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lundi 3 janvier 2011

La prison de Mauzac

Mauzac est un Centre de Détention qui se situe en Dordogne non loin de Bergerac et de Périgueux.


On y trouve deux camps, un camp nord qui est relativement ancien puisqu'il a été construit en 1939 et était destiné à servir de poudrière et le nouveau bâtiment, plus récent, qui date de 1985.





Mais ce qu'il est important de souligner ici c'est le rôle qu'a eu cette prison lors de la seconde guerre mondiale,un rôle qui est expliqué dans cet article de Jacky Tronel  :


" La Prison militaire de Mauzac: camps d'internements sous Vichy


En Périgord, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Bergerac, Mauzac ouvre ses portes sur la vallée de la Dordogne. Autrefois, l’activité économique de la commune était tournée, d’une part, vers la rivière – avec l’extraction du sable et de la grave, mais aussi avec la pêche – et, d’autre part, vers l’agriculture. C’était un havre de paix avant que ne soit décidée, à la fin des années trente, l’implantation d’une poudrerie nationale, puis d’une prison militaire. 


Nous sommes début 1939. En dépit d’un fort courant pacifiste, le gouvernement décide de lancer un vaste programme d’armement. Près de cent hectares de terres de la plaine de Mauzac sont alors réquisitionnés par le Ministère de l’Armement et confiés au Service Central des Constructions des Poudres. Un rapport classé « secret » de janvier 1940 révèle que le site doit abriter un « atelier de chargement de munitions (obus spéciaux) ». Il s’agit, vraisemblablement, d’obus chargés en gaz de combat, à base de chlore. Un important chantier de construction se met en place, employant des centaines d’ouvriers. Les camps d’internement du Sud-Ouest fournissent la main-d’œuvre, composée en majorité de Républicains ayant fui l’Espagne de Franco. Provisoirement logés dans des wagons à bestiaux stationnés non loin de la gare de Mauzac, « les Espagnols » participent à la construction de leurs futurs cantonnements.

Le 3 septembre 1939, la France se déclare « en état de guerre » avec l’Allemagne. L’armistice du 22 juin 1940 porte un coup d’arrêt au projet de création d’une poudrerie à Mauzac.

Que restera-t-il des travaux déjà réalisés ? À vrai dire peu de choses : quelques carcasses en béton qui enlaidissent encore le paysage, mais surtout, deux cantonnements d’une douzaine de baraquements chacun, nommés « Camp Nord » et « Camp Sud », distants de deux kilomètres environ l’un de l’autre. Le premier est situé sur la commune de Lalinde, à la sortie du village de Sauvebœuf, route du Bugue, le second, entre le canal latéral de Lalinde et la Dordogne, sur l’actuelle commune de Mauzac-et-Grand-Castang. Dès le 29 août 1940, les cantonnements de Mauzac sont pressentis par le Ministre de l’Intérieur pour l’hébergement des réfugiés évacués d’Alsace-Lorraine. 

Le 28 septembre, Mauzac apparaît aux côtés de Bergerac, Rocamadour, Sainte-Livrade… sur une liste de « camps d’hébergement ». Enfin, le 16 octobre 1940, par télégramme, la Direction Générale de la Sûreté Nationale demande au préfet de prendre d’extrême urgence toutes dispositions en vue de la « création immédiate d’un camp d’indésirables français près de Bergerac. (…) Nombre total d’internés à prévoir deux mille ». Par « indésirables », on entend « les individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique » (décret du 18 novembre 1939), ainsi que ceux connus pour « activité communiste, terroriste ou subversive » (décret du 26 septembre 1939). L’affaire est lancée. Le 1er novembre 1940, l’autorité militaire aménage à Sauvebœuf le « Camp Nord », qui devient un lieu d’incarcération pour détenus relevant de sa juridiction. Le « Camp Sud », quant à lui, restera pour quelques temps encore, d’octobre 1940 au 15 septembre 1942, un camp de travailleurs espagnols appartenant au 652e Groupement de Travailleurs Etrangers, mais aussi de Juifs en instance de transfert vers d’autres GTE. Par la suite, ce camp Sud, d’une capacité de 5 à 600 places, servira de « lieu d’internement administratif ». Devant l’avancée des troupes allemandes sur Paris, le Gouvernement de Vichy décide l’évacuation des prisons de La Santé et du Cherche-Midi vers le Sud de la France. Le 24 juin, détenus et gardiens arrivent finalement à Gurs (Basses-Pyrénées), sinistre camp.

Dans un courrier du 23 novembre 1940, le Préfet Maurice Labarthe indique qu’« actuellement ce camp détient 347 condamnés ou prévenus dont au moins 200 civils condamnés par les Tribunaux Militaires comme affectés spéciaux. » Ce sont eux, les « Parisiens » de La Santé et du Cherche-Midi, qui, après un séjour de quelques mois à Gurs, auront le triste privilège d’inaugurer la toute nouvelle « Prison Militaire de Paris repliée à Mauzac », le 7 novembre 1940. 

