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lundi 13 février 2012

Brignoles - Du Palais des comtes de Provence aux graffitis de sa prison


C’est au point culminant de Brignoles, sous préfecture du Var située au nord de Toulon, que les comtes de Provence érigent au XIe siècle des fortifications, une tour, un château et une muraille. Et c’est en 1264 que Charles II comte de Provence et son épouse Marie de Hongrie transforme les lieux en un palais comtal. Le dernier comte à y venir séjourner est le roi René, de la famille d’Anjou, en 1458 et 1470. 


Entre 1416 et 1631, le palais sert occasionnellement de parlement de Provence. De 1927 à 1945 il est occupé par la croix rouge et le dispensaire. Enfin, en 1945, sur l’initiative de l’association « les amis du vieux brignolais » et de son président le docteur André Jaubert, il devient le musée du pays brignolais.

Pour ce qui nous intéresse, c’est le 23 mai 1578 qu’est établi officiellement à Brignoles la sénéchaussée, cour de justice de première instance, qui s’occupe des causes courantes, aussi bien du civil que du criminel. Celle-ci est installée au palais comtal, dans la salle d’audience, construite au dessus de la chapelle alors rebaptisée salle des Etats généraux.

 

Ce n’est qu’en 1840 que cette salle est transformée en séjour pour les besoins de la sous préfecture. Sur place, des détenus pouvaient être installés dans les prisons royales, dites aussi les prisons de la terreur, dont on peut encore observer la porte d’entrée, restaurée en 1988. 

Sous l’Ancien Régime (XVIe -XVIIIe siècles), les parlements, appelés aussi cours souveraines, se trouvent au sommet de la pyramide judiciaire. Les juridictions inférieures leur sont étroitement subordonnées: dans un ordre hiérarchique décroissant, les sénéchaussées (ou bailliages), les vigueries (ou prévôtés) et les justices seigneuriales. En Provence, les tribunaux de sénéchaussée furent institués par l’édit de Joinville (1535) dans les villes d’Aix, de Draguignan, de Digne, de Forcalquier et d’Arles ; le siège de Marseille fut créé quelques mois plus tard par l’édit de Crémieu de février 1536. Dès le début de leur institution, ces juridictions dépossédèrent les juges ordinaires dont la compétence était universelle dans l’ancien droit provençal. Le ressort du siège d’Aix, possédant le titre de siège général, était immense : outre la viguerie d’Aix, il embrassait les vigueries de Saint-Maximin, Brignoles et Toulon et une partie de la viguerie d’Hyères.

En 1791, le tribunal judiciaire et le juge de paix s’installent à leur tour au palais comtal, au rez de chaussée, et des casernes sont instaurées aux premier et second étages. En 1795 a lieu l’installation des autorités administratives et judiciaires à Brignoles, devenue préfecture, jusqu’en 1798. C’est alors que le tribunal civil vient siéger dans le palais comtal et ce jusqu’en 1842, date à laquelle le palais devient la sous préfecture qui ne déménage qu’en 1920. Et comme on le sait le palais, lui, devient le musée du pays brignolais en 1945. Le palais comtal et son passé judiciaire sont également valorisés par un parcours historique de la ville de Brignoles.

Dans le domaine du patrimoine carcéral, Brignoles est également connue pour sa prison, aujourd’hui abandonnée et l’étude des graffitis laissés sur ses murs. 

La prison de Brignoles est construite en 1840, dans le quartier industriel de la ville, et aurait été en activité jusqu’en 1950 selon les archives départementales du Var. Cette construction a pour objectif de gérer les nouveaux problèmes de « délinquance », liés aux bouleversements économiques et politiques de l’époque. Son intérieur ressemble à celui d’une grande nef d’église, flanquée d’absidioles. Son plan est conçu sur le principe panoptique. 

Les graffiti relevés sur les murs de cette ancienne prison couvrent essentiellement la période de la seconde Guerre Mondiale. Bien que prohibés, ils sont, pour les détenus, une volonté de personnaliser l'espace de leur cellule et de couvrir les murs de figures et de scènes d'un ailleurs idéalisé. La variabilité des représentations est fonction du vécu de chaque prisonnier.

Une danseuse - décompte du temps - un personnage


L'inscription du lieu d'origine signe l'appartenance de chacun à une communauté. Les lieux dessinés expriment l'intimité et le confort ou bien la promiscuité et même une certaine permissivité. Dans un univers carcéral où rien ne bouge, certains détails suggèrent le déplacement et la vitesse, d'autres les temps forts de la guerre. Le graffiti permet à son auteur de rendre extraordinaires quelques épisodes de sa vie passée. Deux thèmes envahissent vraiment les murs : le décompte du temps, parfois jusqu'à l'obsession et l'évocation de lieux aimés ou sublimés qui permet aux détenus de s'évader, mentalement, un court instant.


