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mardi 5 avril 2011

Quimper, histoire des prisons sous l’Ancien Régime

L’étude de l’histoire carcérale permet de mieux comprendre les conditions d’incarcération du XXème et XXIème siècle. Le patrimoine carcéral de Quimper en est un bon exemple.


Au tout début, les premières cellules se trouvaient près de l’ancienne porte Médard à l’entrée de Quimper. On pense qu’elles étaient placées dans les parties basses du château ducal (proche du couvent des Cordeliers). On sait de sources sures qu’elles ont été détruites en 1594 lors des sièges de la Ligue.
Plus tard, au moment de la Révolution, très exactement en 1793, l’ancien couvent Saint-Antoine devenu hôpital de la Charité se transforme en prison principale. Au moment du Premier Empire, elle devient maison d’arrêt.
Les conditions de détentions étaient très sommaires. On sait cela grâce à un inventaire des objets de la prison daté du 26 juillet 1829. On apprend ainsi que les prisonniers dormaient dans des hamacs garnis d’un sommier et n’avaient qu’un seul drap de laine. On apprend également que c'est l'unique prison disposant d'une infirmerie où sont notamment admises les femmes enceintes de plus de 7 mois.



Parallèlement à l'ouverture de la maison d'arrêt de Quimper, l'ancienne prison royale devient maison de Justice.


Notons qu’il y a une différence entre une maison d’arrêt et une maison de justice. La maison de justice est le dépôt du tribunal de Quimper. La maison de justice accueille les prévenus qui ne sont pas encore jugés mais aussi les personnes condamnées qui ont fait appel ou qui sont en attente de transfert vers une prison centrale ou bien encore une maison d’arrêt.
La maison d'arrêt, quant à elle, ne reçoit que des prisonniers condamnés à des peines inférieures à 6 ans d'emprisonnement. Dans les deux établissements hommes et femmes occupent des quartiers séparés.

Suite à une grave tempête en janvier 1809, la vieille prison doit fermer ses portes car elle est décrétée dangereuse par le préfet. C’est à ce moment que l’on déménage l’ancienne maison de justice dans une partie de l’enclos des Ursulines. La maison de justice a aujourd’hui disparue.

Elle prend place dans deux bâtiments formant une équerre des XVIIème et XVIIIème siècles. Ils s’élèvent sur trois étages.


Les conditions de détentions sont autrement plus rudes que la maison d’arrêt de Quimper. Le condamné dort sur un lit de camp en fer. Il est attaché à une chaîne d’attache.


La mairie de Quimper a su mettre en valeur ce patrimoine si particulier en retraçant, notamment à travers les archives de la prison, la vie quotidienne dans les prisons de la ville mais aussi des conditions de détentions. Il semblerait naturel que chaque ville fasse cela car l’univers carcéral est tout à fait intéressant dans la compréhension de notre histoire mais aussi l’histoire de la citoyenneté.

« Les prisonniers sont dans les faits astreints au travail quotidien pendant leur incarcération. Ils en retirent un maigre bénéfice qui doit leur permettre d'améliorer le régime alimentaire ordinaire.
Un atelier de bienfaisance placé sous la direction des Sœurs Blanches du Saint-Esprit occupe tout le rez-de-chaussée et le premier étage du bâtiment. L'atelier est équipé de rouets et de métiers à tisser. On y fabrique de la toile et de la serpillère. Les religieuses assurent elles mêmes la police dans l'atelier et la comptabilité.
Une chapelle meublée de quatre bancs et d'une chaise est dédiée aux deux prières quotidiennes obligatoires. Leur journée de travail accomplie les détenus peuvent regagner leur cellule collective. Le quartier des hommes est équipé de 20 paillasses et de 20 bois de lits et de 40 couvertures ; celui des femmes de 7 bois de lits et de 12 couvertures. Aucun éclairage ni chauffage pour les prisonniers été comme hiver. On se lève vers 6 heures du matin pour débuter le travail.
L'usage du tabac, la consommation de vins, d'alcools et de drogue (déjà) sont interdits en prison comme en témoigne l'affaire du sieur Lombard, détenu pendant six mois pour offense faite à l'Empereur.
La fourniture du pain de la prison est adjugée annuellement à un boulanger qui bien souvent en abaisse la qualité. Les plaintes des détenus sont nombreuses et souvent fondées. Les boulangers adjudicataires ayant pris pour habitude de donner du bon pain pendant la première quinzaine de jours suivant l'adjudication puis d'en abaisser peu à peu la qualité jusqu'à la fin du marché. Une soupe forme avec ce pain la ration normale du prisonnier. Les légumes frais sont rares.
En l'an XIII, une première commission de bienfaisance est installée par le préfet pour tenter d'améliorer le sort des malheureux prisonniers. A partir de 1819, une commission municipale des prisons composée de sept membres est à son tour établie. Elle se donne pour premiers objectifs : la suppression des cachots situés en dessous du sol naturel, de défendre la consommation et la vente d'alcool dans la prison, le contrôle des conditions dans lesquels la peine des fers pouvait être appliquée à des détenus violents.

