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mardi 5 avril 2011

La prison Jacques Cartier (Rennes), quel avenir ?



Cette bâtisse élevée, entre I898 et 1903, pour enfermer 150 prisonniers selon un modèle cellulaire, est architecturalement et historiquement remarquable.
La prison Jacques Cartier a fermé ses portes en mars 2010. Les prisonniers ont été transférés à Vézin-Le-Coquet. Cette prison est un édifice très important pour le patrimoine carcéral et l’histoire de la détention en France. Faite de schiste pourpre de Pont-Réan, qui la pierre emblématique de la construction rennaise, elle est d’autant plus un symbole pour la ville. C’est pour cela que les « amis du patrimoine rennais » parlent d’un élément de patrimoine fort.
Cette prison est un ancien lieu d’exécutions capitales publiques, récupéré par la suite par les nazis en 1940, Cet édifice est chargé d’histoire…


Description


Il s’agit d’un panoptique en croix latine construit entre 1898 et 1903 composée d’une entrée surmontée à 25 mètres du sol d’une superbe rotonde. Pour rappel, un panoptique est un type d'architecture carcérale imaginée par le philosophe utilitariste Jeremy Bentham à la fin du XVIIIème siècle. L'objectif de la structure panoptique est de permettre à un individu, logé dans une tour centrale, d'observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci puissent savoir s'ils sont observés. Ce dispositif devait ainsi créer un « sentiment d'omniscience invisible » chez les détenus. Le philosophe et historien Michel Foucault, dans Surveiller et punir (1975), en fait le modèle abstrait d'une société disciplinaire, inaugurant une longue série d'études sur le dispositif panoptique.
À l'intérieur du mur d'enceinte, une structure en moellons reprend la forme d'un chevet de transept et d'une nef à trois niveaux.
La façade principale, à l'est, est en plein cintre, notamment pour la demi-rose du troisième niveau.
C'est l'architecte Jean-Marie Laloy qui est chargé de cette commande par le conseil général, sous le regard d'Alfred Normand, alors en charge de l'inspection générale des bâtiments pénitentiaires. Le programme prévoit qu'hommes et femmes soient accueillis dans l'enceinte de la prison.

Historique 


« Il est bon que le séjour des misérables se fasse à l'écart de la vie et du mouvement d'une grande ville. » C'est Alfred Normand qui parle. Il a été l'architecte de la prison des femmes, construite une vingtaine d'années plus tôt (1867-1876). Mais là, il s'exprime en tant qu'inspecteur général des édifices pénitentiaires. À travers cette citation, on situe le regard sur les prisons à la fin du XIXe siècle, mais aussi le niveau de développement de la ville.
Jusqu'au début du XIXe, Rennes est presque exclusivement sur les hauteurs du nord de la Vilaine. En 1857, l'installation de la gare de chemins de fer sur son emplacement actuel marque une étape importante dans la conquête du sud inondable, voire marécageux.

La prison Jacques Cartier sera finalement construite à la campagne, à l'écart de la ville et sur un point culminant pour des raisons d'hygiène (l'humidité) et de sécurité. À l'époque, on argumente qu'elle est visible. On tient aussi à montrer cette marque de la répression.

La prison, classée au patrimoine d'intérêt local, n'est toutefois pas classée monument historique, ni même protégée. L'association Les Amis du patrimoine rennais essayent néanmoins que tout ou partie du bâtiment soit conservé. C’est ce que nous verrons par la suite. Du côté de l'association de quartier, on évoque aussi de garder le mur du boulevard Jacques-Cartier et la coupole. Pour l'instant, ces démarches n'ont pas abouti et il est de tradition que l'administration pénitentiaire détruise ses établissements désaffectés.
Quoi qu'il soit, cette prison qui aura connu trois siècles, a bel et bien été un lieu de vie et de travail de nombreuses personnes. Elle fait partie de la vie et de l'histoire de Rennes.

« Chacun a son idée sur la valeur du patrimoine, sur ce qu’il convient de conserver et ce que l’on peut détruire. A la première approche, on peut avoir envie de ne conserver que ce que l’on trouve joli et qui plait aujourd’hui. Les goûts changent ; il y a un siècle par exemple « l’église St Aubin était placée au 1er rang de nos cathédrales bretonnes ». Il est nécessaire avant de détruire d’engager une démarche rigoureuse pour tenir compte et respecter le travail des hommes, comparer les conséquences d’une destruction suivie d’une reconstruction et celle d’une adaptation aux besoins d’aujourd’hui. » (les amis du patrimoine rennais).
C’est pour cela que ce site est très important et peut représenter un classement puisqu’il répond à trois critères objectifs (UNESCO) justifient la conservation de ce site :
1 – Il apporte un témoignage rare d’un type de construction qui illustre une période significative de l’histoire humaine avec l’incarcération d’hommes par d’autres hommes.
2 – C’est un exemple éminent et unique d’un ensemble architectural par la disposition des bâtiments et par le choix des matériaux.
3 – Cette prison est fortement associée au mouvement de résistance contre l’occupation pendant la seconde guerre mondiale : de nombreux résistants y sont incarcérés.

