].
L’hôtel Dieu fut utilisé comme caserne puis, à partir du 20 juillet 1807, comme tribunal et prison. La nouvelle prison ouvrait sur le parvis de l’église par un monumental porche en pierre de style égyptien assez étonnant.  L’ancienne salle communautaire des religieuses fut transformée en locaux carcéraux. Les cellules étaient à l’étage, le long de deux couloirs en forme de T. Les geôles ouvraient sur l’extérieur par des grands œils-de-bœuf munis de grille.


Plan de la prison de la Flèche 1828 (Ardos, Crimes et châtiments, justice et prisons en Sarthe, 1985, 4°I 12, Archives départementales de la Sarthe)


Plan cadastral de la prison  1823 (archives départementales de la Sarthe cote PC/136/004)

Cependant l’état de la maison d’arrêt était pitoyable. Le 7 aout 1807, l’état d’insalubrité fut dénoncé par Monsieur Rocher-Desperrés, membre du conseil, qui s’inquiétait des conditions de détention des détenus. L’aile orientale abrita les cellules. La prison hébergea 30 à 50 détenus pendant le XIXe siècle. Elle fut fermée en 1926 pour y être ré-ouverte en 1931 et fermée pour la seconde fois en 1933. A cette date, un décret supprima 14 maisons d’arrêt dont celle de la Flèche, les détenus furent transférés au Mans.
De 1937 à 1939 elle fut ré-ouverte afin d’accueillir les réfugiés espagnols (hommes, femmes, enfants). Les Allemands la rouvrirent en 1943 pour l’incarcération des petits délinquants et des prisonniers politiques. Elle resta en activité jusqu’au 15 novembre  1953. En 1958, le portail de style égyptien fut abattu.


[1] Schilte Pierre, Les geôles fléchoises, 400 d’histoire, Province du Maine, 1994

Mamers accueillit la maison d’arrêt dans l’ancien couvent des Visitandines. Les religieuses furent contraintes de partir du couvent en 1792. Ce dernier devient une prison militaire puis un palais de justice, une caserne de gendarmerie et enfin une prison. Des travaux furent effectués de 1816 à 1820 notamment sur la partie occidentale du bâtiment et l’ancienne chapelle.  Les hommes et les femmes étaient séparés, de sorte de ne pas pouvoir communiquer. La prison ne pouvait accueillir qu’une trentaine de détenus, elle fut fermée en 1926 puis rouverte en 1931.




Vue aérienne de la prison de Mamers 1952 (13 Fi 157 Archives départementales de la Sarthe)



La commune de Saint-Calais se situe dans le sud-est du département non loin du Mans. Elle accueillit une maison d’arrêt installée dans l’ancienne tour de l’abbaye bénédictine par le décret du 5 thermidor an VI (26 juillet 1798). Le bâtiment était mal adapté à la détention des détenus malgré les travaux réalisés. En 1817, la toiture du bâtiment fut détruite suite à un incendie. 

Les autorités décidèrent donc d’édifier une nouvelle maison d’arrêt place du Marché aux chevaux. Les travaux commencèrent en 1856 et furent terminés en 1861. La prison se compose de deux corps de bâtiments reliés par une galerie couverte entourées d’une double enceinte, formant un ovale aplati. Cependant un nombre réduit de détenus furent hébergés dans la prison. Ces détenus étaient placés sous la garde d’un seul et unique surveillant possédant le titre de gardien chef. Son épouse s’occupait des femmes emprisonnées à Mamers. La prison ferma en 1826 suite à la décision ministérielle de fermer des établissements, dans un contexte de baisse de la population carcérale. Cependant cette dernière fut réutilisée pendant la seconde guerre mondiale jusqu’en 1955.


Vue aérienne de la prison de Saint-Calais 1955 (13 Fi 294, Archives départementales de la Sarthe)


Plan proposé pour la prison de Saint-Calais  1826 (ARDOS, Crimes et châtiments 4°I 12, Archives départementales de la Sarthe)



Les grandes affaires criminelles en Sarthe

Trois faits divers ont retenu l'attention : l’affaire des sœurs Papin et celle de la famille Leprince. Nous pouvons également rajouter l’enlèvement du milliardaire Mr Lelièvre par Mesrine en 1979.