Bien que s’agissant d’une prison militaire, tous parlent de Mauzac comme d’un camp : « camp d’internement », « camp d’hébergement », voire même « camp de concentration ». Gilbert Renault, alias Colonel Rémy, donne de Mauzac la définition suivante : « Camp de concentration établi par Vichy en Dordogne. Était aux camps de déportation nazis ce que Vichy était au Reich : une singerie sans envergure dont la cruauté elle-même était empreinte de paresse ».

en octobre 1945, le préfet de la Dordogne décrit, quant à lui, « une prison centrale organisée en pleine campagne dans les baraquements d’un ancien camp Vichyssois, ceint de barbelés et conçu sur le modèle d’un stalag ». Un rapport des Renseignements Généraux du 15 février 1943 brosse le tableau suivant : « Les baraques du camp sont construites sur assises de ciment et légèrement surélevées.

Elles constituent des locaux parfaitement installés, éclairés et aérés de manière satisfaisante [bâtiments préfabriqués en dur de type “Adrian”, de 60 m x 7 m, séparés en leur milieu par un espace sanitaire comprenant des lavabos avec eau courante]. 

Toutefois, le chauffage est restreint, chaque baraque assez vaste ne recevant que 8 kilos de bois par jour, pour l’alimentation d’un poêle unique. (…) D’autre part, une infirmerie, sommairement installée, existe au camp, ainsi qu’une étuve de désinfection. 

Les différents travaux auxquels sont astreints les détenus consistent principalement en défrichage et mise en culture d’une quinzaine d’hectares attribués à la Prison Militaire. Fonctionnement d’un atelier de coupe de paille pour chapeaux. [...] » "


Voici, issu du même article, le témoignage d’un ancien détenus de Mauzac à cette époque :


" Max Moulinier, condamné en 1942 à 4 ans de prison et incarcéré à Mauzac (matricule 3553) explique : «Nous, les communistes, nous étions “en gourbi”, par réunion de dix ou un peu plus. Tous les colis qui arrivaient étaient mis en communauté. Il y avait même une balance pour peser le pain… Le responsable du gourbi faisait ça délicatement. Il avait ses dix assiettes, les dessus de gamelles, et il distribuait le colis à parts égales. » Parmi les détenus connus, écroués à la Prison Militaire de Mauzac, citons Louis de la Bardonnie, gaulliste, originaire de Saint-Antoine-de-Breuilh, en Dordogne. Il arrive à Mauzac le 31 décembre 1941 et fait le récit suivant de sa détention et de celle de ses compagnons d’infortune : « Nous souffrîmes cruellement à Mauzac. Le froid et l’humidité étaient épouvantables. (…) On nous réveillait le matin à six heures trente. Je me demande bien pour quoi faire : nous n’avions rien à manger, aucun travail ne nous attendait. L’appel se faisait dehors. Il visait les six cents prisonniers que nous étions au total, dont quarante-cinq gaullistes, cent quatre-vingts communistes, et le reste, composé de droit commun de la plus basse catégorie. Nous avions surnommé ceux-ci la Division Blindée. (…) Notre misère était grande, quoique nous recevions quelques colis, mais que dire des arsouilles de la Division Blindée ? Ils meurent littéralement de faim (j’en ai vu mourir dix-neuf en l’espace de six semaines). Ils mangent des herbes et des détritus de topinambours. J’ai vu un jour la scène suivante : deux “D.B.” arrosèrent la terre avec un peu d’eau. L’un se mit à frapper la terre avec un caillou. Au bout d’un certain temps, il fit sortir un ver de terre qu’il attrape d’un geste preste, et hop ! il l’avale. Pendant ce temps, l’autre montait la garde pour empêcher que les voisins se saisissent du ver de terre. Après quoi, son compagnon lui rendit le même service. »

Le 2 mai 1945, la prison militaire de Mauzac cesse d’exister en tant que telle : terrains et bâtiments passent sous contrôle du ministère de la Justice. Parmi les étapes qui ont marqué le centre pénitentiaire de Mauzac, il faut citer, au début des années soixante, le regroupement de 255 « politiques » du MNA (Mouvement nationaliste algérien) Trente-neuf d’entre eux parviennent à s’évader le 6 novembre 1961. Tous sont repris.

Par la suite, le « camp de Mauzac » devient une prison dans laquelle sont regroupés les objecteurs de conscience. De 1962 à 1970, 278 numéros d’écrou leur sont attribués. 221 objecteurs différents y séjournent. 56 d’entre eux sont jugés, condamnés, puis écroués deux fois, au même motif : « refus d’obéissance » et « insoumission ». 

Le camp nord, site de l’ancienne prison militaire de Mauzac, est utilisé jusqu’en 1970 pour abriter les relégués qui bénéficient d’un régime de détention plus libéral que celui des maisons centrales. Avec la suppression de la relégation en 1970, la fermeture du camp nord est décidée. Le camp sud subsiste toujours et a été partiellement restauré. Des détenus en fin de peine y sont incarcérés."

Aujourd'hui encore le terme de prison village est repris comme l'atteste l'article de France soir.

Sources : 

http://prisons-cherche-midi-mauzac.com ;

http://www.francesoir.fr/divers/prison-mauzac-la-prison-village-en-pleine-campagne.


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