Les murs de la prison de Brignoles ont pour l’essentiel fourni la documentation graphique de l’œuvre de Philippe Hameau, Marcel Morel et de Sandrine Truchi, Les graffiti de l’ombre, qui met en valeur un aspect essentiel du patrimoine carcéral, les détenus et leurs ressentis.

Enfin, dernier établissement pénitentiaire en date à Brignoles, le centre éducatif fermé. 
En 2002, la loi d’orientation et de programmation pour la justice ou loi Perben 1 réforme l’ordonnance de 1945 sur l’enfance délinquante. Celle-ci prévoit des établissements pénitentiaires pour mineurs et des centres éducatifs fermés comme alternative à l’incarcération. Mais pour certains, il s’agit simplement d’un retour des maisons de correction pour les mineurs, supprimées en 1979 par A. Peyreffitte.

Le premier CEF de la région Sud Est est celui de Brignoles, le 24 janvier 2007. Il est installé sur un domaine à l’écart de la ville, route des vins. Avant son arrivée, le terrain avait déjà vocation d’aider les mineurs – il y avait un foyer, la Farigoule (en activité jusque 2005) et un centre pour mineurs. 

Le CEF accueille, sur décision judiciaire et pour une durée de six mois renouvelables, les mineurs multi récidivistes. Leur nombre varie de 10, à l’ouverture du centre, à 7 jeunes actuellement, de 15 à 18 ans, encadrés par une équipe de 25 personnes. Ils ne peuvent en sortir sans autorisation. Même si l’établissement n’est pas entouré de miradors mais d’un grillage de 2,5 mètres de haut, les barreaux aux fenêtres comme la vidéosurveillance rappellent la condition d’enfermement. Les jeunes peuvent voir leur famille sur rendez vous et ont le droit à deux coups de téléphone par semaine. Téléphone portable, tabac, stupéfiants et relations sexuelles sont interdits. Celui qui ne respecte pas strictement le règlement peut être envoyé en prison. 

A côté de cet enfermement strict, les jeunes reçoivent tout de même un accompagnement personnalisé par l’équipe pédagogique. Quatre pôles d’activités existent : la scolarité en partenariat avec l’éducation nationale, un pôle professionnel avec une activité horticole dans l’enceinte du centre et un chantier d’insertion organisé par l’office national des forêts, du sport et de l’expression artistique et culturelle avec des ateliers variés (arts du cirque, radio, vidéo, écriture, musique,…). Ces activités sont obligatoires de 9h à 17h. Parfois des veillées et des week-ends à thèmes sont organisés. Ainsi, structurée en trois phases de - bilan socio-éducatif, construction de projet individualisé et préparation à la sortie-, la prise en charge par le centre vise à l'insertion sociale et professionnelle de ces jeunes délinquants.

« Les CEF sont un leurre »


L’ouverture du CEF de Brignoles est loin de faire l’unanimité dans le milieu éducatif et notamment syndical. Pour le SNPES-PJJ, l’institution des CEF « rappelle les anciennes maisons de correction ». « On va enfermer des jeunes dans un centre qu’on appelle éducatif avec une équipe de la PJJ pour se déculpabiliser. Mais en réalité, c’est un habillage éducatif », estime Karine Molinier, secrétaire régionale et membre de la section varoise du syndicat. selon elle, « les CEF sont un leurre, car un placement ne peut se faire qu’avec l’adhésion du jeune ». Or, « la contrainte judiciaire a pour objet d’assurer l’effectivité de la mesure éducative de placement en permettant de sanctionner fermement le non-respect de celle-ci ». En clair, la menace de sanction est le moteur des CEF.

« Il y a un déni de la conception même de l’adolescent. Le mineur n’est plus défini comme un adolescent en difficulté mais sous main de justice », explique Karine Molinier. Dans ce contexte, le syndicat juge qu’« il n’est pas proposé au mineur de se reconstruire et d’évoluer mais de construire un projet dans un climat d’obligations, de contraintes et de menaces de sanction ».

A l’inverse, les foyers traditionnels et les milieux ouverts qui existent déjà représentent à son sens « une solution alternative qui a fait ses preuves ». « Mais la PJJ ne donne pas assez de moyens pour qu’ils fonctionnent », précise la syndicaliste. Les CEF, eux, bénéficient d’un budget important. « Dans un foyer traditionnel, la prise en charge d’un jeune coûte 150 euros par jour. En CEF, c’est 650 ! », conclut Karine Molinier.

Marielle Valmalette, lhd-toulon


Sources :

archives départementales du Var


www.la-provence-verte.net


www.ldh-toulon.net

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