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lundi 20 juin 2011

La Saline Royale d'Arc-et-Senans : un camp d'internement de la Seconde guerre mondiale par Manon Pigné


Photographie : Jean François Bidoli


Classée Patrimoine Mondial de l'Unesco depuis 1982, la Saline Royale d'Arc-et-Senans, manufacture du XVIIIe siècle, fut créée par Claude Nicolas Ledoux (1736-1806), célèbre architecte du siècle des Lumières.

Claude Nicolas Ledoux, après avoir été architecte ingénieur des eaux et forêt puis architecte de la ferme générale est nommé commissaire des salines de Lorraine et de Franche-Comté en 1771 par Louis XV. Cette mission d'inspection lui permettra alors de connaître les besoins d'une usine efficace. Avec l'appui de Mme du Barry, il sera ainsi nommé par la suite architecte du Roi ce qui lui permettra de se voir confier la construction des Salines d'Arc-et-Senans auxquelles il avait déjà réfléchi ultérieurement.

Construite pour remplacer les Salines vieillissante de Salins-les-Bains et de Lons-le-Saunier, Arc-et-Senans bénéficiera pour l'époque d'une architecture visionnaire et utopique. L'ensemble architectural fut construit en forme de demi-cercle de 370 mètres de diamètre. La saline comprenait les installations techniques, les logements des ouvriers, la maison du directeur, en tout, 11 bâtiments.

En 1895, rendu obsolète par les nouvelles technologies, la saline est fermée et abandonnée. Elle subira un incendie en 1918. En 1927, le département du Doubs décide donc d'en faire l'acquisition.

Entre février et octobre 1939 la Saline Royale d'Arc-et-Senans est utilisée comme centre départemental d'hébergement des réfugiés espagnols. Durant la « drôle de guerre », elle est réquisitionnée par l'armée française puis les Allemands s'y installent jusqu'au début de l'année 1941.

Suite à une ordonnance, le regroupement dans des camps d'internement des nomades de la zone occupée est décidé. La Feldkommandantur de Besançon décide alors de la mettre en application en mai 1941. Ce sont au départ les populations du territoire de Belfort, du Doubs, de la Haute-Saône et du Jura qui sont visées. Cette mesure s'étendra par la suite aux populations de la Saône-et-Loire, de l'Ain, de la Côte d'Or et de la Haute-Marne.

Les premiers nomades, en provenance du territoire de Belfort sont envoyés en juin 1941 vers les maisons forestières dites du Châtelain et de la Châtelaine dans la forêt de Chaux. Mais ce lieu est inadapté. Les tsiganes sont alors transférés vers Arc-et-Senans en septembre 1941.

La saline en 1930. Collection Institut Claude-Nicolas LEDOUX


Malgré les premiers travaux de restauration réalisés entre 1930 et 1936, la Saline Royale est dans un état de grande dégradation. Le statut du camp d'Arc-et-Senans est celui d'un centre de rassemblement jusqu'en mai 1942. Les Tsiganes, grâce à des autorisations de sorties peuvent ainsi quitter l'enceinte du camp.

Durant cette période, aucun bâtiment commun n'est proposé. Les Tsiganes doivent se débrouiller par leurs propres moyens. Pour cela, ils peuvent travailler dans des entreprises extérieures. Mais s'ajoute à tous cela des conditions de vie et d'hygiène déplorables qui conduira bon nombre d'entre eux à l'hôpital. Durant cette période les habitants d'Arc-et-Senans se plaignent alors des permissions de sortie trop courante et du trop grand nombre d'évasions ce qui amènera le préfet à décider en mai 1942 de transformer le statut du camp. Il passe de camp de rassemblement à camps d'internement.

Du jours au lendemain, les sorties sont supprimées. Il faut alors dans l' urgence créer un certain nombre de structures.




Plan du camp d’Arc-et-Senans entre 1941 et 1943réalisé à partir du croquis de Laurent PELTIER
(Site internet : Alain Gagnieux)


Une cuisine est donc installée ainsi qu'une école et une infirmerie comme on peut le voir sur l'image ci-dessus. Malgré cela et faute de pouvoir sortir pour gagner de l'argent, les Tsiganes sont touchés par la précarité et la maladie. De plus, les évasions se poursuivent. Pour toutes ces raison, le camp D'Arc-et-Senans est fermé le 11 septembre 1943 et les Tsiganes transférés vers le centre d'internement de Jargeau dans le Loiret.

Cet épisode dramatique de l'histoire de la Saline Royale n'a pas été oublié. Les 11 et 12 mars 1999, dans le cadre d'une grande manifestation intitulée « Regards sur les gens du voyage », organisée par l'Institut Claude Nicolas LEDOUX, s'est déroulé dans les locaux de la saline royale, un colloque ayant pour thème « Arc-et-Senans, camp d'internement : une étape dans le traitement discriminatoire des Tsiganes ». Enfin, le 9 avril 1999, une plaque commémorative en hommage aux familles internées a été apposée à l'entrée de la Saline.


La plaque commémorative de l'internement des tsiganes. Photo Vincent Konsler

Dernièrement le passé sombre de la Saline refait surface grâce à la sortie d'un ouvrage d'Alain Gagnieux « Les nomades internés à Arc-et-Senans » aux éditions l'Harmattan. Ce livre raconte l'internement à la Saline d'Arc-et-Senans entre 1941 et 1943 et va permettre de connaître mieux ce patrimoine longtemps méconnu.


Sources :

alain.gagnieux.pagesperso-orange.fr

www.cheminsdememoire.gouv.fr

www.memorialdelashoah.org

www.salineroyale.com

1 commentaire:

  1. Bonjour,
    je vous informe que l'adresse de mon site Internet est maintenant le suivant : www.alaingagnieux.fr
    Bien cordialement
    Alain Gagnieux

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