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lundi 2 mai 2011

La prison St Michel de Toulouse ou le conflit entre intérêt patrimonial, devoir de mémoire et intérêts immobiliers.



Présentation


La prison St Michel de Toulouse, dont l’extérieur ressemble à une forteresse médiévale, a été conçue en 1855, par l‘architecte départemental Jacques Esquié. Cette « maison d’arrêt, de justice et de correction pour hommes » construite entre 1862 et 1869 dans le faubourg St Michel pouvait contenir jusqu’à 400 détenus. Transformée temporairement en hôpital suite aux dégâts de la guerre franco-prussienne de 1870, la prison n’accueille réellement ces premiers détenus qu‘en 1872. Parmi eux figurent des femmes, pour qui l’administration avait ouvert un quartier spécial en 1869.
Cette établissement conçu en forme d’étoile est composé de cinq branches de trois niveaux reliées à un noyau : la rotonde centrale.
Depuis le début des années 80, les détenus en semi liberté sont accueillis dans le couvent mitoyen des Lazaristes. En 2000, le ministère de la Justice programme le transfert des détenus vers la maison d'arrêt de Seysses et le Centre de détention de Muret. En 2001, l'explosion de l'usine AZF endommage le couvent. Les prisonniers en semi-liberté déménagent dans l'ancien quartier des femmes.
Le 27 janvier 2003, les 528 détenus de la maison d'arrêt au 18bis Grande rue Saint-Michel sont transférés à la nouvelle Maison d'arrêt à Seysses. Seul le Centre de semi-liberté reste sur place. Les 30 derniers détenus ont déménagé à Seysses en octobre 2009.

Intérêt patrimonial de la prison St Michel.


Rare témoin de l’architecture pénitentiaire du XIXè siècle, modèle adopté pour concilier économie, sécurité et minimum humanitaire, la prison St Michel de Toulouse est un témoin exceptionnel de l‘architecture carcéral du XIX è siècle que l’on a d’ailleurs qualifié de « Siècle des prisons ». En effet, on construit à tour de bras afin de remplacer les anciens édifices vétustes où croupissent et meurent les détenus . Les xpérimentations et réflexions sur les modes de détention donnent lieu à un compromis entre partisans et adversaires de l’isolement cellulaire expérimentée aux Etats Unis. Compte tenu des difficultés financières, les établissements sont construits par les départements et l’Etat ne prend en charge les salaires des gardiens qu’en 1855. La prison française est mixte et unicellulaire dans la mesure du possible la nuit, et collective la journée.

Lorsque le département de la Haute Garonne charge l’architecte républicain Jacques Esquié de concevoir la nouvelle prison de Toulouse, celui-ci s’inspire des plan des Bâtiments pénitentiaires américains. Le soucis premier de l’architecte est que cet édifice ne coûte pas trop cher au contribuable. Les branches de la prison pourraient évoquer les branches d’un moulin à vent solidement retenues aux sol et enfermées dans une épaisse muraille en forme d’hexagone. Le socle du moulin seraient matérialisés par les bâtiments de l’entrée avec son imposante façade flanquée de deux tours cannelées.




La prison Saint Michel de Toulouse a joué rôle non négligeable durant la IInde guerre mondiale, en effet c’est là que furent enfermés quelques illustres opposants au régime NAZI tels qu’André Malraux alors chef des maquis du Lot sous le pseudonyme de Colonel Berger. Il s’échappe, la veille de son transfert en Allemagne, grâce au coup de force des frères Angel sous les ordres de Jean-Pierre Vernant. D’autres résistants furent emprisonnés, condamnés à mort et exécutés à Saint Michel. Ce fut le cas de Marcel Langer, chef de la 35 e brigade des FTP-MOI, condamné à mort par la justice du Maréchal et guillotiné le 27 juillet 1943. D’autres, hommes et femmes, plus ou moins connus y subirent le même sort : Conchitas Ramos, Maurice Fontvieille, Sylvain Dauriac, Angèle Bettini, Raymond Naves, Alice Koquine, François Verdier, Jean Durand, Marcelle Fontès… Le 19 mars 1944 fut un épisode marquant pour la ville, lorsque les femmes des détenus forcèrent les portes de la prison et libérèrent leur mari.

Un patrimoine non reconnu qui pose problème aujourd’hui.