Il est donc avancé la nécessité de préserver de lieu. « La conservation et la mise en valeur doivent faire l’objet d’un « arrangement » entre l’objectif de mémoire, l’intérêt esthétique, les intérêts économiques et la meilleure qualité de vie possible pour les habitants » (les amis du patrimoine rennais).

On peut imaginer que sa proximité immédiate de la gare est un avantage qui permettrait d’attirer les touristes arrivant à Rennes et de faire un lien entre le centre historique et culturel.
Plusieurs hypothèses ont été avancées afin de préserver ce lieu :
- Ce pourrait être un lieu admirable pour une extension du Musée de Bretagne
- Ce pourrait être un lieu approprié à la création d’un musée de la capitale bretonne qui servirait à sauvegarder la mémoire industrielle de la ville.
- On pourrait également y rassembler des collections, actuellement dispersées dans des lieux non accessibles au grand Public.
- La disposition des lieux pourrait également permettre l’organisation d’expositions temporaires.

Pour informer sur la situation de la prison Jacques Cartier et trouver d’autres réutilisations de la prison Jacques Cartier « Les amis du patrimoine rennais » sont partis à la rencontre des habitants.
Par la suite, des Etudiants en architecture et décoration ont réalisé des textes, des plans, proposant des idées de reconversion.
Cette collecte loin d’être exhaustive et permet de multiplier les hypothèses de réutilisations:
ce pourrait être le lieu idéal pour une installation de commerces ou de Services publics de proximité (comme une maison de quartier ou une crèche) liés à la zone d’habitat existante et aux logements nouvellement créés.

Ils ont également été avancés des projets expérimentés pour nouvelles affectations de prisons qui pourraient être adaptés au cas de la prison Jacques Cartier :
- Hôtels (comme à Avignon aussi bien qu’à Stockholm)
- Auberge (comme à Ljubljana en Slovénie)
- Bibliothèque (comme à Coulomniers)
Une idée originale de 2 étudiants de Rennes ressortent :
- des Logements étudiants avec simulations virtuelles très vraisemblables.

Notons en plus qu’en 1998 la ville de Rennes a réalisé un inventaire recensant les bâtiments, maisons ou immeubles qui selon elle, présentaient un intérêt local du fait de leur valeur architecturale ou de l’histoire de la Commune qui s’y était déroulé ou qu’ils évoquaient. La Prison Jacques Cartier apparaît, après l’inventaire, sur le Plan d’Urbanisme local avec 3 étoiles, ce qui représente un élément de grande qualité patrimoniale niveau d’intérêt le plus élevé) aussi bien au niveau de l’architecture qu’à celui de l’histoire.
Cependant, la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) rappelle que « le site n’est ni classé monument historique, ni même protégé » et s’expose donc à la démolition pure et simple. Comme le concède de toute façon Frédéric Bourcier, adjoint au maire de Rennes délégué à l’urbanisme et à l’aménagement, lors de la réunion : « Aujourd’hui ni l’Etat ni les collectivités n’ont les moyens de financer une reconversion ».

L’objectif final va donc être d’intéresser investisseurs et promoteurs en rendant « le quartier attractif, en créant des liaisons piétonnières et en valorisant l’espace public ».
Sur les 13 470 m² du site, 5 000 sont bel et bien conservés par l’Administration pénitentiaire. S’y installera en premier lieu le SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation) d’Ille-et-Vilaine, composé de 40 travailleurs sociaux.
S’y aménagera également, pour tout le grand Ouest, une plate-forme de suivi des personnes placées sous surveillance électronique, avec suffisamment d’espace pour s’adapter progressivement à la généralisation annoncée d’une telle mesure, pour les courtes peines et les fins de peine.