La population carcérale de Quimper


En novembre 1811, on compte à la maison d'arrêt 32 filles vagabondes et prostituées. Quatorze d'entre elles souffrent de maladies vénériennes, trois d'entre elles sont enceintes. En 1836, la maison d'arrêt contient de 71 à 88 prisonniers dont 1/3 de femmes. La maison de Justice, quant à elle, héberge, selon les époques de l'année, de 11 à 59 détenus.
Ainsi près d'une centaine de détenus est présente à Quimper tout au long de l'année. La présence d'enfants et d'aliénés est courante.
Parmi les femmes, certaines mères condamnées demandent à conserver leur enfant nouveau-né à leur côté en dépit des conditions difficiles de la détention. A l'exemple de Jeanne Tourmen, enceinte, et emprisonnée pour deux ans en juillet 1836. Elle va, après son accouchement, conserver son enfant en prison pendant quatre mois (durée de l'allaitement maternelle) puis celui-ci lui est retiré pour être placé au rang des enfants abandonnés à l'hospice civil. Jeanne, quant à elle, est transférée à la prison de Rennes.
Parmi les prisonniers existe une catégorie à part de détenus, ce sont les prisonniers de guerre.
Pendant les guerres de l'Empire, Quimper héberge également de nombreux prisonniers de guerre. En novembre 1811, l'équipage provenant de la frégate anglaise Le Niémen est ainsi incarcéré à la prison de Mesgloaguen. En décembre 1811, l'équipage du navire anglais L'Alicia est à son tour écroué à la maison d'arrêt. En février 1814, on établit un dépôt de 800 prisonniers de guerre espagnols dans l'ancien couvent du Calvaire.

Les évasions et tentatives d'évasions


François Vidocq est certainement l'évadé le plus célèbre de Quimper. Avant de devenir chef de la Sûreté de l'Empereur, il fut condamné comme bagnard, évadé de Brest en 1798, il est repris et incarcéré à Quimper. Simulant une maladie, après avoir volontairement ingurgité du jus de tabac, il parvient à se faire admettre à l'hôpital d'où il s'évade déguisé en femme.
Autre évasion, en 1811, dans la nuit du 5 au 6 novembre, Louis Ménager prisonnier hospitalisé à l'hospice de Quimper parvient avec la complicité d'une prostituée de Pont-l'Abbé à s'évader, déguisé en femme. Ce gascon mesurant 1 mètre 50, à la figure maigre, chétif et effilé de corps réussit sans grandes difficultés et à la faveur de la nuit tombée à se faire passer pour une paysanne. Il quitte la ville sans attirer l'attention.
En 1840, deux autres condamnés à perpétuité parviennent à se déférer mais leur tentative est découverte par les gardiens. En 1852, nouvelle tentative, la femme Jeanne Kerfriden apporte un grand pain à son mari condamné à perpétuité. Elle y a caché deux limes qui doivent lui permettre de couper ses fers. Là aussi, les gardiens découvrent l'affaire.
Des enfants sont également détenus parmi les bagnards les plus endurcis. En septembre 1842, Louis Abraham alors âgé de 13 ans vient d'être condamné à 20 mois de détention dans une maison de correction. L'enfant est atteint de la teigne. Il profite de son transfert temporaire à l'hospice pour s'en échapper. En 1848, un autre jeune détenu, tente de s'évader par la cour au fumier où il allait vider son baquet. Il est rattrapé. Le cachot sera sa seule récompense.

Des détenus sous la menace permanente de punitions


Les détenus sont astreints au respect strict du règlement. Toute infraction fait peser sur eux la menace de sanctions sévères.
Le 6 avril 1831, un prisonnier récalcitrant montre son désaccord à la Sœur Eulalie du Saint Esprit, chargée de la gestion de l'atelier de bienfaisance. La sœur n'hésite pas un instant « Jamais personne n'a poussé plus loin l'effronterie. Je n'ai pas balancé à le faire mettre au cachot en attendant ce que vous en déciderez » écrit t'elle le jour même au maire. La simple menace verbale de décoiffer une religieuse vaut huit jours de cachots à 3 prisonnières en juillet 1855.
En 1847, Jean Grall est placé au cachot pendant 4 jours pour avoir dégradé l'intérieur de son lit en sautant dessus avec ses sabots.
L'article 3 du règlement de la prison prévoit l'obligation faite aux prisonniers d'assister matin et soir à la prière (sans distinction des cultes). Le 20 avril 1839, deux détenus refusent pourtant d'y assister au nom de la Charte constitutionnelle de 1830 qui laisse à chacun la liberté de conscience. Le 20 septembre 1848, deux femmes détenues sont condamnées à 3 jours de cachot pour avoir perturbé la prière.
Les vols entre prisonniers sont également punis. Marie Leren est condamnée au cachot pour un vol de 0,50 francs commis sur une autre détenue le 17 octobre 1847. Il en est de même pour les bagarres entre détenus généralement sanctionnées par trois à six jours de cachots.
Certains détenus ne supportent pas ce régime. En 1836, un condamné dénommé Masson est signalé au préfet comme refusant de s'alimenter. Des tentatives de suicides sont régulièrement rapportées certaines, telle celle de Jean-Baptiste Chaquelin, ne peuvent être déjouées à temps. Le condamné, ancien conducteur de diligence est retrouvé pendu aux barreaux de sa cellule de la maison d'arrêt le 16 juillet 1846.

Suicide à la maison d’arrêt de Quimper en 1846
Ces deux établissements pénitentiaires vont remplir leurs missions jusqu'au lendemain de la première guerre mondiale. Les conditions de détention s'améliorent peu à peu au fil du temps. En 1920, un premier regroupement a lieu. La maison de justice disparaît et l'ensemble des détenus est désormais écroué à la maison d'arrêt de Mesgloaguen. Les portes de celle-ci se referment définitivement en 1990. »

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