Le devenir du bâtiment semble poser problème car l'État pourrait vendre l'édifice aux enchères or, la mairie toulousaine souhaitait acquérir le bâtiment afin d‘y installer un centre culturel de rayonnement européen alliant les arts et les sciences (projet qui devrait soutenir la candidature de la ville pour devenir capitale de la culture européenne en 2013). En 2002, l'État s'était engagé à céder la prison à la ville pour un prix de 750 000 €. En 2010, le gouvernement semble s'être ravisé. Les partisans de sa conservation et réhabilitation en équipement public demandent qu'elle soit protégée au titre des bâtiments historiques. Le Ministère de la culture indique que l'ancienne maison d'arrêt Saint-Michel, "de par son architecture et son insertion dans le tissu urbain, est un témoignage quasi unique de l'histoire des prisons"

Le 28 Janvier 2011, la CRPS a rendu son avis sur la protection de la prison, il en est ressorti que seul le castelet, c’est-à-dire la partie donnant sur la rue avec les deux tours crénelées, et la tour d’honneur où ont été exécutés des Résistants durant la seconde Guerre Mondiale et où une commémoration a lieu tous les ans seront inscrits aux Monuments Historiques.

La commission a donc décidé de ne pas protéger l’étoile à cinq branches formée par les ailes et la cour centrale qui font pourtant de cette prison l’un des rares témoignages inspiré de l’architecture carcérale philadelphienne. Or la destruction de cet ensemble permettrait à l’Etat de vendre le terrain au prix fort à des entrepreneurs privés. 

Le 31 janvier, le préfet de région, Dominique Bur a annoncé l’inscription aux Monuments cette partie de l’édifice qui représente environ 2000m², qu’il propose à la municipalité à l’euro symbolique. Le reste des bâtiments, c’est-à-dire la rotonde et les cinq branches qui représentent 15 000m² de l’ensemble, est proposé à 11.3 millions d’euros. Le maire a deux mois pour faire connaître sa décision. Précisons que le montant des réparations du bâtiment délabré est estimé à 40 millions d’euros. Nous sommes donc bien loin des 750 000 euros qui étaient demandés en 2002 par l’Etat pour la vente de ce bien. 

Cet avis de protection partielle a suscité de vives émotions dans le camp des partisans d’une protection totale de l’édifice. Au lendemain de l’annonce du préfet de région, le comité de quartier Saint Michel, l’Association des Riverains de la prison Saint Michel ainsi que le comité des Anciens Combattants ont fait circuler une pétition pour la protection de l’ex prison et ont multiplier les rassemblement devant l’édifice. 






Pierre Izard, président du conseil Général faisait part de sa déception : « Si cet avis était retenu, il favoriserait la possibilité de spéculations immobilières et irait à l'encontre de la position des élus de la mairie de Toulouse, du conseil général de la Haute-Garonne, des associations du quartier, des anciens combattants et résistants qui veulent conserver le souvenir de ceux et celles qui ont souffert et qui pour certains d'entre eux sont morts pendant la guerre de 1939-1945 victimes du nazisme et du régime de Vichy ! » et Philippe Goirand d‘Europe Ecologie-Les Verts d‘ajouter :« les militants EELV toulousains n'acceptent pas les manœuvres qui ont conduit la commission régionale du patrimoine et des sites à n'émettre un avis que sur une faible partie de la maison d'arrêt St Michel. L'étoile à 5 branches et la rotonde centrale n'auraient aucune valeur historique et seraient vouées à la destruction ? La mobilisation massive des associations, des habitants, pour leur patrimoine, leur histoire, le projet ambitieux d'une centralité pour le quartier… tout cela ne pèserait rien… Une modification au dernier moment de l'ordre du jour de la commission semble être la raison de cet avis partiel. Nous demandons donc que la commission régionale du patrimoine et des sites se réunisse à nouveau pour examiner l'intégralité du site et que ses membres puissent cette fois travailler sereinement. ».

Quelques personnages publics tels que l’écrivain Marc Lévy, les juristes Robert Badinter et Serge Klarsfeld et le résistant Stephane Hessel se sont ajoutons à la liste des quelques 13 000 signatures de la pétition. 



Du côté de l’Etat, on s’indigne de la construction d’une énième « maison d’artistes » et on insiste sur le besoin de renflouer les caisses de l’Etat…

1 commentaire:

  1. Lors de sa réunion du 28 janvier 2011, la Commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS), qui donne son avis sur les demandes de protection aux Monuments historiques, avait contrainte de délibérer uniquement sur l'entrée (castelet, cour d'honneur et bâtiments qui la borde). Elle recommanda le classement de l'entrée (le préfet décida de l'inscrire) et vota aussi un voeu :
    "Le cadrage proposé par le directeur régional des affaires culturells en accord avec le propriétaire n'a pas permis à la commission de faire valoir sa volonté de protéger la prison Saint-Michel dans son ensemble. La commission el regrette vivement."
    En mars, le préfet de région s'est engagé auprès du Comité de quartier Saint-Michel à ce que sa demande de protection de l'ex-prison Saint-Michel (hors murs d'enceinte), soutenue par plus de 15 000 pétitionnaires, soit examinée par la CRPS.
    Guillaume Drijard,
    président du Comité de quartier Saint-Michel
    cqsm@hotmail.fr

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