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jeudi 23 décembre 2010

La maison d’arrêt d’Auxerre : une vieille prison du XIXe siècle encore en activité


La maison d’arrêt d’Auxerre, située avenue Charles de Gaulle, fait partie de ces prisons édifiées au XIXe siècle au centre des villes. Mais contrairement à d’autres prisons de ce type qui vont prochainement fermer en raison de leur vétusté et du non-respect des normes européennes, la Maison d’Arrêt d’Auxerre n’est pas concernée par ces mesures.


Localisation d’Auxerre



La maison d’arrêt d’Auxerre (source : www.annuaires.justice.gouv.fr)

Caractéristiques de la prison d’Auxerre



La maison d’arrêt d’Auxerre a été construite en 1853 à l’entrée du centre-ville en venant de Paris (nord-ouest). L’adresse de la prison est aujourd’hui 13 avenue Charles de Gaulle. Cette prison est toujours en activité aujourd’hui.


Localisation de la maison d’arrêt d’Auxerre à l’entrée du centre-ville (source : wikimapia.org)

La prison est constituée de 3 corps de détention ayant la forme d’une étoile à 3 branches ainsi que d’un bâtiment administratif.


Vue aérienne de la maison d’arrêt d’Auxerre : l’étoile à 3 branches (source : maps.google.fr)

Elle peut accueillir 102 détenus majeurs de sexe masculin. Elle leur offre la possibilité, pour 40 d’entre eux, de travailler à l’intérieur de la prison et, pour 24 d’entre eux, de suivre une formation professionnelle, pour une meilleure réinsertion.


De gros problèmes mais pas de fermeture


La maison d’arrêt d’Auxerre n’est pas concernée par le plan de restructuration du parc carcéral français. Ce n’est pas le cas d’autres prisons qui ont pourtant les mêmes caractéristiques : celles d’avoir été construites au XIXe siècle, d’être situées dans les centres-villes et de ne pas respecter les normes européennes.

Peut-être est-ce parce que la maison d’arrêt d’Auxerre ne connait pas de gros problèmes, ou qu’elle en connait moins que les autres prisons concernées. Cela ne semble pourtant pas être le cas. En effet, la maison d’arrêt d’Auxerre connait de graves problèmes de surpopulation carcérale. Dans une vidéo d’avril 2009, Cédric Labigne, un surveillant de cette prison, témoigne des mauvaises conditions à la fois pour les détenus et pour le personnel. Alors que la prison possède 111 places, il y a 183 détenus. Il y a 2 prisonniers par cellule, voire parfois 4. Si la population carcérale continue d’augmenter, des matelas supplémentaires devront être installés par terre dans les cellules. Les 45 membres du personnel sont trop peu nombreux pour gérer autant de détenus dans ces conditions. Le manque de moyens ne facilite pas non plus les choses.

Malgré ces problèmes, il n’est pas prévu que la maison d’arrêt d’Auxerre ferme ses portes. Le choix de conserver ou de fermer une prison de ce type n’est pas justifié par le degré des problèmes rencontrés par celle-ci. Il nous semble en effet que la prison de Nevers, promise à la fermeture et au déménagement vers Dijon, ne connaisse pas autant de problèmes que celle d’Auxerre... (Voir l’article sur la prison de Nevers).

Comme la Maison d’Arrêt va être conservée, on tente de résoudre du mieux possible les problèmes. On note par exemple une augmentation du nombre de places dans la prison. En 2006, on comptait 90 places (www.bourgogne.pref.gouv.fr) puis 102 (www.annuaires.justice.gouv.fr) et enfin 111 en 2009 (vidéo précitée). Il est inutile de dire que cela ne suffit pas…


Des atouts patrimoniaux ?


On peut tout de même se demander si cette prison mériterait ou non d’être patrimonialisée, au cas où il serait question finalement de la fermer dans les décennies à venir.


La maison d’arrêt d’Auxerre possède une architecture intéressante. Il semble que cette architecture soit représentative de l’architecture carcérale du XIXe siècle dans cette région de France puisqu’elle ressemble beaucoup à la prison de Nevers, construite 4 ans plus tard. La combinaison de ses matériaux (pierre de taille, briques…) et de leurs couleurs donne un ensemble très homogène et très esthétique, de même que les deux tours à créneaux de chaque côté de la porte d’entrée.


L’architecture de la maison d’arrêt d’Auxerre (source : www.lyonne.fr)


L’architecture de la maison d’arrêt d’Auxerre (source : news.fr.msn.com)

La maison d’arrêt d’Auxerre possède également une histoire très riche, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale. Après l’arrivée des Allemands, la prison fut séparée en deux : une partie resta sous le contrôle des autorités françaises tandis qu’une seconde partie fut réquisitionnée par les Allemands dès le 15 juin 1940. Entre 1940 et 1944, 2000 personnes furent enfermées dans cette partie allemande. 43 furent fusillées, 14 transférées en Allemagne, 95 envoyées dans d’autres prisons françaises et 239 déportées vers les camps de concentration. C’est dans cette partie également que furent isolés et torturés de nombreux Résistants. 78 Juifs, hommes, femmes et enfants, y furent aussi enfermés puis déportés ; 27 connurent le même sort dans la partie française de la prison.


Plus proche de nous, la maison d’arrêt d’Auxerre est également connue pour les détenus « célèbres » qu’elle a abrités ou qu’elle a vu s’échapper. La prison s’est retrouvée au cœur de l’actualité le mardi 8 septembre 2009 quand Jean-Pierre Treiber, le coupable présumé d’un double meurtre, s’est évadé de la prison, provoquant une vive polémique.


Jean-Pierre Treiber s’évade de la prison d’Auxerre (source : www.savignac.canalblog.com dessin de Jean-Louis Savignac)

La maison d’arrêt d’Auxerre possède donc une architecture et une histoire riches. Ces atouts seront-ils pris en compte pour une éventuelle valorisation carcérale si un jour la prison ferme ? Il semblerait que, pour le moment, la ville d’Auxerre tente plutôt de la cacher : nous n’avons pas trouvé mention de la prison sur les sites de la ville et de l’office du tourisme.

Sources :

www.annuaires.justice.gouv.fr
www.auxerre.com
www.bourgogne.pref.gouv.fr
www.ajpn.org

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