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dimanche 21 novembre 2010

La fermeture de la maison d’arrêt de Nevers : loin des préoccupations patrimoniales


La maison d’arrêt de Nevers, située au 13 bis de la rue Paul Vaillant-Couturier, a été condamnée à la fermeture, comme 22 autres établissements, par la Ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, le 26 juillet 2010. Dès lors, les élus locaux, le personnel de la prison ainsi que les familles des détenus se battent contre le projet de déplacement de la prison vers Dijon…


Situation de Nevers


La maison d’arrêt de Nevers (source : www.lyonne.fr)


La maison d’arrêt de Nevers (source : bourgogne-franche-comte.france3.fr)


La prison de Nevers, vue satellite (source : maps.google.fr)


De la création à la décision de fermeture


La maison d’arrêt de Nevers fut construite au centre de la ville et mise en service en 1857. Après plus de 150 ans de fonctionnement, elle est toujours en activité aujourd’hui. Elle peut accueillir 118 hommes majeurs.
Le 26 juillet 2010, la ministre de la Justice, a annoncé la fermeture de 23 prisons considérées comme vétustes. Dans le cadre de la modernisation des prisons française, Michèle Alliot-Marie veut en effet engager « un plan sans précédent de restructuration du parc immobilier pénitentiaire visant à assurer des conditions dignes de détention et à mettre notre pays en conformité avec les règles pénitentiaires européennes. » Prison du XIXe siècle, la maison d’arrêt de Nevers fait partie de cette liste. Elle sera fermée en 2015.
Selon le Directeur des services pénitentiaires du Centre-Est à Dijon, Philippe Peyron, la vétusté et l’inadaptation de la prison de Nevers sont incontestables. « La configuration des locaux ne correspond plus du tout à l’idée que l’on se fait du milieu carcéral au début du XXIe siècle ». « Il n’y a pas de terrains de sport extérieurs. Et il n’y a ni eau chaude, ni douche dans les cellules. Ce ne sont pas des conditions de détentions objectivement correctes ».



Intérieur de la prison de Nevers (source : www.lejdc.fr)


La contestation


Cette décision de fermeture a profondément choqué les personnes concernées. Ces dernières critiquent à la fois la forme et le fond de la décision. Ni les élus locaux ni le personnel de la prison n’ont été consultés ni même avertis à l’avance de la décision. Concernant le fond, personne ne conteste la vétusté de l’édifice du XIXe siècle, mais beaucoup affirment que les conditions de travail et de détention sont tout à fait correctes. De plus, d’importants travaux ont été réalisés durant ces dernières années (nouvelle toiture, remise aux normes des cuisines…) et d’autres étaient programmés. Des rumeurs de la fermeture de la prison se rependaient depuis quelques semaines mais elles concernaient une fermeture temporaire afin de rénover l’établissement.




La toiture neuve de la prison (source : vidéo de Romain Coulangeon)


De plus, cette prison ne connaît pas les problèmes de surpopulation carcérale et assure parfaitement sa fonction de réinsertion des détenus. Il y a à peine une centaine de prisonniers pour 118 places et la réinsertion est possible par la formation des détenus à la menuiserie et par le soutien de leur famille du fait que la prison de Nevers est une prison de proximité située en centre-ville. Des actions culturelles sont également menées dans la prison comme l’organisation de concerts par l’association ‘au charbon’.
Mais bien plus que la fermeture, c’est le déplacement de la prison qui est aujourd’hui contestée. En effet, une nouvelle prison de 700 places doit être construite à Dijon à plus de 200 kms de Nevers. Les élus et les habitants de la ville craignent pour l’emploi et désapprouvent la délocalisation des services de proximité. Les salariés de la prison refusent de déménager, obligeant leurs enfants à changer d’écoles et leurs conjoints à retrouver du travail, et ce dans une période délicate. Enfin, les détenus et leurs familles ne pourront plus se voir aussi régulièrement qu’avant.
Aujourd’hui, la fermeture de la prison semble être acceptée. Par contre, son déplacement à Dijon essuie un refus catégorique : si elle ferme, elle doit impérativement être remplacée par un nouvel établissement construit à Nevers, comme le souhaite le maire de la ville, Florent Sainte-Fare-Garnot. Cette réclamation a peut-être une chance d’aboutir puisque la nouvelle prison de Dijon n’est pas encore construite.


Manifestation du 30 octobre 2010 en refus de la fermeture de la maison d’arrêt de Nevers (source : www.lejdc.fr)


L’avenir de la maison d’arrêt : vers la destruction ?


Si la situation n’évolue pas d’ici là, la prison de Nevers sera vidée de ses détenus et de son personnel, puis fermée définitivement en 2015.


Qu’adviendra-t-il de l’édifice ? Selon Michel Benoit, historien spécialiste des prisons sous la Révolution et bénévole visiteur de la prison de Nevers depuis 3 ans, la maison d’arrêt sera détruite si elle est fermée. Voici son avis sur la question : « Elle n’est pas en si mauvais état et de petits travaux coûteraient moins cher qu’une démolition et pour quoi faire? Certainement pas une école, certainement pas un hôpital et encore moins une bibliothèque ou une maison de la culture de plus ; non ce terrain serait alors revendu à des promoteurs pour construire des immeubles hors de prix ». Rappelons que la prison est située en centre-ville, juste à côté du parc Roger Salengro.


Localisation de la prison, au centre de la ville (source : wikimapia.org)


Localisation de la prison, à proximité du parc Roger Salengro (source : maps.google.fr)


Sur un blog, un homme se demande s’il ne serait pas possible d’ « envisager la réhabilitation de la "résidence" de la rue Paul Vaillant-Couturier à Nevers en maison d’accueil pour les honorables anciens ? ».
D’autres propositions émergeront sans doute dans les 5 prochaines années, au fur et à mesure que la date fatidique se rapprochera. Pour le moment, les préoccupations patrimoniales ne sont pas à l’ordre du jour. Elles passent après les préoccupations locales, salariales et carcérales ce qui est tout à fait compréhensibles.
Il serait dommage cependant de laisser cette prison disparaitre. Elle possède en effet de nombreux atouts patrimoniaux. Elle dispose tout d’abord d’une belle architecture.


L’architecture de la prison de Nevers (source : www.annuaires.justice.gouv.fr)


Historiquement, elle constitue un témoignage de la prison et de l’univers carcéral du milieu du XIXe siècle, ainsi que de la prison pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet, de nombreux Juifs et Résistants furent enfermés dans cette prison, puisque la ville de Nevers, en zone occupée mais proche de la "frontière", était un lieu stratégique. Une plaque commémorative accrochée sur le mur de la prison, près de la porte, nous le rappelle : « De 1940 à 1944, plus de 1715 patriotes séjournèrent dans cette prison. 36 l’ont quittée pour le peloton d’exécution, 413 pour les camps de concentration nazis. Passant souviens-toi. »

Plaque commémorative de la prison (source : vidéo de Romain Coulangeon)


Sources:

www.nevers.fr
www.lejcd.fr
Bourgogne-franche-comte.france3.fr 
Centrefrance.kewego.fr 
www.dijonscope.com 
www.lyonne.fr 
www.nevers.maville.com 
www.nievre.blognaute.fr 
Michelbenoit.canalblog.com 
www.aucharbon.com 
www.ajpn.org

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