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jeudi 27 janvier 2011

La maison d'arrêt de Limoges : quel avenir pour la prison ?

La maison d’arrêt de Limoges
(source: www.annuaires.justice.gouv.fr)

Un nouveau centre pénitentiaire de 700 places va être construit d’ici 2014 dans le Limousin. Ce projet signe vraisemblablement la mort de l’actuelle maison d’arrêt de Limoges. L’annonce est à la fois déconcertante (la prison a été agrandie en 2007) et souhaitée, considérant son encombrement. Celle-ci fait aujourd’hui écho à la fermeture de la maison d’arrêt de Guéret (23) prévue en 2015. Le lieu d’emplacement du nouvel établissement pénitentiaire reste encore à trouver, même si la ville de Couzeix (aux portes de Limoges) est évoquée. Le déplacement de la maison d’arrêt dans de nouveaux bâtiments est une nouvelle positive pour ceux qui militent pour l’amélioration des conditions de détention. Les maisons d’arrêt qui accueillent des prévenus en attente de leur procès ou des détenus de courte durée (peine inférieure à un an) connaissent en effet des problèmes sérieux de surpopulation carcérale. Le rapport de visite de la maison d’arrêt de Limoges en décembre 2008 par le contrôleur général des lieux de privation de liberté met en lumière les problèmes de surpopulation et de vétusté du bâtiment. Selon le rapport, « le taux d’occupation du quartier des hommes est de 216%, celui du quartier des femmes de 170% et celui du quartier de semi-liberté, 150%. Mis à part le quartier des mineurs, vide et rénové, l’encellulement individuel est pratiquement impossible dans le quartier des hommes. […] les conditions d’hébergement sont indignes ».(www.cglpl.fr)

Même si l’avenir de la maison d’arrêt reste encore inconnu, l’ouverture d’un nouveau centre pénitentiaire (qui comprend une maison d’arrêt et un centre de détention et/ou une maison centrale) donne à la prison de Limoges peu d’alternatives à la fermeture. L’exemple de la maison d’arrêt de Limoges n’est pas un cas marginal. Dans un mouvement de modernisation des prisons françaises, le ministre M. Alliot-Marie a annoncé la fermeture de nombreuses maisons d’arrêt.

Très peu valorisé, on remarque aujourd’hui une disparition du domaine carcéral du 19e siècle. Construite en 1853, la maison d’arrêt de Limoges fut mise en service en 1856. L’établissement pénitentiaire comprend alors trois ailes qui convergent vers une salle de surveillance. Une chapelle y est également construite. Hommes, femmes et enfants (au maximum 150 détenus) occupent la prison, dans des cellules ou dans des dortoirs. Aujourd‘hui, « le bâtiment principal est construit sous la forme d’une croix avec une partie centrale qui constitue le quartier des hommes (QH) et deux parties latérales qui comportent, sur le côté gauche, le quartier des femmes (QF) et l’UCSA et, sur le côté droit, le quartier de semi liberté (QSL) et le quartier des mineurs (QM). Outre les 3 cellules disciplinaires, la maison d’arrêt dispose de 82 cellules : -56 pour les hommes, -11 pour les mineurs, -10 pour les femmes, -5 pour les semi libres (quatre au QSL pour les hommes et une au QF)». (www.cglpl.fr)

A côté du patrimoine bâti de Limoges, tels que la cathédrale Saint Etienne ou l’abbaye de la Règle, la maison d’arrêt trouve sa place dans l’histoire sociale de la ville. Au début de l’année 1905, des grèves révolutionnaires éclatent dans les usines de chaussures et de porcelaine de la ville. Les manifestants protestent contre des conditions de travail difficiles. Le 17 avril, un groupe de 3000 personnes se rend à la prison pour y délivrer des ouvriers alors emprisonnés pour vol.


Sanglantes émeutes à Limoges, les manifestants essayent d’enfoncer les portes de la prison, illustration parue dans Le Petit Journal, 30 avril 1905, (source: www.philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com)


Les photographies de Henri Manuel nous donnent d’autre part un précieux témoignage de la maison d’arrêt de Limoges au début du XXe siècle. Photographe officiel du gouvernement français de 1914 à 1944, Henri Manuel entreprend la réalisation d’un vaste portrait des maisons d’arrêt (Lilles, Fresnes, Limoges…) et des maisons centrales (Haguenau, Montpellier, Melun…). Réalisées entre 1929 et 1931 à l‘initiative du ministère de la justice, les photographies sont « publiées dans la presse ou diffusées sous forme de cartes postales ». (www.rhei.revues.org/index56.html)
Détenu debout sur son lit devant la fenêtre.
Maison d'arrêt de Limoges, 1930.
Photo Henri Manuel, (source: www.justice.gouv.fr)

Surveillants en poste au bureau du greffe.
Maison d’arrêt de Limoges, vers 1930
Cliché H. Manuel. Collection du Musée national des Prisons.
(source: www.criminocorpus.revues.org)

Un détenu lisant assis sur son lit.
Maison d'arrêt de de Limoges, 1930.
Photo Henri Manuel (source : www.justice.gouv.fr)

Le photographe ne montre pas ici la prison comme un lieu exclusivement de détention et de punition, mais insiste sur la possibilité de rachat. Le photographe évoque le rachat par la lecture ou par la prière. Les cellules sont toutes les deux baignées d’une lumière vive et éclatante. La source de la lumière provient de la fenêtre de la cellule vers laquelle les deux détenus sont tournés. La lumière, ici omniprésente, apparaît comme la possibilité du rachat, la rédemption du détenu. Henri Manuel réalise un portrait vaste et exhaustif de l’univers carcéral : la cellule (importance de celle-ci depuis la loi cellulaire de 1875), les activités des détenus, ainsi que le personnel. Il photographie par exemple les gardiens de la prison de Limoges, qui, depuis le 2 août 1919, sont appelés surveillants.

Cette prison, bâtiment historique, fait pleinement partie du patrimoine de Limoges. Si la fermeture de la prison est officialisée, lui trouver un nouvel emploi, la reconvertir, serait un grand défi pour la ville. Vétuste pour une majeure partie, la maison d’arrêt a peu de chance d’être conservée face aux nombreuses possibilités qu’offre le lieu d’emplacement de la prison (place Winston Churchill), à proximité du centre-ville de Limoges. Même si de nombreux limougeauds défendent la conservation de la prison, - le respect du lieu et de son identité -, le patrimoine carcéral reste en général peu considéré et valorisé. Aujourd’hui, le domaine carcéral du 19e siècle est en train de disparaître. Même si il est aujourd’hui trop tôt pour se prononcer quant à l’avenir de cette maison d’arrêt, les chances que le bâtiment soit conservé et restauré sont faibles.



Sources :

www.ville-limoges.fr

www.cglpl.fr

www.cg87.fr

www.rhei.revues.org

www.justice.gouv.fr

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