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dimanche 14 novembre 2010

La prison circulaire d’Autun : un site exceptionnel à valoriser


L’ancienne prison d’Autun (Saône-et-Loire, Bourgogne), située Place Saint-Louis, possède une histoire et une architecture remarquables : elle fut en effet l’une des premières prisons françaises à adopter le mode de détention cellulaire et elle possède un plan circulaire. Ce site mérite donc d’être valorisé comme il se doit.

Situation d’Autun et photographie ancienne de la prison (source : ciboulette.rmc.fr)

La création de la prison d’Autun


Face à l’inadaptation de la prison d’Autun, Victor Rey, conseiller général de la ville d’Autun, obtient de l’assemblée départementale la construction d’une toute nouvelle prison en 1852. En effet, l’ancienne prison, aménagée au rez-de-chaussée du palais de justice, était humide, délabrée et trop petite face au nombre croissant de détenus.

Il est décidé que la nouvelle prison sera réalisée selon un plan circulaire « pour des raisons d’économie, de facilité de surveillance et de sûreté ». 
Malgré cette architecture circulaire, la prison d’Autun, n’est pas une prison panoptique. En effet, le système du panoptique, issu du modèle idéologique conçu par l’anglais Jeremy Bentham en 1791, est un système qui permet à un gardien, caché dans une tour centrale, de surveiller tous les détenus à travers leur cellule individuelle, en ayant simplement à faire une rotation sur lui-même de 360°. Les détenus, quant à eux, ne peuvent pas savoir s’ils sont observés ou non. Si la prison d’Autun comporte bien des cellules individuelles organisées de façon circulaire autour d’un point central, elle n’a jamais possédé de tour de surveillance centrale et les portes des cellules n’ont jamais permis de voir l’intérieur de celles-ci. La seule véritable prison panoptique réalisée en France est, à notre connaissance, la prison de Niort.
C’est l’architecte départemental André Berthier (1811-1873) qui réalisa la prison entre 1855 et 1856 à côté du palais de justice. Il la composa de deux bâtiments. Le premier, rectangulaire pour l’Administration Pénitentiaire et le second, circulaire accueillant les cellules des détenus. Ce dernier mesure 13 mètres de hauteur, 23 mètres de diamètre et est couvert d’une coupole constituant l’unique source de lumière. 50 cellules trapézoïdales y ont été construites sur les 3 niveaux. Elles mesurent 4 mètres de profondeur tandis que les deux côtés font 2 et 3 mètres. Sur le toit, on trouve une terrasse, découpée en parts, qui servait de lieu de promenade aux prisonniers. Le bâtiment est ceint à 3,80 mètres d’un mur de 5 mètres de hauteur.


Plan de la prison (source : archives départementales de Saône-et-Loire calque AD 71, 4N)

Vue axonométrique de la prison (source : Dessin architectural d'Antoine Louis)

La fermeture de la prison


Au fil des ans, la prison devient de plus en plus petite face à la surpopulation carcérale. Les détenus sont enfermés à plusieurs dans la même cellule, à l’encontre des principes fondateurs de cette prison qui voulaient que chaque prisonnier soit isolé des autres.
La prison est finalement fermée en 1956, vendue et acquise par un propriétaire privé. Pendant presque 50 ans, elle n’est ni mise en valeur ni accessible au public. Cependant, le monument est bien considéré comme un patrimoine de la ville et est même reconnu comme tel par l’arrêté du 29 octobre 1975 qui fait de la prison un monument historique inscrit.

Fiche concernant la prison d’Autun (source : base Mérimée)

Il est intéressant de constater que la raison de cette patrimonialisation est la prison, tant du point de vue architectural qu’historique, ce qui n’est pas toujours le cas. Il arrive souvent qu’une prison soit reconnue au titre des Monuments Historiques parce qu’elle se situait dans un château par exemple. Ici, il y a trois raisons à la patrimonialisation : le fait qu’il s’agisse d’une des premières prisons cellulaires en France, que cette prison possède un plan circulaire remarquable et enfin, qu’elle constitue un témoignage de ce qu’était l’univers carcéral au milieu du XIXe siècle.

La valorisation de ce patrimoine

En 2003, le site est finalement racheté par la municipalité d’Autun qui a entamé une politique de mise en valeur de la prison. Depuis cette date, la prison, restée en l’état, est en effet ouverte au public et visitable aux Journées du Patrimoine, un week-end de septembre par an. Elle a également accueilli des expositions.

Intérieur de la prison d’Autun (source : www.passion-photos.net/prison-d-autun-71-vt45455.html (photo de Tom Galorbe))

Graffitis réalisés par des détenus durant la Seconde Guerre Mondiale (source : www.flickr.com/photos/davphotos/4140654589/in/photostream/ (photo de David Bardel))

La municipalité a fait des efforts de mise en valeur à l’intérieur puisque les cellules ont été pourvues de systèmes d’éclairage et que quelques panneaux explicatifs ont été créés pour les visiteurs.

Exemples de mises en valeur de la prison (source : www.passion-photos.net/prison-d-autun-71-vt45455.html (photo de Tom Galorbe) et www.panoramio.com/photo/3949175 (photo de dgiglot))

Le 12 janvier 2010, une convention a été signée entre le Musée du Louvre et le Musée Rolin d’Autun. Ce partenariat très avantageux pour la ville bourguignonne permettra des échanges d’œuvres entre les deux musées dans le but de réaliser 5 grandes expositions, de faire des prêts et des dépôts, de mener des actions culturelles et pédagogiques. C’est pourquoi la ville d’Autun souhaite rénover et surtout agrandir le Musée Rolin. Celui-ci occupera donc ses anciens locaux mais aussi l’ancien palais de justice ainsi que la prison d’Autun, bâtiments situés tous deux à côté du musée.

Les locaux du nouveau musée Rolin (source : www.googlemaps.com)

Cette année 2010 est donc dévolue au début des études menées pour la réalisation de ce projet ainsi qu’au début des travaux de rénovation de la prison qui se dégrade dangereusement.

Etat de dégradation de la prison (source : www.flickr.com/photos/davphotos/4140650661/in/photostream/ (photo de David Bardel))


Nous n’avons malheureusement pas à ce jour d’autres informations sur l’avenir de la prison. Le musée respectera-t-il son ancienne fonction ? Pourra-t-on toujours visiter les cellules ? Ou bien sera-t-elle entièrement transformée afin d’accueillir le musée ? Nous n’en savons rien pour le moment. Toujours est-il qu’il serait bien dommage d’occulter ce magnifique patrimoine carcéral quasi unique en France.

2 commentaires:

  1. Article trés interressant , ayant habité la région Autunoise ,je ne connaissais pas ce monument qui mérite d'etre restauré . La richesse du patrinoine Autunois est à découvrir , je ne manquerai pas à ma prochaine visite de fouiner du coté de ce bel édifice .

    GRILLOTTE

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  2. bonjour, j'ai rédigé un article - où je me suis permis de vous citer (en mettant un lien) : http://brunodesbaumettes.overblog.com/pour-en-savoir-plus#ancre21. Votre article est très intéressant, j'espère que vous pourrez commenter le mien...

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