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mardi 21 juin 2011

Le bagne de l'île du Salut. Guyane

Les îles du Salut sont constituées par trois îlots d'origine volcanique rattachés à la Guyane: l’île du diable, l’île Royale et l’île Saint-Joseph.



Sous le Second Empire, à partir de 1854, l'administration pénitentiaire y instaure un des bagnes les plus durs au monde, où passeront 70 000 prisonniers. L'île Royale où se trouvaient rassemblés, outre une chapelle, un phare et un poste de douane, les bâtiments administratifs et le camp central, les logements du commandant et des membres du personnel (deux hôpitaux, un pour le personnel, l’autre pour les condamnés), la poste ou ce qui en tenait lieu, les magasins à vivres et la cantine, la prison, les ateliers, les abattoirs, une caserne désaffectée servant de salle de réunion, le mess des célibataires et, sur le quai, le poste de douane, la boulangerie, la case des canotiers. (Tous les bagnards arrivaient sur l'île Royale en attendant d'être affectés sur une des trois îles en fonctions de leurs positions), l'île Saint-Joseph servait pour les « fortes têtes » (Les "Réclusionnaires") mais aussi pour l’asile de fous et le cimetière des surveillants et l'île du Diable pour les espions, les détenus politiques ou de droit commun. En raison des très forts courants ne permettant pas toujours à un canot de faire la traversée, un câble et une benne reliaient cette île à l’île Royale.

Prisonniers célèbres 


En octobre 1858, le communard Charles Delescluze y est transféré. Il bénéficiera de l'amnistie à la fin 1860 et regagnera alors Paris où il publiera un livre de souvenirs consacré à sa détention en Guyane.
L'anarchiste Clément Duval, membre du mouvement « La Panthère des Batignolles » y sera déporté en 1887. Après plusieurs tentatives, il réussira à s'évader le 14 avril 1901 et finira sa vie à New York.
L'île fera parler d'elle lorsqu'Albert Dreyfus y sera détenu d'avril 1895 à juin 1899. Sa case fut entourée de palissades suite à des rumeurs d'évasion. En 1908, l'officier de marine Benjamin Ullmo, accusé de trahison, occupera la même case. Classée monument historique, elle a été restaurée à l'aide de financements du CNES.
L'anarchiste Marius Jacob, un des modèles du personnage Arsène Lupin, condamné à perpétuité, y séjournera de 1906 à 1925 en tentant à de multiples reprises de s'évader.
Henry Charrière, condamné en octobre 1931 aux travaux forcés à perpétuité pour meurtre, a décrit son séjour et ses tentatives d'évasion dans son livre Papillon publié en 1969. L'authenticité de son témoignage est mise en doute suite aux déclarations d'un de ses compagnons de bagne, Charles Brunier, qui affirme que Charrière a retranscrit sa propre histoire. Le récit de Charrière s'inspirerait aussi du livre d'un autre bagnard, René Belbenoit, auteur de cinq tentatives d'évasion. En 1973, Papillon a donné lieu à une adaptation cinématographique avec steeve Mc Queen et Dustin Hoffman.

Après la fermeture du bagne qui, bien que décidée par un décret-loi du gouvernement Daladier en 1938, ne fut réalisée qu'en 1947, les installations pénitentiaires seront laissées dans leur état de grand délabrement jusqu'à l'implantation du centre spatial guyanais en 1965 à Kourou. Devenues la propriété du Centre national d'études spatiales (CNES) en raison de leur intérêt stratégique, dû à leur position sur la trajectoire des fusées Ariane, les îles du Salut sont évacuées avant chaque lancement, à l'exception de la propriétaire de l'auberge de l’île Royale et de quelques gendarmes.

Depuis les années 1980, grâce à l'essor touristique des îles et à la volonté de sauvegarder une partie du patrimoine historique, le CNES a permis la remise en état de la Chapelle de Royale, de la maison Dreyfus (non visitable) ainsi que certaines cellules du quartier des condamnés. Enfin, la maison du Directeur a été aménagée en Musée du Bagne.

Une grande partie de ce bagne des îles du Salut est aujourd’hui classée ou inscrite au titre des monuments historiques.

La maison Dreyfus


Réservée uniquement au capitaine Dreyfus (il y resta seul durant 5 ans !), condamné en 1895 pour haute trahison, il se consacra à la méditation sur l'unique banc à sa disposition. Reclus dans une case isolé de la mer par une palissade qu'il n'avait pas le droit de franchir, mis aux fers toutes les nuits et maintenu dans un silence absolu (l'approvisionnement en nourriture lui parvenait de l'île Royale par un câble tendu au dessus des vagues), il en ressorti totalement brisé au bout de 5 longues années.
Il obtenu sa grâce et sa réhabilitation à la suite d'une campagne d'opinion menée par Émile Zola, auteur de la fameuse lettre ouverte "J'accuse", parue dans le journal l'Aurore.


La case de Dreyfus sur l'île du Diable en Guyane

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