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mardi 5 avril 2011

Un palais transformé au fil des ans en prison


Dessin montrant le palais de Roanne à l’époque moderne

Petite histoire


A la fin du XIIe siècle, la maison de Roanne était appelée « domus Heraclii de Roannes », parce qu’elle appartenait à Héraclius de Roanne qui fut chanoine de 1173 à 1209. Heraclius la transmit à son neveu Guillaume de Roanne, aussi chanoine de la métropole, qui, quelques années avant sa mort, en fit donation entre vifs au clerc Renaud de la Ferté… Guillaume de Roanne révoqua dans la suite cette donation et légua sa maison par testament du mois de septembre 1263, à son ami Hugues de la Tour, sénéchal de Lyon… Hugues de la Tour était fils d’Albert III, sire de la Tour-du-Pin et frère d’Humbert de la Tour. Ce dernier, qui recueillit sa succession, devint en 1281 dauphin du Viennois par suite de son mariage avec Anne, fille du dauphin Guigues VIII, sœur et héritière du dauphin Jean I. Après la mort de Humbert I, la maison dite désormais de Roanne fut successivement possédée par les dauphins Jean II, Guigues VIII et Humbert II. Ce dernier, après la réunion du Lyonnais à la France, la céda au roi en 1343. Dès 1344, au moins, et par la raison que les pannonceaux du roi s’étalaient sur la façade, la maison fut qualifiée de « royale ». En 1376, Oddard d’Autteville, bailli de Mâcon, y installa son lieutenant, y fit pratiquer des prisons et construire un tribunal, non seulement pour le juge ordinaire, mais encore pour celui des exempts, le maître des ports, le prévôt des monnaies, le lieutenant du petit sceau de Montpellier, le lieutenant du garde du sceau royal de Mâcon et le juge des juifs. La maison devint le siège officiel des juridictions royales. On y transféra de Mâcon en 1415 l’atelier monétaire, et en 1435 la Sénéchaussée. Plus tard on y installa un des 30 sièges présidiaux créés par Henri II, plus tard la Cour des Monnaies, l’Election, le Bureau des Finances et le Conseil supérieur. Le palais fut donc très accès sur la justice et conserve encore cet aspect-là.

La maison de Roanne conserva jusqu’à la fin du XVIIe siècle son aspect féodal. En 1686, elle fut en quelque sorte transformée et réaménagée. A cette époque, le bâtiment fut divisé en deux parties distinctes. Chacune de ses parties reçut une façade en rapport avec sa destination spéciale. L’une fut affectée au palais proprement dit, l’autre aux prisons. En 1760, des plaintes s’élevèrent contre l’état de vétusté des prisons et leur insalubrité, les charges très onéreuses de l’entretien du palais, son incommodité et surtout son insuffisance etc. Le 8 octobre 1764, M. Lallié, ingénieur en chef des ponts et chaussées de la généralité, déposa un rapport concluant à la reconstruction du palais, et à l’annexion au nouveau palais de l’Hôtel de Fléchères, qui lui était contigu, dont l’emplacement était celui du tènement dit jadis de Saint-Alban. La cession eut lieu en juin 1765.

La prison fut ainsi reconstruite en 1793, pendant la Révolution, sur son propre emplacement, l’Hôtel de Fléchères rasé en 1808. A cette époque, elle retînt de nombreux prisonniers venant du Tribunal Révolutionnaire. Le projet de Baltard fut choisi par la commission des bâtiments civils en 1828. C’est dans le palais de justice actuel construit par Balthard, dans la salle de la Cour d’Assises du Rhône, que fut jugé à partir du 2 août 1884, l’anarchiste italien Santo Caserio, assassin du Président de la République Sadi Camot, pour le crime qu’il avait commis, à coup de poignard, le 24 juin de la même année, au cours de la visite officielle du Chef de l’Etat à Lyon. Il fut condamné à mort et guillotiné le 16 août 1884.

Ce fut aussi dans la salle de la Cour d’Assises du Rhône que l'on jugea Charles Maurras à partir du 24 janvier 1945 et qu’il fut condamné à la réclusion à perpétuité et à la dégradation nationale pour intelligence avec une puissance ennemie et participation à une entreprise de démoralisation de l’Armée ou de la Nation avec intention de favoriser les entreprises de toutes natures de l’Allemagne.

Enfin, dans la grande salle des pas perdus, spécialement aménagée à cet effet, Klaus Altmann dit Barbie, fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l’humanité commis pendant la guerre en 1943 et 1944, à l’issue d’un procès qui se déroula du il mai au 3 juillet 1987 et qui fut intégralement filmé en raison de l’intérêt historique qu’il présentait.

Comme l’a fait remarquer l’Avocat Général Jean-Olivier Viout qui fut l’un des artisans du maintien de ces juridictions dans le Palais de Justice Historique : « la Cour d’Appel de Lyon et la Cour d’Assises du Rhône demeurent sur les bords de la Saône, là même où, depuis près de dix siècles, la Justice et l’Histoire ont fixé certains de leurs plus grands rendez-vous ». La restauration et la conservation du patrimoine fût donc bien suivie dans ce cas-là, le Palais ayant gardé son esthétisme et son architecture et la fonction de justice fût donc sauvegardée ce qui en fait un bon exemple de reconversion, au demeurant très intéressante.


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