L’affaire de sœurs Papin est survenue en février 1933. Christine et Léa Papin deux sœurs au service de Mr et Mme Lancellin habitant au Mans, assassinent sauvagement sans raison apparente leur patronne ainsi que sa fille. Ce double assassinat reste inexpliqué et demeure cruel, il provoque un terrible choc et interpelle la France entière. En effet les deux sœurs ont énucléé, à mains nues, leur patronne, leur ont infligé de nombreux coups de couteau et de marteau. La plus âgée des deux sœurs Christine est condamnée tout d’abord à «  avoir la tête tranchée sur la place du Mans », mais finalement aux travaux forcés à perpétuité par décret du Président Albert Lebrun le 22 janvier 1934. Internée à l’hôpital psychiatrique à Rennes, elle refuse de s’alimenter et se laisse mourir le 18 mai 1937 à l’âge de 32 ans. Léa, la cadette est condamnée à dix ans de travaux forcés et 20 ans d’interdiction de séjour. Elle mourra en 2001[1].


[1] Houdyer Paulette, L’affaire Papin le diable dans la peau, éd Cénomane, 1988

On peut signaler un graffiti sur les soeurs Papin reproduit sur le site CRIMINOCORPUS : http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article684.html


L’affaire Leprince a défrayé la chronique dans les années 1990. En effet le 5 septembre 1994, la police découvre à leur domicile de Thorigné-sur-Doué, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles âgées de 10 et 6 ans sauvagement assassinés. La plus jeune des filles, âgée de deux ans est retrouvée saine et sauve dans sa chambre. Le frère de Christian Leprince, Dany habitant la maison voisine est accusé par sa femme et leur fille ainée de meurtre. Il avoue seulement le meurtre de son frère, après 46 heures de garde à vue, puis se rétracte. Il accuse sa femme de faux témoignage et affirme que c’est elle l’assassin. S’ensuit accusations, rétractations, incohérence dans les faits, mensonges de la part de sa femme et de sa fille. Reconnu coupable de quatre meurtres, Dany est condamné à perpétuité avec 22 ans de sureté. Cependant il ne cesse de clamer son innocence. En 2006, la justice a ordonné un supplément d’informations pour une éventuelle révision du procès. En 2010, la cour de révision est saisie de l’affaire et ordonne une suspension de peine et donc une sortie de prison provisoire. Le rejet de la demande de révision le 6 avril 2011 le renvoie en prison.


Couverture du livre de Roland Agret et Nicolas Poincaré, Condamné à tort, l'affaire Leprince. 



Le 21 juin 1979, Monsieur Lelièvre, un riche octogénaire sarthois, habitant à Beaumont-sur-Sarthe, est kidnappé par le gangster Mesrine[1]. Ce dernier réclame une rançon de 6 millions de francs. La rançon sera donnée par le fils du milliardaire. Mr Lelièvre sera libéré le 28 juillet 1979[2].



 Henri Lelièvre, Archives Ouest-France





[1] Le mans ma ville.com, l’ennemi public n°1 avait kidnappé un milliardaire sarthois, 27/10/2008
[2] Site Paris.fr, du 28 juillet 2010




Bibliographie

Sources archivistiques :
16 J 513 Bermond Steeve, la prison du Mans  1830-1875.
13 Fi 157 vue aérienne de la prison de Mamers 1952
13 Fi 230 vue aérienne de la prison du Mans 1955
13 Fi 294 vue aérienne de la prison de Saint-Calais 1955

ARDOS, Crimes et châtiments, justice et prisons en Sarthe, 1985
Boisseau (J), Des prisons départementales, Bulletin de la société d’agriculture 1871-1872, n°21, P 526-567
Schilte Pierre, Les geôles fléchoises, 400 ans d’histoire, Provinces du Maine, n°8, janvier 1994


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