La prison Jacques Cartier est le témoin de plusieurs temps forts comme le montre Henri Mainguy, déporté à Buchenvald, Dora et Bergen-Belsen en tant que « politique » et qui fut détenu lors de la Seconde Guerre Mondiale du 19 décembre 1943 au 17 janvier 1944 :
« Les camions s'arrêtent devant un grand casernement que les bretons reconnaissent comme la prison Jacques Cartier de Rennes. Je descends et suis poussé vers des bureaux. Nous sommes alignés à nouveau le nez au mur : c'est le rite. Un par un, nous entrons dans un bureau pour un interrogatoire d'identité. On me fouille encore et achève de me dévaliser. Je perds alors mon chapelet, mon porte-monnaie et mes bretelles...
Chaque fois que notre tour est passé, nous retournons en silence le nez au mur. Un peu plus tard, après un appel nominatif, on me conduit en cellule.

"MES CELLULES"

Je suis dirigé vers le bâtiment central réservé aux détenus politiques masculins qui est le plus vaste. L'aile gauche est attribuée aux femmes. En montant l'escalier de fer qui me conduit au troisième étage, je me demande avec qui je vais me retrouver en cellule et mon angoisse est grande.
Quand je franchis le seuil de la "85", quatre hommes se trouvent déjà dans cette toute petite pièce de trois mètres de long sur un mètre cinquante de large où j'arrive en surnombre...
- Ces hommes, qui sont-ils? Comment vont-ils m'accueillir?
Heureusement, l'accueil est plus que cordial, il est profondément amical, je dirais même intime. Ces hommes, que je ne connaissais pas il y a encore un instant, me font asseoir à la meilleure place sur le lit. Ils me proposent à manger, mais je n'ai pas faim du tout.
Nous sommes là pour les mêmes raisons, nous avons mené le même combat, avec la même malchance. Quel prix allons nous payer? Nous l'ignorons, mais quelque soit notre sort futur, nous devons vivre ensemble une partie de l'épreuve. En camarades, comme s'il n'existait pas de différence d'âge, chacun décline ses nom et qualités.
Le premier, nommé SCAJEC, est un marin pêcheur d'environ 70 ans qui a été arrêté avec tout l'équipage de son bateau pour avoir vendu sa pêche en direct au public au détriment de l'armée allemande. Pour vol de ciment au préjudice de l'armée allemande, le second est un maçon dont j'ai oublié le patronyme. Le troisième est un autre ouvrier accusé d'avoir participé à une collecte de solidarité en faveur de militants communistes incarcérés. Enfin, le quatrième nommé M. Adolphe LE GOAZIOU, libraire de Quimper, père de scouts, est également soupçonné d'avoir participer à une collecte pour internés communistes. C'est mal le connaître...
Ma captivité à Rennes va durer un mois. J'y occuperai deux cellules: la "85" au 3ème étage et la "26" au rez-de-chaussée. Toutes deux donnent sur une cour commune à l'aile gauche des femmes.
"Mes cellules", d'à peine cinq mètres carrés, aux murs blanchis à la chaux, sont relativement propres. Éclairées par une petite ampoule électrique tombant du haut plafond, elles comportent un lit de fer, une table accrochée au mur, un escabeau et un petit lavabo avec l'eau courante. La porte munie d'un judas nous sépare du monde. Derrière de solides barreaux, un large vasistas s'ouvre à deux mètres du sol. En montant sur le lit, je peux jeter un coup d'œil furtif sur la cour, mais je dois faire très attention à ne pas me faire remarquer, car c'est interdit.
Nous disposons de trois paillasses en moyenne pour cinq et, suivant le cas, d'une ou deux couvertures par homme. »

4 commentaires:

  1. Ce serait vraiment dommage de détruire cette bâtisse. C'est fascinant, toute cette histoire que les pierres dégagent ! Il faudrait en faire un musée ou quelque chose dans le genre.
    Et puis, on ne construit plus aussi bien de nos jours, les immeubles modernes sont si laids !

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  2. Une très bonne idée de reconvertir la prison en cité U... et l'aspect touristique est également un bon atout.

    Une prison ouverte à tous/tes !

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  3. bonjour
    j ai une idée très précise pour reconvertir ce batiment...mais je ne peux pas en parler publiquement..cette idée est moderne et très attractive.
    Elle s'incrirait entre tradition et progrès, avec un potentiel économique interessant je pense...faudrait que les banques suivent..et à moindre cout la collectivité aussi...je vous laisse mon mail si vous souhaitez des renseignements complémentaires.
    teddyrichard@rocketmail.com

    ps : j habite juste à coté de la prison (rue maréchal GALLIENI)

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  4. moi j y ai séjourné une fois 6 mois et une fois 18 mois ,début des années 80 chez jacquot , ouvert a toute les idées ,mais ne pas la détruire ,merci un ancien résident

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